HÉRODB ET LE JUDAÏSME
divine. Josèphe ne parle pas, dans sa description des travaux, de l'aigle qui fit plus tard tant de scandale.
La splendeur des bâtiments, l'éclat du culte apaisèrent pour un temps les inquiétudes des Pharisiens. Hérode n'en était pas moins un pécheur, mais il avait bâti le temple pour expier le meurtre des sages d'Israël (1). D'autres disaient même que le conseil de bâtir lui avait été donné par Baba ben Bouta (2). Déjà au temps de Josèphe on racontait que durant la construction il ne plut jamais que la nuit (3). On supposait donc volontiers que les meilleures initiatives du roi avaient pour but de réparer un péché.
Il avait élevé à la porte du sépulcre du roi David un monument de marbre blanc (4). Nicolas de Damas ne disait rien de plus. Un bruit auquel Josèphe ajoute foi expliquait qu'il avait tenté de violer les sépultures royales comme avait fait Hyrcan (5), et que, repoussé par une flamme surnaturelle, il avait jugé prudent d'expier sa faute (6).
Ainsi, quoi que fit le roi, il ne gagnait pas les cœurs. C'était bien d'expier, mais il avait trop à expier.
Il s'efforçait cependant de ne pas donner prise au grief le plus redoutable, celui d'idolâtrie. Le souvenir d'Antiochus était toujours là. Dans le» fêtes il arborait des panoplies comme trophées. Le peuple s'inquiétait de savoir ce qu'il y avait sous ces simulacres. N'étaient-ils point remplis d'idoles cachées? Pour les rassurer il démonta les trophées, appliqués sur un simple tronc de bois nu, sans aucune figuration humaine. Mais ces courses de chars, ces combats de bêtes, toute cette culture étrangère, n'était-ce pas l'apostasie des mœurs nationales? Une dizaine de Juifs, parmi les plus exaltés, conspirèrent et tentèrent de poignarder le roi enplein théâtre. Hérode était bien servi par sa police. Les conjurés périrent et le tyran se vengea de toute leur famille (7).
Ce complot date environ de l'an 27 av. J.-C. Personne n'osa plus bouger; la répression était infaillible et dure. Mais la patience de tousétait à bout, et Hérode ne l'ignorait pas. S'il y eut une détente après la famine, ce ne fut qu'une trêve (8),
■ (1) Bamidbar-rabba, c. xiv (Derenbouug, p. 152).
(2) Baba-bathra, 3'' (Deu., p. 152).
(3) Ant., XV, XI, 7.
(4) Anù^, XVI, VII, 1.
(5) Ant., XIII, VIII, 4.
(6) Nous sommes porté, avec Otto, à voir dans le fait d'IIérode un doublet inventé d'après le fait d'Hyrcan, si ce ne sont pas deux histoires pliarisiennes pour diffamer des rois ennemis. Denos jours nous avons vu entreprendre une campagne de fouilles pour trouver le reste des trésors fabuleux de David. Le P. Vincent en a tiré parti pour l'archéologie; cf. Jérusalem sous terre.
(7) Ant., XV, VIII, 3 s.
(8) Ant., XV, IX, 15. La source, ou plutôt le panégyriste exagère en disant que « les haines soulevées jadis par la violation de quelques coutumes ou de certaines traditions de gouvernements disparurent complètement de la nation ».
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La noblesse demeurait attachée à l'ancienne dynastie, et à vrai dire Hérode chercha moins à se la concilier qu'à la réduire à l'impuissance par les supplices et les confiscations.
Le sacerdoce regrettait le temps où, son chef était le roi. Les mesures prises par Hérode pour avoir le grand prêtre à sa discrétion en le nommant et le déposant selon son gré, en gardant par devers soi les ornements sacerdotaux, étaient une humiliation qui dut paraître intolérable, quoique la famille de Boéthos, venue d'Alexandrie, ait été probablement moins choquée de l'hellénisme affiché du prince.
Hérode s'appliqua surtout à se concilier les Pharisiens, si puissants sur le peuple, et qui seuls étaient en état de lui faire une réputation de bon israélite. Au début leur franche inimitié contre les Asmonéens lui avait valu une attitude presque sympathique de la part de leurs chefs, Pollion et Saméas, que ces pieuses personnes justifiaient par la soumission due aux arrêts de la volonté divine.
Mais ce parti, attaché à la Loi, hostile aux Asmonéens parce qu'ils avaient «ecGué leur tutelle pour adopter des allures profanes, ne pouvait tenir Hérode que pour un infidèle, un prévaricateur des saintes observances. Lorsqu'il recevait des Gentils à sa table, ce qui était déjà se souiller, se souciait-il d'éviter les aliments impurs? Et cela dans Jérusalem ! Il envoyait «es fils à Rome où ils vivaient chez un idolâtre, et se pénétraient sûrement des superstitions de leur hôte.
Le principe fondamental de la Loi était violé. Sur la terre d'Israël, non plus seulement des dieux étrangers, comme au temps d'Achab et de Jézabel, mais un dieu qui n'était qu'un homme mortel, un dieu de chair, était installé avec sa statue dans Samarie, dont la chute au temps d'Hyrcan avait rempli de joie toute la Judée. Que pouvaient penser les Juifs fidèles en voyant les revenus de la nation prendre le chemin de la Philistie, pour enriclîir les vieux ennemis de Juda, ou de Tyr et de Sidon, dont le luxe et l'idolâtrie avaient été flétris par les prophètes?
Les Pharisiens avaient d'abord accepté le joug d'Hérode, instrument de Dieu pour châtier son peuple. Ils courbaient la tête sous le fléau. Mais ils comptaient sur l'achèvement de la justice poui* le châtiment du principal coupable.
Une occasion leur fut offerte où il leur fallut se prononcer, lorsqu'Hérode, pour brider par la conscience un peuple qu'il sentait hostile, voulut l'engager par un serment envers sa personne : encore un usage des rois syrogrecs! Dans cette circonstance, plusieurs d'entre eux refusèrent le serment, à la suite de Pollion et de Saméas. Hérode ne les contraignit pas, par égard pour Pollion. Même il dispensa les Esséniens, parce qu'il leur était interdit par leurs principes religieux de prêter quelque serment que ce fût.
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L'hostilité était donc engagée entre Hérode et les Pharisiens, même à l'époque la plus florissante de son règne, et au moment où il allait ■construire le Temple de Dieu (1).
Hérode, nous l'avons vu, rejetait sur les Romains la responsabilité de son plus grand crime, celui d'idolâtrie. Mais les Romains n'étaient point des maîtres aussi durs. Depuis Jules César, ils avaient respecté partout leurs usages, falldt-il pour cela leur accorder des privilèges. Leur suzeraineté n'était pas plus à craindre pour la religion que celle des Perses. Auguste avait offert des vases précieux au Temple (2) et y faisait offrir chaque jour des victimes comme un hommage au Dieu Très-Haut (3). Quand Agrippa était venu à Jérusalem, il avait immolé une hécatombe entière (4); N'était-ce point un signe avant-coureur des hommages que les Gentils rendraient un jour à la montagne de Sion (5)? L'essentiel était que le peuple vécût selon ses lois, sous la direction de ses chefs spirituels, ou plutôt sous le gouvernement de Dieu.
Les Juifs étaient habitués depuis des siècles à vivre sous une tutelle étrangère ; celle des Césars, qu'on ne pouvait décliner, sauvait presque les apparences. On ne voyait donc pas alors en Judée cette haine du joug romain qui était né avec Pompée, qui devait renaître plus tard. Le véritable usurpateur des droits de Dieu, c'était l'iduméen, qui gouvernait en tyran, et, même par ses bienfaits et l'éclat de sa prospérité risquait d'entraîner le peuple à l'apostasie.