‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 76 sur 93 · II. Conséquences morales et pratiques des attributs de Dieu · texte numérisé non relu

II. Conséquences morales et pratiques des attributs de Dieu

El maintenant que nous sommes arrivés à ce résultat qu'il n'y a, pour ainsi dire, qu'une seule série d'attributs, se rapportant tous plus ou moins à l'action divine, nous voudrions, ainsi que nous l'avons fait pour les deux premiers dogmes, en tirer la leçon morale et pratique, en préciser le râle au point

0) Exode, XXXIII, 13. (t) Eoolés., VII, i9.

l'immatérialité de DIBU. 286

de vue individael et social, caractériser lear influence sur la perfectibilité humaine. Sans doute, ce n*est pas peu de chose que d'avoir déterminé le vrai sens des anthropomorphismes, de les avoir réconciliés avec le principe de rimmalérialité de Dieu, expliqué leur raison d'être, interprété la langue de Moïse et des prophètes, dont ils forment la matière principale. Mais nous Tavons dit plus d*une fois déjà : c'est le propre des dogmes dn judaïsme d'être à la fois de hautes vérités métaphysiques et de puissants préceptes de morale.

A cet égard, les anthropomorphismes nous semblent contenir ^eux enseignements des plus importants. Le premier, c'est qu'ils constituent le véritable et seul lien propre à lier l'homme à Dieu, la créature au Créateur. Nous aurions beau admirer en Dieu l'auteur et l'ordonnateur de l'univers, reconnaître dans le spectacle des merveilles de la nature l'unité du plan et du but de la création, si nous étions privés de tout moyen de nous mettre en rapport avec lui. Mais comment trouver le trait d'union entre le fini et l'infini? comment échapper à cette alternative : ou bien matérialiser la Divinité en la faisant descendre directement du ciel sur la terre, la fixer personnellement au milieu de nous, au risque de tomber, de chute en chute, dans la dernière abjection de l'idolfttrie, ou confesser et proclamer l'impossibilité de toute relation, de toute liaison, proche ou éloignée, entre Dieu et l'homme, sous peine de tomber peu à peu jusque dans le gouffre de l'athéisme? C'est par les anthropomorphismes que la religion nous a ouvert un chemin entre ces deux précipices; c'est par eux qu'elle crée et façonne ce fil invisible, impalpable, mais non moins indissoluble, qui nous relie tous au dispensateur suprême. Ils forment les degrés de l'échelle par laquelle nous pouvons monter jus* qu'à Dieu, lui offrir les prémices de notre pensée, les meilleurs fruits de notre intelligence, et sur laquelle Dieu veut bien, spirituellement toujours, matériellement jamais (I), descendre au milieu de nous, nous éclairer de sa présence, s'intéresser à

(I) Talmad, Snkka, M. 5.

nos pensées, à nos actes, à nos sentiments et jusqu*à nos passions. Voilà pour la religion proprement dite, pour le lien indestructible entre le ciel et la terre, entre le spirituel et le temporel.

Voici maintenant le second enseignement, ayant pour objet la perfectibilité de Thomme sur la terre. Quel est le but de la morale, de la morale non pas indépendante, que la théologie ne connaît pas, mais de la morale fille de la religion? De noas rapprocher de Dieu, de conformer nos actions aux siennes, de nous efforcer de ressembler de plus en plus au modèle de la pureté et de la perfection absolue. Mais comment imiter Diea s'il n'est pour nous que Timmatériel, Tincompréhensible, riocommensurable, Tinfini? Gomment calquer notre conduite sur la sienne s'il reste confiné par delà les mondes et l'espace? Seuls les anthropomorphismes ou attributs rendent ce rapprochement possible. C'est ce qui est fort bien enseigné dans le passage suivant de la tradition (1) : a II est dit dans le lifre « d^la Loi : Vous marcherez derrière l'Éternel, votre Dieu... « et vous vous attacherez en lui (2). Gomment est-il possible « à rhomme de suivre la Ghehina, appelée feu dévorant? « G'est en suivant ses voies, en devenant, à son exemple, bon, « généreux, miséricordieux. i> Rien de plus clair que ces paroles. Le Talmud pose d'abord la question dans ses vrais termes : a Si Dieu n'avait point de rapport avec le monde, s'il vivait isolé, attaché par sa grandeur au rivage de f *n/înt, s'il était un feu dévorant, c'est-à-dire repoussant tout contact avec ses créatures, comme la flamme brûlant tout ce qui l'approche, comment l'homme pourrait-il Timiter, réaliser sa perfectibilité, et que deviennent alors la religion et la morale? » Et il répond à cette question par la constatation des attributs, a Ne vous laissez pas égarer, semble-t-il nous dire, par ceux qui croient respecter et honorer Dieu en le reléguant hors de Funivers, qui craignent d'en parler et de s'en occuper, comme on craint de toucher à la flamme incandescente ; vain respect, vénération

(1) Tilmad, Sàu, fol. t4. (i} Deutér , XIII, 5.

l'immatérialité de dieu. 287

slérile! Non, ce n*eslpas ainsi qu'il faut adorer Dieu; il faut Hionorer par Tétude et l'imitation de ses attributs, autrement dils ses voies (1), ces voies que Moïse priait Dieu de lui faire connaître, afin de trouver grâce à ses yeux (2) ; ces voies que Dieu appelle son trésor, son bien (l^) ; ces voies que Dieu se plait à enseigner à Moïse dans une entrevue spéciale ; ces voies qui sont résumées dans les treize attributs; ces voies qui jouent un si grand rôle dans la liturgie Israélite; ces voies qu'Israël évoque avec ferveur et amour dans les offices, dans les jours les plus solennels de la vie religieuse; ces voies que la tradition qualifie d'indestructible alliance entre Dieu et Israël (4), c'està-dire que toutes les fois que noos reconnaîtrons dans les attributs de Dieu des modèles de conduite et d'action, nous lui rendrons le culte le plus agréable; ces voies dont il est dit encore que Dieu s'en enveloppa comme du Taleth (5) au moment de les décliner à Moïse, c'est-à-dire que, de même que le Taleth fait le costume du ministre officiant et du vrai fidèle, de même les attributs sont les insignes de Dieu, ceux par lesquels il aime à se montrer à ses créatures ; ces voies que nous ne devons cesser d'avoir présentes à nos yeux comme à notre pensée, et qui nous élèvent jusqu'au rang sublime de compagnons de la Divinité.

Loué soit le Dieu qui se glorifie de ses éternels attributs, de sa bonté, de sa justice, de sa longanimité, de sa générosité, et qui nous invile ù devenir par ces mêmes attributs les fils de l'Être suprême !

(1) Exode, XXXIll, 13. (4) Talmad, RoBch Haicbana, /. e.

(3) nu. CL Guide, ir«pirtie, chip. 5i. (5) Ibid.

(.^) Ibid., ohap. 19.

Page 1