III. Du nombre et de la classification des dogmes
Après avoir déterminé le véritable caractère des dogmes, leur rang et leur importance dans Tordre religieux, il convient d'en fixer le nombre. À cet égard, nous commencerons par faire remarquer ^ue, gr&ce à la réfutation du système des croyances obligatoires, la question du nombre des dogmes cesse d'être une question de principe et prend les proportions beaucoup plus modestes d'un simple procédé de classification.
On sait que Maîmonide arrête les dogmes au nombre de treize ; mais, sans se mettre en peine de nous expliquer la raison déterminante de ce chiffre, il se borne à les énumérer, à les formuler avec plus ou moins de précision, et il termine son exposé en ces termes : a En m'étendant longuement sur les « dogmes, je me suis éloigné de mon sujet (le commentaire de <E la Mischna) ; mais j'ai cru devoir me livrer à cette digres- « sion à cause de l'utilité qu'il me semblait pouvoir en résulter « pour la foi en général. J'y ai réuni, condensé des matières « importantes qui se trouvent disséminées dans des livres de « la plus haute autorité. Il est donc bon de les connaître, d'en a savoir tirer profit, mais à la condition d'y revenir à plusieurs « reprises et d'en faire le sujet de sérieuses méditations; car « celui qui s'imaginerait pouvoir s'assimiler ces problèmes ardus « par une seule, voire même par dix lectures. Dieu sait à quel « point il se tromperait. Qu'on étudie donc ce chapitre des « dogmes sans précipitation ; qu'on veuille bien se dire que je « ne l'ai pas composé au hasard, mais après les plus mûres ré- « flexions, après un scrupuleux travail de contrôle, après avoir « dégagé la vérité de l'erreur et compris ce qu'il fàUait en
<( croire et en admettre, au moyen des démonstrations et t preuves qu'il m'a été donné de fournir à leur appui. Plaise a à Dieu de réaliser mon désir et de me guider toujours dans « ia voie du salut (1)! »
Voilà tout ce que Maîmonide juge à propos de nous dire de la classification des dogmes qu'il s'abstient de motiver. Aussi ne faudrait-il pas croire qu'elle fût adoptée comme article de foi, aveuglément. Elle provoqua de graves et nombreuses objections qui retentirent longtemps dans Técolè théologique, et qui occupèrent notamment Hasdaï, dans son livre intitulé la Lumière divine^ Albou dans son traité des Dogmes fondamentaux^ et Abravanelàd.iïs son écrit d^ Origines de la foi. Comme c'est Albou qui s'étend le plus sur celte question préjudicielle, qu'il la traite avec le plus grand développement, y consacrant presque toute la première partie de son livre, nous croyons devoir reproduire m extenso l'opinion de ce théologien, et sommairement celle d'Abravanel, sur le nombre et la classification des dogmes.