‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 69 sur 93 · IM · texte numérisé non relu

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hamaine; leur but était, tout au contraire, d'ennoblir la forme humaine, de spiritualiser la créature en relevant infiniment au-dessus de sa condition terrestre, en montrant à Thomme son image dans le ciel , sur ce trône sacré qui est le siège de la majesté divine , en lui indiquant par ce spectacle la voie de sa destinée , en semblant lui dire : « Rien n*est trop haut pour roi; par l'esprit, par l'intelligence, tu peux t'élever bien audessus de ce monde sublnhaire , aspirer au rang des esprits purs, des Ophanim, des Haschmalim, des Haïots^ t'asseoir, pour ainsi dire, sur le trône de gloire, être en droit de dire : Que non ascendam ? >»

Il est donc bien entendu qu'on ne doit pas imputer aux prophètes une tendance, une velléité à enseigner un Dieu corporel, à marcher à rencontre de la doctrine du Maître. Non , ils ne sont pas moins sévères à cet égard que Moïse lui-même ; jamais on n'a condamné en termes plus énergiques le culte des images et de la corporéité que ne le font Isaïe, Jérémie et Ézéchîel (1). Ce qu'ils veulent, ce n'est pas matérialiser la Divinité, c'est glorifier, nous allions dire diviniser la forme humaine. Mais quelle forme? Serait-ce la forme matérielle, la forme plastique? Non ; et la proposition a soin d'écarter cette dernière supposition, dene laisser lieu ni au doute ni à ^t^quivoque, en se servant du mot zoura (n*i*is) , forme, terme qui, dans la langue théologique, est toujours l'opposé de la matière. Le passage doit donc être interprété ainsi : a C'a été une grande hardiesse de la part des prophètes d'assimiler la forme , c'est-à-dire l'intelligence , à l'auteur des formes. » Il en résulte clairement que ce n'est pas la matière^ mais Y esprit humain, la forme, ce qui sépare l'espèce homme du genre animal, que les prophètes se sont efforcés d'exalter. Et n'était-ce pas là la tâche que s'est proposée le prophétisme? Ne s'est-il pas constitué l'éloquent défenseur de la vertu, de la pureté , de la sainteté et de la raison contre le matérialisme et le sensualisme ? N'a-t-il pas livré un long et glorieux combat aux passions brutales? N'a-t-il pas cherché

(1) Isaïe, XLIV, 10; Jérémie, X, 3-5; ÉcécUel, f:^.

l'immatérialité de dieu. 215

sans relâche à revendiquer le gouyernemeul spirituel, à refréner les appétits grossiers, à raffermir la domination de la forme sur la matière , à flétrir tout ce qui ravale l'homme au niveau de la bête , à glorifier tout ce qui fait prendre l'essor et subordonner le physique au moral? C'était une hardiesse sans doute, mais en même temps une vigoureuse initiative, une réaction nécessaire par ces temps de démoralisation générale. Car, on le sait, dans la sphère idéale aussi il y a action et réaction ; là aussi la réaction sera d'autant plus violente que l'action aura été plus forte. Les prophètes ont donc bien fait d'opposer à l'idolâtrie du corps et des sens la glorification de l'esprit et l'apothéose de l'intelligence; et en remplissant cette mission, tout le monde sait avec quel dévouement et quel génie , loin d*étre les adversaires, ils se sont montrés les nobles et dignes successeurs de Moïse.

§ 4. Des attributs en général.

Après avoir retracé la doctrine de la tradition au point de vue particulier des anthropomorpbismes, il nous reste encore à la faire connaître au sujet des attributs en général. Elle est consignée dans le passage suivant : a II est dit dans le livre de la Loi (à propos des treize attributs) : Dieu passa devant sa face, et il s'écria : Éternel (4). « Si ces paroles n'étaient pas « écrites, jamais il ne nous serait permis de nous servir d'une a pareille expression. Il semblerait que Dieu apparût à Moïse (c voilé et enveloppé dans sa gloire, comme le ministre offia ciant enveloppé dans son taleth quand il dirige les prières u de la communauté, pour lui enseigner le riluel et lui ap- « prendre que jamais Israël n'invoquera Dieu en vain par ses <( attributs...; ils constituent une alliance indissoluble entre a le Créateur et les créatures (2). »

(1) Exode, XXXIV, 6. (3) Talmad, Roich HMchaoa, fol. 17.

Pour peu qa*on y réfléchisse, on découvre dans ce passage allégorique les traits principaux de la ttiëorie des attributs, telle qu'elle résultera de renseignement thëologique. Et d'abord, qu'y a-t^il donc de si inusité dans cette apparition divine ? en quoi se distingue*t-elle de tant d'autres, pour que le Talmud en relève l'expression ? Nous y voyons l'indication de cette difficulté signalée par la théologie comme par la philosophie d'imputer à Dieu des attributs, c'est-à-dire de définir l'infini, de déterminer et de qualifier celui qui est au-dessus de toute qualification et de toute contingence. Tant que les attributs ne sont considérés que comme une forme de langage, réduite aut proportions d'anthropomorphismes, il n'y a là rien que de très-naturel, et leur raison d'être a été largement expliquée. Mais voilà une vision entièrement consacrée à la proclamation des attributs, ayant pour objet de les élever à la hauteur d'une vérité positive, nécessaire, réelle, et, par conséquent, peu compatible avec l'idée que nous avons de l'Être suprême, de l'essence divine. Gomment donc concilier ici les enseignements de la révélation avec ceux de la raison, et dans quel sens faut-il. entendre ces attributs ? C'est ce qu'on tient à nous expliquer par celte ingénieuse comparaison de Dieu enveloppé comme dans un taleth. Qu'est-ce à dire? Que les attributs, qui ne sont que des figures tant qu*on les applique à la personnalité divine, deviennent des réalités quand on les applique à Vaction de Dieu. Ils sont alors comme le manteau de la majesté divine, comme le voile lumineux chanté par David (i) ; ils ne peuvent rien sur sa nature, sur sa substance; ils ne la modifient en rien, pas plus que le taleth ne fait le ministre officiant ; ils sont les manifestations de sa volonté, ils annoncent un Dieu, comme le taleth indique et accuse l'homme en prière. Bonté, clémence, miséricorde, générosité, longanimité, providence, s'étendant d'une génération à l'autre, bienveillance s'alliant à la justice, voilà les qualités par lesquelles Dieu se plait à se faire connaître et tient à être

(f) Psaumei, GIV, i.

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