CHAPITRE V. — De rèternitè historique . oa Dieu dans rhistoire
Nous avons déjà cité l'ensemble des textes bibliques ayant plus ou moins rapport à l'éternité de Dieu. Mais pour les comprendre et interpréter dans le sens de l'éteruilé historique, il faut les étudier dans la tradition, c'est-à-dire qu il nous faut,
(1} Talnud» Ua«uifa, fol. lé.
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au ]ieu de descendre, remonter le cours des temps et revenir par la tradition à la Bible. Aussi bien, quand il s'agit de rëter* nité, autant vaut remonter le courant que de le descendre.
S 1". De Véternilé historique selon la tradition.
Nous avons vu que nos théologiens, tout en tâtonnant et eo hésitant d*aborder franchement et nettement la question d'interprétation, ont reconnu dans le nom tétragrammate, sauf l'opinion du Khozari, Tidée de l'existence nécessaire, de l'être pur et absolu, où le sujet et l'attribut se confondent, ou plutôt où il n'y a plus qu'un sujet sans attribut. La tradition y voit autre chose : sans contester la notion de Yexistcnce inhérente à la racine du mot, elle y découvre l'idée du Dieu de bonté en opposition avec celle du Dieu de justice inflexible. Elle le met en regard de celui à'Elohim, qui signifie la force, le pouvoir* la justice. On sait quel rôle considérable joue cette antinomie dans les livres de la tradition sous la double appellation de principe de bonté et principe de justice (I). Celte théorie de la réunion de deux principes tant soit peu contraires et antipathiques est particulièrement enseignée à l'endroit de la création. Voici ce qui est dit sur le texte où pour la première fois il est fait mention dans la Genèse du nom tétragrammate (2) : (c II y a ici association des noms tétragrammate et Elohim ; <K pourquoi? Voici une parabole qui nous l'expliquera : Un « roi, voyant ses coupes vides, se dit : Si j'y verse une liqueur « chaude, elles éclateront; si j'y verse une froide, elleç se « fendront; je vais donc les remplir d'une liqueur tiède, mé- M langée de chaud et de froid. Voilà ce que Dieu se dit au <t moment de créer le monde : Si je le crée avec l'attribut de « la bonté, de l'indulgence, les créatures en abuseront et se H livreront entièrement nu péché; si je le crée rien qu*avec le
Talmud el Midraiirh, pasvm.
LbTERMlTE DE DI
c principe d^ane inexorable justice, « elles de subsister. Je vais donc y pr « de bonté et de justice (1). a De prin s'étonner : on ne comprend guère !
avoir entre Vexistence nécessaire de la la tradition, bâties toutes les deux sur 1 Hais cet étonnenient cesse et lobje qu*on veut bien limiter le dogme vagu Têternilé historique. Oui, loi*sqne I abstraction, une existence absolue en Tespace, Tétre immuable, concentré ( attaches avec les existences continge mondes visibles et invisibles ; quand i pions le Dieu éternel du côté de son ir nilé, et que nous découvrons en lui le neur de la société et des époques, e d'après un plan conçu par sa sagesse développements, le conduisant comm( fectibilité, tout en lui laissant une gra rimmense cercle tracé à son activité e cet être existant nécessairement, n'aj complaisant cependant à créer et à go coup sûr létre bon par excellencey le On voit donc comment la tradition a s Téternité, grâce & son génie pratique tion, avec lesquels elle sait féconder 1 de la théodicée.
Nous allons trouver un enseigneme prétation qu'elle nous donne du nom la théologie, comme nous Tavons vu pendant du nom tétragrammale. Voici y relatif (2) : « Rabbi Abba ben Haa (( la réponse faite par Dieu à Moïse q c< sous quel nom il doit Tannoncer à I
(I) Rcré»ch;th Rabbi, ircl. K. (2]
«( mon nom, mais mon nom dépend toujours de mes actes dont ce il est l'expression. Tantôt je m*appelle Chaddat, tantôt tf Zéhaoih^ ici Ëlohim^ là Adonaï : Eloliim, quand j*agis en « juge ; Zéhaoth^ quand je fais la guerre aux impies ; ChaddaU « quand il me plait de me montrer longanime; Adondi (c'est- « à-dire le nom écrit yod^ Ae, toato, /te), quand je déploie « dans le monde ma bonté et mon indulgence, car Adonai (le « télragrammate] , c'est la clémence et la miséricorde (1). » « Rabbi Isaac dit : Voici ce que Dieu veut dire à Moïse : Dis à a Israël : C'est moi qui fus, qui suis et qui serai ; et c'est pour- « quoi le mot ehyé est répété trois fois dans te même verset. » « R. Jacob ben Avina l'interprète ainsi : « Dis à Israël : Je suis « avec eux dans cette servitude, et je serai avec eux dans la
« servitude future (2) n
Voilà trois opinions qui, par des chemins divers, ne laissent pas que d'aboutir à la même idée générale, nous voulons dire à l'éternité ou à l'être divin se manifestant dans les événements. Dans l'opinion du premier docteui*. Je suis celui qui suis signifie : « Je suis tel que me révèlent les actes qui émanent de moi ; » ce qui veut dire : « Vous ne pouvez jamais me percevoir par mon essence, mais seulement par les grandes choses de l'histoire, soit que je punisse le crime, soit que je laisse prospérer la méchanceté, soit que je couvre de mon pardon les hommes repentants. » Ainsi l'éternité n'est pas autre chose ([ue la série d'actions et d'événements par lesquels elle se manifeste. Le second docteur veut bien reconnaître dans ce nom Tôlre, l'élcmité, mais que l'on remarque bien sous quelle forme : Je fus^ je suis^ je serai, c'est-à-dire sous celle de l'identité, et non pas de l'existence vague et abstraite, sous celle d'un Dieu qui reste éternellement stable au sein de la mobilité universelle, d'un Dieu qui agit d'après une pensée continue, se perpétuant à travers les trois moments du temps. C'est là une nouvelle analogie entre le nom ehyé et le nom tétragrammate, qui, d'après plusieurs commentateurs, et m^mc sous le
(1) Eiode, XXXrV, r». («) Cf. Tjilmttii, Bcrahoih, fol. 9.