DERNIÈRES ANNÉES D'HÉRODE
Ici il faut citer Josèphe : « Eq retour de cette marque d'amitié, ils lui prédirent — car la fréquentation de Dieu leur conférait le don de prophétie — que Dieu avait décrété que le trône échapperait à Hérode et à sa race et que la couronne passerait à elle-même, à Phéroras et à leurs enfants. Ces propos, que Salomé avait découverts, étaient rapportés au roi, ainsi que le fait que quelques courtisans s'étaient laissé corrompre. Le roi fit alors périr les plus coupables des Pharisiens, Teunuque Bagoas et un certain Carus qui l'emportait sur tous ses contemporains par sa beauté et était son mignon; il fit mourir aussi tous les gens de sa maison qui étaient d'accord avec les Pharisiens (1). »
La complicité de l'eunuque à laquelle on attachait tant de prix étai^ indispensable si l'on se proposait d'empoisonner le roi. Elle fut obtenue par une promesse qui enchérit sur un passage messianique d'Isaïe (2) : « je donnerai (aux eunuques) dans ma' maison et dans mes murs un monument et un nom meilleur que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel ». Josèphe, bien décidé à n'admettre d'autre Messie que Vespasien (3), réduit cette conjuration mystérieuse à une intrigue de palais, et sûrement les Pharisiens, obligés envers la femme de Phéroras, ont dû lui faire espérer la royauté de son mari. Et cependant ils parlaient vaguement à Bagoas d'un roi établi par prophétie! Probablement, le faible Phéroras écarté, espéraient-ils voir surgir un descendant de David. Ce roi devait avoir des pouvoirs surnaturels, puisque Bagoas obtiendrait la faculté de se marier et d'avoir des enfants. Il faut peser tous les termes de Joseph^, d'autant plus qu'il était plutôt porté à les atténuer : « Or Bagoas avait été entraîné par eux comme devant porter le titre (honorifique) de père et de bienfaiteur du roi qui devait être établi d'après la prophétie, car (ce roi) devait avoir tout en sa main, et il lui accorderait le pouvoir de se marier et d'avoir des enfants à lui» (4).
Phéroras fut seulement chassé de la cour ou s'enfuit de son plein gré dans sa tétrarchie. Il n'était pas de force à opposer ses prétentions à celles d'Antipater, et préféra s'associer à ses projets meurtriers et parricides. Antipater avait été désigné comme seul successeur, sans doute avec l'assentiment d'Auguste, et en cas où il mourrait avant son père, son frère Hérode lui était substitué, ses propres enfants étant exclus. Il lui tardait d'être maître absolu, et il ne se crut assuré de l'avenir qu'en faisant régler la succession à Rome, en des termes sur lesquels on n'aurait pas à revenir,
(1) Ant., XVir, 11, 4.