CHAPITRE ni. — Le monothéisme dans Técold théologiqae
S 1*". Saadia.
Il commence son exposé du monothéisme en ces termes [i] : « Dieu nous a fait savoir par ses prophètes qu'il est un^ vi- « vant, pouvant, voulant, sachant, incomparable sous le rap- « port tant subjectif qu'objectif, et cette révélation théorique a (c été confirmée par des signes et des miracles qui en sont la (( sanction. Chacun de ces attributs s'appuie sur des textes « positifs : il y en a pour l'unité de Dieu (3), pour la vie (4),
(i) Talmad, pattim. (s] Dealer., VI » 5; nid,, XXXII, H
(S) L6I oroyanoes et les opinions , et 39. 4eiiiième leçon : De l'unité de Dieu. (4) IM., V, 13.
a poar la puissance (i ) , pour la sagesse (i), enfin pour sa nature « incomparable soit comme substance, soit comme cause (3). « Nous nous sommes efforcé déjà de confirmer par le raisonnea ment ces cinq attributs enseignés par la révélation prophé- « tique; nous y avons réussi, et nous avons trouvé dans les « lumières de la raison non-seulement la confirmation de ces « attributs, mais encore la réfutation de toute opinion con- « traire. »
Après ce préambule, qui est une entrée en matière pour la question des attributs en général, dont il traite dans la même leçon, Saadia aborde directement le principe de Tunité de Dieu.
PreMves du monothéisme. <— « l"* L'auteur des cboses créées, « dit*il, est nécessairement d'une nature différente de ces « choses, le créateur ne pouvant être de même nature que les « créatures ; or, celles-ci se faisant remarquer à nous par leur a pluralité^ leur auteur doit être Vunité ; car s'il était plus d'un, « il rentrerait sous la loi du nombre et, par suite, sous celle « des corps.
t i"" Notre raison nous présente le créateur comme l'être « nécessaire et indispensable; mais, un seul être, une seule a cause étant nécessaire, tout ce que l'on ajouterait au créaa teur ne le serait plus et, par conséquent, serait purement « contingent.
« 3"* Les preuves en faveur de la création ex nihilo impli- « quent l'unité; que si la création était l'œuvre de plus d'un « agent, elle ne serait plus tirée du néant, et dès lors il faudrait <c des preuves contraires aux principes de la création ex nihilo; « or, il a été démontré que toute preuve de ce genre est inada missible.
« 4"* Toutes les objections produites contre le dualisme, et « qui ont été développées dans notre première leçon, sont au- « tant d'arguments en faveur de l'unité. Pourquoi, dit l'auteur « en interpellant les dualistes, rapportez-vous l'origine de tous
(1) Job, XLII, S; I ChroB., XXIX, 11. (») Pmbbm, LXXXVl, 8.
(a) Jok, IX, 4.
m DEUXIÈME DOGME.
« les ôlres à deux principes seulemenl? pourquoi pas à autant a de principes qu'il y a d'êtres? Parce que, répondez-vous, nous tf les voyons tous se ranger sous les deux chefs principaux du « bien et du mal, sans autre principe intermédiaire. Mais est-ce « bien exact? N'y a-t-il pas d'autres principes, d'autres catégo- « ries? N'y a-t-il pas les cinq sens soumettant les ôlres à leurs « lois? n'y a-t-il pas les sept couleurs, les diverses propriétés « du goût au nombre de neuf, les quatre éléments, les dix caté- <c gories (d'Aristote) se rattachant à la substance, les six modes « du mouvement, les sept espèces de quotité, les trois divisions « du temps, les trois formes, et que sais-je encore?
« 6** Ces deux créateurs ne pouvant rien faire l'un sans l'autre, « sont tous deux impuissants : car, si la volonté de l'un oblige a l'autre, ils sont placés tous deux sous l'empire de la contrainte tf et de la force ; si, au contraire, ils sont libres tous deux, il en « résulterait ceci ; supposons, par exemple, que celui-ci voulût « faire vivre, celui-là faire mourir un être quelconque, l'objet « de leur antagonisme serait à la fois vivant et mort. Autre « supposition : si l'un des deux principes pouvait cacher quel- « que chose à l'autre, ils seraient alors tous deux sujets à l'im- « perfection de l'ignorance ; sont-ils, au contraire, incapables « de se cacher réciproquement, alors ils sont nécessairement w impuissants. Et puis encore, les suppose-t-on indissoluble- « ment liés l'un à l'autre, alors ils ne forment qu'un seul être ; ft sont-ils, au contraire, distincts et séparés, mais alors il y a a quelque chose qui les sépare, et ce quelque chose constitue- « rait un troisième principe.
« Après les preuves logiques, l'auteur passe aux preuves « bibliques : aux lextes déjà cités il en joint d'autres (1). Quant « à l'objection tirée de la pluralité des noms de Dieu, et no- « tamment des deux dénominations principales, Adonaïy substi- « tué au nom ineffable, eiElohim, il est parfaitement reconnu « et démontré par l'Écriture elle-même que ces noms ne ser-
(I) Dealfr., IV, 38 et 39; Iwïe, XLV, î> el 6; XXI, Si
a vent qu'à désigner un seul et même objet (i). Rien ne s'op- « pose à ce que Ton donne à Dieu tantôt tel nom, tantôt tel « autre, dès qu*il est avéré que ce sont ses noms à lui. L'Écri- « ture ne procède pas autrement à Fégard des noms propres a des hommes. Ne donne-t-elle pas à Tun des juges d'Israël tantt tôt le nom de Gédéon, tantôt celui de Jérubaal, après nous « avoir prévenus que Jérubaal et Gédéon n'en forment qu'un ? « Et les hommes, pris en masse, ne sont-ils pas nommés indis- « tinctement peuples, fils de la terre, fils d'Adam, fils de « l'homme (2) ? Les Hébreux ne portent-ils pas indifféremment « les noms de Jacob, Israël, Yeschouroun [S) ? En thèse gé- (f nérale, toutes les fois que nous, monothéistes, nous rencon- <c trons, par rapport à Dieu, une dénomination qui paraîtrait « incompatible avec le sens rationnel, il faut la prendre dans le « sens figuré. »
L'auteur renvoie pour le développement de cette thèse à la préface de son commentaire à la Bible, et l'applique encore à quelques textes d'Isaîe (4).
Dans son ardeur pour la polémique, il prend ensuite à partie la trinité, et s'exprime en ces termes :
« Notre réfutation de la trinité ne s'adresse pas à l'opinion « du vulgaire, qui, par ce mot de trinité, entend la réunion de « trois corps, de trois personnes matérielles, mais aux sages, « aux théologiens qui adoptent ce dogme, lesquels ont imaginé « une trinité spirituelle, en se fondant sur les trois attributs « que nous donnons à Dieu, c'est-à-dire, vivant, sachant, pou- « vaut. Mais tandis que pour nous ces trois qualifications ne « sont que la conséquence unique et simultanée de la notion a de créateur, car pour créer il faut pouvoir, et ne peut que «r celui qui vit, et n'agit ni ne crée bien que celui qui est sage, u les trinitaires y voient trois hypostases, trois personnalités « distinctes. Nous leur opposerons les arguments suivants :
(i) ÎMie, XLV, 18 ; Pf ., C, 3. (4) IsaTe, XLVIIl, 16 ; LX, 9 ; Ptanmet,
(•) PiMUiei, XLIX, 9 et 3. CV, 4.
(3) iMie» XLIV, 1 el 2.
« 4 "^ Les trinitaires admettent ou une trinité corporelle, et alors a ils retombent dans Terreur grossière de Tignorante multitude/ « erreur tant de fois et si victorieusement réfutée par notre « démonstration de Timmatérialité de Dieu, ou bien une trinité « spirituelle. Mais en soutenant que la substance, la vie et la « sagesse divines sont trois entités différentes, ils aboutissent « forcément à un Dieu matériel, en dépit de leurs protestaa tions ; car cette variété d'attributs implique la variété en a Dieu; or tout ce qui est susceptible de variété est corporel. « Pour nous, point de diversité d'attributs en Dieu; et nous c( croyons avoir suffisamment démontré que les dénominations • (( multiples que nous appliquons à Dieu ne sont que Teffet de « rimperfection de notre langage, sans exprimer une pluralité i< réelle. Les trinitaires ne ressemblent pas mal aux Parsis, 6 adorateurs du feu, qui prétendent aussi que ce n'est pas le « feu qu'ils adorent, mais un certain élément qui brûle, qui a éclaire et qui remonte en Tair. C'est toujours le feu exprimé « par circonlocution. — 2* Nous amènerons forcément le tri- « nitaire à reconnaître la matérialité de Dieu. Il a beau nier « la matérialité, en se fondant sur ce que la matière est créée, c( tandis que Dieu est incréé, pour être conséquent avec lui- « même, il ne peut pas séparer la substance de Dieu de sa vie « et de sa sagesse, tout être recevant la vie du dehors étant a nécessairement créé. Son raisonnement d'ailleurs ne repose « sur aucune base logique. Pourquoi affirmons-nous que la vie « de l'homme est autre chose que sa substance? parce qu'en le <i voyant aujourd'hui en vie, demain mort, nous en tirons la a conclusion qu'il est dans l'homme un principe vital qui en se « retirant le laisse mort. De même, en voyant cet homme tantôt « sage, tantôt privé de raison, nous en concluons qu'il porte « en lui un principe de sagesse, lequel en se retirant le laisse « dans rignorance et la folie; que si ces phénomènes ne K surgissaient pas dans l'économie de l'homme, lidée ne nous | a serait jamais venue de séparer en lui la substance de la « vie et de la sagesse. Or, nous ne pouvons supposer un in- i (« slant où Dieu ne soit pas vivant et sage; donc le créateur |
« est vivaDl et sage par cela seul qu'il existe. Puis nous pose- « rons aux trinitaires cette question : Pourquoi reconnaissez- « vous en Dieu trois personnes ou hypostases : substance, vie « et sagesse? Pourquoi pas une quatrième, la toute-puis- « sance, voire même une cinquième et une sixième, savoir la tf vue et Touïe? Serait-ce que la vie implique la puissance, et « que la sagesse embrasse la vue et Touïe? Mais alors la sagesse tf implique aussi la vie, personne, à coup sûr, ne pouvant sup- « poser que Ton soit sage si Ton ne vit pas. Voilà donc certes c une croyance que Ton peut taxer comme inconsidérée « et irréfléchie. — 3*" Admettre en Dieu une seule modiflca- « tion, c'est les reconnaître toutes implicitement : ainsi Fexige « la faculté ou la loi de généralisation, qui ne reconnaît que « des faits collectifs, sans se soucier des faits individuels. — a 4" Quelques-uns des trinitaires ont cru pouvoir enter leur <i doctrine sur TËcriture. Examinons les textes qu'ils croient « favorables à leur système. C'est d'abord celui où il est ques- « tion de Tesprit et du verbe de Dieu (i ] . Mais cet esprit (Rouah) « et ce verbe (Milla) ne sont pas autre chose que la parole ré- « vélée, mise par Dieu dans la bouche du prophète, et ces « deux mots signifient vision et prophétie. D'autres ont cru <x découvrir la personne de VEspril Saint dans un texte de « Job (S), etcelleduVerbëdivindansunversetdespsaumes(3). « Mais ils n'ont fait qu'afficher leur ignorance de la langue sa- « crée, ces deux mois voulant dire la volonté, l'ordre, le désir « et l'agrément de Dieu ; ils ont pour objet de nous enseigner « que Dieu a conscience de ses actes, qu'il agit sans erreur ni ce contrainte, comme l'Ëcrilure le dit ailleurs (4); ils nous ré- « vêlent en outre que Dieu a tout fait, ciel, terre, contenant « et contenu, d'un seul coup et non pas successivement (8). (« — 5» En s'appuyant sur la Bible pour faire de l'esprit et de V la parole de Dieu des personnalités distinctes, des hypostases^
(1) Il Stmael, XXIII, 1. (4) Job, XXIII, 1».
(2) Job, XXXII. <t. (S) IsaTe, XLVIU, ir.
(3i Pfaumrg, XXXIII, G.
a pourquoi les trinitaires n'en reconnaissent-ils pas d*au très? « La Bible ne parle-t-elle pas de la main de Dieu qui agit, des «( yeux de Dieu qui observent et surveillent, de la gloire de (c Dieu qui réside, de la colère de Dieu qui s'excite, de la misé- « ricorde de Dieu qui s'émeut ? Évidemment ce ne sont là que tf des expressions figurées, des homonymies dont on ne se sert « que pour rendre intelligible Faction providentielle. D'au- «( très se sont étayés de l'expression «Faisons rhomme,» émise (c par Dieu au moment de créer Adam (1) ; mais ce n'est là cf qu'un pur idiotisme, la langue sainte autorisant l'emploi du <c pluriel à la place du singulier dans la bouche de certains « personnages. Les exemples dans la Bible en sont très-nom- « breux (2). D'autres ont cru prendre la trinité sur le fait dans a les trois individus ou anges qui vinrent visiter Abraham (3); « mais ils n'auraient pas commis cette bévue s'ils avaient lu avec « quelque attention la fin du chapitre où il est dit formelle- « ment que Dieu se tenait encore auprès d'Abraham après le « départ des anges (4), et, par conséquent, il ne pouvait guère <i former avec ceux-ci une personne en trois.
a Division des trinitaires en quatre chsses. Les trinitaires « forment quatre sectes, dont trois déjà anciennes et la qua- « trième relativement récente : la première reconnaît dans le a Messie un Dieu, àme et corps; la deuxième lui attribue un a corps créé dans une àme divine ; la troisième lui impute une if àme et un corps créés, auxquels ils ajoutent l'esprit divin; a enfin la quatrième , la nouvelle secte , le considère comme « un simple prophète, prenant le terme « Fils de Dieu » dont « on le qualifie dans un sens figuré, analogue à d'autres expres- « sions de ce genre que l'on rencontre dans la Bible, celle-ci a par exemple : Israël est mon fils premier-né (5) ; Abraham , « l'ami de Dieu (6). »
(t) Genèse, I, SA. (4) Jbid,, ibid., i3.
(t) Nombres, XXII, C; Jages, XIH, Ift; (tt) Exode, IV, 9â.
Daniel, 11, 36. (6) UaTe, XLl, 9.
(3) Genèse, XVIII, -2.
LB MONOTHÉISIIR. 147
L'auteur dit qu*il s'occupera de cette dernière secte dans la leçon suivante, consacrée aux preuves de la vraie révélation, et dans la huitième, où il traitera du dogme du Messie. Puis il dit que « la première opinion , celle qui prétend qu'une partie « de la divinité s'est faite corps et &me (la transsubstantiation), « a contre elle, outre sa réfutation spéciale, tous les arguments « avec lesquels il a combattu, daûs la première leçon , le systf tème qui envisage la création comme tirée par Dieu de sa « propre substance. La troisième secte , qui reconnaît en Dieu c une âme et un corps humain , est forcée d'admettre qu'un « corps créé peut dexenir Dieu , grâce à l'infusion d*une par- « celle divine ; elle l'admet du moins par induction, puisqu'elle « compare cette combinaison à la majesté divine qui apparaît a au milieu du buisson enflammé ; mais alors, comme conseil quence de cette doctrine, elle devrait considérer comme au- « tant de dieux le tabernacle , le buisson et le Sinaï. Enfin la « seconde opinion , participant de la première par l'admission a d'une âme divine, et de la troisième par la reconnaissance « dans le Messie d'un corps créé , est renversée par la double « série d'arguments produits contre la première et contre la « troisième opinion. »
Appréciation de la théorie de Saadia. — Nous retrouvons dans cette thèse sur le monothéisme la même méthode de dialectique de l'école du Kalam^ le même esprit de polémique que nous avons été à même de signaler chez lui à propos de sa démonstration du dogme de la création. Nous ne pouvons que renvoyer aux observations que nous avons présentées à ce sujet, à savoir que ce genre d argumentation subtile, véritable importation étrangère, n'ajoute guère à notre fonds théologique. Le monothéisme ne saurait avoir pour fondements quelques pauvres arguments dérivés du syllogisme ; il a des bases bien autrement solides, il a des racines dans l'essenceméme du mosaïsme, dans la tradition, dan&l'hisloirecontinue du judaïsme. Maissi nousne pouvons attacher une grande importance à la démonstration logique de Saadia, il n'en est pas de môme ^e son système d'inlerprétalion, de la nouvelle exégèse qu'il met au service des
148 DEUXIÈMR DOGME.
graves queslions Je la théodicée, et par laquelle il sait concilier les textes sacrés avec les enseignements de Texpérience et de la raison. Nous signalerons à cet égard Texplication à la fois ingénieuse et vraie qu'il donne de celle variété de dénominations servant à désignerun seul et même Dieu, et sa façon de ramener àTunité les termes — esprit, verbe, parole. — C'est à ce point de vue aussi qu'il faut remarquer sa discussion au sujet du dogme de la trinité, discussion dans laquelle nous ne croyons pas devoir le suivre, nous bornant à constater que ce qui restera de cette controverse, ce sont moins les arguments qu'il emploie que la saine interprétation des textes par laquelle il établit Tincompalibililë de la trinité avec la révélation sinaïque et prophétique. A cet égard Saadia est véritable chef d'école, le fondateur d'une polémique religieuse qui n'a pas été sans grandeur, qui a atteint un très-grand développement dans des productions telles que les livres nsiiax pim et -jinsa. N'est-ce pas d'ailleurs un immense progrès rien que d'aborder de tels problèmes, d'ouvrir la controverse, de conduire la spéculation vers ces hauteurs sourcilleuses? N'y a-t-il pas là comme une transformation de la science religieuse? Ces considérations suffisent pour engager le théologien à tenir grand compte de l'opinion de Saadia, et à lui assigner une place notable dans l'histoire de la théologie.
§2. Ba'hya. Les devoirs des cœurs.
On sait que pour Ba'hya l'unité de Dieu est la base fondamentale de tout l'édifice religieux, de toute la théologie, non moins que du culte et de la morale. Aussi aborde-t-il l'étude du monothéisme avec une certaine solennité qui a passé dans son style; c'est ce qui nous détermine à donner dans son entier la théorie de Ba'hya sur le monotliéisme. Voici comment il entre en matière :
Préambule de Ba'hya sur le monothéisme. — « En nous li-
« vrant (1) à la recherche des racines et des principes fonda-
« mentaux de notre religion, nous avons reconnu que la vraie
a base, c'est la profession pleine et entière de Tunité de Dieu ;
a c'est elle que nous considérons comme la porte d'entrée de la loi ;
tf c'est par elle que se fait le départ entre le croyant et l'athée ;
« elle est enfin comme la tête de la vérité religieuse. S'en
« écarter, c'est renoncer à toute foi comme à toute pratique
« du culte ; et c'est pour ce motif qu'elle est le premier mot
c de la révélation sinaïque (2) comme aussi du Schéma Israël^
a c'est-à-dire de notre credo. Aussi ce texte du schéma doit-il
a ôtre, d'un bout à l'autre, l'objet constant de nos méditations:
<c Les enseignements qu'il contient s'enchaînent et se suivent
tf dans un ordre de filiation ; ils sont au nombre de dix adaptés
« aux dix commandements du Décalogue. Il commence par nous
« imposer l'obligationde croire en Dieu ; car tel est ici le vrai sens
« du mot schéma (écoule] qui ne saurait exprimer la simple
« audition de l'oreille, mais la foi venant du cœur, comme
« toutes les fois où ce même terme se rapporte à des faits intel-
« lectuels (3). Après l'obligation de croire en Dieu vient celle
« de reconnaître en lui notre souverain, notre Dieu national, et
c à celle-ci succède le devoir de reconnaître en lui l'unité vraie,
tf De ce triple acte de foi. Moïse passe aux conséquences qui en
« découlent : c'est d'abord Tamour parfait de Dieu, amour de
« cœur, d'&me et de tous nos moyens d'action, amour interne
tt et externe (auquel il sera consacré une leçon spéciale] ; puis
« il précise les devoirs internes, en nous recommandant de
« graver ces paroles dans nos cœurs, c'est-à-dire d'y croire
« dans notre for intérieur. Des devoirs internes il passe natu-
« rellement aux devoirs externes, embrassant à la fois la pen-
« sée et l'action, tout en insistant sur le rôle de la pensée, le
« cœur et la langue ayant cette stabilité que ne possèdent jamais
(0 Bftiiya» Detoln da taor, tniU da dillon, poor Uqoelle Sohemft teot direMM-
NoDotbéitmc. prendre, méditer , ntlf non pat croire. Voir
(S) Exode, XX, 9. plof haot, I«r chapitre, S !•'; cf. notre in-
(s] Eiode, XXrV, 7; Dentdr., VI, 3. trodoclion, considéraUonf générales, IV,
Ici Pantcnr eit en contradiction atcc la tra- p. 17.
iSO DEUXIÈME DOGME
ce au même degré les autres organes corporels. 11 est donc bien « entendu que cette fréquence, que ce soin quotidien de réciter « les paroles divines, a pour but de nous les graver dans le « cœur, dans la pensée, dans Tintelligence, ainsi que TÉcri- «r ture nous le répète fréquemment (1). Il termine cette proa fession de foi par les devoirs exclusivement pratiques, qu'il cr done au nombre de trois, savoir : les deux théphilin et la a mezouza (v. 8 et 9), ayant pour objet de maintenir en nous « le souvenir de Dieu, son amour et l'aspiration incessante « vers ses perfections, sentiments si énergiquement décrits a dans le Cantique des cantiques (2). Et ces devoir spratiqaes a sont au nombre de trois, parce que le nombre trois est, selon a TËcriture, le symbole de la force et de Tindestructibilité. En « résumé, le chapitre du schéma contient dix points, dont a cinq spirituels et cinq corporels. Les cinq spirituels sont : « l'existence, la souveraineté, Tunilé, l'amour, et l'amour parce fait de Dieu; les cinq points matériels sont : l'enseignement a de la loi à nos enfants, Tétude constante pour nous-mêmes de a cette même loi , les théphilin sur le bras , le théphilin sur a la tête, et la mezouza (3). Le schéma, d'après la tradia tion (4), domine toutes les autres parties de la loi de toute « la supériorité qu'exercent les obligations internes sur les de- « voirs externes. En voilà sans doute assez pour expliquer pour- « quoi nous accordons au monothéisme la priorité sur tontes « les questions que nous traiterons dans ce livre. »
« § l^*". Définition de la croyance en Vunilé de Dieu. »
« Professer l'unité de Dieu d'un cœur parfait, cela veut dire $ que lapensée et l'expression doivent être parfaitement d'accord <r dans cette croyance, entant quelle sera entourée des garanties « de la certitude et de l'évidence acquises par le travail de la
(I) Deiitér., XXX, 14 ; Pt., XVI, 8. celai de R. Ita«o Erima, AkMi, 4iiMrta-
(9) Gant, dei Cant., 1, 13: VIII, 6. (ion 70.
(s) Cf. atec oe oommentalre dn Schéma (4) Talmud, Beraohoth, fol. 13.
LE MONOTHÉISME. 15i
« raison démonstrative et spéculative. A cet égard, la croyanco « à TaDitë de Dieu diffère chez les bommessiiivaiit leurs facultés <K de conception et de discernement : les uns ne professent a cette unité que de bouche, répétant machinalement ce qu'ils 9 entendent dire sans en rien comprendre ; les autres proc fessent Tunité de Dieu de cœur etde bouche, mais seulement à « titre de tradition historique, etsanslacomprendredayantage; « ceux-ci admettent Tunité de Dieu au point de vue rationne), « mais sans savoir la distinguer des autres unités, ce qui les « expose à matérialiser Dieu, à lui créer des analogies et des c ressemblances. Enfin il en est qui confessent Tunité de Dieu « de bouche et de cœur, et font reposer leur croyance sur la a distinction radicale qui existe entre Tunité fictive et Tunité « vraie aumoyend'unedémonstrationclaireetprécisede Texis- « tence etderunité de Dieu. C'est cette quatrième et dernière « classe qui possède dans sa plénitude la foi au monothéisme. a Notre définition est donc exacte quand nous appelons la « croyance ^ Tunité de Dieu Taccord parfait entre la pensée et tt Texpression, fondé sur des preuves spéculatives de la vérité « du monothéisme. »
« § 2. /)e la gradation qu'il faut suivre relativement à la croyance àVunité de Dieu. »
« Il est d'abord à remarquer que le terme unités dont sont tf obligés de se servir les monothéistes, est devenu d'un emploi « si fréquent et si commode en cette matière, qu'il est permis « de le mettre au nombre des interjections et exclamations « dont on se sert pour exprimer un excès de joie ou de dou- « leur, mais sans les comprendre. C'est ainsi que, cédant à « l'ignorance et à la paresse, on ne se soucie guère d'arriver à
< une idée nette et précise du terme un ou unités et l'on ose
< se croire en possession du monothéisme par ce qu'on sait en tt ëpeler le mot, sans se douter du vide que laisse dans notre « raison et notre conscience une croyance si peu raisonnée. « Mais on a beau professer ainsi l'unité en parole ; pour la pen-
« sèe cette anité n*en sera pas moins la pluralité; pour la « conscience elle équivaut aux autres unités matérielles....»
Il revient ensuite sur la distinction radicale à établir entre Tunité fictive et Tunité réelle, et la gradation qu'il faut suivre dans Tétude de Tunité. Il répète les quatre degrés , savoir : l** unité de bouche; i"" unité de bouche et de cœur, mais sans autres bases que la tradition paternelle ; 3"" unité verbale et mentale, s'appuyant sur des preuves rationnelles, mais sans aller jusqu'à la distinction essentielle entre Tunité fictive ei Tunité vraie; 4''um7e parfaite, c'est-à-dire étant à la fois verbale et mentale, rationnelle et radicalement distincte de Tunité concrète.
m $ S. Du devoir de rechercher l'unité de Dieu par la voie de
la raison. »
« Quiconque possède les moyens de résoudre cette question, « comme toutes les questions transcendantes de ce genre, par « la spéculation et le raisonnement, est tenu de s'y adonner ft suivant le degré de ses connaissances et de sa faculté de conte ception. Dans notre préface nous avons suffisamment dëve- « loppé les motifs à Tappui de cette assertion. Oui, celui qui a s'affranchit de ce travail de la pensée est blâmable; il est couce pable de négligence théorique et pratique; Il ressemble an « malade qui, connaissant lui-même son mal, s'en reposerait a sur Tefficacité des drogues que lui administre son médecin, « sans se donner la peine de vérifier et de contrôler les ordon- « nances médicales, sans se préoccuper le moindrement de la « vertu comme de l'opportunité du régime imposé, soins que a ses connaissances personnelles lui eussent rendus si faciles. « Lois textes deTÉcriture qui, relalivement à la connaissance « de Dieu et de son unité, nous recommandent ce travail in- « terne sont nombreux (1) . A l'égard du dernier texte, où Moïse
(!) Dénier., IV, 39; haïe, XUV, 17; P«., C, 5; /*»rf., XCI, U; Jérémle, IX, tS; Aboth, II, 19; Dealer., IV, 6.
LE NOKOTHÉISME. 133
« prédit que les autres nations vanteront la sagesse et Texcel- « lence de la loi dlsrëU il importe de faire observer que cette « adhésion universelle des peuples à notre loi deviendrait im- « possible si celle-ci ne reposait sur des preuves^ démonstra- (( lions et témoignages puisés dans la raison^ confirmant la a véracité de la hi et la sincérité de notre foi. C'est d'ailleurs « une assurance formelle de la part de Dieu qu'il viendra un « jour où se déchirera le voile de Tignorance et de Terreur qui a couvre les yeux des nations, et où ils verront la majesté et la ff gloire de Dieu à la lumière de notre sainte religion (1). Il « s'ensuit que la Bible, la tradition et la raison sont d'accord « sur le devoir de rechercher la connaissance de Dieu par les « voies de la spéculation et du raisonnement. »
Les 4^, S« et 6" chapitres sont consacrés à la démonstration logique et cosmologique de l'existence de Dieu, que nous avons reproduite dans notre première leçon. Dans le T l'auteur aborde directement ce qu'il appelle les preuves de l'unité de Dieu. Il les donne au nombre de sept.
<r 1^ Simplification graduelle du principe de la causalité. — « En observant avec attention les causes en général , on est a forcé de convenir qu'elles sont moins nombreuses que les « effets qu'elles produisent. Plus vous remontez l'échelle des « causes, plus vous voyez celles-ci se simplifier, et c'est ainsi « que de simplification en simplification on arrive à une cause « unique qui est la cause des causes. Voici, en effet, les résul- « tats de cette observation : « Les individus, au sein de la « création, sont pour ainsi dire innombrables; mais à mesure « que vous rangez ces individus sous leurs espèces respectives, « celles-ci se présentent évidemment en moindre quantité, cha- « cune d'elles comprenant un certain nombre d'individus. Si « des espèces vous remontez aux genres, vous trouverez, par « le même molif, ceux-ci moins nombreux que celles-là. Re- ^ montez plus haut cette chaîne de la création, et vous arrive- « rez aux genres primitifs, à ce que Ton appelle les genres des
(1) Istfe, II, 3; md.j LX, 3; Michée, IV, 9.
ff genres, et qae le philosophe (Aristote) arrête au nombre de « dix, savoir : la substance, la quantité, la qualité, la relation, « le lieu, le temps, Tétat, la possession, Tactivité et la passivité. « Remontez plus haut encore , cherchez les causes des dix « catégories d'Aristote , et vous les trouverez au nombre de cinq, « savoir : le mouvement et les quatre éléments, « Tair, le feu, tf Teau, la terre. » Poussez plus loin, et aux quatre éléments « vous trouverez deux causes, a lamatiëre et la forme ; » et enfin, c en cherchant la cause de ces deux causes, vous aboutissez à « la cause unique, qui est la volonté de TÊtre suprême. Or, « moins de deux , c*est un ; donc Dieu est nécessairement « Tunité (1), et, dans ce texte, David représente Dieu comme « au-dessus de ce qu*il y a de plus élevé, supérieur aux plus « grandes sommités, principe de tout ce qui commence, cause «I de toutes les causes et de leurs effets.
a 2** Marques de sagesse qui réoèlent un ordonnateur unique 9^ delà création, — Quand on contemple la belle ordonnance « de Tunivers, son immense hauteur, son insondable profon- « deur, sa solidité, sa végétation, les êtres vivants qu'il con- « tient, on ne peut se défendre d'y reconnaître Tempreinte « d'une conception unique, l'œuvre- d'un seul créateur. Car n'y « apercevons-nous pas, en regard d'une grande diversité d'élé- « ments et de principes, une analogie, une admirable harmoa nie qui accuse l'unité au sein de cette prodigieuse variété? « La sagesse créatrice ne se montre-t-elle pas aussi bien dans a les inQniment petits que dans les infiniment grands? S'il y « avait plus d'un créateur, cette sagesse qui se révèle dans Qc tout l'univers ne porterait pas un cachet uniforme, elle se a manifesterait, au contraire, par la pluralité ; ellq offrirait « des aspects divers, divergents, changeants, mobiles, sous le « rapport général et particulier. Et puis, que l'on remarque la « liaison nécessaire entre toutes les parties de la création, se « complétant réciproquement, liées les unes aux autres comme a les mailles d'une cotte d'armes, comme les différents mor-
(1) I CbroD., XXIX, 11.
« ceanx qui, en s^emboitani, forment le lit, comme les mem-
«r bres qui, par leur force de cohésion, constituent la charpente
« humaine ! Or cette liaison, cette connexitë s'étend à tout
« rnniyers : La lune et les étoiles ont besoin du concours du
« soleil ; la terre a besoin des éléments de Teau et de Tair ; les
« espèces animales ont besoin les unes des autres; les oiseaux
« de proie, les poissons, les bétes fauves se servent mutuelle-
« ment de pftture; enfin Thomme a besoin de l'ensemble de la
« création, de même que toute la création se perfectionne en
« lui. Remarquez ensuite la réciprocité d'aide et de concours de
«t pays à pays, de contrée à contrée, la connexion reliant en-
« semble les sciences et les arts ; remarquez l'identité de cette
« sagesse qui se rencontre dans les créatures infimes et dans
a les productions gigantesques, dans les détails microsco-
« piques de la fourmi comme dans les proportions colossales
« de Téléphant, mais plus étonnante, plus merveilleuse dans les
« premiers, en raison de leur finesse et de leur ténuité. Tout
a cela n'accuse-t-il pas la pensée, le génie d'un seul créateur
« comme d'un seul ordonnateur? L'unité ne ressort -elle pas
«c de cette analogie , de cette harmonie , de cette disposi-
c tion de toutes les parties propres à les faire concourir au
« même but, à la stabilité et à la perfection de l'ordre univer-
« sel ? La pluralité dans le créateur n'impliquerait-elle pas
« une différence radicale dans l'œuvre de la création, l'indé-
ff pendance et le complet isolement de ses différentes parties?
« Rien ne saurait donc mieux démontrer l'unité du créateur,
« de l'ordonnateur, du directeur, de l'inventeur, que cet éter-
« nel contraste entre la diversité des origines et des éléments,
« et l'harmonie qui ramène la variété à l'unité. Tel est le sens
« de l'aphorisme philosophique : « 11 n'y a pas plus ou moins
« dans le merveilleux de la création, » c'est-à-dire que la sa-
« gesse suprême se révèle, égale et identique, dans tontes les
« parties de l'univers, petites et grandes ; telle est aussi la pensée de l'Ëcriture (1).
(i) PMQmei, XCII»6; CIV, t4.
156 DEUXIÈME OOGMK.
a 3"* Modernité de la création. — Ayant été démontré que le « monde est créé, il fallait nécessairement an créateor, eu « égard à rimpossibilité pour tout être créé de se créer luitf même. Toutes les fois que nous distingaons un être et que a nous savons qu'il a passé du non-être à Têtre, la saine raison « nous dit que cet être a en dehors de lui son créateur et son « réalisateur. Étant ainsi établi que Tunivers a son créateur et a son ordonnateur, nous ne pouvons le concevoir ni plus ni « moins d'un. S'il nous était possible d'imaginer une création a qui fût Tœuvre de moins d'un, nous irions jusque-là. Or « cette impossibilité de se figurer, de supposer un agent qui a soit moins d'un, est la démonstration irréfutable de l'unité a du créateur. En effet, dans toute proposition démontrée par tt le raisonnement et appuyée sur des preuves péremptoires, il « faut s'en tenir aux faits acquis et se garder de franchir la « limite où s'arrête la démonstration. Exemple : Quand nos
V regards tombent sur un écrit dont la disposition régulière i* des mots et l'uniformité des caractères tracés dénotent l'unité, tt nous en concluons aussitôt qu'il est l'œuvre d'une seule et « même main. Pourquoi y voyons-nous l'œuvre d'une main? a parce que tout écrit est nécessairement l'œuvre d'un écrivain « au minimum ; nous l'allribuerions à un agent moindre que a l'unité , si cela n'était pas absolument impossible. Mais nous « n'affirmerions jamais de prime abord que cette écriture est tt l'ouvrage de plusieurs mains, bien que la chose soit fort pos- « sible, à moins qu'il n'y ait des indices, des présomptions en « faveur de la pluralité d'agents, telles que la différence du trait, a la variété des caractères, révélant une œuvre de plusieurs ft mains ; et nous raisonnons ainsi sans avoir besoin de cou- « naître l'auteur de cet écrit, les preuves que nous avons pui* « sëes dans l'examen des lettres et des mots équivalant pour « nous à la connaissance personnelle deTécrivain. De l'examen « de l'écrit est résulté pour nous la conviction qu'il y avait là « un écrivain habile à concevoir et à exécuter ce travail d'écri- « lure, qu'il en est l'auteur unique, à cause de l'unité qui se
V montre dans la disposition et dans la forme des caractères,
« unité aussi vraie, aussi sûre que le serait la pluralité résul- « tant d'une écriture de plusieurs mains, si cette pluralité se « révélait dans Tordonnance et le tracé des lettres. Eh bien, il « en est absolument de même à Tégard du créateur : L'unité tf et l'identité qui se révèlent dans la sagesse créatrice nous « amènent forcément à la croyance en un créateur unique, en « dehors duquel la création eût été impossible, créateur qui tf n'est visible ni comme substance ni comme mode, et qui, « étant invisible, ne peut être ni perçu ni connu que par les « preuves et les appréciations découlant du spectacle de la créa- « tion. Et c'est ainsi que se forme en nous la conviction qu'il « existe un créateur, qu'il est tin, cause première, embrassant « en lui le passé et l'avenir, le commencement et la fiu, doué « de sagesse, de puissance et de vie. Ces attributs du créateur, tf solidement démontrés, nous tiennent lieu de connaissance « directe du créateur, attendu que cette connaissance propre est « chose impossible. En fin de compte, nous avons été amenés tf à la croyance qu'il est un créateur, parce que sans créateur <c point de création. Mais il est inutile d'aller plus loin etd'ima- « giner plus d'un créateur ; ceuxqui vont audelàdel'unitésont « tenus de démontrer leur thèse, de la démontrer par des « preuves toutes différentes de celles qui nous ont amenés à « reconnaître un créateur. Or, toute démonstration de cette « nature est inadmissible; elle supposerait une véritable con- « tradiction entre les preuves rationnelles, puisque toutes tt celles que nous connaissons sont toutes en faveor de l'unité « et repoussent la pluralité, l'analogie et la ressemblance par « rapport à Dieu (1).
a 4'' Lespartisans delapluralité de Dieune sauraient échapper à « cedilemme : ou bien cette pluralité de créateurs gît dans une « substance unique, ce qui ramène cette prétendue pluralité à « l'unité; ou il y a autant de substances que de créateurs. Mais < alors il se trouve nécessairement entre ces substances diverses « un signe, une marque, quelque chose enfin qui les distingue
(«) IsaT». XLIV, 6 et 9; XLV. «1; XL, 15.
a les unes des autres. Or toal être distinct est déterminé; toat
« ce qui est déterminé est limité, tout ce qui est limité est com-
<c posé, tout ce qui est composé est créé, et tout ce qui est créé
« présuppose un créateur; de sorte que toute pluralité de créa-
« teurs impliquerait un nouveau créateur. Donc, en définitive,
« il n'y a, il ne peut y avoir qu'un créateur unique, primitif,
tf cause des causes, principe de toutes les existences (1).
« 5" Priorité de runité sur la pluralité. — D'après la défini-
« tion d'Euclide, Tunité est cette propriété par laquelle nous
« déterminons tout être simple et un^ c'est-à-dire que Tunité
a abstraite est, de par sa nature, antérieure aux unités con-
« crètes,demémequelachaleurestanlérieure aux corps chauds.
« Sans cette unité idéale, nous ne saurions appeler les choses
«r unes. Il s'ensuit que l'idée que nous devons concevoir de
a l'unité, c'est qu*elle est absolue, tout à fait isolée, reje-
« tant toute combinaison, analogie, pluralité, et jusqu'à la
a notion même du nombre , n'admettant ni jonction ni sëpa-
« ration. La pluralité, de son côté, n'étant pas autre chose qae
« la réunion des unités, ne peut pas précéder l'unité d'où elle
« émane. Nous pouvons donc affirmer avec certitude que par-
« tout, dans la sensation comme dans la pensée, la pluralité
« est invariablement précédée de l'unité, au même titre que le
« nombre un a la priorité sur tous les autres nombres. Il en
« résulte en dernière analyse que si , par impossible , vous ad-
« mettez la pluralité dans le Créateur, vous n'en êtes pas moins
« réduit à reconnaître la priorité de l'unité à cause de son
« antériorité virtuelle à tous les nombres, ce qui vous ramène
« indirectement à l'unité du Créateur, fondée sur sa priorité
« absolue (2).
« 6"* Toute pluralité est sujette à modification. — La pluralité
« et la généralité sont des modes qui s'ajoutent à la substance;
« elles appartiennent à la catégorie de la quantité. Or le Créa-
« teur est inaccessible à toute influence modificative de la sab-
c stance. Étant démontré, d'un côté, par la raison comme par
(1) Néhémie, IX» 6. (â) IfiZe, XLIII, 10.
LE MONOTHÊISJIE. 189
a rËcriture, qae le Gréatear est aa-dessas de toute comparaison
« et similitude avec ses créatures, de Tautre, qae la plaralitë
« s'ajoutaat à la substance constitue un mode , Télre par eicel-
« lence, le Créateur, ne saurait être affecté d'aucun des attri-
il buts de la pluralité. Hais s'il est impossible, soit de Texpri-
« mer, soit de le concevoir par la pluralité, il est nécessaire-
« ment un^ car il n*y a point de milieu entre Tunité et la plu-
« ralité. Donc le Créateur est essentiellement tin, et pas plus
« dwn(1).
• c 7"* Conséquences de Vhypothèse de la pluralité dans le Créa-
« leur. — S'il y a plusieurs créateurs, ils ne peuvent se
«r soustraire à Talternative que voici : Ou chacun pouvait à lui
« seul opérer la création, ou bien aucun des deux ne le pouvait
« qu'avec le secours de Tautre. Si chacun pouvait à lui seul
« créer le monde, à quoi bon deux créateurs, un seul suffit ;
« si , au contraire, la création est le produit de leur concours,
« de leur collaboration , alors chacun des deux créateurs est
« incomplet , et relativement infirme, impuissant. Or, tout être
« faible et imparfait est limité en force comme en substance ,
« tout ce qui est limité est déterminé , tout ce qui est déter-
c miné est composé, et tout ce qui est composé implique un
c créateur préexistant. Donc Tétre imparfait ne saurait être
*t primitif, attendu que l'être primiiif suffit à tout et se suffit à '
« lui-même; donc le Créateur est un. Et puis encore, dans
a rhypotbèse de plusieurs créateurs, il pourrait surgir entre
« eux des conflits au sujet du mode de la création, ce qui
« la rendrait incomplète et imparfaite. Lors donc que cette
« création nous frappe partout et toujours par le cachet de son
« unité, que nous y découvrons une seule et même ordon-
a nance, le mouvement toujours identique à lui-même dans le
« temps et dans Tespace, nous ne pouvons ne pas y recon-
<c naître un créateur, un gouverneur unique, dont rien au
« monde n'est capable de modifier Tœuvre ou d'en changer la
«c direction (2). Oui, la direction imprimée à toute la création,
(i) I Samuel, If, 9. (i) Uale, XLIV, 7; Pi , CXIX,60el90.
d direction inaltérable dans sa perfection et sa continailé, « révèle dans son auteur Tunité de pensée et de conduite, sem- « blable au gouvernement du roi dans son royaume et de c rftme au sein du corps. Aristote dit aussi , à propos de tt Tunité, que « ce qui constitue Texcellence d'un gouver- « nement, c'est le régime où il repose sur une seule télé, 9 « et Salomon s'exprime dans le même sens (1). — En voilà < assez, dit Tauteur, pour la réfutation du système de la plura- « lité en Dieu : affirmer et démontrer l'unité, c'est détruire tout a système, toute opinion contraire.
« 8^ De la distinction entre Vunité fictive et Vunité vraie. — « Le terme un dérive de l'idée abstraite de l'unité. Il offre « deux sens : Wunité contingente ou fictive^ i^ l'unité subie siantielU ou réelle. L'unité contingente elle-même se subcc divise en deux catégories : 1"* Vunité collective, contenant a d'une manière visible une multitude , une classe, un assem- (( blage d'êtres : tels sont , par exemple, le genre, qui contient a plusieurs espèces, l'espèce, qui contient beaucoup d indivi- « dus, et l'individu, qui est un composé de différentes parties, a comme une armée qui est la réunion de nombreux combat- « tants, un arpent, un litre, un quart, une livre. Toutes ces « unités sont des êtres multiples, se décomposant en nouvelles « unités et ne méritant ce titre que par convention de langage. « On les appelle unités à cause d'un point d'analogie et de « similitude qui s'étend à toutes leurs parties; mais ce n'en a sont pas moins des pluralités, à cause des parties dont ils c ne forment que l'assemblage, lesquelles, séparées et isolées, « prennent à leur tour le nom d'unité. Donc, pour toute cette « catégorie d'objets et d'êtres collectifs, l'unité est purement a conventionnelle , — unité d'un côté, pluralité de l'autre ; — « %"* Vunité contingente proprement dite, qui se dit d'un Indi- « vidu non multiple, qui ne révèle dans sa conformation appa- « rente nul symptôme de pluralité, l'indiquant seulement de <( par la loi de composition physique où entrent la matière, la
(I) ProT., XXVIII, a.
a forme, la sabstaoce, le mode; Tindiquant en outre par sa « SQbordinatioQ aux lois de la saccession réciproque de Tétre « et du non-élre, de la division» de la fusion, de la séparation, « de la modification, de la transformation et de la jonction. — « Les deux catégories d'unités que nous venons de définir ne « sont, à vrai dire, que des pluralités^ offrant une nature « tout opposée à la vraie unité. Car on a beau appeler unités « des êtres susceptibles de n*importe quel genre de modifica-
> tioD et de pluralité, ce ne sont, en réalité que des unités c fictives, conventionnelles. C'est là un point digne de la plus c sëriease attention.
« Vunité vraie se dit également de deux manières : 1« unité c virtuelle^ 2"* unité réelle. L'unité virtuelle n'est pas autre « chose que l'unité de nombre, principe et base de la numéra- « lion. C'est, en effet, l'unité de nombre qui sert à marquer « le commencement, qui n'est lui-même précédé d'aucan autre, « et c'est pour ce motif que tout véritable commencement est « appelé un. Ceci nous fait comprendre pourquoi le premier « jour de la création est appelé un et non pas premier (ï) ; c'est « pour nous dire qu'il s'agit là d'un commencement primitif « sans précédent. Tous les autres nombres se réduisent à V l'opération de doubler, de tripler, de décupler, de centupler « Tanité , et la numération n'est pas autre chose qu'une agré- ^ galion d'unités. Nous appelons cette unité de nombre virtuelle
> oa spéculative^ parce que le nombre abstrait ne tombe pas « soas les sens ; il est une conception purement intellectuelle, « car ce ne sont que les choses dénombrées qui sont percep- « libles par la totalité ou par une partie de nos organes. ^ i* Vunité réelle^ c'est l'nnité qui n'est susceptible ni de plu- « raUté, ni de modification, ni de transformation, ni d'aucun « des phénomènes corporels ; c'est l'unité qui est au-dessus « des lois de l'être et du non-être, de la dissolution, du dé- « placement, du mouvement, de la similitude, de l'adjonc- « lion; c'est l'unité vraie, principe de tout multiple, cause
(1) Genèfe,!. 5.
« première de ia pluralité, sans commeDceraent ni un. En effet, « tont ce qui commence et finit subit la loi de Tétre et du non- « être, et tout ce qui subit la loi de l'être et du non-étre se « modifie. Or, toute modification étant le contraire de Tunité, a Tétre qui se modifie tombe sous la pluralité et cesse d*étre « identique à lui-même par suite de cette modification. Nous a en dirons autant de la similitude : toute ressemblance est un « mode, et tout ce qui est susceptible de modes est multiple. « Donc Tunité vraie est au-dessus de toute contingence. Ob* « jectera-t-on que Tunité elle-même, au point de vue de « Tabstraction , n'est qu'un mode , une manière d'être de celui « que nous appelons un ? Nous répondrons que Tidée de Tunité or dans Têtre essentiellement un n*est pas quelque chose de a positif, un attribut réel , mais seulement la négation du plu-c riel et du multiple en Dieu. Enfin, Tunité vraie est opposée « à toute qualification qui impliquerait en Dieu pluralité , moif dification ou changement quelconque. Voilà comment nous « entendons la différence entre Tunité fictive et Funité vraie. if 9* Dieu seul est FunUé t)rat«.— Tout être composé n'arrive « à la réalité de l'existence que par la jonction des parties qui « le composent et qui s'unissent entre elles, et le principe de « cette jonction, c'est l'unité. Une seconde condition de l'être u composé, c'est la divisibilité des parties dont il est formé, a toute composition impliquant l'existence de parties. L'uni- « vers dans ses aspects, tant généraux que particuliers, dans « ses racines, ses branches, ses parties, nous offre partout a l'exemple delà réunion, de la combinaison, de la coordina- « tion. Il s'ensuit que, dans son ensemble, l'univers renferme (( la propriété contradictoire de l'adjonction et de la disjonc- « tion, avec leurs causes également opposées ; nous voulons dire a lunité et la pluralité. Or, lunité ayant une pluralité, comme <c nous le montre avec évidence l'unité de noiùbre, il en résulte « que toute cause multiple est d'abord, à son début, une cause « non multiple, grâce à la priorité absolue de Tunitë sur la tt pluralité ; puis les causes aboutissant par leur origine à une « cause première, et nul êlre créé n'ayant pu être sa cause à
« lai-méme, il en découle eacore cette conséquence logique , « qu*il n*est pas possible que la cause première de Tunité et « de la pluralité soit elle-même tout à la fois une et multiple. « Mais alors, ne pouvant être ni uniquement multiple, ni une « et multiple à la fois, que peut^lle être en définitive? Pas « autre chose que Tunité absolue, vraie, réelle. Cette démons- «.tration se confond d'ailleurs avec le premier argument du « chapitre sept, à savoir que les causes,' à mesure qu'elles « remontent vers leur source, vont en diminuant, et aboutis- « sent finalement au principe primordial du nombre, à Tunité « vraie, au Créateur.
a Autre démonstration de V unité de Dieu. — Tout ce qui se « rencontre dans un être quelconque à Tétat de mode doit « exister quelque pan à l'état de substance, de réalité, et rester a invariablement attaché à cette réalité, tant qu'elle existe. La « chaleur, par exemple, existe à Tétat de mode dans Teau « chaude; mais n'e^-elle pas à Tétat de substance et de per- « manence dans le feu proprement dit? On sait de même par « expérience que tout mode qui vient à un être ne peut lui « venir que de la part d'un autre être où il n'est plus à l'état tf de mode, mais de substance. Ainsi l'eau chaude n'est sus- « ceptible de cette propriété de la chaleur, qu'autant que celle- « ci lui arrive comme une émanation de feu où elle est à l'état « de substance ; ainsi encore l'humidité qui imprègne fortuite- « ment certains corps leur vient de l'eau qui possède cette ft propriété substantiellement , et il en est ainsi de n'importe « quel mode ou propriété. Appliquant au principe de l'unité « cette démonstration que nous venons de voir confirmer par <c l'expérience, nous sommes amené à conclure que l'unité, « ne se trouvant dans aucun des êtres créés qu'à l'état contin- « genty comme il a été démontré plus haut, doit nécessaire- « ment se rencontrer à l'état de substance permanente et « réelle dans la cause première, et que c'est de là qu'elle part « et qu'elle passe à tous les êtres, à toutes les existences, à titre « de mode. Que l'on passe en revue toutes les catégories des « êtres, — genres, espèces, individus, êtres substantiels, êtres
i64 DEUXIÈME DOGME.
« conlingents, corps planétaires, esprits purs, nombres abs- « traits, nombres concrets, en général tout ce qai est déterc miné et limité, — nulle part on ne rencontrera Tunité vraie a et réelle; partout ce ne sera que Tunité Uctive, foulée sur « une certaine analogie et un certain rapport des parties entre a elles. Mais en réalité, point d'être qui ne soit multiple, sou- « mis qu'il est aux lois de la pluralité, de la modification, de V la divisibilité , de l'antagonisme , de la composition , de la « décomposition, de Taddition , de la soustraction , du mouYea ment, du repos, de la similitude, de la forme, en un mot de tt toutes les propriétés, tant individuelles que générales, des « êtres créés ; point de créateur qui possède Tunité dans Tacm ception vraie et propre du mot. Donc, étant démontré d'un « côté que, dans tous les êtres créés, Tuniié n'est qu'à l'état de « mode, de l'autre , par tant d'arguments et de preuves, que « le Créateur est un , il est avéré que VuniU , que nous applic quons conventionnellement et flgurativement aux êtres créés, « n'est qu'une émanation de l'unité vraie, unique, exclusive; c c'est chez lui seul que se rencontrent tous les caractères et « toutes les conséquences de l'unité. Il faut conséquemment « éliminer de Dieu toute idée de pluralité, de variété, de moa diflcation, de mouvement, d'analogie, en un mot tout ce a qui n'est pas compatible avec VuniU absolue (\). Il est donc « clairement démontré que Dieu est l'unité vraie, qu'il Test « seul , à l'exclusion de tous les êtres créé^ ; que tout ce qu'en « dehors de lui nous qualifions d'un ne l'est que relative- « ment , à la fois un et multiple. Nous croyons avoir sufflsam- « ment expliqué , termine l'auteur, ce qu'il faut entendre par « l'unité de Dieu. »
Appréciation de la théorie de Ba'hya sur le monothéisme. ^ II est incontestable que, de tous les fondateurs de l'école théologique, Ba'hya est celui qui fournit les plus larges développements sur le dogme de l'unité de Dieu. Conformément an principe que la théologie doit avoir pour base l'Écriture et la
(I] Psaumes. XL, G; LXXXVI, S; l*«T«, XL. 18; Jérémlf, X, 6
Tradition, il commence par établir les fondements de sa doctrine snr le texte du schéma^ dont nons avons vu Timportance constatée par la tradition, et qai est comme Talpha et Toméga du monothéisme. Puis, et tout en ayant fait, dans sa préface, la part de la spéculation et de la raison, relativement à Tétude et à la pratique des devoirs externes, il croit devoir revendiquer de nouveau les droits de la raison en matière de dogme ; il la revendique formellement pour Tunité de Dieu au nom de Moïse et des prophètes... proclamant hautement Tobligation desavoir ^ de méditer et de comprendre le principe que TËternel est le seul Dieu. Sa démonstration rationnelle du monothéisme, exempte de toute préoccupation de polémique, est bien plus scientifique que celle de Saadia ; ses arguments sont plus précis et se rapprochent davantage de ceux des péripatéliciens. Quoi de plus vrai que l'argument de la simplification progressive du principe de causalité, allant du genre à Tespèce, de Tespèce à hndividu, de Tindlvidu concret à Tunité abstraite? Quoi de plus incontestable que la priorité logique de Tunité sur la pluralité ? Quoi de plus conforme aux données de la raison que la différence tranchée entre Tunité abstraite et Tunité concrète ? Certes, nous sommes loin de vouloir exagérer la valeur des preuves logiques ; nous avons établi que ce ne sont pas elles qui font pénétrer les dogmes au sein des masses, et que, d'un autre côté, elles appartiennent moins à la théologie qu'à la philosophie. Hais elles n'en ont pas moins le mérite, celles de Ba'hia, beaucoup plus que les spéculations de Saadia, d'élever le niveau de l'enseignement dogmatique et de le lancer dans cette sphère de la science désintéressée où il peut s'épanouir et se développer librement. La preuve physique, puisée dans l'observation du spectacle de la nature, a le mérite de se trouver en conformité avec le génie même du judaïsme, qui tient , nous croyons l'avoir démontré, à faire de l'unité de Dieu un dogme visible, palpable , afin de le mettre à la portée de tons. N'est-il pas remarquable que Ba'hya ait entrevu la grande loi de Vharmonie universelle que le génie de Newton est parvenu, plusieurs siècles après, à lire couramment dans les
i66 DEUXI^.ME DOGME.
caractères tracés par Tensemble des* sphères? C'est de cette harmonie, de ce concert, de cette réciprocité, de cette loi de solidarité, qnll constate dans Tensemble de la création, depuis les sphères célestes jusqu'à la yie sociale et à Tinstinct des races animales, que Ba'hya dégage Tunité qui y préside. Bahya a donc fait faire des progrès considérables à Tétude du monothéisme; il a profondément creusé et élargi le sillon ouvert par Saadia, au point de laisser peu de chose à dire à ses successeurs qui étudieront le dogme au même point de vue subjectif, Tenvisageant en lui-même, préoccupés de définir, de caractériser, de décrire Tunité de Dieu , mais sans Tenvisager dans ses conséquences pratiques , dans l'action qu'elle est appelée à exercer sur Israël , et par lui sur l'humanité.
§ 3. Maïmonide.
Ce grand théologien n'ajoute guère de son propre fonds aux démonstrations de l'unité, telles qu'elles ont été données par Saadia et Ba'bya. Après avoir exposé dans les derniers chapitres de la première partie du Guide [\) la théodicée des MoiécaUemin^ et notamment les preuves qu'ils donnent, au nombre de cinq, de l'unité de Dieu (2), il les discute, les réfute, et n'en admet qu'une, la deuxième, qu'il reprend pour son propre compte, en la modifiant (3). Il s'attache d'abord à établir, par une démonstration unique, l'existence, l'unité et l'incorporéité de Dieu. Puis, après les quatre spéculations que nous avons analysées dans l'exposé du premier dogme, il fournit deux preuves à l'appui de l'unité, que nous allons reproduire en substance : u S'il y avait deux dieux , dit- il , il faudrait nécesd sairement qu'ils eussent quelque chose en commun, ce qui a les fait dieux, et quelque autre chose, par quoi ils se dis- « tinguent et forment deux. Si chacun des deux possède ces
(1) Chtp. 73-76. (s) nu,, II«ptrlie, chap. 1».
(i) Guide, ohap. 7».
LE MONOTHEISME. 167
ff deux choses, ils seraient tons deux composés de deux idées « et aucun des deux ne serait ni cause première, ni être néces- « saire par luî-méme ; si un seul des deux possède ces deux « choses, c*est lui alors qui n'est ni cause première ni être né- « cessaire , et c*est Tautre qui serait le seul et unique Dieu.
« i? Le monde n'étant dans son ensemble qu'un seul indi- 9 yidu dont toutes les parties sont liées entre elles, il est inad-
• missible que chacun des deux dieux s'isole avec une partie^
• de la création qui ne forme qu'un. Ils ne peuvent donc « échapper à cette altematlire : Ils agissent ou successivement « ou simultanément. Agissent-ils successivement , alors il faut « se demander pourquoi ? si chacun d'eux est toujours libre « d'agir, quelle est la cause qui ferait que l'un agit et que t l^autre n'agit pas ? Si , au contraire , il y a un obstacle empèse chant l'un d'agir en même temps que l'autre, alors cet ob- « stacle implique une cause, une cause antérieure et supé- « rieure, et aucun des deux dieux n'est plus cause première ; « puis ils tomberaient tous les deux sous le temps , puis ils pas- « seraient tous les deux de la puissance à l'acte, au moment « où ils agissent. S'ils agissent simultanément, alors ni l'un ni « l'autre n'est créateur absolu , puisque l'action ne peut s'actt complir par lui seul ; dans ce cas, la cause première ne serait « ni Tun ni l'antre des deux dieux, mais leur réunion ; et cette « réunion , qui est un acte, n'est elle-même que l'effet de la « cause qui a produit l'ensemble. Mais si cette cause qui a opéré « la réunion de l'ensemble est un être unique, c'est elle qui « est Dieu; si, au contraire, elle n'est elle-même qu'un en- « semble, et alors il faudra pour ce second ensemble une nou- « velle cause, et, grâce à rimpossibilité d'un nombre infini de « causes et d*effets, on aboutira nécessairement, en fin de. c compte, à un être unique, cause première et absolue de « l'existence universelle (1). »
On voit que les preuves logiques de Maïmonide sont du même ordre que celles des Motécalletnin en général, qu'il rejette, et
(1) Guide, II« partie, chap. 1«r.
dont il se plait ù signaler la faiblesse et le peu de solidité. Elles nous paraissent même moins concluantes que quelques-unes^de celles développées par* Ba'hya. On est donc fondé à dire qu*à ce point de Tue la démonstration de Maimonide n*ajoale rien à la connaissance du monothéisme. Mais pour se faire une idée de Topinion complète du grand docteur au sujet de Funité, il importe de remarquer qu'il Ten visage encore à un autre point •de vue. Pour lui , Yunité est surtout la négation de tout attribut en Dieu , théorie que nous étudierons spécialement à propos du troisième dogme, mais qui a son premier germe dans le dogme de Tunité. Voici comment Maïmonide s'exprime à ce sujet :
a Si tu es de ceux (dit-il à son disciple) dont la pensée « s'élève pour monter à ce degré élevé qui est le degré de la c spéculation , et. pour avoir la certitude que Dieu est tin , « d'une unité réelle, de sorte qu'on ne trouve en lui rien de « composé , ni rien qui soit virtuellement divisible d'une ma- « nière quelconque , il faut que tu saches que Dieu n'a point « d'attribut essentiel y sous aucune condition, et que, de même c qu'on ne peut admettre qu'il soit un corps, de même il est c< inadmissible qu'il possède un attribut essentiel. Celui qui «r croirait qu'il est tin, possédant de nombreux attributs, expri- « merait bien par sa parole qu'il est t^n , mais dans sa pensée « il le croirait multiple. Cela ressemblerait à ce que disent les c chrétiens. — Il est un^ cependant il est trois, et les trois « sont tin. Car ce serait la même chose si l'on disait : Il est un, « mais il possède de nombreux attributs, et lui avec ses attriff buts font un, tout en écartant la corporéité et en croyant à la <t simplicité absolue de Dieu, comme si notre but était de cher- « cher comment nous devons nous exprimer, et non pas ce « que nous devons croire (i). »
Plus loin , il est encore plus explicite : i< Ce qu'il faut savoir « également , c'est que l'unité et la multiplicité sont des acci- « dents survenus à ce qui existe, en tant qu'il est multiple
(1) Cuidet l^ partie, ohap. 50, (r«dootion de S. Maok.
LE MONOTHI^JSMK. 169
« et un... Et de même que le nombre n'est pas les choses « mêmes qui sont nombrées, de même Yunité n'est pas la chose « même qui est une , car ce sont tons deux des accidents du « genre de la quantité discrète qui atteignent les êtres aptes à « recevoir de semblables accidents. Pour ce qui est de Vêtre « nécessaire (Dieu), réellement simple et absolument exempt c de composition, de même qu*on ne saurait lui attribuer Tac- « cident de la multiplicité^ de même il serait faux de lui attri- « buer Taccident de Vunité : je veux dire que Tunité n'est pas if une chose ajoutée à son essence , mais qu'il est un , non par
« Yuniié Lors donc que nous désirons indiquer que Dieu
A n'est pas multiple, cela ne peut se dire que par le mot tin, « quoique l'un et le multiple fassent partie tous de la quantité; a c'est pourquoi, résumant l'idée, nous amenons l'esprit à « comprendre la réalité de la chose, en disant : un^ non par « runité[l). »
Ainsi Maïmonide ne veut voir dans l'unité que la négation de la pluralité. Nous avons déjà remarqué l'indication de cette thèse, mais seulement d'une manière incidente, dans Ba'hya (2). Sans yonloir pour le moment la discuter, ce que nous aurons l'occasion de faire lors de l'exposé du système des attributs, sans insister sur les objections et réfutations dont elle a été l'objet, même dans la philosophie arabe (3), et qui résultent aussi de la distinction faite par Ba'hya entre l'unité contingente et l'unité absolue, on ne peut se défendre de mesurer l'immense distance qui sépare le monothéisme de Moïse de ce monothéisme philosophique. Est-il possible que ce dogme qui, comme nous l'ayons vu, est la base du mosaîsme, la source de l'amour divin, le principe qui doit devenir universel, se propager d'une extrémité de la terre à l'autre , est-il possible qu'il se réduise à une proposition négative, à n'exprimer autre chose que cette énigme : « Dieu est un, non par Vunité ? »
(1) Guidey pe partie, 67. (3) Guide, ibid,^ tndoGtiOB S. Mank,
(t) Voir plu havi, théorie de Ba'hya, du pafe tSS, DOte 1.
Nonothéltoe, conclaiion da chap. 8, p. 164.
i70 DEUXIÈME DOGMK.
Il nous semble que poser la question c'est la résoudre; et nous ne pousserons pas plus loin Texamen de cette thtorie de Tunité.
S *' ^ibo^'
Nous compléterons cette revue des principales opinions théologiques sur Tunité de Dieu par l'analyse de celle d*Albou.
« Dm difrértntet tisoiflcationt du terme un et de ta Tnie signification lorsqu'il s'applique k Dieu (I). »
« Le terme un se dit de toute chose qui sert à déterminer
« rindividualité d*un être et à le différencier des antres êtres.
a Ainsi Ton peut appliquer ïunité à des individus nombreux
a et divers, grâce à un certain accord qui les réunit et qui les
« distingue sous ce rapport d'autres êtres; que cet accord soit
« purement accidentel, comme lorsque nous disons : a un peu-
« pie, une langue, une religion, » expression par laquelle nous
« caractérisons tous les musulmans ou une race noire quand
« il est question des nègres, ou substantiel, lorsque, par
a exemple, nous appliquons l'unité àRuben, à Schiméon,
« qui appartiennent tous les deux à la race humaine, ou à
a l'homme et au cheval, comme appartenant l'un et l'autre à
« la race animale. Plus ce signe spécial sera caractéristique,
« propre à distinguer l'individu de tout ce qui n'est pas lui,
« et plus le terme un lui conviendra. Ainsi le terme un con-
tt vient mieux à Ruben, malgré le grand nombre de parties
a et de membres dont il est composé et qui sont visibles à
« l'œil nu, qu'à tout un peuple. Et cette acception de VuniU
« sera plus précise lorsqu'elle s'applique seulement à la chair,
« à l'os, à un membre unique du corps, tout en étant lui-
« même composé d'éléments divers, cette pluralité n'étant
« pas facilement réalisable ni saisissable. Plus véridique en-
(1) Ikirim, U« partie, oiiap. 10.
LK MOffOTHÉISMF. 171
« core est le terme un, quand il se rapporte à rëlément pur <r dont la divisibilité en matière et en forme n^existe que dans « notre pensée, mais ne tombe jamais sous les sens. Plus juste « encore est l'expression de Yunité quand elle sert à dénomtf mer la surface, puis la ligne n'ayant plus qu'une seule di*- *« mension, la longueur, rejetant toute idée de composition, ff en pensée et en fait, n'offrant plus à l'esprit ni matière et « forme comme l'élément, ni longueur et largeur comme la « surface. Il ne reste plus qu'une seule dimension, la Ion- « gueur, qui différencie la ligne de tons les autres êtres et la « dégage de toute ressemblance. Cependant la ligne elle- « même n'est pas encore l'unité complète ; d'abord elle se ff divise en ligne droite et en ligne courbe, puis elle se sub- « divise en une multitude de parties, formant autant de V lignes partielles. Ce qui mérite réellement le nom d'unité, « c'est le point, indivisible en réalité comme par la pensée, « distinct de toutes les autres unités, sans analogie avec au- *» cune. Et pourtant ce n'est pas encore l'unité réelle, car le « point, par cela qu'il existe dans l'espace,, a quelque chose « de commun avec tous les êtres limités par l'espace. Il est « une unité plus réelle, plus vraie, c'est l'unité de nombre : c celle-ci, en effet, n'existe pas dans l'espace et, par suite, « n'a rien de commun avec aucun être limité. Hais Vunité « numériqtie n'a pas d'existence en acte, elle est purement a virtuelle ; et puis, nous pouvons imaginer et réunir par la tf pensée autant d'unités numériques que nous voudrions, lei « nombre n'étant pas autre chose que la faculté de rassembler « des unités. Donc, Vunité numérique elle-même n'est pas « l'unité absolue, puisqu'elle ne dégage pas complètement « l'individualité de l'être, puisque l'esprit peut concevoir une « infinité d'unités numériques du même genre. L'unité abso- « lu€ a pour condition sine quâ non d'individualiser l'être, « de le séparer et de le distinguer de tous les autres êtres, « de l'isoler, de le dégager de toute ressemblance, de toute « communauté possible avec quoi que ce soit. Et, comme dans « la création universelle il n'existe nul être entièrement dis-
« tinct, séparé et différent de tons les antres, et qne Dien seal
ff possède cette individnalité dans sa plénitude, il s^ensuit qne
a le terme tin, pris dans son acception la plus générale dïn-
t dividuaUsation^ ne peut convenir qu'à Dien ; senl il existe
« nécessairement, tandis qne tons les êtres n'ont que la passif
tf biliU de Texistence et, sous ce rapport du moins, se res-
a semblent tous. Dieu n'a rien de commun avec les antres
« êtres, ni au point de vue de Fexistence nécessaire ni sous
« aucun autre rapport, pas même la communauté de nom. Il
a a déjà été démontré que l'existence de deux êtres également
« nécessaires est inadmissible, qne Tesprit ne peut pas davan-
et tage se figurer deux êtres parfaitement semblables, et enfin
a que c'est par simple homonymie que nous appliquons le
« terme existence à Dieu et aux autres êtres indistinctement.
« Il s'ensuit que l'unité de Dieu seule constitue l'unité abso-
« lue, individuelle et incomparable. Ëtant établi que le terme
(( tin ne s'applique en réalité qu'à l'être dégagé de toute pa-
<r rite, de tçute similitude avec d'autres êtres ; étant démontré
« en outre que l'être qui existe nécessairement n'a ni ressem-
« blance ni analogie avec nul être, il en résulte que Yattribut
« de Vunité donné à Dieu doit être pris dans un sens plutôt
a négatif qu'affirmatif, car c'est ainsi que l'on écarte de la
« substance divine toute idée de pluralité. Tel est aussi le
« vrai sens du texte du Schéma, lequel devra être interprété
«c comme il suit : « De même qu'en sa qualité de notre Dieu,
« c'estrà-dire comme créateur et producteur de toute la créa-
« tion, principe qui constitue notre première preuve, il est
a Tétre existant nécessairement, cause première et univer-
a selle, sans ressemblance possible avec les autres êtres, qui
<x ne sont que les effets de la cause première (i) ; de même, et
(( par sa substance, il est un, sans second, sans semblable,
« seul doué de l'existence nécessaire, et c'est là le principe
« qui fait notre seconde preuve. En d'autres termes, cela veut
« dire que l'unité appliquée à Dieu doit être prise dans le sens
(1) iMie, XI, 15.
LE MOROTHÉISME. i73
a négatif et non affirmatif . Il n'y a donc pas là matière à plu- « raUté, Fonité n'étant pas an attribut s'ajoutant à la sab- « stance divine. »
Après avoir ainsi constaté et démontré Tanité de Dien, Albon discute une question qui a été le sujet de vives controverses et de profondes investigations dans les écoles philoso* phiques. C'est la question de savoir comment Tunité absolue, incompatible avec toute pluralité, a pu produire cette pluralité par la création. Il expose et discute successivement les opinions dlbn Sina, dlbn Roschd et de Maîmonide sur ce sujet (1). Nous ne pouvons pas suivre l'auteur dans cette discussion, d'ailleurs peu en rapport avec le dogme proprement dit du monothéisme. Il nous suffira de citer la conclusion qu'il en tire et qu'il résume dans les deux points suivants : « i"* Que la conservation de l'univers est l'effet de la volonté « de Dieu; mais la création n'existe pas nécessairement; jaa mais on ne saurait découvrir un rapport direct et nécessaire a entre un corps matériel et l'esprit pur, dégagé de toute « matérialité, simple et un. Ce rapport ne peut exister que « grftce à la volonté et au bon plaisir de Dieu. C'est là aussi a un nouvel argument en faveur du dogme de la création, « l'univers ne pouvant exister et durer que de par la volonté « d'un agent volontaire. 9? Que, d'après l'opinion de ces trois « grands philosophes, Ibn Sina , Ibn Roschd et Maîmonide, t la pluralité que nous rencontrons dans le monde provient < des créations intermédiaires entre Dieu et ce monde, sans « impliquer la pluralité dans la cause première, qui est, qui (t reste l'unité et la simplicité absolues. On pourra, si l'on « veut, interpréter dans ce dernier sens le texte du Schéma. « 11 signifierait que, tout en voyant dans l'Ëternel notre 2>teu, il c'est-à-dire l'auteur de la pluralité, nous n'en devons pas « moins le concevoir comme le Dieu-un ou l'unité absolue. »
Appréciation. — Albou ne fait que suivre fidèlement la trace des théologiens ses prédécesseurs, sans apporter une pierre
(1) lUrin, jWtf., èhap. 11-15.
174 bKUXlÉME DOGME.
noavelle à l'édiûce da monothéisme. On remarquera cependant que, sans doute pour ne pas être taxé de serrilité et de simple imitateur, il fournit une nouvelle méthode à Tappui de Tunité de Dieu, propre à figurer convenablement à côté de celles que nous avons citées au nom de Saadia, de Ba'hya et de Maîmonide. G*est une induction fort ingénieuse que de remonter ainsi Tëchelle des unités, et de s'élever par Tobserration et te raisonnement de Tunité la plus concrète à la plas abstraite ; elle n'est pas sans analogie avec le premier des sept arguments de Ba'hya, celui de la simplification graduelle du principe de causalité. Nous remarquerons ensuite sa double interprétation du schemft, moins pour la valeur intrinsèque et la véracité du commentaire, lequel nous parait fort contestable, que pour constater qu'en vrai théologien il se rattache à la tradition religieuse, aux yeux de laquelle le schéma est et restera toujours le dernier mot du monothéisme. Enfin, nous ne devons pas oublier de signaler la pente sur laquelle il se laisse entraîner à la suite de Maimonide, pour voir, en définitive, dans l'unité un attribut négatif, théorie que nous étudierons et examinerons plus à Taise lors de l'exposé du troisième dogme.
§ 5. Considérations générales sur le point de vue de récok théologique par rapport à l'unité de Dieu.
Un fait général qui caractérise l'enseignement théologiqae par rapport à l'unité de Dieu, depuis Saadia jusqu'à Albon, c'est qu'il s'occupe exclusivement d'un seul côté du problème, et, disons-le franchement, de son côté le moins important, à notre avis. Certes, il n'est pas indifférent d'observer Tunité sous'le rapport subjectif, de la définir, de Tétudier en ellemême, de ne pas la confondre avec les unités matérielles et concrètes, de faire la distinction nette et tranchée entre l'unité absolue et l'unité relative. Mais si c'est.là une des faces du monothéisme, ce n'est pas tout le monothéisme. Cette partie da dogme appartient plus à la philosophie qu'à la théologie. Il
LR MONOTHEISME. 175
n*y en a Dalle trace dans l^Êcrilure, pas plus que datis la Iradition. D'un autre calé, nous devons signaler une véritable lacune, que ce sera la tâche de ta théologie moderne de corn** hier : il s'agit de rindicalion sommaire, mais claire et nette, que nous avons trouvée dans la Bible comme dans la tradition, de la mission d'Israël, consistant essentiellement dans la propagation du monothéisme, mission qui est pour lui sa raison d'être, sa condition vitale ; il s'agit de l'éternelle lutte du monothéisme avec le polythéisme, ayant sa source dans les lois sévères de Moïse contre l'idolâtrie. Nous ne trouvons rien ou presque rien sur ces points capitaux, qui l'emportent de beaucoup, pour l'intelligence comme pour la pratique de la religion, sur les spéculations ayant pour objet l'unité subjective et abstraite. Evidemment l'enseignement théologique a dévié de sa base, de cette base primordiale et fondamentale, savoir le texte biblique et l'interprétation traditionnelle ; dans son ardeur à s'assimiler la philosophie contemporaine, il se laisse absorber par les théories de l'unité spéculative et aboutit à ce résultat de ne plus considérer l'unité de Dieu que comme un attribut négatif. Ce résultat est-il admissible? Est-ce bien lui que poursuivait le grand Moïse dans la proclamation du schemft? Est-ce bien lui qui pousse l'illustre Âkiba au martyre, et après lui tant d'individus et des générations entières? Est-ce bien pour cette unité négative qu'Israël a subi dix-huit siècles de persécutions et de maux inouïs? Et puis, si le monothéisme se réduisait à la seule notion d'un Dieu dégagé de toute pluralité, aux proportions d'un simple attribut, on ne comprendrait père la part faite, dans les livres comme dans l'histoire de la religion, à cette unité plus qu'à tout autre attribut; la place occupée par le schéma dans le culte tant intérieur qu'extérieur serait une place usurpée. Et remarquez encore que Maïmonide semble en contradiction avec lui-même. En effet, dahs sa formule du deuxième dogme, telle qu'il la donne dans son commentaire à la Mischna (1), il ne fait aucune allusion à cette
( I ) Voir le comaiwcencol ât cette Irçoo.
unité négative; il en parle, an contraire, dans le sens de Ba'hya, c'est-à-dire dans un sens très-positif, en définissant Tunité abstraite et absolue.
Il nous semble donc que renseignement du monothéisme doit entrer dans une voie nouvelle, ou plutôt, tout en tenant compte du résultat acquis au point de vue de Tunité spécula* tive, de Tunité considérée en elle-même, il doit rentrer dans la voie tracée par TÉcriture et la tradition. C'est ce que nous allons essayer de faire en étudiant le monothéisme dans Thistoire, dans sa lutte perpétuelle avec le polythéisme.
CHAPITRE IT. — Le monothéisme dans rhistoire; sa latte avec le polythéisme.
§ 1". Origine de Vidolâtrie.
On s'est souvent demandé : Gomment l'homme a-t-il pu tomber dans cette grossière erreur de l'idolfttrie, adorer des dieux de pierre et de bois, des animaux et l'homme son semblable? Gomment a-t-il pu déserter le culte du Gréateur, dont le nom est gravé partout, dont le monde et ce qui le remplit portent le chiffre, pour s'agenouiller devant la créature organique et inorganique? II faut bien pourtant que ce ne soit pas chose si facile de s'élever jusqu'à l'adoration du Dieu un, puisque l'humanité tout entière, sauf le petit peuple créé par Moïse, resta plongée dans ce culte abrutissant pendant plus des deux tiers de l'Age actuel du monde, puisque ce peuple de Dieu lui-même avait tant de peine à s'arracher à cette idolâtrie, qu'il y retombait si souvent, malgré les châtiments terribles et fréquents infligés à ses défections, et qu'il ne parvint à s'y soustraire radicalement que gr&ce à la refonte, si l'on peut dire ainsi, que lui firent subir Ezra et le grand synode lors de sa restauration.
Aussi imporle-t-il de constater que Ton n'est pas tombé tout d'un coup dans ce culte abject. Voici comment Maîmonide décrit les origines de l'idolâtrie :
« Du temps du patriarche Enosch surgit une grande aber- « ration parmi les hommes, et notamment parmi les sages de « cette époque. On se disait ceci : « Puisqu'il a plu à Dieu de a créer ces astres et ces planètes pour gouverner Tunivers, « qu'il les a fixés dans le ciel et grandement honorés, jusqu'à « en faire ses serviteurs directs, c'est pour nous un devoir de « louer, de célébrer et d'honorer ces corps célestes, car c'est la « volonté de Dieu que Ton entoure de ces sentiments de resa pect et de vénération les êtres qu'il a daighé distinguer et a honorer. Il en est à cet égard comme d'un roi qui tient à ce a qu'on l'honore dans la personne de ceux qui le représentent « et gui forment son entourage. C'est par suite de ces sug- « gestions qu'on se mit à construire des temples, à y offrir des « sacrifices aux astres, à les adorer, croyant ainsi, d'après tt cette opinion erronée, plaire à Dieu lui-même. Telle est la « vraie origine de l'adoration des astres, et les premiers adoa rateurs des corps célestes ne prenaient nullement le change « à cet égard, reconnaissaient, au contraire, le vrai Dieu, ainsi « que le proclame le prophète Jérémie (1) : — Les nations (K savent que tu es le seul Dieu, mais leur folie et leur sottise « consistent dans la prétention de t'honorer par ce culte rendu « à tes œuvres. — a
« Mais avec le temps surgirent de faux prophètes qui , en- « traînés sur cette pente de l'erreur, se donnaient comme or- « ganes de Dieu, et prescrivaient, comme un ordre émané de a Dieu, le culte, les sacrifices, les libations et les temples à « consacrer à telle planète ou à toutes ensemble. Pour donner « à ce culte plus de fixité, ils tracèrent la figure de la planète « dont ils provoquaient l'adoration, ou imaginèrent eux-mêmes « certaine configuration, présentée ensuite comme l'image « de la planète dont le culte était censé leur avoir été révélé.
(i) Jérémie, X, 7.
« C'est ainsi que le culte planétaire devint Tidolâtrie propre- « ment dite, laquelle prit ensuite la plus grande extension, « s'établissant solidement dans les temples, sous les arbres, <c sur les montagnes et les collines, recevant les images et les « adorations des masses qui, sur la foi de ces hiérophantes, « croyaient à la réalité de Tinfluence bonne ou mauvaise de ces « idoles, et espéraient s'en attirer la bienveillance et la protection « en leur consacrant un culte et un rite positifs. Puis vinrent de « nouveaux imposteurs qui, comme il arrive toujours, ne s'ara rétèrent pas là, et se présentèrent non plus comme les en- <t voyés de Dieu, mais comme les messagers directs de la pla- « nète ou de \i sphère, prescrivant en son nom des cérémonies (c et des rites nouveaux. Peu à peu ridolfttrie, avec son culte « et ses images, se propagea dans tout le monde; et c'est ainsi oc qu'avec le temps le nom honoré et redouté du vrai Dieu « tomba dans l'oubli, déraciné de la bouche et de la pensée <r des hommes, qui ne reconnaissaient plus d'autre dieu que « l'idole de bois ou de pierre qu'on leur faisait adorer, que le a temple et l'autel qu'on leur avait appris dès leur enfance à « vénérer. Les sages et les prêtres eux-mêmes ne reconnais- « saient plus d'autre dieu que les planètes et les astres figurés Qc par les idoles qu'adorait le peuple. Le créateur des mondes « était donc oublié, inconnu, sauf de quelques rares individus, ce tels que les patriarches Hénoch , Methouschelah , Noé, « Schem, Eber ; et le monde alla, se plongeant de plus en pla< « dans ces erreurs, jusqu'à ce que surgit la colonne du mondo <c dans la personne du patriarche Abraham (1). »
Il s'étend encore plus longuement à ce sujet dans son Guide des égarés (2), et y confirme cette donnée que l'idolâtrie doit son origine au culte des corps célestes, considérés comme les serviteurs directs de Dieu et les exécuteurs de ses volontés, et qu'avec le temps joint aux passions et aux intérêts humains ce culte s'altéra, se corrompit de plus en plus, et finit par devenir
(i) VmI ha-HasAka, ir« pariiâ, 1>« sec- (9) Guide iet Égarée, II1« parUe, ekap
tion ; irailé de l'IdoUlrie, chap. !«', art. i•^ â9-37.
LR MONOTHÉISME. 479
le cuite ignoble de la magie et de toutes les abominations possibles.
Na'hmanide (Ramban), dans son commentaire an Pentatenque , s'occupe aussi de Torigine de Tidolfttrie : comme Maïmonide, il l'attribue à cette erreur relative à Tintervention des corps célestes dans les affaires de ce monde snblunaire et des hommes; mais il diffère de celui-ci en ce qu'il reconnaît dans Tidotâtrie trois influences diverses. C'est d'abord la divinisation des esprits purs ou séparés qui , d'après la tradition kabbatistique et mystique , exercent un certain pouvoir sur les différents peuples, tels que les princes des Perses et le prince des Grecs, mentionnés dans Daniel (1); ils constituent comme tes génies des nationalités ; c'est ensuite l'adoration des corps célestes et planétaires, conformément à l'opinion de Haîmonide ; c'est enfin le culte des démons, source de la sorcellerie et de la nécromancie, non moins inférieur que postérieur aux deux premiers. C'est à ces trois genres d'idol&trie que s'applique, selon lui, la triple expression du deuxième commandement du Décalogue : Tu ne feras ni statue ni image d'un être au ciel en haut, sur la terre en bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre (8).
Voilà donc deux de nos plus grandes autorités religieuses qui voient dans l'idolfttrie, non pas l'aberration complète du bon sens et de la raison , mais une erreur dans son principe purement intellectuelle, reposant sur une fausse appréciation du gouvernement du monde ; erreur presque inoffensive à son point de départ, mais des plus redoutables par ses conséquences morales et sociales, notamment par un abaissement continu de la notion de la Divinité.
Pour extirper l'idolâtrie, dans sa cause comme dans ses effets les plus éloignés. Moïse proclame donc cette interdiction absolue, sous les peines les plus sévères, temporelles et spirituelles, de toute idolâtrie, soit qu'elle adresse ses hommages
(l) Daniel, X, fS el 30. fS} Na'hmanide, commcnUire au Ponta-
tpuq'ic, ^60t. Jeihro; RioJe, XXI, v i.
aux êtres sapërieurs, anges, archanges, esprits purs, compris, d'après Nahmanide, sous la dénomination d'autres dieui (EUh him A'herim), soit qu'elle adore les corps célestes, astres, sphères, planètes, soit qu'elle offre un culte aux démons, à tous ces esprits impurs qui régnent dans le domaine de la magie et de la nécromancie.
En étudiant bien l'histoire, nous Terrons peut-être la lutte du monothéisme avec le polythéisme se manifester successivement sous ces trois formes. Pour mettre cette thèse en évidence, nous diviserons l'histoire de cette lutte en trois grandes époques : la première, s'étendant de Hoise à la destruction da premier temple et à la captivité de Babylone; la seconde , embrassant la période du second temple; enfln, la troisième, commençant ayec la dispersion.
§ 2. Lutte du monothéisme avec Vidolâtrie.
Nous venons de constater que, de chute en chute et de dégradation en dégradation, le culte des idoles, qui dans le principe était un hommage indirect rendu à Dieu, tomba dans l'abomination et la dernière infamie. C'est là une preuve de la solidarité qui lie les principes aux actes, le dogme à la morale ; c'est une preuTe qu'on ne professe pas impunément de fausses doctrines. Celles qui paraissent d'abord les plus innocentes, même dans le domaine spéculatif, peuvent engendrer les plus terribles conséquences dans la vie pratique et usuelle. Voilà, en effet, une opinion religieuse qui reconnaît en Dieu la cause première, le principe universel, l'auteur de toute la création, celui dont l'Écriture dit : Qui ne te craint pas, ô roi des nations! 6 élre incomparable parmi les sages et les rois (1) ! Et encore : Du levant au couchant mon nom est grand parmi les nations; partout on offre à mon nom encens, sacrifice et oblation pure (2). Et la Tradition : — Qu'est-ce que ces hommages depar-
(1) Jérfofe, X, 7. {%) Malacble, I, 11.
LB M0N0TBÉI8ME. I8i
toat adressés à Diea? G*estqa*on rappelle le Diea des dieux (i) —, une opinion qui croit honorer Diea en honorant ces globes nobles et lomineax qne Thomme ne saorait contempler sans admiration et qui, pi^r snite de cette erreur... respectabe, si Terreur poayait l*6tre, tombe de précipice en précipice, d'abîme en abime, dans le gouffre de la démoralisation cbanar néenne, si bien définie par Moïse quand il dit : Tout ce que l*Ëtemel a en horreur, ils le font à leurs idoles, jusqu'à leur offrir en holocauste leurs fils et leurs filles (2). Il n'y a donc pas de petite erreur, surtout en matière de religion. Ged nous explique pourquoi Mofse parle si souvent des horreurs chananéennes, parce qu'elles étaient de son temps la forme réelle, l'expression dernière de l'idolfttrie, et nous fait comprendre en outre les chutes nombreuses et fréquentes d'Israël. Ce qui l'attirait vers l'idolfttrie, ce n'étaient certes pas les ridicules et ignobles fétiches qu'il voyait entourés de culte et d'hommages, c'était la facilité des mœurs, la concupiscence de la chair, les attraits du vice et du désordre autorisés par ces cultes immoraux, dont Maïmonide a restitué les usages et les cérémonies d'après les libres sabiens (3), formant un si étrange contraste avec les sévérités de la loi de Moïse et le culte austère du Dieu d'Israël. Ce- que nous venons de dire est clairement enseigné par la tradition sous la forme dogmatique et sous la forme légendaire. Les Israélites savaient très-bien, y est-il dit, pendant la période du premier temple, à quoi s'en tenir sur l'idolfttrie; ce qu'ils y cherchaient, c'était un encouragement quasi-officiel à la violation de la morale (4).
Voici une légende exprimant ft peu près la même idée : Rabbi Àbbahu, s'étant permis de flétrir, dans une conférence publique, la conduite de Manassé, fils du pieux Ëzéchias, l'un des plus impies rois de Juda, et de le classer parmi les réprouvés, vit celui-ci lui apparaître la nuit suivante, dans un songe, et lui poser un problème religieux que le rabbin ne savait pas résoudre,
(1) Ttlmnd, Menaokoth, fol. 110. (3) Guéde^ III« partie, ehap. 37.
(t) Dwlér., XII, 31. (4) Tabnad, Synhédriii, fol. «S.
et qae le roi lai expliqua d'un seul mot. Gomment se fait-il, osa lui demander Rabbi Abbabu, que des bommes aussi savants, aussi profondément versés dans la science religieuse, aient pu renier Dieu et troquer son culte contre celui des viles déités chananéennes ? — Et comment se fait-il , lui répliqua le roi , que tu te permettes de traiter si cavalièrement ceux qui te sont supérieurs par le savoir religieux? Ne sois pas si pressé de nous condamner. Qui sait si, vivant dans ce temps de corruption et d'ardente sensualité, tu n'aurais pas retroussé ta robe pour courir après Baal (1) \
Ainsi , ce qui doit étonner dans l'histoire de cette lutte, ce sont moins les défaillances du culte unitaire que la résistance qu'il sut opposer à loutes ces attaques auxquelles il fut en butte. Il ne faut pas s'y tromper, tout le cycle de la loi écrite, toute cette période dix fois séculaire n'est au fond qu'une lutte continuelle entre le monothéisme et l'idolâtrie, lutte qui n'est interrompue de temps à autre que pour reprendre avec une nouvelle intensité. Et quand on étudie de près , avec le coup d'ceil historique , cette scène qui se déroule depuis Moïse jusqu'à la destruction du premier temple, on peut se convaincre que ce duel devient de plus en plus violent. Déjà sous Moïse, et le lendemain de la révélation , comme la caurtisane ébontée qui viole la loi conjugale sous le dais nuptial, dit le Talmud(2), Israël succombe à la sédition du veau d'or. La prompte et sévère répression de cette faute, et bien plus encore la présence de Moïse, son influence, sa parole, son enseignement, arrêtent le peuple sur cette pente dangereuse, la vie du prophète durant. Mais dès son établissement dans la Palestine, le combat s'engage de nouveau, entre le monothéisme d'une part et le cuUe abominable des peuplades chananéennes de l'autre. Il se continue pendant toute la période des juges, avec des alternatives de succès et de revers, où il faut enregistrer plus de défaites que de victoires. La puissante initiative de Samuel, l'institution du prophétisme, dont les premiers rois, Saûl, David et
(t) Ttlmad, Synhédriji, fol. lOâ. (3) Talmad, Sabbalh, fol. 88.
LE MONOTHEISME. 183
Salomon , sonl personneUement les adeptes et les représentants, obtiennent pour un siècle une sorte de trêve de Dieu. Mais ayec le schisme du royaume la guerre recommence ayec plus d'ardeur que jamais, la guerre entre le monothéisme et Tidol&trie, bien plus terrible, au point de vue de la religion, que celle qui précipite Juda contre Israël, Israël contre Juda. Gomme dans ces grandes batailles où rengagement de la dernière heure est le plus sanglant et le plus acharné , Tidolâtrie semble ramasser toutes ses forces pour mettre le monothéisme sous ses pieds par un effort suprême. G*est alors qu'il suscite les Jéroboam , les Âchab, les Achaz , les Manassé , les Amôn , qui introduisent Tennemi dans la place et lui Uvrent le culte, le temple, les sacrifices et jusqu'au Saint des saints. À ces ennemis intérieurs vient se joindre Tennemi extérieur, Tempire assyrien, premier représentant de la monarchie uniyerselle, et son héritier, le roi de la grande Babylone, qui ont bientôt fait de soumettre une nationalité qui ne connaît plus son principe, une Jérusalem et un sanctuaire que le nom de Dieu cesse de protéger et d'animer. C'est le moment ou jamais où le monothéisme parait vaincu , anéanti , enseyeli sous les ruines de Sion et de Jérusalem. C'est cependant lui qui triomphe ; il triomphe non pas sur son sol natal , ce qui serait un fait naturel et normal; mais, 6 miracle! ô prodige! il triomphe dans le palais du plus puissant monarque; il triomphe dans cette plaine de Doura où s'élève la fameuse idole de soixante coudées de hauteur; il triomphe avec Hanania, Hichaël et Azaria, jetés dans l'ardente fournaise pour s'être refusés à fléchir le genou devant l'idole, et qui en sortent sains et saufs en présence des grands et d'une immense foule; il triomphe dans la bouche de l'orgueilleux Nabuchodonozor, à qui la vue de ce miracle arrache cette confession faite à la face des nations : Béni soit le Dieu de Hanania, Qlichaêl et Azaria! que ses miracles sont grands , que ses prodiges sont puissants ! éternel est son règne, infinie est sa puissance (i) !
(I) Daniel, III, 18-33.
On comprend mieux sans doute, après s'être inspiré des esseignemenls de cette première période, et la pensée de Hoîse et les soins qn'il prend pour établir sur les bases les plus solides, sur des fondements indestructibles, le principe de rnnité de Dieu. G*est qu'il sayait, lui, le grand prophète, lui à qui Dieu parlait face à face, lui qui recevait Tinspiration directe, il savait que le monothéisme n'est pas seulement la base de toute yéritë religieuse , mais encore la sauvegarde de la morale publique et privée; il savait, en un mot, que la dégradation de la religion et Taltération de la morale sont en raison directe de la distance qui les sépare du monothéisme. On peut juger de la véracité de cette dernière proposition par l'éclatante confirmation qu'elle reçoit de l'histoire : le rapprochement de l'unité de Dieu, ennoblissant de plus en plus la pensée et l'action , a produit les patriarches, les grands prophètes et les grands rois : Abraham, Moïse, Âaron, Josué, Samuel , David, Ëzéchias, Elle, Elisée, Osée, Isaïe, Jérémie, tandis que l'éloignement du monothéisme aboutit à la corruption chananéenne, aux abominations de Baal Péor, de Baal, de Moloch, d'Àstarthée, et à ces rois impies qui mêlèrent le sang humain au sang des sacrifices immondes (1).
§ 3. Lutte du monothéisme avec le polythéisme.
Nous disions tout à l'heure que l'idol&trie s'écroula avec l'idole à la tête d'or et aux pieds d'argile élevée par Nabuchodonozor dans la plaine de Douro. « Gomment, nous objectera-t-on, et que faites-vous donc de celle des Grecs et des Romains, qui continue à dominer le monde païen pendant une longue série de siècles ?» A cela nous répondons qu'il s'opère ici une transformation qui fait succéder le polythéisme à Vidolatrie. Oui, l'idolâtrie grossière, l'idolâtrie abrutissante de la première période disparait et tombe pour ne plus se relever ;
(I) Il Rois, XXI, 10.
elle va être remplacée précisément par le polythéisme grec et romain. 11 est incontestable que cette métamorphose accuse un progrès réel, un premier pas fait vers le retour au monothéisme. L'idolâtrie, que nous avons vue tomber dans le culte des démons , c'estrà-dire , suiyant la théorie de Na'hmanide , au dernier degré d'abaissement, entre dans sa seconde phase, s'élève jusqu'à Kadoration des forces de la nature. Ce ne sont plus les monstrueuses idoles de TÉgypte et de la haute Asie, les sombres divinités qui semblent taillées dans le bloc de l'inexorable destin, les sanguinaires ou lubriques images des déités chananéennes, assyriennes, syriennes et phéniciennes, c'est le polythéisme gracieux, raffiné, poétique du monde grec qui apparaît sur la scène. Ce sont des divinités qui correspondent à nos pensées et à nos sentiments les plus intimes, qui personnifient les forces de 'la nature physique et de la nature morale, des dieux et des déesses qui représentent la sagesse, la beauté, le génie, l'art, la science, la fécondité, la lumière, la chaleur, divinités séduisantes, bien séduisantes, puisqu'elles surent dominer si longtemps et le peuple le plus spirituel de. la terre et la nation la plus puissante du monde, Athènes et Rome.
Voilà donc une nouvelle latte qui vient s'engager entre le monothéisme et le polythéisme, lutte d'autant plus difficile qu'il s'agissait de combattre des dieux qu'on ne pouvait détruire, à moins de détruire la nature dans la manifestation des forces au moyen desquelles Dieu gouverne et maintient l'univers. La tradition, qui a des enseignements pour toutes les situations politiques et religieuses, n'a pas manqué de nous communiquer son avis sur cette différence entre l'idolâtrie primitive et le polythéisme plus rationnel qui lai succède. Voici commept elle s'exprime à ce sujet : « Les philosophes « demandaient un jour à nos anciens : Si votre Dieu hait Tido- « latrie, pourquoi ne détruit-il pas les idoles? Votre objection « aurait quelque valeur, répondirent ces derniers, si l'on a n'adorait que des' dieux purement matériels, qui n'ont rien « à faire avec le gouvernement du monde. Mais on adore le
a soleil, la lane, les étoiles, les corps planétaires; Youleza vous que Diea les dëlraise ? prétendez-vous quil anéantisse a Tunivers afin de punir de sots idolâtres ? Évidemment non : a Dieu fait bien de conserver Tordre naturel avec toutes ses « forces ; quant à ceux qui offrent à ces forces des hommages a qui ne sont dus'qu'à lui-même, Dieu saura bien les chà- « lier. C'est comme si quelqu'un ensemençait du blé volé; ff prétendez-vous que la nature se refuse à féconder cette (( semence dérobée ? No;i ; la nature suit sa loi ; elle obéit à « son principe ; quant au voleur, il n'échappera pas à la justf tice divine ou humaine (1). i>
Ce passage caractérise parfaitement, ce nous semble, la distinction que nous venons d'établir entre la première et la seconde phase de l'idolâtrie, ainsi que le progrès réalisé par la seconde sur la première. Bfais y eut-il réellement lutte entre le monothéisme et le polythéisme grec et romain ? A moins de donner un démenti à l'histoire, à moins de s'inscrire en faux contre ces deux effroyables collisions entre les Macchabées et les Séleucides, entre les zélateurs et les proconsuls romains, cette lutte est incontestable. Quel fut, en effet, le principe qui soutint les Macchabées dans leur héroïque défense contre Antiochus? C'est le monothéisme, c'est la devise inscrite sur le drapeau de l'immortel Juda : « Qui est comme toi, parmi les dieux, 6 Seigneur (i) ? » Et qu'est-ce qui provoqua l'incroyable résistance des ardents défenseurs de Jérusalem et du temple contre Vespasien et Titus? C'est le monothéisme, c'est la souveraineté exclusive du Dieu un opposée à l'apothéose des Césars.
A ce propos on ne saurait assez remarquer le développement parallèle des deux principes en lutte : nous venons de constater le progrès du polythéisme sur l'idolâtrie; à ce progrès correspond un travail analogue accompli au sein du monothéisme. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à comparer l'attitude d'Israël sous le premier temple avec celle qu'il garde sous
( i ) TalmDd, Aboda Zara, fol. 64. (3) Exode, XV, 1 i .
le second temple. Tandis qae pendant la première période ses chutes sont si fréquentes, qu'il cède si facilement aux séductions d'un culte grossier et démoralisateur, se montre dévoré de la passion de Tidolâtrie, de cette passion au nom de laquelle Tombre du roi Manassé repousse les reproches que lui adresse Rabbi Âbahou (i), rien de pareil n'arrive dans cette seconde période, depuis l'établissement de la constitution d'Ezra et du grand synode. Plus de chute, plus de défection, plus de résistance intérieure à l'égard du vrai Dieu. A l'exception de la dynastie des Hérodes, dynastie étrangère, et dont la légitimité ne fut jamais reconnu^ par les Israélites (3), on n'aperçoit aucune tentative sérieuse ayant pour objet d'introduire le polythéisme et de lui donner droit de cité dans la terre sainte. Les tyrans les plus farouches, les Jeanne, les Âristobule, les Antigène, restent sévères observateurs du culte unitaire, quelles que fussent d'ailleurs les nécessités et les visées de leur politique. Hérode, le fondateur de cette dynastie maudite, semble rendre hommage, en dépit de lui-même, au principe de Tunité de Dieu, en reconstruisant le temple avec un luxe tout asiatique.
Aussi la lutte change-t-elle de nature : ce n'est plus par les séductions des sens et les fascinations de la passion que le duel s'engage de nouveau. A ces armes émoussées, usées, le polythéisme substitue la force, lançant contre le monothéisme ses phalanges et ses légions, l'attaquant par le fer et le feu. Et la force matérielle du polythéisme reste aussi impuissante, en définitive, que le brutal sensualisme de l'idolâtrie. Repoussée par la force sous les Macchabées, elle ne réussit, sous le colosse romain, qu'à s'emparer des ouvrages extérieurs, qu'à fouler aux pieds le culte, le sacerdoce, le temple ; mais l'âme, la vie, l'essence du judaïsme lui échappe ; et non-seulement le monothéisme lui échappe, mais encore il se retourne contre lui, il l'attaque dans ses propres foyers, semblable à ces na-
ît) Voir plQi haut, § S. (i) Talmad, StfU, fol. il.
tions conquises qui se retournent contre le peuple-roi et récrasent chez lui !
En effet, à la fin de cette période du second temple, il se passe quelque chose d'analogue à ce que nous ayons yu s'effectuer lors de la chute du premier temple. Qu'ayons-nous yu alors ? Nous avons yu le monothéisme, quasi yaincu et cooame enseyeli sous la ruine de la nationalité politique, triompher à Babylone et arracher au yainqueur, à l'orgueilleux Nabuchodonozor, la confession de la toute-puissance du Dieu unique, du Dieu des dieux. Eh bien, nous alloua yoir ici le monothéisme faire irruption dans le monde du paganisme, bri^r ses idoles, démolir ses temples, renyerser ses monuments. Ce n'est pas le judaïsme, nous criera-t-on, c'est le christianisme qui a opéré ce miracle. Mais nous ne disons pas le judaïsme, nous disons le monothéisme avec ses liyres et sa doctrine, et noas reyendiquoDs hautement pour lui non pas la mission da christianisme, mais cette partie de sa mission qui a pour objet le renversement du paganisme. Nous en prenons à témoin le plus grand de ses apôtres, celui qui s'appelle lui-même l'Apôtre des gentils (1). Au nom de qui parle- t-il donc aux nations? Sous quelle inyocation annonce-t-il la nouvelle religion? N'est-ce pas sous celle du Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de Moïse? Est-ce que ses épitres ne sont pas pleines de citations bibliques? Est-ce qu'il ne s'appuie pas constamment sur l'autorité de Moïse et des prophètes? Est-ce qu'il ne cite pas continuellement le livre de la Loi, les Psaumes, les Proverbes, Osée, Isaïe, Habacuc, etc. ? Est*ce qu'il ne s'efforce pas toujours de donner à ses enseignements la sanction de l'histoire sainte ? Est-ce que depuis le commencement de l'ëpître aax Romains jusqu'à la fin de l'épitre aux Hébreux, le soufQe et le courant qui vivifient ce monument ne jaillissent pas de la source intarissable de rÉcriture sainte (2) ? Est-ce qu'il n'inaagure pas son enseignement par la flétrissure de l'idolâtrie (3) ?
(l) Actes des apélres, 9, 15; Êptlre (t) Lei éptUM de Miol Pul. MX RomaiDS, 1, 5 et 13. (S) Ephre «ix Ronâini, 1, t3, SS.
Est-ce qu'il ne met pas toajoars en présence Juif et Grec, c'està-dire monothéiste et polythéiste (1)? Et noos ne serions pas autorisé à reyendiquer pour le monothéisme la grande et décisive yictoire remportée sur le polythéisme ayec nos livres, notre histoire, nos prophètes, c'est-à-dire avec notre chair et notre esprit? Mais ce serait le renversement de la logique et du bon sens.
Noos maintenons donc cette analogie de situation que nous avons constatée entre la fin de ces deux époques, nous soutenons que le monothéisme triomphe du polythéisme comme il a triomphé de Tidolàtrie, par le dévouement d'enfants sortis de son sein, semblables à Hanania, Michaël et Azaria, et enfin nous affirmons que le moment où Nabuchodonozor s'écria : c Béni soit le Dieu suprême de Ghatrach, Hechael et Abad Nego (9) ! » a son pendant dans celui où, d'après la légende, un bruit sourd se fit entendre, allant répéter d'un bout à l'autre du paganisme : a Les dieux s'en vont. »
§ 4. Le monothéisme en présence du christianisme.
Tant que l'idolâtrie était debout sous sa première ou sous sa seconde forme, qu'elle dominait chez les peuples qui marchaient à la tête de la civilisation, ayant son culte public, son organisation officielle, ses pontifes et ses autels, le monothéisme devait avoir une constitution analogue, afin d'élever ainsi culte contre culte, autel contre autel, sacerdoce contre sacerdoce, protestation permanente et vivante de la vérité contre l'erreur. On sait que c'est l'opinion développée par Maïmonide, que le culte officiel établi par Moïse avait pour but principal, dans la pensée de son auteur, de constituer une réaction contre les rites de l'idol&trie (3). Il s'ensuit qu'une fois le paganisme miné dans sa base vermoulue, au point de s'écrouler sous le premier
(I) EpUre au RomalM, i, 93, 39, et (9) Daniel, Ul, 98.
puHm, (S) Guide, lll* partie, ebap. 39.
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effort vigoureux fait pour le renverser, les rites et le sacerdoce Israélites n'offraient plus ce caractère de nécessité. Â quoi bon un contre-poids contre le néant? Il en résulte ensuite que la destruction du temple de Jérusalem et la cessation du culte national, de Tencens comme des sacrifices, étaient loin de présenter ce caractère de ruine totale et de lin suprême qui rend si dramatiques les récits des ruines des empires et des grandes catastrophes des peuples. Nous croyons avoir suffisamment mis en lumière la survivance d'Israël (!) à cette crise terrible, el démontré que, comme Joseph devant Putiphar, il ne laissa à son ennemi que son vêtement, sauvant son intégrité et son honneur, c'est-à-dire ses livres et son dogme. Tant qa'an peuple conserve ainsi les éléments constitutifs de son rôle el de sa mission dans le monde, il n'est pas mort et sa tâche n'est pas accomplie.
Arrivé à cette phase de son existence, à cette heure de son triomphe sur l'idolâtrie comme sur le polythéisme, il s'agit de savoir si le monothéisme n'avait plus de combats à livrer, de luttes à soutenir, d'adversaires à redouter, de conversion à faire. Son triomphe était-il complet? ses organes et ses livres n'avaient-ils plus rien à conseiller, à enseigner au monde converti? Pouvait-il s'en reposer désormais sur la hardie et louable initiative des apôtres allant prêcher le vrai Dieu parmi les gentils? C'est ce que doit nous dire la fondation du christianisme.
Nous voilà mis en présence d'une question des plus délicates à traiter, puisqu'il s'agit des rapports du monothéisme avec le christianisme. Mais autant nou3 nous tenons à dislance de toute polémique religieuse quand rien ne la nécessite, autant nous sommes disposé à regarder en face celle qui se trouve sur notre chemin, et que nous ne saurions éviter, à moins de commettre une lâche désertion pour des considérations purement humaines. Nous ne toucherons d'ailleurs à ce grave sujet qu'avec cette modération que donnent les fortes convictions,
(i) liUroduction, fl" paiti<^, p. RG-89.
LE HONOTHÉISNR. 191
avec cet esprit d'impartialité et de respect, respect de soi-même et respect d'autmi, qu'il faut savoir mettre au service d'une grande cause.
En envisageant le christianisme du point de vue du monothéisme, le seul qui nous préoccupe ici, on ne peut s'empêcher d'y signaler deux courants non-seulement différents, mais opposés, l'un favorable, l'autre contraire à l'unité de Dieu. Nons avons déjà parlé du premier ; nous avons montré les fortes attaches qui unissent à la Bible et au Dieu de la Bible cette partie de la mission des apôtres relative au renversement du paganisme. A cet égard l'israélitisme reconnaîtra toujours dans le christianisme la chair de sa chair et l'os de ses os ; il ne cessera de saluer en lui un ami, un frère, un fils, un continuateur, un heureux et puissant coopérateur; il déclarera bien et noblement conquises les palmes et les couronnes gagnées dans cette bataille générale livrée aux dieux païens ; il applaudira aux premiers efforts des apôtres non moins qu'à l'institution actuelle des missions étrangères, le plus beau fleuron de la couronne catholique. Jamais le monothéisme ne méconnaîtra les immenses obligations qu'il a au christianisme pour ses tentatives, dans le présent comme dans le passé, à l'endroit de la conversion des gentils.
Mais à côté de cette première manifestation du christianisme il y en a une autre; il y a celle qui a pour objet non-seulement d'abroger l'ancien culte, dans le but de faciliter l'accession du paganisme, mais encore de modifier, d'altérer le principe du monothéisme, immuable de sa nature, de substituer à ce dogme simple et sévère une nouvelle religion, une nouvelle foi, et, pourquoi ne le dirions-nous pas, jusqu'à un nouveau dieu. Il ne sera plus question pour le monothéisme de combattre l'erreur de la transformation de l'animal, de l'homme, des forces de la nature en démons ou en divinités ; il n'aura plus à lutter contre la première ou contre la seconde forme de l'idolâtrie; mais il deviendra nécessaire de protester contre le principe de l'incarnation, contre le système de l'esprit pur se faisant Dieu en chair et en os, contre ce que nous appellerions, avec nos
grands docteurs, avec Na'hmanide (1), la forme la plus ëleyée de ridolàtrie. Loin de nous de contester Timmense sapëriorité du nouveau principe sur la mythologie, de nier, de mettre en doute les belles leçons, les grands enseignements moraux et religieux qu'on a pu en déduire ; mais ce que nous ayons le droit et le devoir d'affirmer, c'est que ce n'est pas là le monothéisme, celui de Moïse et des prophètes, de l'Ëcriture et de la tradition.
Pour l'humanité tout entière, comme pour nous Israélites, la religion est ce lien invisible, plus réel et plus puissant que toutes les réalités visibles, qui unit le temporel au spirituel, le terrestre au céleste, la créature au créateur. Dieu se communique aux hommes par les grands phénomènes de la natare, par les caractères divins tracés sur la voûte céleste, par sa parole ou la révélation, par la pensée, qui le trouve au fond de notre conscience, et par les lois de l'histoire. Mais ce qu'il est ici de la plus haute importance de constater, de proclamer aussi haut que possible, c'est que, pour nous, unitaires. Dieu, dans toutes ces manifestations que nous venons d'énumérer, reste toujours l'invisible, l'immatériel, l'infini, l'incommensurable, l'insondable et l'inaccessible. « L'homme ne peut me voir de son vivant, » dit Dieu à Moïse (2). « Sachez, gravez bien dans votre âme que vous n'avez vu nulle figure le jour où Dieu vous a parlé du milieu des flammes, » dit Moïse à Israël (3). « Est-il possible, dit Salomon, que Dieu fixe sa résidence sur la terre, dans ce temple que je viens d'élever en son nom, lui que le ciel et les cieux des cieux ne sauraient contenir (4)? » « Si quelqu'un vous dit jamais que Dieu est un homme, il ment, d dit la tradition (K). Et c'est ainsi que la religion atteint son but, qui est d'entretenir dans nos âmes le foyer des aspirations vers l'infini, de nous montrer notre idéal en dehors et au-dessus de ce monde fragile. Oui, il est de l'essence de la religion, moins
(I) Voir pins haut, S 1«r. (4) I Roif , VIII, 17.
(1) Exode, XXXIII, 93 (6) Talnod, Yeratehalmi, TaaBlik,eb.9.
(S) Deulér., IV, iS. aw« -lï» bx 0*1X "jb *10î< O».
LE MONOTHÉISME. i93
de faire descendre Dieu sur la terre que d'ëlever rhomme, par les meilleures et les plus épurées de ses pensées, vers les régions de la spiritualité, vers cette demeure où réside Tâme avant et après sa transmigration terrestre (1), d'opérer son ascension mentale vers Dieu, comme cette colonne d'encens qui, le jour de kipour, montait tout droit du Saint des saints vers le ciel (2).
Faire descendre Dieu personnellement sur la terre, Ty faire Tivre de la'yie matérielle, c'est le transporter des régions immaculées de rinflni et de l'absolu dans le domaine étroit de la sensation et de la matière ; c'est, par conséquent, amoindrir ou, pour mieux dire, dénaturer l'idée de l'infini. Il nous suffira de signaler deux conséquences du principe d'incarnation : « l'esprit de secte et le culte des images, avec leurs conséquences. »
Ce Dieu qui a yécu sur la terre aura beau se transfigurer et remonter au ciel, il gardera bien quelque chose de nos passions, de nos sentiments et des phases mobiles de la vie humaine. Nous admettons que le souyenir de cette yie divine sera fécond en efficaces et nobles enseignements ; qu'il fournira un aliment substantiel à la foi des peuples ; qu'il y aura là un drame complet parlant vivement à l'imagination et à l'instinct des masses, remuant la fibre populaire ; que cette vie sainte deviendra le modèle de tous les croyants; qu'on y rattachera tous les grands principes sur lesquels repose la vie moderne : la charité, l'amour du prochain, la suppression de l'esclavage, Témancipation de la femme, bien que ces principes appartiennent à la Bible et n'aient cessé de coexister avec le monothéisme. Hais vous y trouverez, comme revers de la médaille, la multiplicité des dogmes et l'antagonisme des croyances. Ce Dieu ayant vécu, agi comme les hommes, subi ou voulu subir la loi de la nativité, naître d'une femme, mourir en martyr, ressusciter et sortir de la tombe, sa conceptualité, sa naissance, sa vie, sa mort, sa transfiguration, engendreront une foule de
(1) Talmod, HaffBlffa, fol. fS. a. fn- {%) TalnU, Ytfna , fol. S9; Abotk, Bler dogme, chap. Il, i S. V. 8.
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questions plus ou moins insolubles. Incarnation, conceptualité, nativité, trinité, consubstantiation, transsubstantiation, eucharistie, seront autant de mystères diversement interprétés, et de ces interprétations diverses et opposées s'affirmant avec une rigueur d'autant plus inflexible que, faute de preuves rationnelles, elles reposent sur la foi seule, sur la foi aveugle, sar la foi quand même, naîtront des systèmes contradictoires qui, à leur tour, enfanteront Tespril de secte avec ses passions et son fanatisme. A peine née et encore en voie de formation, la nouvelle^ religion sera déjà en proie à l'esprit de parti, lequel ne restera pas enfermé dans Técole philosophique et théologique, et ne tardera pas à éclater en hostilités, à se servir du glaive à double tranchant, frappant tantôt par Tanathëme, tantôt par l'extermination.
Le culte des images, Vxconolâtrie, est une autre conséquence du principe d'incarnation. Afin de mieux se retracer à soimême et aux autres les moindres scènes, les plus petits fait^ de cette vie de Dieu se faisant homme, afin de les graver en traits ineffaçables dans tous les cœurs, on voudra les reproduire sur la toile, les buriner sur le marbre et l'airain. Dieu, anges, archanges, démous, sainte famille, la mère de Dieu, l'enfant-Dieu , tout sera restitué par le pinceau et le ciseau. La foi donnera un nouvel et saint élan au sentiment de l'art : la statuaire chrétienne rivalisera avec celle de Phidias; l'Apollon du Belvédère ne soutiendra pas la comparaison avec le Christ de Michel-Ange ; les vierges de Raphaël l'emporteront sur les chefs-d'œuvre de la peinture grecque ; la religion inspirera le génie des grands artistes; la beauté plastique se montrera sous de nouvelles formes et s'élèvera jusqu'à l'idéal du sentiment du beau que l'homme porte en lui tout à la fois comme un souvenir et une espérance, •
Mais combien qui adoreront ces belles choses en elles-mêmes, combien qui, en fléchissant le genou devant les sublimes produits du génie, les prendront pour la Divinité même, leur adresseront foi et hommage, oublieux du Dieu qu'ils représentent. Et puis, qu*on tienne un peu compte de Timperfection
du travail humain : à ciMé des chefs-d'œuvre, qui ne sont que Texception, figureront les innombrables productions de la médiocrité f de la vulgarité, de ce qu'on appelle le métier, des images grossières, dégradant, la Divinité, et qui, livrées à Tadoration de la multitude, ressusciteront Tidolâlrie dans sa triste réalité. Que Ton songe ensuite aux inconvénients qui résultent de Tesprit de commerce et de lucre qui s'empare de ce besoin du culte représentatif, lui faisant subir une nouvelle dégradation ; que Ton songe à cet étrange contraste des occupations les plus triviales, des fonctions les moins nobles de la vie accomplies en face de l'image de la Divinité ; que Ton songe à cette indécente familiarité qui n'est pas faite assurément pour épurer la foi, et que le prophète avait déjà si énergiquement reprochée aux idol&tres, en disant : a On prend un arbre, on en affecte une partie à l'entretien du foyer, à la préparation du pot-au-feu ; on prend ensuite l'autre partie , et l'on en fuit un dieu. On le prie, on l'adore, et on lui dit : Sauve-moi, tu es mon Dieu (i) ! »
C'est donc contre ces tendances et conséquences de la nouvelle religion que le monothéisme devait réagir et continuer la lutte qu'il avait si énergiquement soutenue contre Tidol&trie et le polythéisme. Voilà pourquoi il est resté debout et suit le christianisme dans sa marche triomphale à travers le monde, non pas pour le menacer ou l'insulter, comme les soldats romains marchant derrière le char de leur général triomphateur, mais comme une protestation éternelle, vivante, contre toute altération de son principe, ne cédant ni à la force, ni à la persuasion, ni au prestige d'une domination toujours croissante, ni au glaive du bourreau, ni au bûcher de l'inquisition, ni à la férocité populaire, ni à la dégradation civique et à la déchéance sociale ; n'acceptant aucun compromis, ne laissant jamais établir de prescription contre lui, se personnifiant dans une race remarquable par sa ténacité et sa persévérance (â), s'affirmant
(I) Itaïe, XLIV, 16 et 17. («) Talmiid , Betia, fol. S8.
partout, dans les grandes cités comme dans le plus petit hameaa, à la ville et à la campagne, à rorient, à Toccident , au nord et au midi, donnant deux fois chaque jour son mot d'ordre de Schéma Israël, prononcé par le. premier bégayement et s'exhalant avec le dernier soupir de tout Israélite !
Tel est le monothéisme aujourd'hui , tel il fut conçu par Moïse, écrit sur les tables immortelles de la Loi. En prohibant le culte d'une personnalité quelconque, Tadoration de ce qui est dans le ciel en haut , c'est-à-dire le polythéisme dans sa forme la plus pure et la plus élevée, en proclamant Dieu comme l'être inyisible, imperceptible par sa substance, saisissable seulement comme cause , il proteste d'avance contre toute incarnation et ses conséquences infaillibles, en même temps qu'il coupe court aux tendances de l'esprit de secte , aux dissentimentSi aux disputes, aux querelles qui prennent la substance divine pour leur champ de bataille. En interdisant d'une manière absolue le culte des images, interdiction qu'un grand philosophe (1) a déclarée non moins sublime dans son genre que tout ce que l'art chrétien a produit de plus parfait, il supprime tout ce qui pouri*ait intercepter la pensée qui , comme l'encens pur, doit aller directement de l'homme à Dieu ; il empêche l'attention religieuse de se laisser détourner parle charme de la vue sur une pierre , un marbre , une toile , une statue , une figure; il a rendu impossible tout abaissement de la notion de Dieu, qui résulte de ces représentations grossières ou familières, exposées à toutes les injures que subissaient les pénates et les lares du paganisme, k cet égard, on ne saurait trop admirer la divine empreinte de la stabilité que porte dans ses œuvres essentielles la doctrine de Moïse; c'est la grande leçon qui découle de cet exposé historique. En effet, soit qu'il combatte la grossière idolâtrie , le fétichisme, le culte abject des peuples chananéens, soit qu'il lutte avec le polythéisme raflinë du monde grec et romain, soit enfin qu'il maintienne son principe de l'unité immatérielle et absolue contre les incarnations et les
(1) Kunt.
tE MOffOTHÉISME. 497
personnifications de la Divinité, le monothéisme snffit à sa t&che, et il ne cesse jamais d'être à la hautear de sa mission.
CONCLUSION
Gomme nons Tayons fait pour le dogme de la création (1), nous Youdrions tirer du dogme du monothéisme ses conséquences pratiques, déterminer le genre d'influence qu'il est appelé à exercer dans Tordre moral. S'il est vrai que l'homme est fait à l'image de Dieu et qu'il doit s'efforcer de plus en plus à ressembler à son modèle , le monothéisme , à mesure qu'il sera mieux compris et mieux enseigné, ne peut que développer, chez l'individu comme au sein de la société, ces sentiments de bienveillance, de fraternité et d'union qui finiront par faire de Thumanité un tout compacte. Et c'est bien pour ce motif que rÉcrilure et la Tradition rivalisent de zèle et d'énergie pour flétrir la discorde comme pour louer la concorde ; c'est avec raison qu'elles voient dans la première la violation , et dans la seconde la sanction de l'unité de Dieu : la discorde, avec son contingent d'éléments dissolvants, est un sacrilège (2) ; la concorde, avec son cortège de sentiments bienveillants et sympathiques, est l'hommage le plus digne du Dieu un (3). Allez plus loin, faites un pas en avant, étendez à l'humanité tout entière ce principe d'unité qui , d'après la loi et les prophètes, devait être la règle d'Israël , et vous arriverez sûrement à l'application la plus large du monothéisme, et vous aboutirez à cette réciprocité signalée par la Tradition (4) entre l'unité àe Dieu et l'unité du genre humain.
Non, cette unité n'est pas un rêve : elle va sans cesse agrandissant son domaine et sa sphère d'action ; elle est comme ce point mystérieux de la Kabbale, ce foyer du En soph^ dont les
(1) Voir la conclnsioB da premier dogme. (S) Isale, LVIII, 9-11 ; T«lmid et Mi- If) ProT. Vf, 16-19. drucli, pauim.
(4) Voir plu liant, 1I« chapitre.
irradiations gagnent en étendue et forment des cercles de plus en plus larges. Sous ce rapport, les grandes réyolntions des empires, des Assyriens aux Perses , des Perses aux Grecs, des Grecs aux Romains, de Tantiquitë au moyen âge, du moyen âge à la renaissance, dje la renaissance à la révolution française, ne sont que les étapes de rbumanilé marchant sur la route de Tunité. Mais, à moins de se refuser à Tévidence, il faut reconnaître que jamais cette marche ne s'est révélée aussi rapide et aussi visible que depuis cette grande tempéle qui , à la flo da dernier siècle, fil gémir les peuples et bondir les royaumes (1); jamais Tunité n'a obtenu de pareils résultats depuis la dispersion des langues; jamais sa puissance et son activité ne se sont montrées dans un jour aussi éclatant. Ce qu'elle a commencé naguère par le fer et le feu , en broyant les peuples sous la meule du combat , elle le continue avec les engins pacifiques du commerce, de réchange de plus en plus facile des matières et des idées, gr&ce à ce miracle des voies et des moyens de communication. Rien ne manque à cette tendance irrésistible vers l'unification, pas même le titre; et la nouvelle politique, appelée à régir les nations, et qui se substitue partout à un patriotisme local ou régional , s'appelle Vinternalionalité. Remarquez bien, d'ailleurs, que dans cette aspiration unanime vers lunitë, les peuples ne songent pas à sacrifier leur individualité, leur idiome, leurs instincts de race et leur génie propre. Il ne s'agit pas de remplacer par une accablante monotonie cette diversité d'aspects, de tons, de couleurs, de principes et de doctrines, qui fait l'animation et la vie de la création. Non, ce que l'on cherche et que l'on désire, c'est de relier ces nuances et ces variétés dans un ensemble harmonieux ; c'est de faire de l'humanité la fidèle et vivante image de la création, laquelle, d'après la belle démonstration de Ba'hya, qu on n'a sans doute pas oubliée [Vj , nous offre le spectacle non pas de l'unité mathématique ni de la diversité désordonnée et déréglée,
(t) Psaornes, XLVI» 7. (i) Voir plas haut, IW chapitre, 8 >•
LE MONOTHÉISME. i99
mais de l'harmonie uniTerselle , c'est-à-dire de la variélé dans ranité.
Elle est donc en bonne voie de devenir une vérité, cette corrélation, ou, pour mieux dire, cette solidarité proclamée par la Tradition entre Tunité de Dieu et l'unité des hommes ; la légende se transforme en réalité historique. Il nous semble entendre une voix divine en répéter les termes et nous dire à tous : « Courage, peuples! salut, nations! Bénédiction sur tous ceux qui défendent la cause de l'unité ; persévérez dans ce travail de fusion, avancez, mais ne reculez jamais dans l'œuvre d'unification; fortifiez, rendez indissoluble ce lien international qui, mieux encore que le fil électrique, unit les races et les langues ; car, en faisant cela, vous rendez hommage au monothéisme. Oui, quand tous les fils d'Adam s'aimeront comme des frères, quand il n'y aura plus de barrières dressées par des égoïsmes mesquins, plus d'obstacles provoqués par des intérêts contradictoires, plus de haines alimentées par des passions et des religions exclusives, quand tous se considéreront réciproquement comme les fils du Dieu vivant (1), les enfants d'un même père (2), quand l'unité aura ainsi fait le tour du monde et donné son nom à l'humanité , le monothéisme aura triomphé , il sera le dogme universel. Le prophète l'a dit : « Et « Dieu sera un le jour où son nom sera un ! »
(0 Oiée, II, 1. (9) Malachie, II, 10.
TROISIÈMB DOGME
DE l'immatérialité DE DŒU; LES ANTHB0P0M0RPHI8MES ET LES ATTRIBUTS.
(c^^s 'r> '>»c>) »iip ToK*» hWKi •^l'ia'Tn «na iao
A ^i me oomparerei-Tom? me ferei-TO«reuemUer? dit le Saint, (liale, XL, 25.)
Formule de Maïmonide. — « Éliminer de la notion de Diea
« toute idée de matérialité, croire que le Dieu un^ tel que le
« proclame le deuxième dogme, n*est ni un corps, ni une force
« corporelle, ni sujet à aucun des accidents du corps, tels que
« le mouvement, le repos, la localisation, ni substantielle-
« ment, ni accidentellement. C'est dans ce sens que nos sages
ic nous représentent Dieu dégagé de tout élément de compo-
« sition et de décomposition, et qulls ont dit : « Il n'y a en
« haut (dans le ciel) rien qui réponde à Tidée d'un être assis
(( ou debout, sujet à la séparation ou à l'agrégation (1). ^^
«c C'est dans ce sens aussi que le prophète s'écrie : c  qui me
« comparerez-YOus? dil le Saint (2). » Il s'ensuit que tous les
tf attributs matériels que l'Écriture prête à Dieu, en disant de
a lui : « Il va, il s'arrête, il est assis, il parle o, doivent élre
« pris dans le sens figuré, conformément au dicton de nos
« sages : « La Loi parle comme les hommes parlent (3). » Ce
a dogme est formulé dans le texte biblique : s Vous n'avez
a vu aucune figure (4) », c'esirà-dire vous n'avez aperçu Dieu
(1) Talmnd, Beraohoth, fol. 17; Hagttifâ, (8) Talrnnd, Yekamotli, fol. 71; Bika fol. 15. Metiia, fol. SI, jmmI».
(t) Igtfe, XL, t6. (4) Deitér., IV, 15.
L*lHllilTÉRlALITÉ DE DIEO. SOI
« SOUS aucane forme oa image, c*est-à-dire enfin qu'il n'est ni c un corps ni une force corporelle. »
L'immatérialité de Dieu doit être à bon droit considérée comme une conséquence logique des deux premiers dogmes. Après tout ce qui a été dit , au sujet du dogme de la création, sur la distinction nécessaire entre le créateur et la créature, entre la cause première et ses effets, et puis, à propos du monothéisme, sur la distinction radicale entre l'unité absolue et l'unité contingente, entre Tunitë réelle et l'unité fictive, il y aurait lieu de s'étonner que l'immatérialité de Dieu ait été érigée en dogme spécial. Et à cet égard il importe de remarquer que les deux premiers grands théologiens, Saadia et Ba'hya, envisagent Tincorporéité de Dieu comme un corollaire de l'unité de Dieu, et l'un et l'autre traitent de ce principe dans leurs leçons sur le monothéisme (1). Nous avons vu Maïmonide lui-même fondre en une seule démonstration ses preuves de l'existence, de l'unité et de l'incorporéité de Dieu (2). Cependant la spécialité du troisième dogme se justifie par l'immense importance qu'ont su prendre dans la théologie les deux grandes questions des attributs de Dieu et des anthropomorphismes^ constituant le fond du langage bi- ' blique appliqué à Dieu. C'est parce que Timmatérialité de Dieu est un principe antérieur et supérieur à toute révélation positive, parce qu'il est impossible de se figurer Dieu sous n'importe quelle forme corporelle, parce que le monothéisme est exclusif de toute croyance, de toute hypothèse de ce genre, qu'il devient d'autant plus nécessaire de consacrer une attention toute particulière à la conciliation de ce dogme avec le langage des hommes comme avec la langue de la Bible, et de résoudre cette contradiction apparente entre un Dieu infini.
(I) Les Groyaaoet et les Opinions, Detoin da c«nr, 1« traité, da Monotkélraie. denzième leçon, traité d« Monotliéiimo ; loi (1) Guide, II« partie, chap. !•'.
iOi TROISIÈME DOGME.
invisible et insaisissable dans son essence , et un Dieu qui voit, qui écoute, qui marche, qui monte, qui descend, qui se tient debout ou assis, qui se montre tour à tour colère, vengeur, irrité, feu dévorant, ou clément, indulgent, plein de grâce et de miséricorde. — Il sera donc bien moins question ici de Timmatérialité de Dieu proprement dite que des attributs et des antbropomorphismes.