‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa mission (volume 2)Chapitre 45 sur 52 · I. Commencement du cycle théologique · texte numérisé non relu

I. Commencement du cycle théologique

Nous rappellerons tout d'abord l'observation déjà présentée à propos des débuts du cycle de la tradition (1), à savoir que les révolutions dans l'ordre religieux ou moral ne correspondent pas à des dates précises, ni ne se laissent asservir aux exigences de la chronologie. Aussi allons-nous voir poindre à l'horizon le nouveau cycle, que nous appelons le cycle théologique, en pleine période des Guéonim, sous le gaonat de l'illustre Rabbi Saadia Elfayoumi. 11 est intéressant de remarquer que ce nouveau mouvement religieux surgit également en Babylonie, et que, comme celui de la tradition, il aura son expression dans une langue profane, mais sémitique, et ce sera l'arabe qui se substituera, comme langue vulgaire, à l'ancien chaldéen. C'est un nouvel argument, ce nous semble, en laveur de l'universalité de la doctrine du judaïsme, qui sait se servir indistinctement de l'une ou de l'autre des langues dominantes, et en faire comme les organes de la langue sacrée et de l'intelligence des livres saints. C'est là, du reste, une ancienne tradition qui ne s'applique pas seulement aux dialectes de l'idiome sémitique, mais s'étend aux langues japhétiques, qui, d'après la prédiction de Noé, doivent trouver asile dans la tente de la

(l) Voir II" partie, I, les Trois derniers Prophètes.

race de Sem (1). Quant à l'arabe, il était alors l'idiome le plus propre à exprimer les idées nouvelles qui allaient passer de la philosophie musulmane dans la théologie israôlile. C'est en effet la philosophie arabe qui donna le branle à l'enseignement rabbinique et le fit entrer dans une nouvelle voie.

C'est à bon droit que Saadia est généralement reconnu comme le fondateur du nouvel enseignement, au triple point de vue de l'exégète, du polémiste et du théologien proprement dit. Comme exégète, il renouvelle la science du ïhargoum en substituant aux paraphrases chaldaïques, qui' devenaient une langue morte depuis les conquêtes rapides de l'islamisme, sa traduction et ses commentaires arabes, restés célèbres dans tout le judaïsme oriental. Ses traductions trahissent partout ses préoccupations dogmatiques, et le soin jaloux d'interpréter les textes, parfois en y faisant violence, dans le sens des principes fondamentaux, notamment de l'incorporéilé de Dieu, dogme déjà mis hors de page par Onkelos, de l'unité absolue de Dieu et de la spiritualité des expressions figurées si nombreuses dans les prophètes (2). Ses traductions n'étaient donc rien moins qu'une sorte de restauration de la science de l'Ecriture et de l'instruction populaire. Ce serait déjà un titre suffisant pour ce maître à la reconnaissance de ses contemporains. Comme polémiste, il combattit la secte des karaïles, qui, depuis les tentatives de séparatisme faites sous les auspices d'Anan, paraissait avoir fait quelques progrès et pouvait devenir une source de troubles, sinon de sérieuses menaces, pour l'unité de croyance. Saadia relève fièrement le gant jeté par Hiwi Hakalbi, qui était sans doute le chef et l'organe des dissidents. Mais son œuvre essentielle, celle qui consacre son nom, qui fait époque dans l'histoire du judaïsme comme point de départ d'une évolution religieuse, c'est son livre intitulé : Des Croyances et des Opinions (Haémounolh Wehadéolh), le premier ouvrage didactique sur la théologie, le premier traité

(0 Genèse, IX, 27; Talmud. Mccullla, fol. 9.

(2) Voir la nolice sur Saadia de S. Munk-

écrit ex prafesso sur les dogmes et les principes fondamentaux du judaïsme. Dans cet ouvrage môme, on retrouve sous le tliéo logien Texégète et le polémiste; mais c'est le théologien nui domine; c'est par cette œuvre que Saadia est créateur chef d'école, de la grande école qui produira les Ba'hva, les Khozari les Maïmonide, les Albou, les Erama, etc., etc."

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