‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 94 sur 198 · III. — Le déclin : 14 à 4 av. J.-G · texte numérisé non relu

III. — Le déclin : 14 à 4 av. J.-G

En l'an 14 av. J.-C. rien ne faisait prévoir en dehors du palais les tragiques événements qui devaient marquer la fin du règne d'Hérode. Revenu de son voyage au Pont où il avait accompagné Agrippa avec une petite armée, il avait obtenu de lui des faveurs importantes pour les Juifs, et avait annoncé ce succès au peuple en lui remettant le quart de l'impôt. S'il fut un temps où Hérode parut en paix avee tout le monde, même avec ses sujets juifs, ce fut celui-là.

Déjà cependant la discorde avait commencé parmi les siens. En l'an 2â, il avait envoyé à Rome les deux fils de Mariamme, Alexandre et Aristobule, bien doués tous deux, surtout Alexandre. En 18 ou 17, iL était venu en

(1) Ant., XV, X, 4. Du moins si l'oa s'en tient au contexte de Josèphe. Otto n'admet qu'un seul serment, celui dont nous parlerons plus tard. Mais Josèphe les distingue, et si l'attitude des Pharisiens est la même dans les deux cas, ce fait est trop naturel pour qu'on en conclue à ua doublet.

(2) Bell, V, xui, 6.

(-S) PiULON, Leg. ad Gamm, § 23, Colinj 157.

(4) Ant., XVI, 11, 1.

(5) Is., II, 2 SS.

192 X. nÉRODE f.

roi à Rome, où il avait autrefois obtenu la couronne à charge dé la conquérir grâce aux légions. Il était bien juste qu'il rendit ses hommages à Auguste en allant chercher ses enfants, qui, chez Asinius Pollion (1),. avaient été sous la tutelle impériale. Un an ou deux après, Hérode avait marié ses fils, l'ainé Alexandre à Glaphyra, fille d'Archélatis, roi de Gappadoce, le second à Bérénice, fille de sa propre sœur Salomé. Il poursuivait ainsi son plan de fondre les deux familles, celle des Asmonéens et la sienne, pour mieux acclimater la tribu iduméenne dans la terre de Judée.

Malheureusement pour eux les jeunes princes se prêtèrent mal à ce calcul. Ils étaient fiers de descendre d'une princesse de la race royale qui avait sauvé le judaïsme. Ils ne pouvaient ignorer la fatale destinée de leur mère, odieusement calomniée, et la part qu'avait prise à sa perte la sœur du roi, Salomé, plus coupable que lui, puisqu'elle l'avait perfidement induit à douter de la vertu de sa femme. Le fils aîné du roi, Antipater, né de Doris, ne leur faisait pas ombrage, car il avait été éloigné en même temps que sa mère. La naissance obscure de celle-ci ne lui permettant pas d'aspirer au trône, le successeur d'Hérode serait l'un des fils de Mariamme. Auguste, qui les aimait tous deux, avait laissé' à leur père le droit de choisir. Pendant le voyage de celui-ci dans le Pont, comme il était naturel, les deux jeunes gens parlèrent plus librement ; vengeurs de leur mère, ils sauraient bien plus tard contraindre ses ennemis à se vêtir de guenilles (2). Salomé se sentait visée; le mariage d'Aristobule avec sa fille, au lieu de lui inspirer quelque tendresse maternelle, lui servait seulement à enregistrer les propos les plus intimes du jeilne imprudent : elle se les faisait répéter par sa fille.

Phéroras, frèrej d'Hérode, entra dans son jeu et tous deux dénoncèrent les princes au retour du roi, comme conspirant contre lui, dans l'impatience de venger leur mère. Hérode crut habile de dompter la fougue de ses fils par la menace d'un rival : Antipater revint à la cour avec sa mère Doris. Il fallait avant de le promouvoir davantage, l'envoyer à Rome pour gagner la faveur d'Auguste. Antipater partit donc avec Agrippa. Ce revirement ne pouvait qu'exaspérer Alexandre et Aristobule ; il excitait Antipater à s'assurer leur place en les perdant.

La principale source de Josèphe, Nicolas de Damas, fut l'ennemi juré d'Antipater: il le traita donc fort mal. Mais aucun autre document ne proteste contre l'idée qu'il en donne. Antipater était une nature brutale, et cependant sournoise ; aussi ambitieux que son père il n'avait pas cet

(1) Ant., XV, X, 1 nomme seulement Pollion que Willricli (p. 184 s.) tient pour un Juif.

(2) Josèphe "est revenu plusieurs fois sur ces griefs: Ant., XYI, i, 2; m, 1 s.

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