‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 50 sur 93 · THÉODICÉE · texte numérisé non relu

THÉODICÉE

PiiM4-)« te oouahre (ô Dieu !), iIIb de trouTer frioe à tet yeui. (Exode, XXXllI, 13; QtOdt iti EptrU, char. B4.)

Après avoir retracé à grands traits les commencements, la fondation et la constitution de Técole thëologiqae (1), après en avoir montré les origines et déterminé le caractère de son enseignement, il convient d'aborder de front Tétude de ces graves questions, de ces grands problèmes, où se trouve engagée Tessence même de la religion.

Hais, en envisageant de près la tftche que nous allions nous imposer, en comparant la profondeur et les difflcultés du sujet avec la faiblesse de nos ressources et Tinsuffisance de nos moyens, nous avons reculé devant ces obstacles, malgré notre conviction au sujet de l'opportunité, de la nécessité même, de la réorganisation de renseignement dogmatique. Ce qui a mis

(1) IntrodQcUon gioértlf, IV« partie.

fin à nos hésitations, ce qui nous a décidé, ce sont les réflexions d'ui^ illustre théologien, faites à propos d*ane situation d'esprit qui n'est pas sans analogie avec la nôtre. Voici en quels termes s'exprime Ba'hya à la fin de sa remarquable préface sur les devoirs du cœur :

« Quand une fois j'avais bien compris que les devoirs ina ternes sont enseignés par la raison, par l'Écriture et par la (( tradition, je me suis«fforcé de me 1« rendre familiers, im- « posant à mon esprit la double obligation de les étudier et de « les réaliser. Dans cette étude, toute notion acquise en ena gendrait de nouvelles, et peu à peu le sujet devenait trop « vaste pour rester confié à la seule faculté de mémoire. Grai- (X gnant donc d'oubliéf ce que j'avais appris par la méditation, a crainte d'autant plus fondée que j'avais peu à espérer en pa- « reille matière du concours de mes contemporains, je me suis a mis à recueillir et à consigner par écrit le fruit de mes ob- « servations, à les coordonner dans un traité qui embrassea rait les bases, les grandes divisions et les conséquences de a nos devoirs internes, afin de les avoir toujours présentes à a ma pensée et de pouvoir en faire ma règle de conduite...

« ... Mais, en songeant à la grandeur de l'entreprise dont i< j'allais me charger, je me suis aperçu combien j'étais au- « dessous d'une tâche de cette importance, j'ai reconnu tonte « mon impuissance à. exécuter un plan aussi vaste, à en dis- « tribuer les différentes parties dans un ordre convenable, (( tant à cause des difficultés du sujet considéré en lui-même « qu'eu égard à la faiblesse de ma raison et de mes facultés « intellectuelles. Je redoutais aussi mon inhabileté à manier la a langue qui devait traduire ma pensée^ la langue arabe, dett venue la langue nationale de mes contemporains. J'ai donc a hésité à me charger d'un travail qui pourrait bien n'avoir « d'autre résultat que de constater soit la faiblesse de ma rai- « son, soit mon ignorance de la juste mesure, à tel point que « j'allais revenir sur mon projet et l'abandonner définit!- « vement.

(( Cependant, au moment de me décharger de cette respon-

4 sabilité, je me suis rarisé, en soupçonnant mon âme de ne « m'ayoir soufflé ces craintes et ces suggestions que sous Vin- « fluence de son amour pour le repos, dominée par le désir de « se plonger tout entière dans les douceurs et les délices du « far niente. J'arais comme le pressentiment qu'en laissant là 0 mon entreprise, je ne ferais que céder aux mauvaises inspi- « rations du sensualisme, si empressé à nous pousser dans les « voies du bien-être, du repos, de la paresse et de Tindolenee^ (( Je me disais que des préoccupatiotas de ce genre avaient « causé la perte de plus d'un sage, que ces scrupules timorés « avaient provoqué bien des défections; je me suis rappelé c aussi Tadage qui dit : Ne pousses pas à Texcës le sentiment < de la réserve; j'ai compris enfin que, si tous ceux qui, ani- « mes du désir de mener à bonne fin soit une belle institution, a soit un noble et utile enseignement, ne se fussent mis à « Tœuvre qu'avec la certitude d'une pleine et entière réussite, « toute parole, toute vie religieuse, eût cessé depuis la clôture a du prophétisme et la disparition de ses organes, choisis et « inspirés immédiatement par Dieu. Il n'en serait pas autre- « ment de l'homme de bien qui, dans son ardeur à pratiquer « toutes les vertus, se refuserait à les cultiver une à une, sui- 9 vant les circonstances, jusqu'à ce qu'elles sollicitassent son ff activité toutes à la fois. Qu'en résulterait-il? Que la société a resterait privée de la pratique de tout ce qui est bôh et gétf néreux : à force de courir après un vain et décevant espoir, « on laisserait les sentiers de la vertu se changer eh solitude, Cl et la résidence de la charité et de la bienfaisahce en affreux a désert!...

«... Ce sont ces considérations, tenhine l'auteur, qui « m'ont engagé à assumer la responsabilité de mon œuvre; je « ferai mon possible pour l'exposer avec clarté et précision, « en lui donnant la forme la mieux appropriée à la gravité du « sujet..., comptant avant tout sur le secohrs du Dieu un et « véridique, plein de confiance en sa bonté, le suppliant de me « montrer le chemin droit, de me juger digne de sa bienveil- « lance et de sa grâce, invoquant son assistance pour mes

4 PRÉPAGB.

<( pensées comme pour mes actes, pour ma conduite extérieure « et intérieure (i). «

Ce sont ces mêmes considérations qui nous décident, à notre tour, à mettre de côté une réserve suggérée par Tamour de Tindolence, par la peur de l'initiative, au moins autant que par la conscience de notre faiblesse. Nous en invoquons le bénéfice pour nous livrer courageusement à ces études dogmatiques au moyen desquelles nous espérons servir la cause de la religion, comme nous Tavons servie naguère par la parole et l'action ; heureux si nos efforts tendent à ouvrir un nouveau sillon où d'autres, plus savants et plus habiles, viendront jeter la semence de vie, content pour notre part du modeste rôle d'éclaireur dans le désert que Moïse avait offert à son beaupère Jethro (2).

Avant de procéder à l'exposé des dogmes, il nous reste encore à résoudre certaines questions préliminaires que nous allons examiner successivement.

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