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V. Opinion personndle de Vauteur sur le nombre des dogmes

a Voici, dit Albou, ce qui me paraît être le yrai à Tégard « du nombre des croyances radicales ou principes fondamen- « taux. Ces dogmes sont au nombre de trois : f* existence de « Dieu ; S"* révélation ; S"* rëmunéralion. Ils sont les généra- « teurs de toutes les lois divines : loi d'Adam, loi de Noé, loi « d'Abraham, loi de Moïse. De chacun de ces trois dogmes se « détachent ensuite des branches ou rameaux secondaires. « C'est ainsi que le dogme de l'existence de Dieu a pour ramia fications l'éternité et autres attributs semblables ; les brao- « ches de la révélation sont la science universelle de Dieu et la « prophétie , et le dogme de la providence a pour embranche- «c ment la rémunération, soit terrestre et corporelle, soit fua ture et spirituelle. Les trois dogmes universaux contiennent a donc en germe tous les dogmes secondaires qui font les lois t divines spéciales, apparentes ou réelles. De celte façon nous <T voyons découler du dogme de l'existence de Dieu le principe « de l'incorporéité, dogme particulier à la religion de Hoîse, f et le monothéisme ; le dogme de la révélation porte dans ses c flancs la prophétie en général et la mission de Hoîse; elle c dogme de la rémunération donne naissance à la croyance an

' « Messie, dogme particulier an judaïsme, saivant Maîmonide, a mais, dans Topinion de l'anieur, bien plus spécial au cbrisa tianisme, pour lequel il est la question d'être ou de ne pas a être. En un mot, tous les dogmes possibles de n'importe c quelle religion sont implicitement contenus dans ces trois « principes-racines. »

Nous ne pouvons pas suivre Tauteur dans les développements d'une exégèse tantôt ingénieuse, tantôt subtile, par laquelle il cherche à rattacher sa thèse des trois dogmes fondamentaux soit à un passage du rituel (1), soit à un texte dlsaîe (2), et où le commentateur se substitue au théologien. Mais nous crojons devoir donner textuellement la fin du chapitre où il cherche à concilier la classification de MaTmonide avec la sienne. — « Il se peut, dit-il, que l'opinion de Maîmoc nide ne diffère pas essentiellement de la nôtre. Voici comc ment : il compte, lui, comme dogmes les racines et les « branches indistinctement. Gomme nous, il débute par le pre- « mîer dogme générateur, c'est-à-dire par l'existence de Dieu, « et il le fait suivre de quatre principes qui, à mes yeux, n'en « sont que les ramifications, savoir : unité, incorporéité, éter- « nité et adoration exclusive de Dieu. Il procède de la même « façon relativement au deuxième dogme, mettant en avant le « générateur — la révélation — , suivi de ses trois satellites : « prophétie en général, prophétie de Moïse en particulier et a immutabilité de la loi. Il n'en est pas autrement du troisième c dogme universel — la providence — , devenu le dixième dans « la série de Maïmonide, et se faisant suivre des trois derniers, « ses conséquents, qui sont : rémunération, messie et réa surrection. Grâce à cette fusion de la classification de Ha!- « monide avec la sienne, Albou espère faire tomber la plupart tt des objections formulées dans le chapitre précédent. Si Ma!- « monide ne fait pas entrer dans le nombre des dogmes la créa- « tion ex nihilo, c'est qu'elle ne rentre dans aucun des trois

(fl) Prière de Monnaph de U f«ie de (•) iMie, XXXill, il. Rosch HaichaDA.

20 PRâPACE.

<K fondamentaux; s'il ne compte pas le libre arbitre et le but, a bien que nécessaires à la loi divine, c'est que ce sont des « principes non moins sociaux que relfgieux. Reste toutefois a la question de savoir pourquoi Haîmonide ne range pas au a nombre des dogmes secondaires la vie, la toute-puissance et a bien d'autres attributs, au même titre que l'attribut de l'ë- « ternitë. L'auteur promet de revenir là-dessus. »

Ghap. X. Des trois dogmes fondamentaux.

L'auteur revient sur les trois dogmes-racines et dit ir que a c'est avec raison qu'on les nomme fondamentaux, la nëga- « tion de l'un des trois aboutissant au renversement de toute « la loi divine. C'est clair comme l'évidence. Niez en effet « l'existence de Dieu, à coup sûr il n'y a plus de loi divine ; « niez la révélation directe, et la loi, quelle qu'elle soit, perd « encore sa qualification de divine, puisqu'elle n'émane plus « de Dieu ; niez enfin la rémunération temporelle et spiria tuelle, et la loi divine devient complètement inutile. Yiena drait-elle pour assurer le bien-être politique et social, la loi « civile suffit amplement à ce but; la loi divine doit avoir en a perspective un idéal de perfection auquel la loi sociale ne « saurait atteindre : la perfection spirituelle, qui implique la « rémunération spirituelle^ seule raison d'être -du troisième

a dogme fondamental L'auteur affirme ensuite que sa

a théorie des trois dogmes-racines est la seule conforme à la « Tradition ; elle est clairement et nettement enseignée dans « la Mischna, qui, tout le monde le sait, condamne comme (( apostats : l"* ceux qui nient la résurrection, c'est-à-dire le a troisième dogme fondamental, le terme de résurrection dec( vaut être pris ici dans son acception la plus générale, et se <( rapportant aux corps ressuscites aussi bien qu'au jugement « de l'âme, à la vie future, au jugement dernier; 2"* ceux qui « nier^t la révélation^ c'est-à-dire le second dogme fondamen-

PRÉPiGE. Si

tal ; S"* rèpicurien^ c*e8t-à-dire Tathée niant l'existence de Dieu et attribuant la création au hasard. Voilà donc les vrais dogmes fondamentaux; il n'y en a point d'autres. Quanta ce que la Mischna et la Guemara ajoutent ensuite à la catégorie des apostats privés de la vie future, il ne faut y voir autre chose que la conséquence des trois principes. »

Chap. XI. Les trois dogmes fondamentaux sont exprimés dans les pr&niers récits de la Genèse.

« Oui, dit Fauteur, ils sont gravés tous les trois au fronton « de la Bible, ainsi que nous allons le faire voir. Le premier a récit de la Genèse, celui des six jours de la création, n'est a qu'un long développement du premier dogme, de l'existence a de Dieu. Au moyen de cet incomparable et sublime poëme a de la création produite par la seule parole de Dieu, l'Écriture <K nous montre en lui le créateur agissant dans la plénitude de « sa volonté, et renverse le système d'Épicure, qui prétend voir a dans la création l'œuvre du hasard pur. Le second récit ou, pour « mieux dire, la seconde version de la Genèse nous enseigne le a dogme de la révélation en mettant en scène Dieu donnant au c( premier homme ses ordres et ses instructions. Telle est en a substance la signification de la légende de l'arbre de science, ce la pensée, l'idée qui se cache sous les voiles de l'allégorie et « du symbole. Qu'y a-t-il sous cette enveloppe transparente? a que faut-il voir sous cette forme mystique? Le devoir de a Thomme d'observer les prescriptions divines ; son existence (f terrestre n'a point d'autre but, et il n'a été placé sur la terre a (désignée sous le nom d'Ëden) que pour exécuter la loi (syma bolisée par l'arbre de vie) (1). Enfin le troisième récit, coua tenant l'histoire de Gain et d'Abel, n'est que l'expression du a troisième dogme fondamental, celui de la rëmunérajion.

(1) PfOT., III, 18.

« Le châtiment de Gain nous apprend, en effet, qa*il est une « providence récompensant chacun selon ses œuvres, connais- « sant, surveillant tous nos actes, à qui rien n'échappe, pas « plus que le mensonge ne lui en impose, scrutant les pensées « les plus cachées comme les actions externes, punissant Tini- « quité tantôt dans la personne du pécheur, tantôt dans sa a race. Il y a cette différence, fait remarquer Fauteur, entre a le châtiment d*Adam et celui de Gaïn, que le premier, frap- « pant le père du genre humain et en lui toute Thumanité, « ne révèle qu'une sorte de providence générale, tandis que a Tépisode de Gaïn nous fait voir la providence spéciale dans a ses manifestations les plus diverses. Nous y découvrons dV « bord un Dieu qui sonde les replis du cœur, qai dédaigne a Toffrande de Gain parce qu'elle manque de noblesse et de « sincérité, puis le Dieu longanime, laissant au pécheur le « plus endurci toute latitude poar se repentir et s'amender. « Tout cela résulte clairement du troisième récit de la Genèse, a notamment des paroles adressées par Dieu à Gain avant sa a chute (1). Ge n'est qu'après ces trois récits épisodiques, véa ritable fronton sur lequel se trouvent gravés, mieux que sur a le marbre et l'airain, les trois dogmes fondamentaux, que « commence l'histoire sainte proprement diCe. »

Après avoir établi (chap. XIII) qu'il ne suFOt pas d admettre les trois dogmes fondamentaux, mais qu'il faut accepter de même les dogmes secondaires qui en découlent; après avoir démontré (chap. XIY) qu'aucun commandement spécial de la loi ne saurait figurer parmi les dogmes, par la raison qu'il y aurait alors autant de dogmes que de prescriptions positives, et que, pour ce motif, on doit éliminer le cinquième dogme : adoration exclusive de Dieu, et le septième : authenticité de la Tradition, que Mdmonide faii entrer dans sa classification, bien qu'ils constituent deux commandements particuliers (2) , l'auteur donne sa nomenclature définitive des dogmes primitifs et dérivés (chap. XV).

(I) Genèfe, IV, 7. (i) Esode, XX, s-5; Dentér., XVII, II.

PRÉrACB. S3

« Les dogmes dériTés, dil-iU sont aa nombre de huit. Du dogme de Texislence de Diea en dèrirent quatre qui emr brassent toutes les conséquences da dogme, à savoir que Dieu est un, incorporel, éternel, dégagé de tonte imperfection. Ces qaalre principes sont autant de corollaires du premier dogme fondamentaL Si Dieu n'était pas absolument un, s*il était composé, multiple, il n'existerait pas nécessairement^ pas plus que sll n'était pas incorporel, éternel, et Tétre parfait de tous points. Du second dogme primitif, de la révélation, se détachent trois autres, qui sont : la science universelle de Dieu, la prophétie et la mission d'un envoyé de Dieu. En effet, si Dieu ne possédait pas Tomniscience, ou s'il ne connaissait pas les êtres de ce bas monde, il n'y aurait ni révélation ni prophétie. Mais, fût^il même bien avéré que Dieu connaît tout, la révélation n'en découlerait pas comme une conséquence infaillible, s'il n'existait pas un rapport, un moyen de communication quelconque entre Dieu et Tbomme, c'est-à-dire le principe de la prophétie. Enfin ce n'est pas assez que Dieu sache tout, que de loin en loin il se manifeste aux hommes soit pour leur dévoiler l'avenir, soit pour leur imposer quelque commandement temporaire, isolé ; non, il ne suffit pas de ces deux conditions pour créer ce que l'on appelle une loi divine. Il faut en outre un messager spécialement accrédité par Dieu auprès des hommes, chargé directement de leur apporter la constitution divine. Point de religion sans missionnaire ou législateur envoyé immédiatement par Dieu, imposant sa mission à la foi générale et spéciale par des preuves irréfragables. El, quand cette mission est ainsi affirmée et prouvée, alors celui qui la remplitest un vrai prophète. C'est sous l'empire de ces considérations qu'Albou croit devoir substituer à Tauthenticité de la mission de Moïse, qui forme le septième dogme de Maimonide, l'authenticité de la mission d'un envoyé divin, laquelle implique celle de la prophétie. Cette substitution possède en outre cet avantage de se présenter avec le caractère de runiversalitê^ au lieu d*être particulière à la loi de Mdise.

« Le troisième dogme primitif a pour dérivé la proTidence « spéciale. li importe ici de remarquer que l'omniscience de « Dieu, que nous ayons comptée au nombre 'des dérivés du « deuxième dogme, n'implique nullement la providence spécc ciale. Il se pourrait que Dieu se bornât à gouverner Tuni- « vers dans son entier, sans se soucier des individus, par trop « infimes pour mériter son attention. De cette direction géné- « raie il y a loin encore, on le voit bien, à cette providence « spéciale qui s'occupe de la conduite et des intérêts d'un tout « chacun, qui étend sa sollicitude à cette faible et misérable « créature individuelle. C'est donc la providence spéciale qui « est la conséquence nécessaire du troisième dogme primitif, « de la rémunération. Il est bien entendu qu'il s'agit de la ré- « munération en général, temporelle et spirituelle, terrestre « et célesle, morale et religieuse (1).

« Résumant la discussion , l'auteur dit qu'il y a en tout « onze dogmes^ dont trois primitifs et huit dérivés, savoir : « Premier dogme fondamental : existence de Dieu, avec ses « quatre dérivés : unité, incorporéité, éternité et perfection « absolue de Dieu; deuxième dogme fondamental : révélation, « avec ses trois dérivés : omniscience de Dieu , prophétie et « mission d'un envoyé divin ; troisième dogme fondamental : « rémunération, avec son unique dérivé : providence spéciale. « Si l'on tient à fondre en un seul dogme la providence génère raie et la providence spéciale, comme le fait MiJmonide, le « nombre de dogmes se réduirait à dix. Tous ces dogmes, tant « primitifs que dérivés, sont égaux devant la foi : renier un « dogme fondamental ou un dogme secondaire, c'est absoluce ment la même chose. »

L'auteur termine son exposé en constatant de nouveau les points de divergence entre Maïmonide et lui. « Il retranche du <r nombre des dogmes la vérité de la prophétie de Moïse et ic l'immutabilité de la loi, parce qu'il y voit, non pas des « principes fondamentaux ou seulement dérivés, mais des

(1) IMnie, XXXII, 19.

PRÉPACB. 95

« croyances accessoires ayant leur source dans le principe de « la mission d'an enToyé divin, on bien un dogme pariicu- « lier à la loi de Moise^ mais étranger à la loi divine univer'a selle. Il élimine pour an motif analogue les dogmes du Messie ce et de la résurrection, parce que ce sont des dogmes essen- « tiels pour le christianisme, mais ne tenant an sein du ju- « daîsme que le rang de simples croyances, émanant du dogme « de la rémunération. Il ne fait pas davantage figurer parmi a les dogmes Tadoration exclusive de Dieu, parce que c'est là « un commandement positif de la loi de Moïse. Par contre, il « juge à propos de scinder en deux la science et la providence « divine, ou, pour mieux dire, la providence générale et la « providence spéciale, pour se conformer à Topinion de la plu- H part des théologiens modernes. Enfin il ne compte pas le «c libre arbitre et le but, ces deux principes servant de bases « à la loi sociale autant qu'à la loi divine. ^

Avant d'apprécier la théorie d'Albou, il nous parait nécessaire d'exposer brièvement celle d'Abravanel.

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