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CHAPITRE IT. — Du nom tétragrammate ou iBefaUe

Nous déclarerons tout d'abord qu'en traitant du nom sacré, noas resterons entièrement en dehors des données cabbalistiqaes et mystiques qu'on y a rattachées, et que nous considérons comme tout à fait étrangères à notre sujet.

S i"". Le nom Utrugrammate dans la Bible. '

Nous ayons déjà constaté (4) la priorité du nom ineffable sur toutes les autres dénominations de la Diyinité; nous ayons vu que cette supériorité, outre qu'elle résulte de tous les éyénements miraculeux réalisés sous Tinyocation de ce saint nom et de l'ensemble de la législation promulguée sous le même nom, a été l'objet d'une indication formelle de Dieu, lorsqu'il dit à Moïse qu'il n'ayait pas fait connaître ce nom aux patriarches. Cela résulte ensuite des témoignages de respect et de yénération reyendiqués si souyent pour le nom^ d'abord dans le Décalogue, où ce commandement yient immédiatement après la proclamation de Fexistence et de l'unité de Dieu (2) ; ensuite dans une loi spéciale (8), laquelle, d'après la majorité des docteurs, ne s'applique qu'an nom ineffable (4); enfin dans

(1) Voir ploi bavt, ohap. !<', S < • [*) Synhédriji , ohap. 1 ; Misokiia, 5, e

(i) Eiode, XX, 7. les oomnenulref.

(3) UfiUqae, XXIV, 16.

cette allocution conteDant rénnmération des châtiments réservés à Israël coupable et rebelle, et finalement contre ceux qui ne sauront craindre et vénérer le nom glorieux et redoutable de Dieu (1). Voilà des exemples qui suffisent pour constater rimportance attachée, dans les temps les plus anciens, et au berceau même de la religion, au nom tétragrammate.

§ 2. Le nom ineffable dans la Tradition,

Celte importance ne fait qu'augmenter à Tépoque de la tradition. La première manifestation de cette importance, c'est précisément cette défense formelle de l'énoncer, de le prononcer en toutes lettres, dont nous avons déjà parlé, et dont les livres de la tradition sont pleins (%) ; et cette interdiction est accompagnée de faits nombreux qui nous apprennent à quel point elle était observée, entrée dans les mœurs et coutumes (3). Mais qu'on ne croie pas que c'était une de ces vénérations fatales, un de ces respects aveugles, une de ces terreurs religieuses qui n'ont leur raison d'être que dans l'esprit dominateur d'une aristocratie religieuse. Non ; il y avait un enseignement, une doctrine, un ensemble d'idées transcendantes, en rapport intime avec la théodicée, qui se rattachaient au tétragrammate , qui étaient l'objetd'un enseignement privé, sinon public, mystérieux, ésotérique, communiqué à des disciples d'élite qui joignaient à une grande intelligence des mœurs irréprochables. Ce qu'il importe encore de remarquer, c'est que toutes ces mesures de précaution et de réserve, devant entourer le nom tétragrammate comme d'un rideau sacré, remontent au premier temps de la tradition, puisque depuis la mort de Siméon le juste les pontifes ne se permettaient plus d'invoquer le nom ineffable dans la bénédiction pontificale. Mais quels sont ces mystères et l'ordre

(i) Dratér., XXVIII, 59. fol. 90; Sehemoth Rakb^, sect. S.

(fl) Talmiid , PeuahlD, fol. 50 ; T«lniiid, (S) Talmad, Toma, foi. 59 ; SdU, fol. 58;

Kidosschin, fol. 71 ; Talnnd, Synhédriiip KiduoicliUi, «. «.

l'éternité de dieu. 313

d'idées dont il est question dans la tradition ? C'est ce qu'on ne nous dit pas :. ils ont été tenus dans un secret plus rigoureux encore que les autres mystères de la Thora ; rarement on a soulevé à cet égard un coin du voile pour y jeter un regard fartif et craintif; on s'est appuyé, pour maintenir et justifier ce secret, sur un texte biblique (1). Pour y découvrir quelque chose, il faut s'adresser à la théologie, qui, forte de sa foi, de sa piété et de ses nobles intentions, a cru pouvoir et devoir porter son esprit d'investigation et de recherches sur ce point comme sur tous les autres de la religion , s'autorisant de l'exemple des sages qui, la tradition l'affirme , s'occupaient de ces mystères avec les meilleurs de leurs disciples. Voyons ce que la théologie nous enseigne sur le nom tétragrammate et sa signification.

§ 3. Le Khozari.

A propos des attributs de Dieu nous avons eu déjà l'occasion de citer ce théologien (2) ; nous avons vu que, dans son opinion, le nom tétragrammate exprimait l'idée de la toute-puissance, la faculté d'agir contrairement aux lois de la nature et d'en suspendre le cours. Hais plus loin (3), l'auteur revient avec de nouveaux développements sur les noms de Dieu.

« Le terme £/o/itm, dit le Haber, est l'attribut du gouverneur « et du juge : il indique tantôt la toute-puissance quand il «t s'agit du maître de l'univers, tantôt la puissance relative soit a de la force planétaire, soit de l'un des agents de la nature « ou enfin d'un juge terrestre. Quant à la forme du pluriel « qu'affecte ce nom, elle a son origine dans l'usage, contracté a par les idolâtres, de faire des images sur lesquelles on croyait «( pouvoir faire descendre une influence d'en haut; à chacune « de ces images on donnait le nom de Dieu (JEloha)^ et à leur

(1) Eiode, m, 15; Talmiidet Midruoh, (fl) Le Kbozarl, Utrell, 9. ». «. (8) Le Khotari, ItTre IV» f el 3.

a ensemble celui de dieux (JElohim), On jurait par ces dieux,

a on les considérait comme les maîtres de nos.destinèes, on les

« supposait aussi nombreux que les forces qui gouvernent les

« corps et les sphères ; on voyait dans ces forces comme autant

« de causes motrices, tout mouvement ayant, en réalité, sa cause

« ou son impulsion spéciale. Le globe solaire et le globe lunaire,

« par exemple, ne suivent certainement pas une seule et même

« impulsion, et leurs mouvements sont dus à des moteurs dif-

« férents. Mais il ne venait pas à Tidée de ces idolâtres de

«c remonter jusqu'à la force première, génératrice de toutes les

V autres, soit qu'ils la méconnussent entièrement, n'admettant

« d'autres divinités (Eloha) que l'ensemble de forces physiques,

« comme aussi dans l'ftme ils ne voyaient autre chose qu'un

<x assemblage de forces qui gouvernent le corps; soit que, tout

(f eh reconnaissant le vrai Dieu, ils rejetassent Tutilité du culte,

a pensant qu'il est trop haut placé, même pour nous connaître,

« et, à plus forte raison, pour s'occuper de nous. (Loin de Dieu

« de tels blasphèmes !) Ils adoraient donc non pas un seul

« être, mais plusieurs êtres qu'ils appelaient dieux (Elohim),

(( nom collectif embrassant l'ensemble des causes. Le véritable

a nom de Dieu, comme aussi sa vraie grandeur, ne se trouve

« que dans letétragrammate —yod, hé, waw, hé, — véritable

tf nom propre, auquel on a substitué (dans la prononciation)

« le nom attributif de Adonah parla raison que le nom propre

« n'exprime que l'être vague et indéterminé, impropre à nous

« donner une idée nette de Dieu (c'est un passage bien obscur,

a que nous rendons ainsi d'après les commentateurs). Ainsi

(t le nom générique de Dieu, c'est Elohim; mais son nom

« propre, substantif, c'est le létragrammate. De sorte que si

« Ton demandait : Quel Dieu faut-il adorer? est-ce le soleil,

a la lune, le ciel,' les planètes, une étoile fixe, le feu, le vent,

0 les anges, ou n'importe lequel des êtres qui possèdent acti-

« vite et pouvoir et qui tous interviennent dans la loi de l'être

a et du non-être? il faudrait répondre : C'est le tétragrammate

« qu'il faut invoquer, parce qu'il est un nom propre, au même

a litre que ceux de Ruben et de Ghiméon qui servent à

l'étermté de dieu. 315

« désigner individuellement et substantiellement ceux qui les a portent. »

Le Khosari. — « Mais à quoi sert un nom qui ne donne pas « la moindre idée de celui qui le porte et que nous ne connais- « sons que par ses actes? »

Le Haber. c Le nom tétragrammate n*a de sens que dans « les visions prophétiques et les contemplations intuitives, tt II importe, en effet, de remarquer que les preuves physiques, a c*esi-à-dire Dieu connu par les actes de la création, nous « induisent souvent en erreur, nous entraînent à Tapostasie « et à Thérésie. Qu'est-ce qui a porté les dualistes à recon- « naître deux principes primordiaux? ce sont les preuves phy- « siques. Qu'est-ce qui a porté les partisans de Téternité de la « matière à professer Téternité de la sphère, à voir en elle et tf sa propre cause et la cause de tout ce qui existe ? ce sont les « preuves physiques ; de même pour les adorateurs du soleil « et du feu. D'ailleurs les preuves cosmologiques sont de « nature diverse : si les unes sont le fruit d'une démonstration if complète, approfondie, les autres sont des plus incomplètes. « Les premières sont les spéculations philosophiques : mais à or quoi ont-elles abouti ? à cette croyance que Dieu n'est ni « utile ni nuisible aux hommes; qu'il ignore nos prières, nos «c sacrifices, notre culte aussi bien que notre défection, et que a le monde est éternel comme lui-même. Ceux-ci ne recontf naissent à Dieu aucun nom propre. Un pareil nom ne peut oc exister que pour ceux qui ont entendu la parole de Dieu, ses « commandements, ses exhortations, ses promesses de récoma pense pour les fidèles et de châtiment pour les rebelles. <r Seuls ils donnent à Dieu un nom propre , ayant besoin a d'individualiser celui qui leur a parlé, qui s'est révélé K comme le créateur ex nihilo. Dans le principe, Adam ne «r connut pas ce Dieu personnel; il ne le connut qu'après a qu'il lui eût parlé, se manifestant à lui par des récom- « penses et des peines, tirant Eve de l'une de ses côtes, fc se révélant par des paroles et par des visions. Alors seua lemcnt Adam sut invoquer Dieu par son nom propre; mais

« sans ces manifestations directes de la Divinité, Adam s'en

<r serait tena au nom de Elohim, nom vague, laissant dans

9 l'incertitude la grande question de savoir sMl est un on mul-

« tiple^ s'il est providence spéciale ou seulement générale. Ce

« Dieu personnel et individuel fut ensuite connu de Gain et

« d'Abel, tant par la tradition d'Adam que par l'intuition pro-

(( phétique ; et cette tradition (du Dieu personnel] passa ensuite

« à Noé, aux patriarches, à Moïse et aux prophètes ses succes-

a seurs. Ces grands hommes l'appelèrent de son nom propre,

« grâce à une révélation directe, et les masses l'adoptèrent sur

a la foi traditionnelle, grâce aussi à leur propre foi en la com-

« munication de Dieu avec les hommes. L'élite des fidèles, par

<c suite de son attachement à Dieu, fut appelée à jouir, dans

« une certaine mesure, de la contemplation divine, favorisée

« de visions connues sous le nom de Kabod (gloire), Chehina

a (résidence, royauté, feu, nuée, représentation, image, arc-en-

a ciel, etc.) , autant d'émanations de la présence de Dieu, connues

tf généralement sous le nom de gloire de Dieu et, par abré-

« yiation, sous celui de Dieu tétragrammate, ou Adonai, ou

u parfois les deux réunis. C'est dans ce sens que l'arche

<c d'alliance est invoquée sous le nom de Dieu (1). On est allé

(( jusqu'à appeler de ce nom le lien spirituel existant entre

«t Dieu et Israël, et c'est ainsi qu'il est question des amis et des

(c ennemis de Dieu (2), c'est-à-dire du nom y de ValHance ou de

« la loi de Dieu. Car, dit l'auteur, point de rapport entre Dieu

it et les autres nations, et la dispensation de la lumière divine

a est le privilège du peuple de prédilection, grâce à l'amour

a réciproque de Dieu pour Israël et d'Israël pour Dieu. De là

c( aussi les dénominations de Dieu d'Israël, peuple de Dieu,

« peuple du Dieu d'Abraham (3). Prétendra-ton qu'il est

« d'autres peuples qui ont suivi et adoré Dieu, du moins de

9 réputation et par tradition ? Où sont alors les preuves que

« Dieu aurait agréé ces nations, se mettant en communication

(I) Nombres, X, SI et 3G; Ptatunes, (f) Piaames,XXXVII,so; CXXXlX,il.

XLVII, 6. (3) PiMunes, XLVil, 10.

LÉTERNITÉ DE DIEU. 317

« avec elles, acceptant leurs hommages et sirritant de leurs

« défections? Nous les voyons toutes, au contraire, abandon-

« nées à la nature, au hasard, portant en elles-mêmes leur

<c bonheur et leur malheur, mais ne nous offrant nulle trace

a d'une intervention spéciale de Dieu. Seul, Israël est gou-

tt verné directement par Dieu (1), et voilà pourquoi le nom

i< tétragrammate s*est perpétué chez Israël exclusivement, et

« que seul il en connaît la vraie signification.

« Comme nom propre et substantif, le tétragrammate ne

« prend pas l'article, et par là se distingue du terme Elohim,

i' qui le prend (2) ; il constitue Tune des saintes prérogatives

« données en partage en Israël, et il est un profond mystère. —

i< Remarquons encore Texcellence des lettres qui forment le

« tétragrammate^ lettres qui sont la base même du langage.

« Les lettres alef, hé, waw, yod, sont, en effet, indispensables

a à renonciation de toutes les lettres consonnes, et à leur

a défaut la prononciation est chose impossible ; il en est de

0 même des trois principaux points-voyelles qui s'y rattachent,

« la voyelle a ou alef et hé; la voyelle w ou waw^ et la

« voyelle î ou youd ; de façon que ces quatre lettres sont aux

a autres ce que Tàme est au corps. — Le nom yah n'est qu'une

« abréviation du tétragrammate. Quant au nom Ehié^ il se

cr peutquHendériveégalement, il se peut aussi qu'il vienne du

« radical haya (être). Il exprime la défense, faite par Dieu, de

cr toute réflexion, de toute spéculation qui porterait sur son

« essence, devant nous rester à jamais inconnue. Tel serait,

(( du moins, le sens de la réponse faite par Dieu à Moïse lui

« demandant sous quel nom il Tannoncerait à Israël. A quoi

« bon, répliquerait Dieu, rechercher ce qui est inaccessible à

a l'intelligence humaine? réponse analogue à celle que fait

a l'ange à Manoah (3). Qu'il suffise à Israël de savoir que je

« suis celui qui suis, c'est-à-dire celui qui est toujours là,

« toujours présent quand on l'invoque. Qu'Israël n'exige pas

(1) n«Qt6r., XXXII, 1t. éditions, Eloklm n*a pas IVUcle).

(f) Psamnfs, G, 3 (dans la pinpart des (:ï Jnges, XIII, 18.

a d^aulres preuves de ma providence , qu'il m'accepte el me (( reconnaisse sous ce titre. Dis-leur donc, continue Dieu, « Ehié m'envoie vers vous. Ehié déjà annoncé à Moïse avant a sa demande, deux versets plus haut(l], Ehié, c'est-à-dire, a ma présence partout et toujours. »

L'auteur passe ensuite en revue toute la nomenclature des noms de Dieu, et, d'accord avec les autres théologiens , les explique dans le sens de l'action divine, ainsi que nous l'avons exposé à propos des attributs.

Appréciation. — On voit par cet extrait que le Khozari maintient au nom télragrammaie le rang suprême que lui assigne la tradition vis-à-vis tous les noms de Dieu. Nous devons signaler cette théorie ingénieuse des lettres quasi spirituelles dont est formé le nom tétragrammate, âme et souffle de vie de la parole. Mais quant à l'explication proprement dite de ce nom, dont il veut faire le nomen proprium de Dieu, à l'instar des noms propres humains, l'auteur la laisse, peut-être à dessein, flotter dans une sorte de clarté crépusculaire. Ce que nous croyons pouvoir en saisir, le voici. Il n'est pas dérivé d'une racine quelconque ; il ne vient pas de la racine hàîa, car alors il se confondrait avec le nom Ehié; son étymologie est mystérieuse comme l'être qu'il sert à dénommer. Il serait principalement l'expression des rapports surnaturels et directs, des visions, des apparitions, des manifestations prophétiques par lesquelles Dieu se communique aux chefs et aux saints d'Israël. Pour ce motif, le nom tétragrammate est le bien exclusif d'Israël, une prérogative qu'il ne partage avec aucune autre nation privée de cette communication directe avec Dieu. Le Haber fait ainsi rentrer le nom tétragrammate dans son système général de l'élection dlsraël à l'exclusion de tons les autres peuples. Si Ton rapproche de ce que l'auteur dit ici l'opinion émise plus haut (2), à savoir que le nom tétragrammate exprime le pouvoir infini, la toute-puissance capable de suspendre le cours de la nature, il signifierait, en définitive,

(0 Eiodo, in, 19. (s Le Kboiarl, II, 9.

l'éternité de dieu. 319

le Dieu qui veul être connu, non pas indireclemenl et par l'ordre de la création, mais directement, soit par Tintuition prophétique, soit par le renversement momentané delà nature et de ses lois. Et c'est à cette connaissance plus ou moins di* recle que doit correspondre un nom direct, et nulle dénomination ne pouvait mieux répondre à ce but qu'un nom formé des voyelles qui sont la partie éminemment spirituelle du langage. On saisira ce qu'il y a de grand et de sérieux dans cette thèse.

§ 4. Maïmonide-,

Il fait un exposé à la fois historique et dogmatique du nom tétragrammate (1) :

tf Tous les noms de Dieu qu'on trouve dans les livres saints V sont généralement dérivés des actions, ce qui n'est point « inconnu. Un seul nom doit être excepté : c'est celui qui « s'écrit par Yod, hé, waw, hé, car c'est un nom improvisé « pour désigner Dieu, et qui, à cause de cela, est appelé Schem « hamephorasch (2), indiquant expressément l'essence divine a et n'ayant pas d'homonymie. Quant à ses autres noms glo- « rieax, ils le désignent par homonymie, car ils sont dérivés « de certaines actions comme on en trouve de semblables chez a nous, ainsi que nous l'avons exposé. Le nom même àWdonaï, tf qu'on lui substitue, est également dérivé, renfermant l'idée

a de seigneurie iMais le nom qui est épelé Yod, hé, waw,

a hé, n'a pas d'étymologie connue et ne s'applique à aucun « autre être. Il n'est pas douteux que ce nom glorieux, qui, <c comme tu le sais, ne devait être prononcé que dans le sanctt tuaire, et particulièrement par les prêtres sanctifiés à a VÉtemel dans la bénédiction sacerdotale, et par le grand

(f) Guide f I'« partie, chap. 61-63. plapart dw th^loflent, le nom détigaant

(«] SigniSaot le nom dittinclemeni pro- expretaénent Vestenee dévhe. {IHd., trancneé, oa pivtdl, d'après l'opiolon de la dnctfoo S. Nank, p. fl67, aoto 3 )

320 QUATRIÈME DOGMK.

« prêtre au joar da jeûne, indique une certaine idée à Tégard

« de laquelle il n'y a rien de commun entre Dieu et ce qui est

« en dehors de lui. Peut-être indique-Ml, selon la langue

a hébraïque, dont il ne nous reste aujourd'hui que très-peu

« de chose, et selon la manière dont il était prononcé, Fidée

« de Vexistence nécessaire. En somme, ce qui fait que ce nom

« a une si haute importance et qu'on se garde de le prononcer,

« c'est qu'il indique Tessenceméme de Dieu, de sorte qu'aucun

<c être créé ne participe à ce qu'il indique, comme l'ont dit les

cr docteurs au sujet de ce nom : Mon nom, qui m'est partie

« culier (1). Quant aux autres noms, ils indiquent tous des

« attributs; je veux dire qu'ils n'indiquent pas seulement une

<c essence, mais une essence ayant des attributs, car ils sont

tt dérivés; et par cela même ils font croire à la multiplicité en

« Dieu ; je veux dire qu'ils font croire qu'il existe des attributs,

« qu'il y a là une essence et quelque chose ajoutée & l'essence.

« En effet, c'est là la signiflcation de tout nom dérivé, car il

« indique une certaine idée et un sujet non exprimé auquel se

a joint cette idée. Or, comme il a été démontré que Dieu n'est

a point un sujet auquel certaines idées soient venues se

« joindre, on sait que les noms dérivés sont donnés à Dieu,

« soit pour lui attribuer Faction, soit pour nous amener à

« reconnaître sa perfection.

« C'est relativement à cette différence radicale entre le

« nom tétragrammate et les noms dérivés qu'il a été prédit

a par le prophète (2) : En ce jour-là, l'Éternel sera un et son

V nom sera un ; c'est-à-dire, de même qu'il est u», de même il

(c sera invoqué alors sous un seul nom, celui qui indique

« uniquement l'essence de Dieu, et ce ne sera point un nom

« dérivé. Dans les Pirké R. Ëliézer (3), on lit : Avant la créa-

« tion du monde, il n'y avait que le Très-Saint et son nom

<f seuls. Remarque bien comme il dit clairement que ces noms

(( dérivés ne sont tous nés qu'après la naissance du monde ; et

(I) Talmnd, SdU, fol. Z^. (3; Pirké, R. Eliéier, chap. S.

(i) Zacharie, XIV, 0.

l'éternité de OIED. 321

« cela est vrai, car ce sont tous des noms qui ont été établis

< par rapport aux actions de Dieu qu'on trouve dans Tanivers;

« mais si Ton considère son essence dénuée et dépouillée de

« toute action, il n'a iibsolument aucan nom dérivé, mais un

« seul nom improvisé pour indiquer son essence. Nous ne

<r possédons pas de nom qui ne soit pas dérivé, si ce n'est

«r celui là, qui est le Schem hamephorasch absolu. Il ne faut

«< pas croire autre chose, ni donner accès à ton esprit à la folie

» de ceux qui écrivent des kasmi'oth (amulettes) et à ce que tu

tf entendras d'eux ou que tu liras dans leurs écrits insensés,

« en fait de noms qu'ils forgent sans offrir un sens quelconque,

» les appelant Schemoth (noms sacrés), et prétendant qu'ils

tf exigent de la sainteté et de la pureté, et qu'ils opèrent des

« miracles. Toutes ces choses-là sont des fables qu'un homme

« parfait ne devrait pas seulement écouter, à plus forle raison

</ ne pas y croire. On n'appelle donc Schem hamephorasch que

a ce seul nom tétragrammate, qui est écrit, mais qu'on ne lit

« pas selon ses lettres (1); seul, il indique l'essence de Dieu

« sans association d'aucune autre idée; c'est pourquoi il en est

« dit : le nom qui m'est particulier... »

Chap, Lxii. — « Il n'était pas su de tout le monde comment

tf on devait le prononcer et par quelle voyelle devait être mue

« chacune de ses lettres, ni si une de ses lettres devait être

a redoublée, d'entre celles qui sont susceptibles de l'être

u Je crois que lorsque les docteurs disent (2) : <c Le nom de

« quatre lettres, les sages le transmettent à leurs fils et k leurs

« disciples une fois par semaine, » il ne s'agit pas là seule-

<: ment de la manière de le prononcer, mais aussi de l'ensei-

« gnement de l'idée en vue de laquelle ce nom a été improvisé

« et dans laquelle il y a également un mystère divin (3) »

L'auteur parle ensuite des deux noms de douze et de quarante-deux lettres, qu'il considère l'un et l'autre comme com-

(I ) SiphrN lor le versel do« Nombres, VI, {i) CU T«linud , /. r., ]e eommenUire de

S? ; Talmod, Sôia, fol. 38. Meharscba.

(i) Talniad, KidoufChfn, fol. 71.

332 QUATRIÈME DOGXE.

posés de plusieurs mois el inférieurs en sainteté au tétragrammate, ayant chacun un sens particulier et indiquant certaines idées propres à nous rapprocher de la véritable conception de Tessence divine (1). Les grandes prérogatives attachées par la tradition à ces noms (2) sont la preuve de Tiroportance de renseignement qu'ils contenaient. « La plupart, dit-il, croient « qu'il n'y a là autre chose que des lettres qu'on prononce, a mais auxquelles ne s'attache aucune idée, de sorte que ce « serait parles lettres que l'on obtiendrait lesdites choses sutr blimes, et que ce serait pour elles qu'on aurait besoin de ces « dispositions morales et de cette grande préparation dont il a a été question, tandis qu'il est clair qu'il ne s'agit dans tout u cela que de faire connaître des sujets métaphysiques, de ces <( sujets qui font partie des mystères de la Thora^ comme nous « l'avons exposé. (L'auteur croit y trouver une allusion à sa tt théorie de la perception de Vintellect actif.) Mais des hommes « pervers et Ignorants, ayant trouvé ces textes^ talmudiques, (( y virent un vaste champ pour le mensonge, se disant qu*ils « pouvaient rassembler telles lettres qu'ils voudraient et dire « que c'était un Schem (nom sacré) qui agirait ou opérerait « s'il était écrit ou prononcé de telle ou telle manière. Ensuite tt ces mensonges, inventés par un premier homme pervers et tt ignorant, furent mis par écrit; ces écrits ayant été transmis « entre les mains d'hommes de bien, pieux, mais bornés et « qui n^avaient pas de jugement pour discerner le vrai d*avec « le faux, ceux-ci en firent mystère, et quand ces écrits furent u retrouvés dans leur succession, on les prit pour de la pure te vérité. Bref, le sot croit à toutes choses (3). »

Chap. LXiii. Du nom « Je suis celui qui suis. » — L'auteur commence par poser plusieurs questions au sujet de ce passage biblique où Moïse demande à Dieu sous quel nom il devra l'annoncer à Israël. Si ce nom était déjà connu d'Israël, que venait lui apprendre Moïse? S'il ne l'était pas, qu'est-ce qui

(1) Talmud, Yom«, fol. 39; Mcnaholh, («) KidontchiB, ». s.

fol. 109. (5) ProT., XIV, 15.

l'éternité de dieu. 323

prouvait à Israël qae c^était là le nom de Dieu? Rëpondanl à cette objection et à d'autres encore, il s'exprime ainsi : « Ce

« qu'il faut savoir pour que toutes ces obscurités te soient

ce éclaircies, c'est ce que je vais te dire. Tu sais combien

« étaient répandues en ces temps-là les opinions des sabéens,

« et que tous les hommes alors, à l'exception de quelques-uns,

« étaient livrés à Tidolâtrie; je veux dire qu'ils croyaient aux

« esprits des astres et aux conjurations, et qu'ils faisaient des

a talismans. La prétention de quiconque s'arrogeait une mis-

« sion divine s'était de tout temps bornée à ceci : ou bien il

0 soutenait qu'en méditant et en cherchant des preuves, il lui

0 avait été démontré qu'un seul Dieu présidait à l'univers

c( entier, et c'est ainsi que Tit Abraham; ou bien il prétendait

a que 1 esprit d'un astre, ou un ange, ou un autre être sem-

«I blable, s'était révélé à lui. Mais que quelqu'un se prétendit

« prophète, disant que Dieu lui avait parlé et l'avait envoyé,

« c'est ce qu'on n'avait jamais entendu avant Moïse, notre

« maître. Il ne faut pas te laisser induire en erreur par ce

cr qu'on raconte des patriarches, en disant que Dieu leur

« adressait la parole et qu il se manifestait à eux ; car tu ne

i< trouveras pas de ce genre de mission prophétique, qui con-

a siste à faire un appel aux hommes ou à guider les autres,

« de sorte qu'Abraham, ou Isaac, ou Jacob, ou ceux qui les

« précédaient, aient dit aux hommes : « Dieu m'a dit que vous

<i devez faire ou ne pas faire telle chose ; » ou bien : <« Il m'a

a envoyé vers vous. » Jamais pareille chose n'a eu lieu ; au

a contraire, il ne leur fut parlé d'autre chose que de ce qui les

« concernait particulièrement ; je veux dire qu'il s'agissait de

a les rendre parfaits, de les diriger dans ce qu'ils devaient

« faire et de leur annoncer quel serait l'avenir de leur race,

a mais pas d'autre chose ; et eux, ils appelaient les hommes

« au moyen de l'étude et de l'enseignement, ce qui, selon

« nous, est clairement indiqué dans ces mots : « Et le personnel

« qu'ils s'étaient fait à Haran (1). » Lors donc que Dieu se

(«) Genèse, Xil, K.

3S4 OUATlilÉMË DOGME.

« inaniresla à Moïse, noire maître, et lui ordonna d^appeler les

« hommes à la foi et de leur apporter le message en question :

« Mais, répliqua celui-ci, ce qu'ils me demanderont lout

« d'abord, c'est de leur établir qu'il existe un Dieu pour Funi-

a vers, et ensuite je pourrai soutenir qu'il ma envoyé. » En

« effet, tous les hommes alors, à l'exception de quelques-uns,

« ignoraient l'existence de Dieu, et leur plus haute méditation

« n'allait pas au delà de la sphère céleste, de ses forces et de

« ses effets; car ils ne se détachaient pas des choses sensibles

« et ne possédaient aucune perfection intellectuelle. Dieu donc

« lui donna alors une connaissance qu'il devait leur commun!-

<( quer, afin d'établir pour eux l'existence de Dieu, et c'est ce

« qu'expriment les mots : Ehyé ascher ehyê (Je suis celui qui

r suis); c'est là un nom dérivé de haya (être), qui désigne

f l'existence, mrhaya signitie t7 fut^ et dans la langue hê-

« braïque on ne dislingue pas entre être et exister. Tout

« le mystère est dans la répétition, sous forme d'attribut,

«( de ce mot même qui désigne Vexisience; car le mot ctscher

« (qui), étant un nom incomplet qui a besoin d'une adjonction

« et ayant le sens des mots aUadzi [^^^) et allûti (^t) en « arabe, exige qu'on exprime l'attribut qui lui est conjoint; et «< en exprimant le premier nom, qui est le sujet, par ehyé, et « le second nom, qui lui sert d'attribut, par ce même mot ehyè^ t( on a, pour ainsi dire, déclaré que le sujet est identiquement « la même chose que l'attribut. C'est donc là une explication « de cette idée : que Dieu existe, mais non par Inexistence ; de « sorte que cette idée est ainsi résumée et interprétée : lÊtre « qui est VÊtre, c'est-à-dire VÊtre nécessaire. El c'est en effet « ce qu'on peut rigoureusement établir par la voie d^oionstra- « tive, savoir : qu'il y a quelque chose dont l'existence est er nécessaire, qui n'a jamais été non-existant et qui ne le sera « jamais, ainsi que^j'cn exposerai ailleurs la démonstration.

« Dieu donc ayant fait connaître à Moïse les preuves par If lesquelles sonA||xistcnce pouvait être établie pour leurs H hommes inslruS(car on dit plus loin : « Va et assemble les V anciens d'Israën>), et lui ayant promis qu'ils comprendraient

l'éternité de dieu. 323

« ce qa*il Ini avait enseigné et qu'ils Faccepteraient (ce qui est « exprimé par ces mois : « El ils obéiront à ta voix ») : « S'il « est vrai, répliqua Moïse, que, par ces démonstrations res- « sortant de 1 inleliigence, ils admettront qu'il existe un Dieu, « par quoi prouverai-je que ce Dieu qui existe m'a envoyé? » «c Et là-dessus il fut rois en possession d'un miracle. Il est donc « clair que ces mots : Quel est son nom? ne signifient autre u chose, si ce n'est : « Quel est celui par qui tu prétends être « envoyé? » S*il a dit : Quel est son nom? ce n'était que pour « s'exprimer d'une manière respectueuse en adressant la parole « à Dieu; c'est comme s'il eût dit : « Ton essence réelle, per- « sonne ne peut Tignorer ; mais si l'on me demande ton nom, « quelle est l'idée indiquée par ce nom? C'est que, trouvant *t inconvenant de dire, en adressant la parole à Dieu, qu'il « pourrait y avoir quelqu'un à qui cet être fût inconnu, il n appliquait leur ignorance & son nom, et non pas à celui qui « était désigné par ce nom. »

Après avoir passé en revue et expliqué quelques autres noms de Dieu, l'auteur termine ainsi : « Enfin il n'y a point de nom « de Dieu, qui ne soit pas dérivé^ à lexception du nom tétra- « grammate, qui est le Schem hamephorasch ; car celui-ci ne <c désigne point un attribut, mais une simple existence et pas « autre chose. L'existence absolue renferme l'idée de ce qui « est toujours, je veux dire de l'être nécessaire. »

On voit par cet exposé que Maïmonide, à l'endroit du nom ineffable, est d'accord avec le Khozari sur certains points et s'en écarte sur d'autres. Constatons d'abord la divergence. Pour lui, ce nom ne signifie pas la communication directe de Dieu avec son peuple et ses élus, sa manifestation soit par l'intuition prophétique, soit par des visions surnaturelles, soit enfin par le renversement des lois de la nature et les miracles. Non; pour Maïmonide, le nom tétragrammate exprime l'existence nécessaire. Dieu considéré comme l'être pur, Vêlre qui est l'être^ indépendamment de la création. Tous les développements auxquels il se livre aboutissent à ce résultat unique, à savoir que Dieu est l'être existant nécessairement et ne pou-

;^26 QUATHkÈMË DOGME.

vant jamais élre supposé non existant. Àdmellant avec le Khozari, et selon la tradition, que ce nom contient de profonds mystères, on peut induire cependant de sa manière de voir qae ces mystères ne sont pas les mêmes pour lui que pour son prédécesseur. Pour Maïmonide, ce sont des mystères métaphysiques (et il n'en reconnaît pas d'autres) portant sur la démonstration de Texistence de Dieu et sur le degré de conception qu'il nous est donné d'en avoir. Cependant, pas plus que le Kbozari, il ne se permet de dégager la racine du tétragrammale ; il n ose pas dire qu'il vient de haya, comme l'ont fait d'autres théologiens et commentateurs (1), comme il le fait lui-même pour le nom Ehyé ascher ehyé. A cet égard, il est bon de remarquer que pour Maïmonide il y a presque identité entre la signification des deux noms, puisque tous les deux se rapportent à l'existence nécessaire et absolue. C'est probablement pour ce motif que le Rhozari attribue un sens différent au tétragrammate, afin de ne le confondre eu rien avec un autre nom, ce qui est plus iogique et plus conforme en même temps à son titre de nom substantif, nom propre et nom séparé.

S 8. Albou.

Exposons encore l'opinion d'Âlbou,qui consacre aussi, dans son livre Des dogmes, un chapitre spécial au nom tétragrammate (2) :

« Le nom qui s'écrit Yod, hé, wawy hé, est appelé Schetn « hamephorasoh, ce qui veut Airesépaix. Nous avons beaucoup « d'exemples où la racine parasch est prise dans le sens de « séparer. On dit ainsi : la chair séparée du vivant, se séparer « des incirconcis (3). C'est dans le même sens que ceux qui se « distinguent par de grandes vertus et une grande piété sont

(1) RuchbAO), oommeoiaire lur la Thtfra; {i) Uarim, livre II, chap. t8.

Eiode,/ c. (3) Adoyoth, V, 3; VI. 5.

Lt^TËItNiTÉ DE DIEU. 327

» nommés paromchim (séparés, distingaés) (f). Il cite ici le « passage du Talmud (Sôta, 38), déjà commeolé par Haïmo- « nide, où le Schem hamephorasch est représenté comme le « nom distinct de Dieu, sa dénomination personnelle. Il y a, tf en effet, cette différence que tous les autres noms de Dieu « s'appliquent par homonymie à loi et à d'autres êtres, ou « comme attributs d'action, ou bien sous n'importe quel point « de vue autre que celui de l'existence nécessaire, notamment « les noms d'Elohim et AdonaF. Le nom tétragrammate seul « est exclusivement applicable à Dieu, parce qu'il exprime <« Vexistence nécessaire^ laquelle n'est elle-même applicable <i qu'à Dieu seul. Que si l'on s'en sert parfois pour désigner « d'autres êtres que lui, ce n'est que par catachrèse. Ainsi a nous le trouvons appliqué à l'ange qui précédait Israël à la. « veille du passage de la mer Rouge (2). Ici il importe de rea marquer que Vhomonymie peut se réaliser de deux façons : <r i*" quand il existe entre les deux êtres objets de l'homoa nymie une analogie quelconque ; S"" un rapport de causalité : <c c'est ainsi qu'on nomme le futur Messie David, parce qu'il « doit être un rejeton de celle race royale- (3); que l'arche « d'alliance est qualifiée « maitre de toute la terre n (4), c'estu à-dire l'œuvre, le produit du maitre de la terre. Nous disons a bien aussi dans le langage usuel : « l'œil voit, l'oreille en- « tend, » bieii que la vue et l'ouïe soient des perceptions ina ternes dont les yeux et les oreilles ne sont que les organes. « L'auteur explique, d'après cette règle, plusieurs appellations « du même genre, le nom tétragrammate donné à l'autel (5), « au Messie (6),àJérusalem(7),àlamontagnedeMoria(8),etc. a Nous comprenons ainsi comment les prophètes ont pu se pera mettre de raconter ou d'interpeller les anges et la gloire a divine sous l'invocation du télnigrammate (9) Il inter-

(t) Miichoa et Talmad, paanim. {i\) Jérémie, XXIil, A.

(t) Exode, XIII, SI; XIV, tO. n) Ecécbiel, fin.

(3) JMnie, XXX, 9. (8) Genèie, XXII, U.

<i) Jotné, III, 11. ^0) ItaTe, VI, I; I Bois, XIX, 10 el il.

(r,) Eiode, XVII, 15.

3i8 auATniÈNE dogme.

a prèle dans le même sens le passage déjà cité (1) : a C'était « une grande hardiesse de la part des prophètes de comparer « la forme à l'auteur des formes, » c'est-à-dire, selon l'auteur, « de comparer l'ange au Créateur en Tinvoquant sous le nom <i ineffable. S'ils ont pris cette grande liberté, c'est parce que « range est l'intermédiaire entre Dieu et eux, prophètes ; ils a se sont crus autorisés à imiter en ceci le langage vulgaire, où « l'édit pris et promulgué par l'envoyé du roi, gouverneur ou « général, est appelé un édit royal. »

Albou n'ajoute absolument rien à ce que nous savons par ses prédécesseurs sur le nom tétragrammate; sauf l'interprétation différente donnée du terme mepharasch, il confirme l'opinion de Maïmonide, à savoir que la vraie signification de ce nom, c'est l'existence nécessaire.

Mais l'existence nécessaire n'étant pas autre chose que l'existence éternelle, il faut en conclure à l'opportunité de faire entrer dans le cadre du dogme de l'éternité les opinions et les théories relatives au nom ineffable; et c'est ce que nous venons de faire.

Ainsi tous les théologiens sont d'accord sur la sainteté du nom tétragrammate, sur son côté mystérieux, insondable, sur son caractère de nom substantif, de nom propre de Dieu, et la plupart d'entre eux y voient une indication de l'existence pure, dégagée de tout attribut, et que nous avons appelée Vétemité abstraite. Ce qui nous étonne, c'est que ces mêmes théologiens n'aient pas interprété dans le sens de leur opinion l'interdiction qui pèse sur renonciation formelle du tétragrammate. Ne serait-ce pas pour empêcher les fidèles d'égarer leur raison sur cet océan sans bornes et sans rivages? Ne voulait-on pas leur dire ceci : « Prenez garde de vous aventurer dans celle voie dangereuse, de rompre les barrières qui forment les limites de notre intelligence, de porter une main sacrilège sur le domaine de l'infini, où l'on se heurte contre la folie ou l'apostasie. Ne prononcez donc pas, même de bouche, ce nom mystérieux, re-

;t] Voir troisième dogme : de l'imaitt^rlAlité de Dieu, chap. 9, | 9.

L'ÊTEnrtlTÉ DK DIEU. 320

doutable en ce sens qu'il s'applique & ce que notre raison faible et bornée ne saurait scruter. £t cette défense et cette interdiction orale dont nous Tenlourons ont Tavantage de vous apprendre que Téternité est inabordable pour tous ceux qui vivent, qui agissent et qui meurent dans le temps. Qu'il vous suffise d*en posséder la notion ; contentez-vous de savoir que l'éternité est à Dieu, sans aller vous briser, comme Ben-AÎai et Ben-Zoma (1), contre les écueils de l'absolu. » El ce n'est certes pas la vérité pratique qui manque à cette interprétation. On n'a pour cela qu'à envisager les résultats auxquels viennent aboutir les théories de nos théologiens sur l'éternité abstraite. Qu'y avons-nous appris? Fort peu de chose. On peut le résumer en deux mots : Télernité est en dehors du temps et, par suite, antérieure et postérieure à la création ; Dieu est l'être nécessaire et, par suite, éternel. Mais ces formules nous font-elles comprendre en quoi que ce soit la vraie nature de l'éternité? Évidemment non ; tout au plus affirment-elles ce qu'il y a de mystérieux et d'incompréhensible dans ce dogme. Nous en concluons qull faut se borner à constater ce point de vue, à prendre acte de l'éternité abstraite; ce qu'il faut étudier, ce qu'il faut chercher à comprendre pour ensuite en tirer les conséquences, c'est Téternité historique, comme nous allons le démontrer par TËcriture et la tradition.

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