‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 95 sur 198 · DERNIÈRES ANNÉES D'HÉRODE · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES D'HÉRODE

attachement aux siens qui est le sentiment le plus humain du roi parvenu. Si différents qu'ils soient par leur origine, les textes de Josèphe conduisent à cette conclusion que les deux jeunes princes, inconsidérés dans leurs paroles, ne complotèrent jamais la mort de leur père, tandis qu'Antipater y attenta de propos délibéré. De Rome, désormais en situation d'agir sur l'esprit du roi, il continua la campagne commencée par Salomé de délations calomnieuses. Si bien qu'Hérode, encore plus ébranlé, prit le parti de conduire ses deux fils à l'empereur pour le faire juge de leur ingratitude, nie joignit à Aquilée, et les accusa d'avoir voulu le tuer pour s'emparer du pouvoir. Les jeunes gens, avec l'élan spontané de leur âge, protestèrent de leur affection filiale en versant des larmes; Alexandre, toujours le premier en scène, prononça un discours touchant. Auguste se porta garant de leur innocence, sans laisser de blâmer leur pétulance, et les réconcilia avec leur père. Antipater prit part à cette paix. Il en demeura le bénéficiaire, car Hérode, rentré chez lui, convoqua le peuple et désigna comme ses successeurs « Antipater en premier lieu, puis les fils de Mariamme (1) ». Cette formule était vague et entendait seulement inviter à la concorde les princes et leurs partisans. Hérode ne se sentait nullement disposé à leur céder le pouvoir avant le temps, et demeurait maître de prendre d'autres dispositions avec l'agrément d'Auguste.

C'est précisément à cette époque (12 av. J.-C), semble- t-il, qu'il se trouva engagé dans une affaire qui lui fit perdre les bonnes grâces de l'empereur. Avec ses voisins les Nabatéens les rapports étaient difficiles. La longue frontière, sans rempart naturel, donnait une occasion facile aux razzias des Bédouins du désert. Une bonne entente eût exigé que les Nabatéens ne leur permissent pas de se réfugier chez eux. Or le roi Obodas laissait le gouvernement à son ministre S yllaios,, ennemi déclaré d'Hérode. A une époque qu'on ne saurait préciser, Syllaios était venu à Jérusalem, encore jeune, et Salomé, veuve de Kostobar, s'était éprise de lui. S'il partagea sa passion, Salomé était donc encore relativement jeune, et il faut faire remonter cette intrigue amoureuse peu après la mort de son premier mari. Le roi n'avait rien à objecter à cette alliance; lui-même dans sa jeunesse avait épousé une arabe. Mais par un accès de zèle assez rare chez lui, il demanda à Syllaios d'accepter les usages juifs. L'Arabe répondit, comme répondraient encore tous les Arabes, qu'il se ferait lapider par sa nation. Pour une fois Hérode s'était fait un ennemi par son prosélytisme juif.

Vers l'an 12 av. J.-C, des « brigands », c'est-à-dire sans doute des Bédouins venus de l'est, infestèrent la Trachonitide. Hérode avait été mis

(1) AnL, XVÏ, IV, 6. Dans Bell., I, xxm, 5, tous trois sont sur le même rang.

I9)i X., ÏÏÉRODE l?\.

là par àugorste pour fake; le; gendaptn«;. Ili les; trëLqiua,. les; oMgreai k évaeuer son teafritcyire ; mais comme iM s'éiiaient réfugiés chez ks Niatoa^ téens, il deraarwîa leur? extEadition, qui lui Mt refusé©.. Alors; il se rappela qpQ: les; Nabatéêias lui avaient emprunté de, rargeut.. Ils promiKent de payer, mais n'en firent rien.. Les: ckoses traînèrent exi longueur. Hérode négocia,, perdit patience, n'osa rien faire pour, ne pas déplaire à Auguste. Enfin se croyant assuré de l' assentiment de G;. Sentius Saturninusy gouyerneur de Syrie,, il entra chez; ses voisins» pour se payer et les battit. Syllaioa vint plaider sa cause à Home, accusa Héroda d'avoir tuè 2v500 hommes; dans un combat régulier engaigé sans permission. L'irritation de l'empereur fut extrême. Il venait d'ei^voyer à Hérode, de comcert avec l'impératrice, des présents magnifiques pour la dédicace de Césarée ^mars. 10 ou 9 av. J.-C.). Tout ce que fit. Hérode pour le: calmer fut inu~ tik. Heureusement pour les Juifs, Obodas mourut,, et: Arétas IV M'était pas: disposé à subir le joug de Syllaios. Nicolas dk. Damas envoyé c^mme avocat des Juifs: fit parler quelques Arabes,, prit le: biais de rendre; ces*ponsable le seul Syllaios, déjà en disgrâce, et se montra bom cooiaiaisseur des choses de l'Orreat en. raccusant d'avoir multiplié; par cent les vingteihq^ hommes; qui avaient péri dams uiTe escarmouche. Auguste pardonna donc à Hérode, mais le charme de l'ancienne amitié était rompu (1).

Heèrode acheva de^ se rendre odieux eit laissant libre cours aux soupçons dont il était: la, première victime par les tortures qu'ils lui causaient.

Les deux fils de Mariamme, fiers de leur naissance, entraînés par une anofeition juvénile, et se sentant aimés dans le peuple et dans l'armée,, étaient à coup sûr décidés à régner seuls après la mort de leur père^ Salomé, Phéroras et Antipater n'avaient de chance de l'emporter sur eux: qu'en les perdant avant la mort d'Hérode, et par lui. Leurs; manœuvres ne: Eurent pas toujours adcoitcs, ainsi lorsque Phéroras persuada à. Alexandre pour le faire éclater que le roi ainiait sa. femmic Glaphyra. Le: iwpince s'en plaignit ouvertement à son père, qui pour un temps imposa silence aux deux calomniateurs, car PhéroraS; rejeta, la faute, sur Salomè (2)., , ■

En l'an 9,, raceusàtioni fut soutenue par deux: jeunes eunuques du roi qui avouèrent leurs relations avec Alexandre., Le lecteur de ces histoires, réserve sa conïpasssion pour les de:uxL princes.. Il faudrait s'apitoyer plusencore sur tous ceux, en gcanid nombre, quelle: roi fî-t mettre; à la torture,, pour leur arracher dés aveux auxquels il ne croyait plus quand ses victimes avaient parlé dans les tourments. Alexandre lui-même, arrêté et

(1) Guerre avec les Arabes, Ant., XVI, ix, 1-4. — Mission de Nicolas, XVI, x, 8 s. 2) 4«^., XVI, m,. 4.

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mis aux fers, en viat à cet excès de désespoir de se reconnaîtue coupable d'ayoir attenté à la vie dm roi ; il ajoutait : avec la complicité de Salomé et de Phéroras!

Un homme mit dans cette logubre. affaire de police nne lueur de bon senSi et d'affection paternelle. Ce: fut le roi Archélatis qui vint tout exprèsde Cappadoce pour réconcilier son gendre avec Hérode, menaçant d'emmoner sa fille si l'on ne faisait pas la paix., La trêve qu'il obtint nefut pas de longue durée. Insouciants, comme toujours, les princes firent: bon accueil à deux gardes du corps d'Hérode qu'il avait congédiés» C'était les désigner pour la torture; ils finirent par confesser qu'Alexandre les avait chargés d'assassiner le roi. Les deux princes sont arrêtés, déférés au jugement d'Auguste qui de. guerre lasse permet à Hérode de les juger à sa façon.

Un tribunal de fortune où figuraient des Romains* et des Juifs amenés par Hérode fut constitué à Béryte. Les accusés ne furent pas admis à; Gomparaltre. La violence avec laquelle Hérode les chargea dicta leurcondamnation. Le père n'était pas enclin à pardonner,, mais Nicolas de- Damas lui fit appréhender le mécontentement de Rome ; il hésitait.. Des syaaaptômes de méconteutement dans l'armée le décidèrent. Il livra à la Ganaille de Jéricho trois centS; officiers qu'elle massacra, et fit étrangler ses deux fils à Sébaste (1).

On était en l'an 7 av. J. -G.

Auguste ne: dissimula pas le dégoût qu'il ressentit de cet; égoïsmebarbare. Le roi juif n'aurait pas 'osé violer la loi de Moïse qui interdisait de manger du porc. Les porcs élevés par les Syriens dans ses domaines n'avaient donc rien à craindre de lui : Mieux valait être le pore d'Hérodc:^^ que son fils (2) !

La situation exigeait autre; chose qu'une plaisanterie. Après la mort d'Hérode, des troiibles étaient à craindre. Antipater avait-il déplu? C'est cette année même ou l'année suivante qu'Hérode obligea tout le peuplé juif à prêter serment de dévouemeiit envers César, c'est-à-dire envers le représentant du peuple romain, et envers les intérêts du roi (3). Josêphe qui ne parle de ce serment qu'entre parenthèses: ne dit pas que l'ordre soit venu de Rome, mais on ne saurait en douter. Hérode n'est même pas nommé en personne dans; le serment. Le terme de bienveillance ou

' (1) Nous pensons avec Otto, contre Schûrer, que le roi ne fit aucun voyage à Rome après 1» visite d'Archélaus. S'il en conçut le dessein {Ant., XVI, viii, 6), on ne voit pas qu'il l'ait exécuté.

(2) Le jeu de mots n'existe qu'en grec, hys « porc », et hyioSj « fils ». Le trait a été môle par Macrobe {Sat^yïl, vf, 11.) au massacre des. Innocents ; il n'en est pas moins authentique en lui-même.

(3) Ant^, XVII, 11, 4 l'Tcavtèç.Yovi/ TOÛ lOuSaïxou peêaKio-avTO; 8t' ôpxtov ^ [ativ eyvo.yi(retv Kaîcapti, xal Toïç pafftXéwç îtpâY[Aa<Ttv,

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de dévouement, qui paraît assez vague, est bien plutôt un terme technique, coloré d'euphémisme, pour exprimer la sujétion la plus complète. Une découverte récente a fait connaître le serment prêté par les Paphlagoniens, peu après celui qui fut exigé des Juifs (1). Il est d'une extrême rigueur. On jure d'être bienveillant envers César Auguste, — c'est lé même terme que dans Josèphe, — en s'engageant à n'épargner pour son service ni son corps, ni son âme, ni sa vie, ni ses enfants, à révéler tous les complots, à poursuivre ses ennemis sur terre et sur mer, en appelant toutes les malédictions sur la personne et la race de ceux qui seraient infidèles. On jure par les dieux et par Auguste lui-même. Il est évident que pour les domaines d'Hérode avait été rédigée une formule qui convînt aux Syriens comme aux Juifs, par exemple en remplaçant les dieux par le Dieu Très-Haut, terme protocolaire adopté par les Romains et qui ne pouvait faire difficulté pour les adorateurs de Zeus ou Jupiter Très-Grand.

En exigeant ce serment, Auguste mettait déjà la main sur les territoires dépendant d'Hérode, la prestation du serment par chacun supposait ou constituait une sorte de recensement.

Les Pharisiens, qui avaient déjà refusé le serment à Hérode seul, refusèrent, probablement en plus grand nombre, de s'engager envers Auguste, un souverain étranger et un païen. On en compta environ six mille. Mais leur intention était de ne pas agir contre leur conscience, non d'irriter le pouvoir ; ils cherchèrent donc un accommodement qui finit par tourner contre eux.

Hérode sincèrement attaché à sa famille à lui avait comblé son frère Phéroras en le faisant nommer tétrarque. Il lui offrit même en mariage sa propre fille. Phéroras, beaucoup moins énergique que son frère, était dominé par une femme de basse condition. Il essaya de se séparer d'elle, puis la reprit et enfin l'épousa. C'était outrager le roi au point le plus sensible. Si bien que Phéroras, un peu malgré lui, mais incapable de résister à sa femme, à sa belle mère, à sa belle sœur liguées avec Doris la mère d'Antipater, se trouva jeté dans l'opposition qui se formait autour d'Antipater, et devint dès lors suspect à Salomé son ancienne complice. Or la femme de Phéroras suivait aveuglément les Pharisiens. Leur refus du serment était assurément assimilable à un crime de lèse- majesté. Toujours décidé à ne pas rompre avec eux le roi se contenta de leur infliger une amende, que la femme de Phéroras acquitta en leur nom.

(1) DiTTENB., Or. Gr., 532 : 'Airà AÙToxpàtopo; Katcrapoç Osoû ulov) SsSacrTOu OjrareiiovTO; tb SwSéxatov îxoMc, Tpîwu. Le douzième consulat d'Auguste est de l'an 5 av. J.-C, la province date de 6 av. J.-C; la troisième année est donc à dater du 12° consulat, non de la province, et répond à l'an 3 av. J.-C.

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