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V. Le Talmud Babli ou babylonien

Le Talmud babylonien fut recueilli plus d'un siècle après la rédaction du Talmud de Jérusalem, près de quatre siècles depuis la chute du second temple. Le promoteur de celte compilation est Rab Âschi, célèbre chef de l'académie de Sora, laquelle occupait le premier rang. Il y avait alors dans la Babjlonie une sorte de division de pouvoirs, imitée de l'ancienne constitution, qui datait du premier temple et reconnaissait la double autorité du sacerdoce et de la royauté. Le sacerdoce, comme nous l'avons vu pour la Palestine même, le sacer-

(1) Ttlasd, Pesnhim, fol. 88; Giittin, (fl) TaUasd, MegMiUft, fol. 99. fcl.l7.

doce spirituel, avait passé là aussi au rabbinisme, mais il s'y était conservé un fantôme de la royauté davidique dans la personne du prince de la captivité (Resch Gueloutha), qui devait être un rejeton de cette maison illustre et immortelle (1), et qui, à côté des chefs d'académie chargés de la direction religieuse, exerçait le pouvoir administratif au moyen de l'investiture donnée par les souverains du pays. Mais ce n'était réellement qu'un fantôme de pouvoir, un simulacre d'autorité, un souvenir de la royauté davidique. En réalité, ces princes de la captivité n'avaient aucune influence ; la tradition ne les mentionne qu'en termes peu flatteurs , et il ne resterait presque pas de traces de leur passage si l'histoire n'avait enregistré leurs démêlés et leurs conflits de pouvoir avec les chefs d'académie (2). En déflnitive, ce sont ces derniers qui avaient le gouvernement des esprits, donnant une Impulsion vigoureuse aux fortes études, usant de toute leur autorité pour la propagation de l'instruction.

Nous n'avons pas à revenir sur les origines et le développement de la Halacha, dont nous avons dit ce que comporte notre sujet. Mais il nous reste à dire un mot sur le plan d'après lequel a été dirigée cette vaste compilation : il est vrai que c'est là une tâche plus facile de se proposer que d'accomplir. Dans le principe, on avait bien la pensée de suivre la méthode de la Mischna; on en conserva la division par traités, chapitres et articles. Mais la discussion avec ses écarts, la controverse avec ses développements et ses digressions, ne pouvaient passe tenir renfermées dans ces lignes, si bien tracées qu'elles fussent; aussi ne leur arrive-t-il que trop souvent d'être rompues, franchies, répandant la confusion dans les matières et dans la méthode d'enseignement. A cet égard, il est encore à remarquer que le Talmud n'est pas l'œuvre d'un seul homme, pas même d'une seule école; que si Rab Aschi y a attaché son nom, ce n'est qu'à titre de dernier venu, et parce qu'il a clos cet im-

(1) Genèie, XL1X, 10; Talmud Yéni- (9) Voir tovs iet chroDiqneon.

scbalemi, Horaloih ; fierésohith R«bba , seo- Uon 98.

meDse recueil (1). L'œuvre de compilation avait duré de longues années sous le patronage plutôt que sous la surveillance et la direction immédiate des chefs d'école. On ne peut pas même affirmer qu'elle ait jamais été close d'une manière définitive. Longtemps, en effet, après Rab Aschi, il s'y glissa des additions notables, dont les unes sont connues comme l'ouvrage des successeurs des Emoraîm, des Séburaï, comme on les appelle (2), mais dont les autres, plus nombreuses sans doute, sont moins connues ; d'autres encore ne sont que de simples notes qui passèrent des marges où elles étaient inscrites dans le texte auquel elles n'étaient pas destinées. On s'explique ainsi la présence de quelques passages qu'on aimerait mieux ne pas y trouver, et dont la suppression ne nuirait guère à l'autorité de Tensemble. Â ces défauts de circonstance , à ces causes de confusion , il faut ajouter l'absence de tout travail de révision corrigeant et émendant le texte. Il est donc clair, et il serait absurde de le dissimuler, qu'il ne faut chercher dans le Talmud ni Tordre ni la méthode. A cet égard, il reste de beaucoup inférieur à la Mischna, dont nous avons pu signaler la sage et belle ordonnance , et cette infériorité a été reconnue, franchement avouée par les talmudistes eux-mêmes. Elle nous donne la clef d'un certain passage où il est question d'un rabbin qui s'imposait des mortifications dans le but d'oublier ce qu'il avait appris en Babylonie (3), et d'un autre où le Talmud babylonien est qualifié de sombre et obscure demeure (4). On voit par ces citations que les talmudistes ne tenaient nullement à surfaire leur œuvre, qu'ils en signalaient les défauts et les imperfections nettement, sincèrement, comme il convient à des esprits de cette trempe. Cette infériorité, nous le répétons, était surtout dans le manque de classement et de coordination des matières. En définitive, le Talmud est une véritable encyclopédie, embrassant toutes les branches qui se rattachent de près ou de loin à la théologie: — législation, cérémonial.

(1) Tilnvd, Bdia Metifa, fol. 86. {n) Talmtd, Baba MaUia, toi. 85.

(S) Talmud, KidoQMliln, M. 1. (4) Talmd, SanàMiin, toi. S4.

litargie, dogme, morale, exégèse, histoire, légende, el jasqu*à des nolioDS scientifiques, physiques et chimiques, — le tout amalgamé, jeté dans le même m^ule, d*où il faut savoir Textraire.

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