XVI BIBLIOGRAPHIE
encore plus anciens, commencèrent à grouper ces sentences, de façon à former un code de jurisprudence (halakah) plutôt qu'un recueil d'opinions divergentes.
Cette tâclie fut enfin, accomplie à la satisfaction générale par Rabbi, c'est-à-dire K. Jehouda ha-nasi, né en 135 ap. J.-C, et son ouvrage est la Michna, ou la répétition.
Elle subit quelques additions et altérations, mais son autorité fut telle qu'elle inaugura une nouvelle époque. Les élèves de Rabbi forment encore une cinquième génération de Tannaïtes, mais ce sont les derniers.
C'est très probablement l'un d'eux, R. Hiyya bar Abba, qui rédigea Ja Tosephta, littéralement « Addition, Complément », mais qui n'est pas simplement un appendice à la Michna. C'est plutôt une collection parallèle de sentences et de traditions qui n'a pas eu la même autorité, mais qui est très appréciée des modernes pour la saveur primitive de son texte.
Alors commence l'époque des Amoras, ceux qui donnaient leur avis, c'est-à-dire sur les points incomplètement élucidés par la Michna. Quelquefois ils se rappelaient certaines sentences des anciens qui ne figuraient pas dans la Michna; c'étaient donc des sentences extra-canoniques, qu'on nomma, des baraïtàas (choses de l'extérieur). L'ensemble de ces anciennes solutions et des nouvelles, poursuivi durant six ou sept générations, constitua la Gemara, Ci l'achèvement », qui, réunie à la Michna qui en était la base, forma enfin les deux Talmuds : celui de Palestine^ élaboré au début du v° siècle, et celui de Babylone, plus estimé, qui date de la fin du v^. La rédaction définitive fut l'œuvre des Saboras, ceux qui méditaient, digéraient le tout, et lui ont donné la forme qu'il a conservée jusqu'à nos jours, sauf quelques modifications opérées par les Juifs eux-mêmes ou imposées parla censure chrétienne (1).
On cite la Michna par le nom du traité, suivi du chapitre (en capitales) et du paragraphe (en chiffres arabes). Les Talmuds sont cités d'après le traité et la page de l'édition princeps, reproduite dans toutes les éditions, comme pour les classiques. Le Talmud de Babylone a deux colonnes, indiquées par a ou ô; celui de Jérusalem en a quatre. Sauf une indication spéciale, c'est toujours le Talmud de Babylone que nous citons.
II. Les Midrachim. Les Talmuds sont des recueils de décisions [halakot), un ouvrage de jurisprudence, sur les principaux thèmes traités à part. Ils ne contiennent que rarement des traits d'histoire ancienne ou des leçons de morale tendant au culte de Dieu ou à la, gloire d'Israël (i^«^-
(1) Le Pugio fidei du dominicain Raymond Martin contient des passages des écrits rabbiniqucs inconnus par ailleurs et dont l'authenticité n'est pas contestée. L'auteur reçut, en mars 1264, avec l'évêque de Barcelone et trois autres dominicains, de la part du roi Jacques I'' d'Aragon, l'ordre d'effacer des manuscrits du Talmud les passages offensants pour la religion chrétienne (cf. Strack, p. 79J.
BIBLIOGRAPIIIE. XVII
/jada). Les midrachim au contraire, surtout à mesure qu'ils sont plus récents, abondent en leçons de) ce genre. Ce n'est pas cependant ce qui constitue leur caractère littéraire propre, et on ne doit pas non plus les regarder comme un nouvel emploi de l'esprit juif après la rédaction des talmuds. En soi le midrach est une « recherche », c'est-à-dire du sens du livre sacré, doue une exégèse. Il est par conséquent aussi ancien que les études rabbiniques et les dépositaires les plus convaincus de la tradition ont toujours souhaité l'établir par l'exégèse des textes. Le Midrach Midiii donc à la base. Mais on ne commença à l'écrire qu'après rétablissement de la Michna. A cette époque on était absorbé par le soin de ce grand iœuvre. Aussi les premiers midrachim, dit lannaïtes, contiennent beaucoup de décisions de jurisprudence. Mais ce sont pour la forme des commentaires de l'Écriture qui la suivent verset par verset. Trois ont une importance majeure par leur ancienneté, car ils ne sont guère postérieurs à la Michna.
Ce sont Siphra, sur le Lévitique, qu'on peut attribuer à Hiyya l'élève de Rabbi, Mekiltha (règle) sur l'Exode, xn-xxiii, 19, et 5?/3^r^ sur les Nombres et le Deutéronome.
Dès cette époque on comprenait la valeur de l'exhortation morale par des exemples ou des leçons (1) : « Si tu veux connaître le Créateur, apprends la Haggada, car tu apprendras par elle à le connaître et à t'en tenir à ses voies ». C'est cependant de l'époque suivante que datent les Midrachim hnggB.àï({Vies qui nous sont parvenus, et qui sont des homélies sur certains textes. La période de production se prolongea parallèlement avec la construction des ïalmuds. On continua à former des collections jusqu'à la fin des Gaons (1040 ap. J.-C), qui avaient succédé aux Saboras, et même plus tard.
Selon notre manière de concevoir, nous regarderions la loi de Moïse comme le fondement de la jurisprudence et nous chercherions la consolalion, le réconfort, l'excitation au bien dans les Prophètes. Il n'en était pas dé même pour les Juifs. La Torah, ou le Pentateuque ne signifie pas Loi, moS^ Instruction, Doctrine. Les Juifs y trouvaient, avec la loi, les plus chers souvenirs de leur race, l'histoire des Patriarches, les miracles de la sortie d'Egypte et du désert, les tendres exhortations du Deutéronome à la reconnaissance et à l'amour envers Dieu. Aussi les prophètes furent-ils délaissés, et les grands commentaires homîlétiques sont-ils consacrés au Pentateuque : Genesis Rabba (GnR), peu postérieure à la conclusion du Talmud palestinien, Rabba sur le Deutéronome (DtR), vers l'an 900, sur l'Exode (ExR), du xi^ ou du \if siècle, sur les Nombres (NumR), du xii" s.
(l) Siphrê, m. XI, 22 (§ 49), cité par Strack, op. l., p. 93.
LE JUDAÏSME AVANT JÉSUS-CHRIST. b
XViil BIBLIOGKAPHIÉ.
Le Lévilique lui-même eut ses trente-siipt homélies (LevR) vers l'an 800^ après ou avant le grand recueil de la Pesiqta (appelée aussi de Rab Kahana) comprenant environ trente-deux homélies pour les jours de fête et certains sabbats. ..
Nous n'avons pas à prononcer uu jugement sur la valeur de cette oeuvre considérable. Elle est suprême pour ;le Judaïsme. Il a exercé durant longtemps toutes ses forces intellectuelles à la mettre au jour, et grâce à elle il a survécu aux plus rudes épreuves. Le reste de l'humanité n'en a jamais tiré rien qui vaille. A force de travail on y découvrirait de bellesleçons de religion et dé morale, qu'on trouve ailleurs sans tantde peine^ et sous une forme beaucoup plus agréable. Mais nous ne nous en préoccupons ici que pour sa valeur historique, c'est-à-dire pour les renseignements qu'elle peut fournir.
Et cependant nous n'avons pas encore mentionné le seul document qui ait un contenu historique, toujours sous un aspect législatif, et le plus^ vénérable par son antiqnité. Il s'agit de la Megillath Ta^anith, écrile en araméen, peut-être en partie avant l'an 70, terminée après la mort d& Trajan (117 ap. J.-C). Les gloses, en hébreu, sont postérieures au Talmud, et n'ont aucune valeur comme document d'histoire.
Que contient donc le précieux rouleau? L'indication de trente-cinq jours dans lesquels il est interdit de jeûner, et qui par conséquent rappellent le plus souvent des souvenirs heureux pour Israël, et ayec l'indication da mois et du jour, mais jamais de l'année. Encore est-il que beaucoup de ces annotations sont obscures ou insignifiantes. Dira-t-on que c'est beaucoup d'apprendre ainsi le jour précis d'un événement dont l'histoire rious^ fait connaître seulement l'année? Nous lisons dans la Megillath au mois d'adar (mars-avril) : « Le 12 est le jour de Trajan. » Sûrement le jour de sa mort. Or Trajan est mort le 8 ou le 9 août. Comment résoudre cette contradiction? Voici la solution de M. J. Derenbourg (1) : « Il se peut qu'on aitréuni dans les trois jours des 12 au l'a- adar les morts de Trajan, de Nicanor et de Haman, ces trois persécuteurs des juifs, ou bien, dans la chronique comme dans la glose, oa a placé Trajan pour Quiétus, dont l'exécution peut bien avoir eu lieu six ou sept mois après la mort de Trajan. » Notez que ces explications ne sont pas invraisemblables. Elles confirment ce que nous pouvions supposer, l'indifférence des juifs anciens sur la date vraie d'un fait précis (2).
/ S'il en est ainsi de la Megillath Ta'anitli, que penser du Talmud? Le
(1) Essai... {voit titre complet, , p. sulv.) p. 410.
(2) La célèbre rouleau du jeûne, monumentum aère perennms{\), aurait été composé avant 71 av. J.-C, d"après M. Solomon Zeilling, Megillat Taanil as a source forjewish dironoloijy and history in the hellenistic and Roman period (Jewlsh quart. Revlew; N. S. vol. IX (1918)^ p. 81-102 et vol. X (1919), p. 49-73.* '