‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 58 sur 93 · VII. ClassificcUion définitive des dogmes · texte numérisé non relu

VII. ClassificcUion définitive des dogmes

Il est une chose qui semble résulter clairement de cette discussion, que nous avons reproduite dans ses points essentiels, de cet exposé des théories de Maîmonide, de Hasdaï, d'Àlbou et d'Abravanel : c'est la difficulté d'arriver à une fixation nette et précise du nombre des dogmes, à une classification satisfaisante pour tout le monde. La diversité des opinions émises est plutôt faite pour y jeter la confusion et reculer la solution. Cependant, en y regardant de prés, on ne trouve que deux théories complètes en présence : celle de Maîmonide et celle d'Âlbou. La première a pour elle, outre l'autorité du grand mattre de la théologie, le temps et la coutume; elle est la seule qui ait pénétré au sein des masses et prévalu dans l'enseignement popu-

(I) Roieh Amant, chap. S3. (S) IntrodMlion fénénOe, s. «•

PRÉPACE. 29

laire. Les ireise articles de la foi (ont pris racine dans le catéchisme et la litargie ; on les fait épeler anx enfants à Técole, et la synagogue les cbante dans toutes les solennités religieuses (1). Il serait aussi injuste que peu prudent de ne pas tenir compte d*un fait aussi profondément entré dans les habitudes religieuses. D'un autre côté, la thèse d*Albou a pour elle la simplicité de Tordonnance, l'adhésion d'un grand nombre de théologiens modernes et, si nous ne nous trompons, le mérite d'une division rationnelle. Cette division naturelle, conforme à la nature des choses, c'est Abravanel, le contradicteur d'Albou, qui la signale à notre attention. Voici comment il s'exprime dans ses considérations générales sur les dogmes : « Le « véritable adorateur de Dieu doit envisager la religion sous « trois points de vue divers, qui sont : l"" l'auteur et le révélaa teur de la religion ; 2* la religion considérée en elle-même ; a 3"* les hommes appelés à la réaliser et pour qui elle est le a but (2). » Or, la division d'Albou correspond parfaitement à ce triple point de vue. Le premier dogme, y compris ses dérivés, nous met en rapport avec Dieu, auteur de la religion, « le sujet 9 ; il s'attache à nous le faire connaître, à nous donner une idée de sa grandeur, de son unité, de son immatérialité, de son éternité et de sa perfection suprême ; il fait en sorte que nous sachions à qui nous allons adresser notre culte et nos hommages ; il nous apprend à rendre à Dieu, au lieu d'un culte aveugle, une adoration sentie et réfléchie, la seule qui soit digne de lui. Le second dogme, comprenant la révélation et ses conséquences, s'occupe de la religion elle-même, « l'objet d. C'est la révélation qui nous communique la volonté, les ordres précis du Dieu créateur, aussi bon que juste; c'est par elle que nous nous familiarisons avec les rites et toutes les prescriptions positives de la religion et de la morale ; c'est par elle que les rapports entre le créateur et les créatures, d'abord vagues et indéterminés, prennent corps, deviennent un lien de plus en plus puissant entre le ciel et la terre, font pénétrer jusqu'aux

(i) CanUqn» da Yigdal. (S) Rosoh AmuM, ehap. II.

dernières couches sociales les habitudes "et les nécessités de la yie spirituelle. Enfin le troisième dogme, la rémunération proyidentielle, sous quelque forme et dans quelques conditions qu'elle se réalise, c'est a le but » ; elle nous fait faire un retour sur nous-mêmes, sur les résultats de notre conduite, sur le secret final de notre destinée, sur tout ce que nous avons à craindre ou à espérer, enfin sur la responsabilité humaine prise dans son acception la plus élevée. Le sujet, TobjeC, le but de la religion, voilà sans doute une division naturelle, heureuse, conforme aux suggestions de la saine raison.

Nous adoptons donc la division d'Albou, tout en maintenant la classification de Maimonide, qui a pour elle Tusage et Tassentiment populaire. G^est une œuvre de conciliation qui nous paraît d'autant moins difficile que nous avons vu Albou Vadmettre lui-même dans une certaine mesure et s'efforcer de faire concorder l'opinion de Maimonide avec la sienne propre, grAce à la distinction entre les dogmes primitifs et les dogmes dérivés.

Nous diviserons, par conséquent, notre enseignement dogmatique en trois parties principales, savoir : 1"* Théodicép, 2® Révélation, 3" Rémunération providentielle. Nous étudierons chaque partie dans les dogmes qui ; correspondent dans la série de Haîmonide. Les cinq premiers dogmes constitueront la Théodicée, les quatre intermédiaires, la Révélation, et les quatre derniers, la Rémunération. Chaque dogme nous fournira l'occasion de discuter les objections qu'il soulève, d'en fixer le sens et d'en dessiner les contours.

Daigne, ô Seigneur, comme autrefois à David, m'ouvrirles yeux et me laisser admirer les merveilles de ta loi (1) !

(I roauDirn, CIX, 18.

^RnpiR DOGME

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