I. Les trois derniers prophètes
Hagaï, Zacharib et Malachik.
Une nouvelle ère, toute différente de celle que nous venons de retracer à grands traits, va commencer pour le judaïsme. Nous disons le judaïsme, parce que ce nom sert à la caractériser et à la distinguer de celle du mosaisme pur. Au règne de la loi écrite va succéder celui de la loi orale : après le texle va venir l'interprétation, formant comme le trait d'union entre les deux époques.
Mais si la philosophie de l'histoire, pour la plus grande intelligence des faits et des idées dont ils sont l'expression, peut faire des parallèles, décrire des zones distinctes et séparées dans le domaine de l'abstraction, il n'en est pas tout à fait de même dans la réalité historique. Là, les frontières des idées et des principes dirigeants ne sont pas aussi nettement dessinées ; on les voit se mêler, se croiser, s'enchevêtrer, empiéter sur leur terrain respectif, et faire brèche aux cercles tracés par la raison spéculative.
Cette réflexion nous est suggérée par le spectacle que nous offre le début du nouveau cycle. A côté d'Ezra, représentant soit des idées, soit des besoins nouveaux, figurent les trois prophètes ses contemporains, qui continuent la tradition prophé-
tique pendant les quarante premières années (4) du retour de la captivité. Nous disons qu'ils continuent la tradition prophétique, en ce sens qu'ils proclament, à l'égal de leurs prédécesseurs, la supériorité de la religion sur le culte, de l'amour et de la crainte de Dieu sur des pratiques où le cœur et l'esprit n'auraient point leur part. C'est ainsi que nous voyons Zacharie s'élever contre le jeûne qui ne serait pas accompagné d'un retour à la justice, à la probité, à la charité , à la défense des faibles et des opprimés, en s'appuyant textuellement sur l'autorité des premiers prophètes (2) ; c'est ainsi qu'il prédit la transformation des douloureux anniversaires de la catastrophe nationale en jours de fête et d'allégresse , sous la seule condition de faire prévaloir au sein d'Israël la vérité et la paix (3) ; c'est ainsi que Malachie proteste contre les offrandes impures, rebut de l'étable et de la bergerie, produit de la rapine et du vol, ou bien arrachées par la contrainte à la mauvaise volonté (4) ; c'est a insi que, d'après le même prophète, le cohen et le lévite sont moins les chefs des cérémonies du culte et les sacrificateurs du temple que les propagateurs de l'instruction religieuse, les guides spirituels du peuple dans le chemin de la droiture et de ' a réparation morale (5). C'est sans doute ce que veut enseigner ' a tradition , lorsqu'elle dit : « Avec Haggaï, Zacharie et Ma- 'acliie s'en va l'esprit saint, auquel vient se substituer un simple éc ho de l'antique inspiration, le Bath kol (fille de la voix) (6). *"" Oui, l'esprit saint, le souffle prophétique qui a duré, sans So 'ution de continuité, depuis Moïse jusqu'à Malachie, nommé Pour ce motif — le sceau de la prophétie (7), — se retire. On en gardera les éternels enseignements, mais on n'en enlendra plus ,a voix et les divins accents : on n'entendra plus ni chanter la lvr e de David, ni parler la sagesse de Salomon, ni retentir l'élo quente prédication d'Osée, d'Isaie et de Jérémie ; on ne les
") Le Khozarl, III e partie, n° 20.
( 2 ) Zacharie, VII, 8-19.
( ri ) /»W.,Vin, 19.
(*) Malachie, I, 7-14.
(8) Ibid., Il, « et 7.
i6) Talmnd, Sanhédrin, fol. 11.
(-) nx'DSin Dhin.
entendra plus jusqu'aux temps promis et fixés par la„volonté immuable de Dieu(l).