‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 87 sur 198 · II. — L'apogée · texte numérisé non relu

II. — L'apogée

La période qui s'étend de 28/27 à 14 av. J.-G. est la plus florissante du règne d'Hérode. La fatalité qui pesait sur sa maison n'était que suspendue : Mariamrae, outre deux filles, avait laissé deux fils, Alexandre et Âristobule. Mais il étaient en bas âge et grandirent ensuite sous sa tutelle. La tragédie du palais ne reprendra que plus tard. Hérode a donc développé dans cette période toutes ses aptitudes d'administrateur. Les faits sont cependant de moindre importance. Nous les indiquerons avec leur date plus ou moins approximative en étudiant son gouvernement,^ si gros de conséquences pour l'histoire delà Palestine au temps de Jésus. Il se présentera à nous comme un des types les plus brillants — le mieux connu d'ailleurs — des rois hellénistiques assujettis â Rome, et néanmoins contraint par sa situation de roi des Juifs à des ménagements spéciaux dans l'ordre religieux. Nous aurons à apprécier le résultat de cette double politique sur l'esprit des Juifs.

A. Gouvernement.

Hérode était roi. Le titre venait de lui être confirmé par Auguste et le sénat. Il était roi ami et allié du peuple romain,, rex amicus et soçius (2) .

(1) Ani., XV, Tii, 10. On était en 28/27 d'après Otto, et cela résuite bien de la contexture générale de Josèphe. Schûrer donne Tan 25, parce que Josèphe dit {Ant., l.l., n° 260) que Kostobar cacha les fils de Babas dorant 12 ans. Mais ce peut être une erreur dé copiste {Ottd)^ ou-tre que les chiffres de Josèphe sont souvent inexacts. ,

(2) <pt).oç xai aii[A|Aaxoç {Ant., XVII, ix, 6).

LE GOUVERNEMENT D'nÉRODE. ITt

Le titre d'ami obligeait à des rapports pacifiques. Celui d'allié, plus étroit, supposait une alliance conclue par un traité formel (foediis), bilatéral, avec des obligations positives. Rien de semblable dans le cas d'Hérode. Ses forces étaient à la disposition de l'empereur, et il ne pouvait faire aucune guerre sans sa permission. Mais aucun traité ne liail envers lui son auguste partenaire. L'interdiction de battre des monnaies d'or et d'argent était le meilleur indice que sa souveraineté n'était pas absolue.

Sous cette réserve, il était maître chez lui. Il tenait le sceptre et portait le diadème. Il était affranchi de tout impôt; cela paraît certain, au moins depuis Auguste, même pour les parties ajoutées à son domaine. Il administrait ses finances à sa guise, et chez lui ne devait de comptes à personne.

Il était le chef suprême de son armée. Lorsqu'il fut sûr de sa situation politique, il renvoya sans doute avec force remerciements la légion qui n'était demeurée que pour le soutenir. Il avait à son service des mercenaires : Gaulois, Germains, Thraces, qu'il recrutait à son gré et auxquels il se fiait plus qu'à ses sujets. D'ailleurs il avait aussi une armée de Juifs. Il installait ses anciens soldats dans des colonies militaires. Il nommait les officiers. Les noms grecs dé leurs charges dans Josèphe ne désignent pas des grades précis, mais supposent cependant une imitation de l'organisation militaire hellénistique.

Aucun roi en deçà de l'Euphrate, aucune ville de l'Asie Mineure, n'étaient exempts de rendre leurs hommages à César. Hérode, on peut le: croire, les surpassa tous par son empressement, son zèle, sa complaisance. Il reçut, successivement à ce qu'il semble, le titre officiel d'ami des Homains et d'ami de César (1).

• Cette (( amitié w se manifesta constamment par des démarches personnelles. Après sa première entrevue décisive à Rhodes, Hérode ne négligea jamais d'aller rendre ses devoirs à Auguste, soit lorsqu'il vint en Syrie, en l'an 20 (2), soit lorsque lui-même alla chercher ses fils à Rome. Mêmes attentions envers Agrippa, l'ami et le gendre de l'empereur et, comme on croyait alors, son héritier présomptif (f 12 av. J.-C). Il lui conduisit un petit corps d'armée jusque sur les bords de la mer Noire, et quand Agrippa l'accompagna au retour à Jérusalem, il lui fît une réception splendide.

Ces offices de l'ordre social n'étaient rien auprès de l'hommage rendu à Auguste comme à un Dieu.

(1) Je croirais avec Otto que les deux inscriptioas d'Athènes sur le roi Hérode doivent s'entendre d'Hérode I^', Le peuple d'Athènes remercie d'abord le roi Hérode <pt)^opM[Aaiov {CIA,, \l\, 1, n. 550), puis {CIA., III, 1, ii. 551), le roi Hérode Eùo-eSvî xai çiXoxaCcfapa àpsTYJ; ëvexa xal sû'epyeataç. Il a pu changer sa titulature avec le temps.

(2) Dion Cassius, I, iv, 7.

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