XIV BIBLIOGRAPHIE
vain forme un contraste évident avec le rédacteur des livres XV-XVI, élégant, avec d'heureuses réminiscences des poètes, surtout de Sophocle, le même probablement qui avait si agréablement tourné la Guerre.
Mais la seule question qui nous importe ici, c'est l'autorité de Josèphe comme historien. Que valaient ses sources, et qu'en a-t-il fait?
Celles de l'Ancien Testament sont garanties par leur caractère inspiré. Josèphe le savait déjà et affîrine qu'il n'a rien changé. Il les a cependant complétées par quelques traits, il a ajouté quelques noms propres, le tout einprunté à la tradition, à Vagada, existant déjà de son temps, et même avant lui, puisque quelques détails lui sont communs avec le Livre des Jubilés (1). Probablement pensait-il, comme pharisien, que cette tradition offrait un utile supplément au texte. Quant au texte lui-même, il n'a pas promis expressément, nous semble-f-il (2), de le traduire lui-même de rhcbreu, mais de le présenter traduit en grec, c'est-à-dire sous une forme grecque. Peut-être cependant Thackeray a-t-il raison de soupçonner qu'il a voulu nous laisser supposer qu'il avait tout traduit. Ce savant est même porté à croire que ce fut le cas pour le Pentateùque. Depuis Samuel, Josèphe se sert du grec, mais subsidiairement du sémitique, et en tout cas d'un Targum (3).
Si l'usage qu'il fait de l'Écriture est très large, du moins elle est rapportée fidèlement dans sa substance.
Il y a donc là une constatation qui nous permet de conclure, quand le contrôle nous fait défaut, qu'il a employé exactement ses sources pour le fond. ,
Sur le point le plus important, le règne d'Hérode, il semble que Nicolas de Damas était assez sûr pour les faits. Assurément c'est un ami du roi, un avocat de carrière et un panégyriste. Ses appréciations sont donc suspectes. Mais il a rapporté tant d'actions du tyran où une interprétation sinistre se présentait d'elle-même, qu'on doit reconnaître qu'il n'a pas dissimulé ce qui pouvait nuire à la mémoire de son patron, devenu son protégé devant la postérité.
Nous reproduisons ici le jugement sommaire de M. Théodore Reinach (4) , qui n'est pas suspect de partialité :
« Josèphe n'est ni un grand esprit, ni un grand caractère, mais un com-
(1) Thackeray, o?). l., p. 92.— Sur ce point on pourra consulter Salorao Rappaport, Agada: und Exégèse bei Flavius Josephus, Vienne, 19S0. — Cf. RB., 1931, p. 144, bulletin (du P. D'horme). Loin d'optner que* Josèphe dépendait absolumRnt d'une agada stabilisée, écrite ou orale, l'auteur admetiqu'il a probablement ajouté librernent à l'agada, alors en formation.
(2) Dans Ant. I prooem, è/. twv 'ESpaïxwv (ji,£8/ip{ji,ïivêU[X£VYiv Ypa(i!.i/.âTa)v, et Ant., X, x, 6 : (xévov re txe-ra^pàSîtv xàç 'Eêpaiwv piêXouç eîttwv • sU t'i^v 'EXXàSa-YXîoTTav.
(3) P. 81' s. Thackeray cite trois exemples des Rois- oii Josèphe est seul avec le Targum contre l'hébreu et le grec.
(4) Contr. Api&n., p. v. -
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posé singulier de patriotisme juif, de culture hellénique et de vanité. Corfinie historien il témoigne, un général, de peu de sens critique , il laisse subsister dans ses compilations bien des contradictions, des renvois à des passages « ultérieurs » mais inexistants, q^i font peu d'hônneut à son èoin et à son attention; il ne professe aussi qu'un respect insuffisant pour la vérité, dès qu'elle ne cadre pas avec ses convictions nationales, son amour propre, ou même son intérêt du moment ; nl'oublions pas qu'il fut », comme on l.'a dit, « le premier des historiographes officiels », et que tous ses ouvrages oùt plus ou moins le caractère apologétique qui se manifeste tantôt par des exagérations, tantôt par des suppressions calculées. » M. Thackeray (i), après des réserves moins graves, conclut : « Mais, toutes réserves faites, le récit de notre auteur, dans ses grandes lignes doit être accepté comme digne de foi. » — Le récit, car les discours étaient des oeuvres de rhéteurs plus que d'historiens, si bien que daiis la même circonstance Hérode n'aurait pas prononcé le même discours selon la Guerre et selon les Antiquités (2) .
B. Les écrits rabbiniqiœs.
Nous ne donnerons que des indications sommaires, d'après l'ouvrage, classique en Allemagne, d'Hermann L. Strack (3).
Il y a deux sortes d'écrits rabbiniques pour l'époque ancienne : les écrits talmudiques et les M2<ir«ei4fm.
1. Au temps de J.-C, comme nous le dirons iplus tard, le parti des Pha^ risiens reconnaissait une valeur législative aux traditions transmises dans les écoles, qui complétaient la Loi et l'adaptaient aux besoins nôûveajix. Mais il éprouvait une extrême répugnance à mettre ces traditions par écrit, surtout à les livrer au public. On craignait sans doute que les contradictions des maîtres, mises en évidence par la lutte entre Hillel et Ghammaï, et perpétuées dans leurs écoles, né nuisissent à l'autorité de la traditiohi On donnait un autre motif : la crainte que lés Gentils, qui s'étaient en quelque sorte emparés de l'Écrit ilre par la traducdon grecque, ne missent aussi la main sur le Trésor des traditions. Les docteurs de la pfemière époque, ceux qui ne faisaient que répéter les sentences en indiquant ceux dont ils les avaient reçues et en remontant, ai possible, à leur premier auteur — méthode chère aux Arabes, -^ étaient donc des répé^ titéurs ou Tannaïtes.
Les maitres les plus érainents, R. Aqiba et R. Méir^ d'autres sans doute>
(1) Op. L, p. 49.
(2) 5eii. I/xix, 4 et âni. XV, V, 3.
(â) Éinleitungin talmud und Midràs, cinquième édition de l'Introduction au Talmud !rééditée sans changements en 1930, à Munich.