CHAPITRE ^^ - De rimmatérialité de Dieu dans rÉcriture
S 1*'. Doctrine de Mdise.
Moïse n*a pas négligé de mettre en lumière ce point, Tun des plus essentiels de la théodicée. Il sollicite notre attention et burine sa pensée, comme il a Thabitude de le faire, non pas dans une formule dogmatique ni dans un aperçu philosophique, mais dans des actes, dans des récits qui font naître la conviction chez les esprits les. plus simples comme dans les intelligences les plus élevées. Sa doctrine se rattache à deux circonstances solennelles, toutes deux relatives au fait de la révélation. Nous avons eu déjà l'occasion (i) de signaler ce sublime entretien de Moïse avec Dieu, où le prophète ose demander à voir la gloire du Seigneur, et où rÉternel lui répond que cette prétention est incompatible avec la nature humaine, que le fragile, le périssable, le fini, est radicalement impropre à contempler le stable, l'immortel , Tillimité et Tinfini. Mais, ajoute le Seigneur, s'il est de toute impossibilité à l'homme de voir la face de Dieu, il pourra jouir de la contemplation par derrière, El, pour ne laisser aucun doute ni la moindre équivoque sur la signification de ces mots : « Ta pourras me voir par derrière », Dieu s'empresse, dans une
(1) Voir pranter do^me, ohip. H'.
l'immatérialité de dieu. 203
nouvelle apparition, de décliner à Moïse ses qualités, ses litres, ses procédés, ses voies, connus sous le nom de treize attributs de Dieu (1), et enseignés à Moïse lors de la remise des secondes tables de la Loi.
Le second texte se rapporte au ressouvenir du spectacle offert à Israël le jour de la révélation. Si jamais la présence réelle et personnelle de Dieu pouvait être à supposer, c'eût été certainement le jour de la convocation solennelle du peuple de Dieu au pied du Sinaï, à la vue de cette montagne toute enveloppée de flamme et de fumée (2) , semblant s'élancer de ses fondements au bruit du tonnerre, à la lueur des éclairs, au son du schofar, au retentissement de la voix divine sortant du sein de ces ténèbres et colonnes de nuées, en présence de ce phénomène qui avait terrifié tous les assistants, et dont le souvenir était resté, au bout de quarante ans, aussi vivace qu'au moment même de sa manifestation. Eh bien, cette impression si naturelle, cette supposition ayant sa source dans l'émotion populaire. Moïse tient à la combattre, à l'annuler, à la déraciner des cœurs comme des esprits. Après avoir récapitulé longuement toutes les circonstances de cet événement extraordinaire, il s'écrie : « Par le salut de votre âme, sachez et reconnaissez que vous n'avez vu nulle figure le jour où l'Éternel vous a parlé du milieu du feu («3). d Et tout aussitôt, comme conséquence de celte vérité, afin de détruire jusqu'à l'ombre de toute croyance à un Dieu corporel, matériel, visible par un côté quelconque, il proscrit de nouveau le culte des images, interdit l'adoration de n'importe quelle représentation de la Divinité, — homme, femme, animal, volatile, insecte, poisson, soleil, lune, et jusqu'aux plus purs et aux moins matériels des esprits célestes (4). De ces textes si précis il résulte deux choses, deux enseignements capitaux : l"" que toutes les expressions dont on puisse se servir et dont nous nous servons
(0 Exode, XXXIII, Ig-M; XXXIV, (3) DenUr. IV, i». * «' «• (4) Dealer, v, i6-19.
(t) Eiode, XIX, 18; Dealer., IV, it.
relativement à Diea, le langage que nous lai prétons ou qne nons lai adressons, les figures sous lesquelles nous nous Timaginons, les visions où nous le voyons apparaître, ne sauraient jamais nous autoriser à matérialiser Dieu, même par la pensée ; au-dessus de' tous les anthropomorphismes reste Tinterdiction formelle, radicale, absolue, de faire ou de concevoir de Dieu une ressemblance quelconque ; S"" que Dieu a des attributs réels, positifs, notamment ceux dont il se plaît à faire rénumération à Moïse lors de la délivrance des tables de la Loi, ces treize attributs qui jouent un rôle si considérable dans la liturgie et dans la tradition. Mais il est bien entendu, et cela ressort avec évidence du récit qui présente la théorie des attributs comme Taccomplissement de la promesse de Dieu de se laisser voir par derrière, que les attributs ne peuvent slmputer qu'à Faction de Dieu, jamais à sa substance. Voilà le dogme de Timmatérialité dans toute sa clarté et sa transparence, écrit ou pour mieux dire gravé par Moïse.
§ 2. Doctrine des prophètes.
Ici se présente une objection qui ne manque pas de gravité : «c Nous voulons bien, nous dira-t-on, que ce soit là la doctrine de Moïse; nous ne pouvons pas nier que, dans les textes susvisés, Moïse ne pose Je principe de lïmmatérialité de Dieu aussi bien que Timpossibilité de le percevoir comme substance. Mais cette doctrine n'est-elle pas combattae, démentie par le langage des prophètes? N'y a-t-il pas contradiction manifeste entre ce dogme absolu de Tinvisibilité de Dieu et les nombreuses visions des prophètes de la seconde période , depuis Isaîe jus-, qu'à Zacharie? Isaïe ne dit-il pas : « J'ai vu rËlernel assis sur un trône haut et élevé (1) ? » Ëzéchiel ne se complait-il pas dans la description détaillée, minutieuse , du char céleste qui porte le trône, siège de Dieu (2] ? Daniel ne voit-il pas l'ancien
(1) Uatt, VI, 1. (t) BtéchM, chap. 1.