II. Des éléments constitutifs de Vécole thèologique
Séparation théorique du dogme d'arec le culte.
On ne saurait parler de la constitution de l'école thèologique sans chercher à en déterminer les caractères qui la différencient des écoles précédentes et lui impriment son cachet d'originalité.
Qu'est-ce donc que cette théologie nouvelle, et pourquoi se distingue-t-elle de celle de la Bible et de la tradition? La théologie, c'est la science des dogmes et des principes fondamentaux, c'est-à-dire la théodicôe dans ses différentes parties étudiée à part, dégagée du culte , de la législation pratique, et même de la morale, mais néanmoins fondée sur la Bible et sur la tradition, bases primordiales en dehors desquelles il n'y a point de stabilité dans l'ordre religieux.
Nous avons vu comment, dans la Bible d'abord et dans la tradition ensuite, tous les genres sont pour ainsi dire confondus; nous avons vu, jetés dans le môme creuset, comme les métaux en fusion, dogme, morale, culte, histoire et législation • Mous avons reconnu que tel est le caractère général des œuvres soit de la révélation directe, soit de l'inspiration divine, caractère que l'on retrouve à l'origine de toutes les initiations religieuses. Mais il devait venir pour le judaïsme, comme elle est v enue ailleurs, une époque où l'analyse remplacerait celte synthèse primitive, où l'ordre et la méthode seraient appliqués à •a classification de ces importantes matières, et cette époque devait coïncider avec le progrès de l'influence philosophique
car la mélhode est une conquête de la philosophie ; elle est l'un de ses meilleurs titres, tant dans l'antiquité que dans les temps modernes. Aussi, dès que la philosophie arabe se mit en contact avec le judaïsme et gagna sur lui quelque inlluence, celui-ci, dont nous avons signalé à diverses reprises la puissance d'assimilation, celui-ci s'empressa de s'approprier cet instrument de la mélhode, sépara la théologie des corps avec lesquels elle se trouvait amalgamée, et commença par poser les fondations d'un monument spécial. Saadia comprit que pour étudier la théologie avec fruit il faut l'étudier seule; il pensait qu'une importance au moins égale à celle du culte lui était due, que c'était le vrai moyen et de la relever aux yeux de tout le monde, et de fixer sur elle l'attention et les méditations des savants. Et ce n'était pas là une tâche facile, car, malgré les principes de la Bible sur les dogmes, développés et commentés par la tradition , l'enseignement de la théologie proprement dite n'existait pas, du moins comme une science exolérique et tombant dans le domaine public. La vogue, comme on dit vulgairement, était pour le culte et les controverses que soulevaient ses applications. Il fallait certes une initiative vigoureuse pour remonter contre le courant et faire passer la théologie, du rang secondaire qu'elle occupait, nous ne voulons pas dire à la suprématie, l'ambition de nos premiers théologiens ne visait pas si haut, mais à une sorte d'égalité avec la Halacha. C'est ce qu'a tenté Saadia dans son livre Des Croijances et des Opinions exclusivement consacré aux plus hautes spéculations sur les dogmes, tels que la création ex nihilo, le monothéisme, l'immatérialité de Dieu, la révélation, le mérite et le démérite ou la responsabilité humaine, la Providence, le libre arbitre, la spiritualité de l'âme, la venue du Messie , la rémunération future et la résurrection.