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IV. Le Talmud Yeruschalemi

Le Talmud yeruschalemi ou yérosolymitain est le premier en date. Il fut recueilli et réuni en corps de doctrine un siècle

(1) Htciifa, ». *.

environ (i) après la rédaction de la Mischna. Il est nommé ainsi parce qn^il fol rédigé soas les auspices des rabbins et chefs d'académie de la terre sainte. On lai donne poar aatear, nons dirions anjoard'hui poar rédacteur en chef, Rabbi Yohanan, chef de la dernière grande école palestinienne. Noos ne nous arrêterons pas longtempsà ce recneiU qui a été éclipsé, presqae annihilé par son paissant rival et successeur le Talmud babylonien. Il lui est réellement inférieur à tous égards, notamment poar la clarté de Texposition, les développements de la discussion et les ressources de la dialectique. Le style en est obscur, défectif et beaucoup plus mélangé que celui du dialecte babylonien. Il n*est donc pas étonnant qu'il ait été abandonné pour le Talmud babylonien, dont la supériorité est incontestable, sauf en un seul point, nous voulons dire Tauthenticité des anciennes traditions, lesquelles se sont mieux conservées dans le premier, et qui ont subi nécessairement de profondes modifications, parfois une transformation complète, en passant du premier dans le second , semblables à ces parfums délicats qui perdent de leurs qualités à mesure qu'on les fait passer d'un vase à l'autre. Les savants rabbins de l'Allemagne, nos maîtres en science théologiqne , l'ont parfaitement compris, et, dans leurs récents travaux de critique et d'histoire, ils se sont appuyés avec raison sur le texte du Talmud yeruschalemi.

Ce qui est certain, c'est que ce recueil marque la décadence des écoles palestiniennes ; il n'est plus qu'une dernière et p&le lueur du flambeau sacré ; il semble annoncer la fin de ce mouvement religieux que nous avons vu se continuer malgré la catastrophe nationale, et produire de remarquables résultats sous Rabbi Yohanan ben Zakaî, sous l'illustre Rabbi ensuite.-

Cette décadence, nous allions dire cette chute, trouve sa double explication dans le domaine des faits et dans celui des idées. Il est constant que les malheurs des Israélites ne cessèrent pas avec la destruction de Jérusalem et du temple. Nous savons que Rome, inspirée par sa politique inexorable, excitée

(1) Voir 1008 lei chrooiqsean.

aussi par quelques insurrections locales, comme celle de Bithar, avait résolu l'expulsion des Juifs du sol de la Palestine. Le répit momentané obtenu sous les Antonins , et qui fut la source d'une multitude de légendes sur les rapports de cette dynastie avec les chefs d'Israël (1 ), était comme un rapide éclair au sein d'une tempête; et, après la mort de Rabbi, la situation alla toujours en empirant. Les principaux disciples de ce dernier, tels que Rab et Samuel, émigrèrent dans la Babylonie, où ils trouvèrent le calme et la sécurité qu'on ne pouvait plus espérer sur le sol de la patrie. Ilimporte d'ailleurs de se rappeler que, lors du retour de la captivité de Babylone, c'est le plus petit nombre qui revint, et que la majeure partie ne crut pas devoir participer à cette restauration incomplète. Qu'on se rappelle en outre que c'est la meilleure, la plus noble partie, celle qui avait le mieux conservé la pureté et l'intégrité de la race, qui prit le parti de rester, et qu'Ezra n'emmena avec lui que la lie du peuple (2). Voilà donc cette portion d'Israël merveilleusement préparée par sa situation matéi lelle et morale à recueillir l'héritage paternel, à prendre la suite du mouvement religieux, enfin à hériter de la grande mission sous laquelle le sol de la patrie semblait se dérober. C'est un nouvel exemple à l'appui de l'assertion émise et fondée sur la tradition, à propos de la succession du pontificat recueillie parle prophétisme, de Samuel substitué à Eli, à savoir qu'il n'y a point de solution de continuité dans la direction des intérêts spirituels. Mais il faut constater que cette continuité se présente ici avec un nouveau caractère. Nous l'avons vue passer des pontifes aux prophètes, des prophètes aux organes de la tradition ; nous la voyons maintenant passer, avec une facilité de mouvements et une puissance d'acclimatation des plus remarquables, de la terre sainte sur la terre profane , non pas au hasard, à l'aveugle, mais avec intelligence, avec réflexion , sachant ce qu'elle fait, choisissant d'abord pour théâtre de ses opérations cette Babylone qui offrait le double avantage d'être pour les

(i) Talmad et Mldrasch, pattim, (9) Voir plu hast, II* partie, Dispernott.

Israélites comme une seconde patrie, comme le berceau de la race hébraïque (1), et d'y trouver un terrain ensemencé, éminemment propre à produire de bons fruits. Ces migrations SQccessiyes du génie de la religion destinée à îsÀre le tour du monde constituent un fait moral parfaitement caractérisé par ia tradition dans le passage suivant : a Voyez et admirez, dit <c Rabbi Chiméon-ben-Yohaï , Tamour de la divine Provint dence (scbehina) pour Israël : dans toutes leurs migrations a elle les accompagne. Oui, elle s'est exilée avec eux, s'il est a permis de s'exprimer ainsi, en Egypte, en Babylonie, en ^ Perse, comme dans l'immense empire d'Ëdom , et ce n'est « qu'avec eux qu'elle reviendra résider dans son sanctuaire, a lors de la délivrance future (2).» Cette schehina^ cette majesté divine qui s'en va suivre Israël dans ses diverses transmigralions ne peut être, n'est réellement autre cbose que le génie de la religion présidant à la fondation des centres religieux et à la diffasion de l'enseignement sacré d'une extrémité de la terre à l'antre. Nous voilà donc édifiés sur le vif essor pris par les académies de Babylone, et sur les causes qui substituèrent l'action du Talmud babylonien à celle du Tulmud yérosolymitain.

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