‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 92 sur 198 · X. HÉRODE · texte numérisé non relu

X. HÉRODE

- Mais il était difficile à Hérode d'y toucher. Le respect de la tradition exigeait absolument que le nouveau Temple fût }3âti à la même place, avec les mêmes proportions, dictées par Dieu. Qu'allait penser le peuple le jour où le marteau des démolisseurs s'attaquerait aux vénérables murailles?

Hérode se décida, après son entrevue avec Auguste en Syrie (1), et on serait curieux de savoir si ce n'est pas l'empereur qui lui aurait suggéré de faire aussi quelque chose pour son Dieu national, au moment où il allait lui élever à lui le temple de Panias.

Le roi était alors à l'apogée de sa fortune : son domaine venait de recevoir son dernier agrandissement par le don de la tétrarchie de Zénodore, en la dîx-huitième (2) année de son règne. Il réunit le peuple et lui exposa son plan. Son dessein n'était pas de changer les proportions du Temple. Bien au contraire il lui rendrait les cent- vingt coudées qu'il avait eues au temps de Salomon, alors que l'édifice du retour de la captivité n'en avait que soixante. Son but était de « s'acquitter envers Dieu, par ce pieux hommage, de ses bienfaits et du don de la royauté (3) ».

Il n'eût pas été prudent de suspecter les intentions du roi. On fit mine, et de la façon la plus modeste, de craindre l'énormité des frais. Hérode promit de ne pas commencer à démolir avant que tout fût prêt pour élever rapidement le nouvel édifice. Le roi fit même confectionner des vêtements sacerdotaux (4) pour mille prêtres, qui seuls auraient qualité pour édifier le sanctuaire. L'ouvrage entier comprit un agrandissement de l'enceinte grâce à des terrassements considérables, des portiques le long de ses murs, des ornements dispendieux comme la vigne d'or qui courait du haut des portes au sommet de l'édifice. Pour tout achever il fallut de longues années. Mais après neuf ans et demi le sanctuaire était achevé, avec son autel, les bâtiments nécessaires pour les préparatifs du culte, et Hérode en fit la dédicace, au jour anniversaire de son couronnement (5). Cependant cette fête ne supplanta pas, dans le calendrier sacré, l'ancienne dédicace de Judas Macchabée.

Le Temple de Jérusalem fut sûrement la plus magnifique des constructions d'Hérode. L'art grec régnait dans les portiques; il respectait dans le sanctuaire la majesté du pylône oriental et les ténèbres mystérieuses du sanctuaire où nulle statue n'obstruait l'espace rempli par la présence

(1) D'après Dion Cassius, LIV, 7, sous le consulat de M. A.ppuleius et de P. Silius, an 734 de la fondation de Rome, 20 av. J.-C.

(2) Ant., XV, XI, 1. Dans Dell., I, xxi, 1, la quinzième année, mais par erreur puisque c'est aussi après la visite à Auguste dont la date est lixée par Dion.

(3) A7lt., l. l.

(4) C'est une conjecture inutile du traducteur français de corriger « des vêtements de travail ».

(5) Si la conquête de Jérusalem a eu lieu en juillet, les travaux avaient donc commencé en Janvier de l'an 19 av. J.-C; cf. Jo. u, 20.

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