‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 67 sur 93 · L*IMMATÉRIALITÉ DE DIEU. SOS · texte numérisé non relu

L*IMMATÉRIALITÉ DE DIEU. SOS

des jonrs assis et entouré de myriades d^anges et d*arcbaDges(l)? Zacharie nVt-il pas des Tisions essentiellement apocalyptiqaes (3) ? Gomment mettre d'accord ces apparitions pins ou moins matérielles avec la doctrine pare et simple de Moïse? » Sans entrer pour le moment dans aacane appréciation sur la nature des visions prophétiques, qui sera Tobjet d*une étude spéciale, nous dirons que le livre de la Loi semble aller audevant de cette objection, jaloux de ne laisser planer la moindre incertitude sur Tune des bases fondamentales de la tbéodicée. La difficulté est non-seulement prévue, mais résolue dans le passage qui nous raconte Tentrevue de Dieu avec Aaron et Miriam, et les paroles qu'il leur adresse pour confondre leur orgueil et. leur faire sentir leur inunense infériorité. 11 les apostrophe en ces termes : « A vous autres prophètes je me fais connaître par des visions, je parle dans un songe ; mais il n'en est pas ainsi de mon serviteur Moïse, qui jouit de ma confiance pleine et entière : à lui je parle directement^ visiblement ^ jamais par énigme ; lui seul est digne de contempler Vimage de Dieu (3). » La lecture superficielle de ce texte remarquable suffit pour nous faire comprendre que tous les prophètes sont plus ou moins visionnaires , et que Moïse seul est le vrai voyant (4) . Il n'en faut pas davantage pour réduire à leurs justes proportions les apocalypses et visions prophétiques. Leur degré de véracité est en raison inverse du détail descriptif et du luxe d^images dont elles s'entourent, d'après la doctrine de la tradition et la distinction qu'elle établit entre Isaïe et Ëzéchiel (5). Plus le prophète subit l'influence de la faculté Imaginative, plus il s'éloigne de la vraie prophétie, de la révélation sévère et majestueuse de Moïse. Et ceci est tellement vrai , que les prophètes ne manquent pas d'en faire l'aveu : ils ne se font pas illusion sur leus situation vis-à-vis de Moïse, ils reconnaissent haute-

(1) Daniel, VU, 9 ellO. eoCre les deax lermet nK*]?3 et nM"rç,

(9) Zaohwie, ohap. 4, 5 et 6. md,

(3) Nombrw, Xll» 6-8. (5) Talmid, Hftfalfa, fol. 13.

(4) Cela résalle olalremeot de la diftéreoce

ment celte iAférLorité qai est dans la nature de leurs visions allégoriques. Osée, le premier en date, est aussi le premier à constater la part qui revient à Timagination chez les prophètes du second âge : « Je parle parles prophètes, fait-il dire à Dieu; je multiplie les visions et les allégories prophétiques (1). »

Isaïe se vantant d'avoir vu le Seigneur Zebaoth assis sur son trône, .se reprend aussitôt et s'écrie : « Malheur à moi ! je me suis laissé entraîner par mon imagination (S). » Ëzëcbiel se plaint à Dieu de la mission qui lui est imposée de parler à Israël sur le ton de Ténigme et de la parabole : « Voilà, dit-il, que je passe auprès d'Israël pour un faiseur de fables (â). »

Envisagées à ce point de vue, les allégories prophétiques n'ont rien de contraire à la doctrine si claire et si nette de Moïse sur l'immatérialité de Dieu. Qu'on le sache bien, d'ailleurs : si , par impossible , il se rencontrait dans l'expression ardente et figurée des successeurs de Moïse quelque chose qui ne fût pas conforme au texte du livre de la Loi , jamais cetle expression et les idées qui s'y rattachent ne sauraient prévaloir contre l'autorité du plus grand des prophètes.

Voici maintenant une autre question qui surgit, et qu'il faut bien peser avant d'y répondre : Si l'immatérialité de Dieu est l'un des fondements réels, du mosaïsme, si Dieu n'est pas un corps, ni une force corporelle, ni sujet, par conséquent, à aucun des accidents du corps, pourquoi l'Ëcriture parle-t-elle de lui comme d'une personne humaine? pourquoi, d'un bout à l'autre des livres saints, dans la Loi comme dans les prophètes, mettre toujours Dieu directement en scène, le représenter en rapports continuels avec les hommes, lui prêter un grand nombre des attributs de la personnalité physique, lui appliquer un grand nombre de modes et de manières d'être qui sont des accidents de la vie matérielle? Pourquoi le gratiQer des organes qui desservent les sens? Pourquoi lui imputer nos sentiments mobiles, nos passions fragiles et violentes : — la

(I) Osée, 13, 11. {:() Eiéohiel, XXI, 8.

(i) iMÏe, VI.-.

l'immatérialité de dieu. 907

colère, la yengeaDce , le ressentiment , Tamour des représailles, Torgaeil , la jalousie ? — Pourquoi nous induire en erreur, et nous conduire par ces signes fallacieux de la limitation et de la contingence jusqu'à Thypothëse d'un Dieu corporel? Pourquoi les prophètes, surenchérissant sur la parole de Moïse, poussant à l'excès leurs exagérations figurées^ ajoutent-ils à l'appellation des actes et des passions de la Divinité des formes réelles et quasi corporelles '^ C'est la Tradition qui va répondre à celte double question s'appliquant à Moïse autant qu'aux prophètes, et, eu égard à son importance, elle y répondra séparément.

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