‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 86 sur 198 · X. HÉRODE · texte numérisé non relu

X. HÉRODE

obtenir rassentiment du Sanhédrin à la mort d'un ancien grand prêtre (1). Hyrcan fut en effet condamné et exécuté.

Ce qui prouve bien qu'Alexandra ne fit rien dans cette occasion, c'est que le roi ne sévit pas contre elle. Lui qui avait caché ses femmes à Masada au temps d'Antigone, ne consentit pas à les laisser à la merci d'un soulèvement qui éclaterait peut-être à Jérusalem en son absence. Mais elles étaient trop divisées pour qu'il les mît dans une seule forteresse. 11 envoya à Masada, le lieu le plus sûr, sa mère Gypros, sa sœur Salomé et ses enfants, sous la tutelle de son frère Phéroras, invité à sauver la fortune de la maison d'Antipater, s'il lui arrivait malheur à lui-même. Dans ce cas fatal, Mariamme ne devait pas lui survivre, non plus qu'Alexandra : il les confia donc à un Ituréen, nommé Soaimos (2), avec l'injonction, s'il ne revenait pas, de faire périr les deux princesses et de se mettre au service de Phéroras.

Le roi juif se croyait sûr de Soaimos, un étranger, sa créature. Mais précisément parce que sans appui dans le pays, Soaimos avait tout à craindre de sa chute. Il crut devoir chercher une garantie auprès de ses captives, qui étaient en passe de prendre le pouvoir, et seraient toujours ses maltresses de toute façon. La grâce, la distinction de Mariamme le gagnèrent. Qu'on se rappelle Barnave dans la compagnie de Marie- Antoinette. Il avoua donc le fatal secret, sûr que l'intérêt de la reine était de ne pas le révéler. Et en effet cette fois elle ne parla pas. Son cœur était ulcéré.

Chaque fois qu'Hérode avait satisfait ses propres intérêts, il lui en avait coûté la vie d'un de ses proches ; son oncle Antigone, son frère Aristobule, maintenant le vieil Hyrcan, son grand-père auquel il devait tout.

Quand son mari revint, fier de son succès, toujours plus épris, quêtant des félicitations amoureuses, il ne rencontra que de la hauteur et de la froideur. Rien n'indique qu'elle l'ait jamais aimé. Mais il ne tolérait plus d'être traité en parvenu, et Cypros, sa mère, Salomé sa sœur, plus sensibles encore aux dédains de Mariamme, contre qui elles étaient moins armées, ne cessaient de l'échauffer par leurs récriminations : accepterait-il d'être méprisé par cette Asmonéenne ingrate, qui lui devait la couronne, et qui seule avait été épargnée? Salomé avait préparé sa vengeance, et sut profiter du moment où le roi était cruellement offensé

(1) Avec Otto. Josèphe avoue s'être appuyé sur les Mémoires d'Hérode qui affirmaient naturellement l'authenticité de la correspondance. Une autre version aurait déclaré ceUe correspondance tout à fait anodine. Mais alors le roi n'aurait pas eu de prétexte pour l'exécution.

(2) Josèphe {Ant., XV, vi, 5) ajoute l'intendant Joseph, dont il ne sera plus question. Ce nom est probablement une contamination d'après la première histoire, où le mandataire était Joseph. C'est seulement en cela qu'il y a doublet littéraire, car la séparation des femmes est une suite de la discorde née dans le premier cas.

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par l'indifféuence de Mariamme*. Un échanson vint lui dire qu'il allait lui apporter un breuvage, mais qu'ignorant ce qu'il contenait — c'était le secret de la Reine, — il croyait devoir l'avertir. N'osant pas interroger sa femme, Hérode fît mettre à la question un vieil eunuque, son fidèle confident. Il en apprit que la haine de Mariamme datait du secret livré par Soaimos. Comment aurait-elle obtenu cette confidence s'il n'y avait eu entre eux des rapports trop intimes? Soaimos fut incontinent mis à mort. Mais Hérode était trop fier pour étaler sa honte de mari outragé. Il ne retint comme grief que celui du poison, et le dénonça à une sorte de conseil intime avec tant de passion et de colère à défaut de preuves, qu'on se déclara convaincu. Mariamme fut conduite au supplice.

Dans cette femme vivait encore la grandeur d'âme des premiers Macchabées. Elle était demeurée impassible quand sa mère Alexandra, pour sauver sa misérable vie, lui reprocha son ingratitude envers Hérode et s'oublia jusqu'à lui arracher les cheveux (1).

Hérode, follement épris de sa victime, « appelait sa femme à grands cris, ou bien poussait de honteux gémissements (2) ». Ce ne fut pas cependant, semble-t-il, le chagrin comme dit Josèphe, mais plutôt une maladie contagieuse, un abcès dans la nuque, avec de violentes douleurs cérébrales et la fièvre, qui mit ses jours en danger. Il était allé chasser aux environs de Samarie, pour chercher une distraction violente, et c'est là que le mal faillit le terrasser.

Nouvelle péripétie. Alexandra, toujours aux aguets, prétendit se faire livrer les deux forteresses qui dominaient la ville et le Temple. Les commandants avertirent Hérode, qui se débarrassa enfin de sa vieille enne-r mie. Il ne restait plus de la famille asmonéenne que des parents éloignés, les fils de Babas ou de Sabbas. Us furent enveloppés dans la disgrâce de Kostobar (3). Cet étrange personnage les avait sauvés lors de la prise de Jérusalem par Hérode, à tout hasard, car il méditait déjà de se faire une

(1) 11 ne sera pas iautile, pour mesurer la valeur historique du Talmud, de lire ce qu'ea dit Baba-balhra, 3'', traduction J. Derenbourg, p. 151 s. : « Hérode, l'esclave de la famille asmonéenne, jeta les yeux sur la jeuae fille (de cette maison). tJn jour, il entendit une voix mystérieuse qui dit : Voici le moment favorable pour l'esclave qui veut briser ses chaînes. Aussitôt il se leva, égorgea tous ses maîtres, et ne laissa en vie que cette jeune fille. Celle-ci, s'apercevanî qu'il voulait l'épouser, monta sur le toit en s'écriant : Quiconque prétend descendre de la famille des Asmonéens n'est qu'un esclave, car il n'en reste qu'une jeune fille, et moi, qui suis cette jeune fille, je me précipite de ce toit à terre. Hérode la conserva pendant sept ans dans du miel, d'après les uns, à cause de la passion qu'il éprouvait pour elle; d'après les autres, pour faire croire qu'il avait épousé la fille d'un roi. Puis il demanda : Qui a enseigné ce verset : D'entre tes frères, lu te choisiras un roi (Deutéron., xvii, 15)? Les docteurs (répondit-on). Il fit égor^ger tous les docteurs, excepté Baba ben Buta, voulant lui demander conseil ; mais néanmoins il lui fit crever les yeux ». Sur la conservation dans du miel, cf. Anl. XÎV, vu, 4.

(2) Ant., XV, VII, 7.

(3) Josèphe nous dit {Ant., XV, vu, 9) que ses ancêtres avaient été prêtres de Cozé, que les Iduméens adoraient comme un dieu. En effet on a trouvé dans les tombes de Marissa (voir plus haut, p. 104 n. 1) des noms théophores avec Cos.

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situation indépendante en Marnée, Pins il se montra si attaché à Hérode qu'il l'en nomma g^ouverneur. Si les Idaméens parurent ensuite sous son influence disposés à se soustraire au joug d'Hérodo, ne peutr-on en conclure que les priacipales familles connaissaient ses origines ascalonîles, et ne le tenaient pas pour leur compatriote et leur égal? Hérode, informéj ne sévit point d'abord contre Kostobar auquel il avait donné en mariage sa sœur Saloméqui alors intercéda pour lui. Mais Salomé, sœur très écoutée du roi, entendait gouverner son mari, et comme il résistait, elle prit sop elle de le répudier, ce qui était absolumeot inouï d'après la Loi et les mœurs juives. Pour soutenir cette prétention auprès d'Hérode, elle allégua ne s'être inspirée que de son amitié pour lui, et dénonça les menées persistantes de son mari, ses espoirs inavoués d'une restauration asmonéenne dont la meilleure preuve était l'existenGe des fils de Babas. Ils furent donc mis à mort avec Kostobar et ses autres complices.

Hérode, ainsi débarrassé de tous les mâles de la race d'Hyrcan, « Hérode eut désormais un pouvoir absolu, nY ayant plus de personnage en crédit qui pût s'opposer à ses violences » (1).

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