‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 89 sur 198 · X. HERODE r · texte numérisé non relu

X. HERODE r

Dans d'autres cas cependant, il sembla constituer les fonctionnaires avec le peuple en une sorte de Haute-Cour de justice; mais c'était moins pour les consulter que pour en faire ses complices, ainsi lorsque, sur ses objurgations, le peuple lapida dans l'hippodrome de Jéricho ceux qu'il lui dénonçait comme des conspirateurs (1). Il amena dans l'assemblée du peuple à Césarée trois cents officiers inculpés de trahison, et ameuta (2) contre eux le peuple qui les massacra sur-le-champ. Ces deux circonstances sont de la fin du règne, et se sont passées dans deux villes où la population était très mélangée, en grande partie non-juive.

Le roi n'avait donc en face de lui aucun corps constitué dont il eût à tenir compte. Il nommait ses fonctionnaires, choisissait le conseil privé, se faisait assister par qui il voulait. Il était porté à ne pas se dépouiller de l'exercice direct du pouvoir. Le sceau royal était l'anneau qu'il porta au doigt jusqu'à sa mort (3). On ne rencontre pas en Judée comme chez les Nabatéens un frère du roi, sorte de grand vizir, tel que fut SuHaios, nainistre gouvernant chez les Arabes.

S'il fît vers la fin de son règne une place à part à un certain Ptolémée, ce fut sans doute comme ministre des finances (4). Mais il avait la libre disposition des revenus du royaume comme de sa fortune privée. La liste des dons magnifiques qu'il fit à Auguste, aux princes qui venaient le visiter, des constructions qu'il édifia, est ce qui serait le plus propre à donner le vertige à ceux qui songent aujourd'hui à faire de la Palestine le pays le plus riche du monde. Gomment suffisait-il à tant de dépenses dans un pays où l'agriculture ne peut être intensive et dépend des pluies d'hiver, où l'industrie n'existait guère, où le commerce naissait à peine avec le port de Césarée? Il est vraisemblable que pour ses constructions il employa largement le système de la corvée qui a permis de creuser le canal de Suez. C'était un de ses principes politiques de faire travailler le peuple pour qu'il se tienne tranquille (5).

Il puisait aussi largement dans sa fortune privée, qui était considérable, sans cesse accrue par les confiscations, sans doute aussi grossie par la banque comme celle des Médicis, et par le commerce maiitime, comme celle des rois angevins de Naples. On ne sait s'il percevait les impôts ^u moyen de la ferme ou de la régie directe : probablement combinait-il les deux systèmes.

En somme la principale source de sa richesse, c'était la prospérité du pays. Son administration était très stricte, mais savait promouvoir et

(1) Ant; XVI, X, 5.

(2) Bell., 1, XX VII, 6; Ant., XVI, xi, 7.

(3) Bell., II, n, 4; et. Ant.. XVII, ix, 5.

(4) Ant., Xyi, vn, 2 : ôtoixï]Triç twv tïj; paatJ.et'aç jrpaYixârwv,

(5) Ant., XW, X, A.

LE GOUVERNEMENT d'HÉRODE. 185

encourager le travail, dans un domaine très agrandi. La Judée, composée d'un désert et de montagnes où croissaient k peine la vigne et l'olivier, étendait maintenant sa domination sur la plaine, de Gaza au Carmel, où l'on récoite chaque année Je blé à l'été, et à l'automne des céréales variées, sur la Samarie très riche en vin et en huile, sur la plaine d'Èsdrelon où passaient les caravanes venues de l'Orient, jusqu'au pied du Liban, et au delà de la plaine du Hauran dont les moissons sont encore d'une richesse proverbiale. Les sources, aussi précieuses que rares, étaient captées par des canaux qui arrosaient les baumiers et les palmiers de Jéricho.

Dans l'ancien territoire comme dans les acquisitions surgissaient des villes nouvelles : Samarie, relevée de ses ruines et nommée Sébaste ou Augusta en l'honneur de l'empereur; Gésarée près de la tour de Straton, avec un port, mieux préservé que celui de Joppé, balayé par les ouragans du sud-ouest. Après avoir glorifié César, il songea à sa famille, à laquelle il fut si passionément attaché. Antipatris près de Lydda rappelait le nom de son père, Phasaëlis dans la plaine du Jourdain, celui de son frère. A l'entrée de Jéricho le château-palais de Gypros portait le nom de sa mère. Le bâtiment marchait fort au temps d'Hérode, indice assuré de conditions économiques satisfaisantes.

Et cependant les populations n'acceptaient le joug qu'en frémissant. Nous avons déjà cité les réclamations de ceux de Gadara : ils se plaignaient que l'autorité d'Hérode était dure et tyrannique; ils l'accusaient de violence, de pillage et de destruction des temples (1). Ils le craignaient tellement que leurs envoyés, quand ils pressentirent qu'Auguste allait les livrer à Hérode, n'hésitèrent pas à se donner la mort. Geux-là étaient des Syriens hellénisés; nous verrons que les Juifs ne pensaient pas autrement. De sorte que le caractère le plus saillant de ce règne, c'est l'isolement d'un souverain étranger, campé dans un pays où il ne se maintient que par la force (2), Cet aspect est rendu sensible par le nombre des forteresses bâties par Hérode. Quelques-unes avaient pour but de défendre ie pays contre l'étranger; encore est-il qu'elles pouvaient servir de refuge au prince, comme Machaerous, sur les hauteurs orientpiles de la mer Morte, en face de Masada.. A l'intérieur, les colonies militaires de Gésarée, et surtout de Sébaste, gardées par des vétérans, pour la plupart peut-être anciens mercenaires étrangers au pays, lai offraient un abri sur. Les châteaux forts d'Alexandreion et d'Hyrcanion servaient de prisons inexpugnables. Même les palais qu'il bâtit à Jérusalem, le palais royal,

(1) Ant., XV, X, 3 .

(2) Des troupes qui lui étaient plus attachées lui servaient à tenir le pays; tels les 300 Iduraéens qu'il envoya en Tiachonitide pour réprimer les razzias des Arabes {Ant., XVI, ix, 2).

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