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VI. Opinion d'Abravanel sur le nombre des dogmes

Nous avons déjà fait connaître Topinion de cet éminent docteur au sujet des croyances obligatoires (i), opinion qui constitue la partie vraiment originale de son traité dogmatique. Il s'occupe également, après Hasdaî et Albou, de la fixation du nombre des dogmes; mais, comme il s'attache bien plus à défendre Maïmonide contre les objections de ses contradicteurs qu'à faire une nouvelle thèse, nous nous bornerons à une analyse sommaire de sa discussion. Il combat tout d^abord la définition donnée par Albou du terme ikar : a Pour lui (3) ce « mot ne signifie pas seulement racine ou fondetnent^ c'est-

(1) Inlrodaotion : GoofidératloiiB ^éné- (S) Rofch AmaiiA, ehap. 6.

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« à-dire la condition sine qua non de Texistence et de la durée, « signification qaUl a souvent, on ne le conteste pas, dans la « langue talmudique ei cbaldéenne (t); mais encore, et non a moins fréquemment, il sert à désigner une chose noble, « substantielle, ayant sur une aulre la supériorité du rang et « de la valeur, sans cependant en éire la base ou le fonde- « ment (3). En un mot, le terme ikar s'applique tantôt à la « matière, tantôt à la forme, parfois aussi au but. ,Au moyen a de cette nouvelle définition, Fauteur pense faire tomber en « partie les objections formulées par Albou contre la classifia cation de Maïmonide, à laquelle il reproche de contenir des a dogmes qui ne sont pas fondamentaux. Oui, dit-iU il y en a a de ce genre dans la nomenclature du maître ; mais ce n*est c pas sans dessein que celui-ci se sert à la fois et du terme a yessod (tid*^), qui signifie fondement, et du terme ikar^ india ^quant, comme on vient de le dire, une chose essentielle, « principale par rapport à une autre. Nous voilà bien avertis « que la catégorie des dogmes comprendra des dogmes fondatt mentaux (Yessodoth) et des dogmes principaux (Ikarim), a c'est-à-dire croyances nobles et supérieures. »

Abravanel s'efforce ensuite de réfuter une à une les objections faites par Hasdaî et par Albou contre tel ou tel dogme particulier des treize de Maïmonide, notamment contre le cinquième dogme : l'adoration exclusive de Dieu, contre le neuvième : immutabilité de la loi, contre le douzième et le treizième : messie et résurrection. Il s'attache à faire ressortir l'importance de ce principe, reprochant à son tour à Albou de n'avoir pas bien compris la pensée du maître, établissant que Maïmonide n'avait jamais songé à faire figurer parmi les dogmes de simples commandements religieux ; que le culte exclusif dû à Dieu et l'immutabilité de la loi ont une portée bien plus élevée. Selon l'auteur, il s'agirait dans le cinquième dogme d'un principe de l'ordre transcendant : il s'agit de la différence radicale, absolue, entre Dieu et les anges, archanges, esprits

(1) Duiel, IV, IS. (i) Talmud^ Deraohoth, fol. 11; nU,,k\. 41; Aboih, 1, 17.

pars et séparés qui ne peuvent rien, qui ne font rien que par sa Yolonté souveraine, laquelle domine tout, Dieu seul possédant dans leur plénitude la volonté et la spontanéité. Dans le neuvième dogme il s'agit de bien autre chose encore que de cette stabiliité purement matérielle, fondée sur le commandement positif de ne rien ajouter à la loi ni d*en rien retrancher. Il s'agit de Téternité, considérée comme conséquence de la perfection des œuvres de Dieu, de la loi divine regardée comme étant pleinement en possession de toutes les garanties de perfection et de durée morale. Quant à la croyance au Messie et à la ré* surrection, formant le douzième et le treizième dogmes de Maimonide, il n'est pas question de les imposer comme dogmes fondamentaux, mais à titre de principes d*une certaine importance qui se rattachent au dogme de la rémunération (1). Examinant ensuite la théorie d'Âlbou et ses trois dogmes primitifs, Abravanel ne les trouve pas non plus irréprochables : il critique particulièrement la fllialion inventée par Albou entre le dogme primitif et ses dérivés, filiation qu*il attaque, dans plusieurs de ses parties, comme contraire à la logique. C'est ainsi que, selon lui et contrairement à Àlbou, la prophétie et la providence devraient plutôt être considérées comme des dogmes primitifs dont la révélation et la rémunération seraient les dérivés (S). Sans se prononcer formellement ni pour ni contre la classification de Maîmonide, il cite un docteur d*une grande autorité qui n'admet qu'un seul dogme essentiel et fondamental, le dogme de l'existence de Dieu, appelé dans la langue de la Tradition : l'acceptation du joug de la royauté céleste (3). C'est Topinion de l'auteur du livre doctrinal connu sous le nom de Balachoth guedoloih^ et Maîmonide ne semble pas défavorable à celte opinion, puisque, dans sa vaste compilation du Mischné Thora^ il qualifie l'existence de Dieu de fondement des fondements et base de la science (4). L'auteur ne

RoMh Amua, olup. tS-15.

Ibid., châp. XXI. (4) Yad iM-HAiaka, I^ pvUe, triiiK (te

3) TalBod, Bertcholh. fol. 10. UThéodicée, ch^. 1«.

oi»w mai» itp niap.

croit pas cependant que ce dogme paisse & lai seal satisfaire à la foi religieuse; il se poorrait même qae, privé du concours d*aatres dogmes, il aboutit au renversement de toute religion. Il termine son appréciation critique de la classification des dogmes en insinuant que, s'il était réellement nécessaire de réduire la théologie à un seul dogme, il pencherait, lui, pour celui de la création ex nihilo, véritable pivot autour duquel vient graviter la loi divine, avec ses bases, ses racines, ses principes, ses croyances et ses récits miraculeux. Nous con-i naissons d'ailleurs la conclusion d'Abravanel (1), que nous avons i*eproduite presque en entier (2) ; nous savons qu'il se refuse à attacher aux dogmes le sens que leur prêtent Maimonide et consorts ; à reconnaître au point de vue religieux des croyances privilégiées, supérieures les unes aux autres ; qu'elles sont toutes égales devant la religion et la foi, et que les dogmes ne sont pas autre chose en définitive que des jalons posés sur la voie sacrée qui conduit à la connaissance des grandes et étemelles vérités.

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