HÉRODE ET LE JUDAÏSME
Les Juifs n'étaient insensibles ni au bien de la paix, ni à l'agrandissement des frontières, ni aux mesures habiles du roi. Mais le prestige qu'il avait à l'étranger leur paraissait acheté trop cher au prix de ce débordement de Thellénisme qui risquait, comme au temps des Séleucides, d'aboutir à la ruine de la relig-ion et des mœurs nationales. Les deux points étaient solidaires, ces mœurs étant sanctionnées par une loi donnée par Dieu même, qu'ils étaient obligés de respecter, comme leurs ancêtres s'étaient engagés à le faire par un contrat solennel et sacré.
L'hellénisation de la cour et du gouvernement était évidente, et Hérode ne songeait pas à dissimuler aux Juifs ce dont il se faisait gloire. Lui aussi connaissait leur histoire, et il tenta de rassurer les Juifs sur les conséquences religieuses qu'ils appréhendaient.
Un roi vraiment helléniste aurait pu se mettre au rang des dieux (1). Hérode semble en avoir eu envie. Que ne lui demandait-on de faire pour lui-même, souverain du pays, ce qu'il faisait pour Auguste? Et il gardait rancune au peuple juif de lui refuser des statues, des temples et des dédicaces (2).
Cependant il s'abstint. Nous savons seulement qu'une statue lui avait été consacrée dans le temple de Si^a en Satanée (3). Otto a pensé que l'aigle placée au sommet de la porte du Temple exprimait son espérance d'être emporté parmi les dieux par l'oiseau du soleil. Mais ce n'est là qu'une conjecture fondée sur l'analogie avec l'aigle romaine, symbole de l'empereur divinisé. Hérode a pu penser, au Temple et sur ses monnaies, à l'aigle romaine symbole de l'empire.
C'est pour ménager les scrupules légitimes des Juifs qu'il n'a bâti aucun temple sur leur territoire (4), comprenant la Judée et aussi sans doute la Galilée et une partie de la Pérée.
Après avoir tant fait, dans ses domaines et au dehors, pour son intérêt politique et pour sa gloire, Hérode pensa aussi au Temple du Dieu des Juifs. Déjà il avait bâti dans la capitale un théâtre, un amphithéâtre, un hippodrome, des palais, et le vieux temple commencé par Zorobabel était toujours debout comme un témoin lamentable de la détresse de son temps et du mauvais goût de ses architectes, lourd, trapu, massif, sans ce cortège des portiques et des sculptures qui ornaient les temples grecs.
(1} Antiochus. de Commagène (69-38 av. J.-C), prince moins puissant, l'a fait dans ses inscriptions {Ditt., Or. gr. 383).
(2) AnL, XVI, V, 4.
(3) DUlenberge7\ Or. graec, l, 415 : [pa]criXct; 'HpcoSa xupîqj 'OSy.i(rzTQç SaôSou £6r,v.a tov àvSptcîvTa tatç k^aXc, ôaKavaifç,]. Ce ne peut être qu'Hérode P% le seul de ce nom qui ait régné dans ce pays, il vivait encore (xuptfp) ^^ ^^ dédicant était d'origine arabe.
(4) AnL, XV, IX, 5 : aux âv 1% twv 'louSat'wv, e'esl-à-dire dans les régions où la population juive était la majorité, les contrées assimilées par les Asmonéens^