‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 21 sur 93 · IV. Le grand Synode · texte numérisé non relu

IV. Le grand Synode

Le grand Synode, que nous venons de nommer, mérite de fixer notre plus sérieuse attention ; car ce n'est que par lui et par les institutions qu'il créa que nous arriverons à nous faire une idée exacte de la mission d'Ezra. Il faut donc aborder l'étude des travaux de cette célèbre réunion, ou plutôt du grand conseil d'Ezra, comme le seul moyen d'aboutir à une juste appréciation de cette révolution religieuse.

Il importe tout d'abord d'établir ceci : Une faudrait pas tirer des considérations qui précèdent la conclusion que l'œuvre d'Ezra était une réaction contre le prophétisme, une diversion en faveur du culte et au détriment de la doctrine et de lamorale, en opposition avec la mission de Samuel, élevant la religion sur les ruines d un pontificat dégénéré (2 . Les choses ne se passent pas ainsi, et l'humanité ne tourne pas dans un cercle battu : on aurait grand tort de se la représenter régulièrement

(I) Aboth, 1, 1. («) Voir 1» partie, IV.

et éternellement ballottée entre ce que Ton appelle Taction et )a réaction, à Tinstar de Tàme en peine que la légende nous représente lancée et relancée pendant une éternité de siècles par les anges de ténèbres placés aux deux bouts deTuniYers (1). Non, rbumanité ne suit pas le mouvement circulaire, comn^ les sphères célestes ; elle marche en droite ligne, toujours en avant. Même en se répétant elle se renouvelle, et chaque jour la création s'offre à nous sous un nouvel aspect (2). Nous allons voir que Tœuvre d'Ezra n'était rien moins que le calque d*un état de choses antérieur au propbétisme.

En effet, la sentence attribuée au grand Synode £e compose de trois parties (3) : « Soyez circonspects en rendant la justice, formez beaucoup d'élèves, et faites une haie autour de la loi. » Cette formule suffirait à elle seule pour nous aider à démêler la véritable pensée d'Ezra et de son école. Oui, il veut un culte extérieur d'une solidité à toute épreuve; oui, il veut des ouvrages avancés autour de la loi; mais il veut en même temps de nombreux élèves, c'est-à-dire beaucoup d'instruction, beaucoup de lumières, une grande propagation des notions religieuses.

Et vraiment Ezra marche ici sur les traces de Moïse; de même que Moïse, à la veille de la révélation, décerne de la part de Dieu à Israël le titre de royaume de pontifes, c'est-à-dire un peuple où tout le monde n'est pas moins que le prêtre initié dans les vérités de la religion, de même Ezra, en organisant le culte à nouveau, ne songe nullement à confier le dépôt sacré de la vérité à un corps ou à une caste privilégiée. « Formez beaucoup d'élèves, » cela vent dire encore: étudiez, méditez, comprenez ce culte que je restaure, ne le pratiquez pas machinalement, aveuglément, mais sciemment et en toute connaissance de cause. — Il résulte clairement de ceci qu'Ezra et son école veulent le fond avec la forme, l'esprit avec la lettre, la théorie avec la pratique, et plus le culte extérieur prendra du

(f) Samael, XXV, f9; Talmad, Sabbatb, (t) Ritael, fini! de la WnédicUon, Yot-

(3) Abath, K.«.

dëyeloppement, plus rinstruclion religieuse deviendra impérieuse et obligatoire. A cet effet, il importe de nous rendre compte des institutions fondées par Ezra et le grand Sjnode.

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