L^ÉTERNITÉ DE DIEU
rapport grammatical ou ptalôt de ses poiDtsvoyelles« est le symbole des trois temps, le schéma sous le yod représentant te futur, le holam (ô) surmontant le premier hé indiquant le pré* sent, et le kameiz (a) sous le waw annonçant le passé (i). On veut dire par là qu'en Dieu les trois temps s'unissent et se confondent, qu'il n'y a pour lui ni passé ni avenir, mais un présent perpétuel. S'il ne nous est pas possible de comprendre ce mystère de la simultanéité là où il n'y a pour nous que succession, nous en saisissons toujours ceci, que Dieu ne cesse d'être identique à lui-même et que, grâce à cette parfaite identité, il est constamment maître de sa pensée et de son action. En d'autres termes, cela veut dire que Dieu ne varie pas (â), que tout changement est impossible en lui, tant sous le rapport dn temps que sous celui de la pensée et du sentiment. On ne peut pas dire de lui qu'il prévoit; il n'y a chez lui rien de préconçu, nul pressentiment, aucune prescience. Non ; il voit et il conçoit toujours dans le présent, mystère profond, insondable perception, que nous ne devons ni ne pouvons chercher à comprendre, mais qui nous apprend une chose qu'il nous importe de saisir, à savoir que, son essence étant toujours identique, son action, son gouvernement et sa direction del'humanilé le sont également. Enfin le troisième docteur ne fait qu'appliquer à un fait particulier la théorie du second. Afin de déterminer nettement cette identité dont nous venons de parler et de la faire passer de l'absolu à l'existence réelle dans Tordre de l'humanité, il l'applique aux épreuves d'Israël : « Je suis avec Israël dans ce malheur et je serai avec eux dans leurs autres malheurs. >» Qu'est-ce à dire? Que les épreuves d'Israël ne viennent pas l'assaillir au hasard, par une aveugle fatalité; non, elles ont leur raison d'être; elles sont dans le plan du gouvernement providentiel, imposées par la volonté immuable et éternelle, se développant sous cette influence suprême à travers les siècles et les événements jusqu'à l'obtention des résultats qu'elles doivent provoquer et réaliser. Ainit;^lant au point de vue du
(1) Libani Srhrlumo, § I, (i) NaUihio, III, C.
334 QUATRIÈME DOGMR.
nom lélragrammale qu'à celai de c/ij/^,.l'éternité, c'est réternilé d'aciion, réiernité historique. Tel est le dogme de rélemilé de la tradition ; tel est aussi celui de TËcriture, ainsi que nous allons le démontrer.
§ 2. De Vciirnité historique dans VÊcriiure.
Après avoir trouvé dans les enseignements de la tradition le vrai sens des noms substantiels de Dieu, après avoir fixé celui du tétragrammate et de l'expression a Je suis celui qui suis », nous serons mieux en état de comprendre les nombreux textes dlsaïe déjà cités (1). Un fait qui les caractérise tous ensemble et qui en est comme Tesprit vital, c'est que tous ils se rapportent à Téternité historique ou d'action. Il n'est guère possible d'interpréter autrement les expressions « Je suis le premier et le dernier, -- celui qui, dès le principe, fait l'appel des générations, — celui qui dès le commencement prédit la fin, » représentant Dieu comme immuable au sein de la variété perpétuelle, comme le centre autour duquel tout se meut, et qui, par sa fixité et son identité, est la vie et la règle de toute existence. C'est ainsi que Dieu est le maître de l'histoire, que les siècles et les générations se déroulent suivant sa volonté, se succèdent dans un ordre régulier, s'enchainent et se soudent, pour ainsi dire, les uns aux autres, en ajoutant continuellement de nouvelles pages au livre de la vie.
Et ce n'est pas tout : c'est parce qu'il y a une éternité, une identité absolue de Dieu, qu'il y a une histoire; sans elle l'histoire n'existerait pas, à moins qu'on ne se borne à y voir une sèche nomenclature de faits sans autre Hen que le hasard et la succession dans le temps. Mais est-ce bien ainsi qu'on envisage et qu'on étudie l'histoire de nos jours ? Évidemment non : de plus en plus on y reconnaît une loi, une pensée, une synthèse
(1} Voir fins h.ini, l*""^ cb.tp., § I, tcxlc» bibliques.
l'étermté de
qai est comme le ciment des homm cette loi qui domine les époques et h met à lautre, qu'une gëoéralion ren à celte qui la suit, ne peut émaner c serve stable et immuable au milieu c cession générales. Sans cet être, qui pace dans sa toute-puissante étreini unit les hommes et les choses, la cha tradition qui les traverse comme une par Dieu lui-môme, enOn cette s d'union entre les générations? N*e science historique telle qu'elle a été philosophie de Thistoire clairement i la Bible sous Tinvocation dq nom l'éternité de Dieu ? Faisons une revm faits de Tâge biblique. Voyez le déh tion générale des mœurs et aboutisse ciale ; Sodome, condamnée pour son et, par son terrible châtiment, propr à toutes les générations futures; le propageant le nom de Dieu au miliei ndolfttric, se montrant dignes, par leurpiélé, de devenir les fondateu la religion du vrai Dieu; la capliv siècles d'avance, et à laquelle la trad l'expression d'Isaïe : « Dieu faisant générations (1 ) ; » cette captivité, serv purificateur (î), devant aboutir par l'émancipation morale et religieuse Dieu (3); le séjour de quarante ans i effet de tremper le peuple de Dieu l'isolement (4), de le séparer violem et de le soustraire à leur influence c
M) KJouioth, ch«p. S; Miscbiia, 9. (ô)
(i) Dcotcr., IV, *o. (*)
monolhëisme et à son régime sévère ; la mort dans le désert de toute la génération de la servitude et la succession à celle-ci d*une race jeune, forte, vaillante, élevée dans la liberlé, et partant plus à même d'effectuer la conquête de la Terre- Sainte ( I ) ; raccomplissemenl à la lettre, sous les juges, des prévisions de Moïse, nous voulons dire les désastres politiques et les catastrophes morales qui devaient résulter du mélange d*Israêl avec la race maudite de Cbanaan ; la désorganisation et la dissolution atteignant leur limite extrême sous la conduite scandaleuse des tils d'Ëli, mais arrêtées et ramenées en arrière par la puissante réaction de Samuel et Tinstitution du prophëtisme; les prophètes, s'inspirant de la pensée et des enseignements de leur fondateur, ne cessant de lutter et de protester au nom de la religion contre les^excès du pouvoir temporel et la démoralisation des masses , ne laissant jamais frapper de prescription le culte du monothéisme, prédisant la ruine fatale d'une nationalité qui ne reposerait plus sur ses bases primordiales, et la résurrection de cette même nationalité purifiée et idéalisée: la captivité de Babylone, à la fois épreuve et châtiment, châtiment pour le passé, épreuve à Tendroit de la reconstitution du judaisme. Nous devons nous arrêter là où s'arrête rEcrilure sainte. Eh bien, nous le demandons, est-il un seul de ces événements rapidement esquissés où nous ne découvrions la loi, la chaîne historique, où le présent ne soit la conséquence du passé et le prélude de Tavenir, c'est-à-dire le reflet pâle, mais pourtant perceptible, de cette identité divine dans laquelle le passé et le futur se fondent avec le présent? Est-ce que la solidarité qui lie les générations n'en ressort pas avec évidence? Est-ce que chacun de ces faits capitaux n'est pas l'effet direct d'une cause antérieure pour devenir à son tour la cause d'effets ultérieurs ? Est-ce que l'unité ne s'y montre pas visible, éclatante, pour tous ceux qui ont des yeux pour voir? Et cette unité, n'est-elle pas la continuité du principe du monothéisme se perpétuant à travers ces nombreuses phases et
(Il Nombres, 14; XXXII, G-lti; Oralér., I, â8-4&.
l'éternité de dieu. 337
ces mille péripéties? Et puis, chose plus remarquable encore, cette unité n'est-elle pas rehaussée par la loi du progrès qui raccompagne? Ne voyez-vous pas ce monothéisme, d'abord presque matériel, s'élever peu à peu et atteindre avec les derniers prophètes, grâce à leur langage incomparable, Vidéal de la religion universelle ?
Il 7 a plus encore : pour éviter tonte incertitude comme toute équivoque sur cette unité historique d'Israël, sur la continuité de son principe et de sa mission, l'Ëcriturea soin de la formuler avec clarté et précision à chacune des grandes périodes de l'histoire sainte : Moïse la constate et la consacre à la fin du Deutéronome (1); Josuéla confirme dans son allocution adressée à tout Israël convoqué à cet effet (3); Samuel la rappelle lors de rétablissement de la royauté (3); Élie la proclame solennellement sur le mont Carmel, en mettant tout Israël en demeure de choisir entre Dieu et Baal (4) ; au déclin de la royauté elle est cent fois affirmée par cette voix prophétique qui, semblable à la trompette du jugement dernier, annonce à Israël sa ruine prochaine et sa résurrection future. Et qu'est-ce donc que la philosophie de l'histoire? Pas autre chose que l'extension de cette thèse biblique et son application à tous les peuples et à la civilisation générale. Noble science que celle qui a pour objet de nous faire lire dans la lettre du récit l'esprit qui l'anime, de discerner le lien historique sous l'apparence du hasard, de dégager la leçon morale du fait brutal, l'unité du sein de la diversité ; précieux enseignement que vous trouvez à chaque page de la Bible; vous l'y trouverez non pas obscur, nuageux, incertain, marchant à tâtons ou avec des béquilles, mais brillant de clarté et de précision, exposé avec cette sublime simplicité dont l'histoire sainte laisse l'inimitable empreinte dans ses récils. Ainsi cette philosophie de l'histoire sainte, qui est devenue la philosophie de l'histoire générale, ce cycle biblique, embrassant une période de quinze siècles environ, nous montrant la continuité
(1) Dealer., 30. (») I Samael, XII, 14 et 15.
(9) Josné, 94. (4) I Roll, XVIII, 91.
338 QUATKIÈHE DOGME.
(le l'idée religieuse surgissanldu milieu des ruines eides débris des fails nationaux, n'est qu'un poinl imperceptible, un atome, mais un atome réel, vivant et animé, de l'éternité de Dieu, de cette éternité que nous devons contempler et étudier, de l'éternité historique, de l'éternité de la Bible et de la Tradition.
Acetégard, il importe encore de le remarquer, il y a parité entre le spectacle de la création et le spectacle de l'histoire. Oui, de même que le spectacle des merveilles de la création nous a montré la variété dans l'unité, c'est-à dire l'harmonie dans Tespace, de même l'histoire nous offre à son tour la variété dans l'unité, c'est-à dire l'identité dans le temps; et cette harmonie et cette identité, ou plutôt ces deux harmonies, n'en font qu'une, celle de la création divine se déroulant et se renouve • lant sans cesse d'après les plans d'un suprême et éternel ordonnateur. Et cette parité entre le dogme de la création et le dogme de l'éternité, nous racontant tous les deux la gloire de Dieu, nous les montrant dans la double inscription du temps et de Tespace, c'est encore dans la Bible que nous la puisons ; nous la trouvons dans ce rapprochement, qui n'est pas sans dessein, entre le premier et le dernier, et le créateur du ciel et de la terre (1); nous la trouvons dans cette double qualification donnée à Dieu par le prophète, et qu'il appelle — celui qui fait défiler devant lui les générations —- celui qui fait défiler devant lui les corps célestes (S). — Que l'on médite et que l'on admire ces deux sublimes expressions trouvées par le prince des prophètes pour célébrer le Dieu de la création et de l'éternité, c'esl-à-dire le Dieu du temps et de l'espace. Y a-t-il quelque chose, dans n'importe quelle langue, quelque chose de comparable à ces deux métaphores, à ce Dieu qui fait l'appel des mondes, des sphères, des globes qui roulent dans l'espace, comme il fait celui des générations qui se succèdent depuis Télernité jusqu'à l'éternité? à ce Dieu qui gouverne la création comme il gouverne Thistoire, qui reste immuable au sein de rimmensité de la Genèse comme il reste identique à traversiez
(1) Iiale, XLVIU, l« et 15. (<) ibid , XIJ. 4 ; XL, i.î.
L^ÉTEHNITÉ DR DIEU. 339
siècles et les millenium; qui embrasse dans sa grandeur, et sorloii t dans sa sollîcitade, retendue et la durée; qui ne reste pas plus étranger au plus inBme être de la création qu1l ne reste indiffé • rent au plus chétif, au plus insignifiant événement de rbistoire? Enfin cette double harmonie, ne faisant qu'une de TœuTre divine qui se révèle dans la création et dans Tbistoire , nous avons mieux encore, pour Taffirmer, que la prophétie et la poésie sacrée du noble Isafe; nous la retrouvons, cette unité, jusque dans les fondements de la langue sainte, qui nenofs donne qu*une seule et même racine, Olam, pour Vunioers et pour Vetemité. Tous les deux ils sont appelés Olam, c*est-àHlire cachés (d^9) , à cause du côté mystérieux et insondable par lequel Tespace et le temps nous resteront toujours inaccessibles, mais bien plus encore à cause de la perfection divine, qui ne se révèle complètement que dans Talliance de la création avec Tbistoire. Et c*est ainsi que le —El Olam— d*Abraham est tout à la fois le Dieu de Tunivers et le Dieu de rétemité,leDieu qui gouverne les globes et le Dieu qui dirige les époques et les générations.
CONCLUSION
Par rétttde consciencieuse de TËcriture et de la Tradition, nous espérons être arrivé à restituer au dogme de réternité son véritable caractère, en le faisant descendre des régions si peu accessibles de Tabstraction, où notre école théolodque Ta relégué sans aucun résultat utile, dans le domaine de Ta raison pratique et de la réalité historique. Toutes les considérations que nous avons développées en les appuyant sur l'autorité, aussi infaillible qu'indispensable, de TËcriture et de la Tradition; la parité que nous avons indiquée entre le temps et l'espace, le parallèle que nous avons établi entre la création et Thistoire, tout cela peut se résumer et se résume efreclivemeni dans Tantinomiedes deux noms principaux, connus, populaires, Elohim et Adonaï substitués au télragrammate , que la savante Allemagne, dans son exagération systématique, a jugé
à propos de transformer en deux types, qu'elle appelle le système Elohisie et le systèmejehoviste. Dans une certaine mesure et dans un ordre dldées moins outrées, cette division existe; elle a sa consécration dans la Tradition, comme nous Tavons vu par la citation ci-dessus (1). Oui, Elohim et Adonaï se complètent et se soutiennent mutuellement : Elohim^ c'est l'ensemble des forces ou plutôt la forcé des forces qui procède à la création ; et dans la force, c'est le principe de justice qui établit des lois et des règles fixes, un plan d'organisation générale d'après lequel l'univers existe et se maintient, lois qui ne sauraient être violées sans danger pour la stabilité du casinos. Ainsi, dans le premier récit de la Genèse, tant qu'il ne s'agit que de la création proprement dite, c'est Elohim seul qui ordonne, qui crée, qui agit, qui fait passer les êtres de l'élat de néant à l'état de réalité. Il ressemble à l'ouvrier de génie qui a produit un chef-d'œuvre, parfait dans son ensemble comme dans ses détail, propre à exciter l'admiration universelle, fait dans toutes les conditions de la durée. Cependant, par le seul fait que l'artiste abandonne son œuvre après l'avoir parachevée, cette œuvre est incomplète; il y matique quelque chose : c'est l'amour, l'affection, la sollicitude qui doit s'y attacher, la suivre, l'accompagner dans ses vicissitudes ou dans ses transformations. Et celui qui aime son œuvre d'un amour parfait ne la quitte pas ; il veille constamment sur elle, il la protège, il la préserve de toute atteinte, il la choie, il la caresse constamment, se montrant aussi jaloux de la faire durer que soigneux dans sa tâche créatrice. Voilà le rôle qui incombe à l'éternité — Adonaï — , par rapport à la création —Elohim. — Dieu ne s'est pas borné à lancer l'univers dans l'espace en lui disant : «Va, existe et dure d'après les lois qui ont présidé à ta naissance, d C'est que Dieu n'est pas seulement laforce qui crée, mais encore l'Éternel, le principe de la durée et de la conservation. Sans loute il pouvait bien, lui, l'Être parfait, infini en puissance, en sagesse et en vie, il pouvait bien produire une œuvre abso-
(I) Voir pitif hant, 6« chapitre, % i.
l'éternité de dieu. 341
loment incorraptible , ne subissant jamais aacune déviation, ne quittant jamais sa Toie, comme les sphères, qui ne quittent jamais leur orbite (1). G*eût été là un certain cache t de la perfection et de Thabiletë de Tarchitecte suprême ; mais ce n'eût pas été une preuve de bonté, d'amour, d'affection réelle. La bonté est-elle dans cette prodigalité du bienfaiteur qui nous comble, une fois pour toutes, de tous ses dons? Ne serait-elle pas plutôt dans cette sollicitude constante, incessante, quotidienne, ne se relâchant pas dans sa tendresse, s'occupan t toujours de l'objet aimé, préférant lui donner journellemen l des gages de sa sympathie plutôt que de les épuiser d'un seul coup? Nos moralistes n'enseignent-ils pas avec raison et grand sens que celui qui distribue mille francs en aumônes mille fois l'emporte de beaucoup en mérite sur celui qui fait la même largesse en une seule fois? Et voilà comment Adonaï, l'être qui dure et qui fait durer, qui est le premier et qui sera avec les derniers^ le Dieu de l'éternité et de l'histoire, est l'être bon, clément, miséricordieux par excellence.
Ainsi compris, le dogme de l'éternité, à côté de son importance dogmatique, est fécond en conséquences morales. Rt, de même que le dogme de la création nous a montré notre plu essentiel devoir en nous apprenant qu'agir est la loi de notre être, de même celui de l'éternité nous enieigne que nous devons faire présider à nos actes le principe de la durée. Seules^ les actions qui se produisent dans les conditions de la durée et de la stabilité ressemblent à l'action divine, qui, ne se contentant pas de créer, tient essentiellement à maintenir et à faire durer. Nous ne ressemblons à Dieu qu'à la condition d'agir, non pas au jour le jour, mais de façon à ajouter à la réalité du présent la garantie de l'avenir. C'est à ce point de vue que le temps est la meilleure épreuve des institutions politiques, sociales, philanthropiques et religieuses ; que les fondations qui s'étendent aux générations futures sont les plus méritoires, ainsi qu'on Ta parfaitement compris de nos jours, où notamment le génie de
(I) Psaomes, CXLVUI, 6.
3iï QUATRU^NE DOGME.
la charité substitue de plus en plus le^ œuvres qui durent à Tassistance inconsistante, inefficace parce qu'elle n*est que momentanée, où ridée de durée pénètre de plus en plus dans Tesprit des gouvernements et des peuples; où, comprenant mieux que dans le passé la solidarité qui unit les générations et les siècles, on pense davantage au lendemain, au surlendemain, à ceux qui viendront après nous, à la troisième et à la quatrième générations. Plus on entre dans cette voie, moins on se retranche dans Tégoïsme local, individuel et personnel, et mieux on comprend le dogme de Téternité, et, par suite, le nom ineffable, le nom sacré, le nom propre de Dieu, le nom qui est comme Tesprit de la Bible et le souffle de la religion, le nom que jeunes et vieux, femmes et enfants, nous devons avoir présent à Tesprit dans nos invocations à l*Étre Suprême (1), le nom redoutable pour ceux qui en useront avec familiarité et irrévérence, mais pour les croyants et les vrais fidèles le symbole de la bonté, de la sollicitude, de la bienveillance, de la miséricorde et de la Providence. Loué soit-il le nom ineffable qui doit devenir un jour, connu de Dieu seul, comme le point de ralliement de tous les peuples de la terre et inaugurer Tère de la royauté du Seigneur !
(0 Psaumei, XVr, 8.
CmQDIÈHB DOGME
ou CULTE CONSIDERE COMME CONSEQUENCE ET BCT DE LA THEODICÉE.
('u TVi '6 o>p»:) n37) • Connafs le Dle« de U» père, et alort ta pevru Tadorer d'en « ooMur parfait et d'ue âne ardente. > (I Ckron., XXVUi, 9.)
Formule de Matmonide. — « Croire que Dieu, loué soit son nom, il convient de le servir, de le glorifier, de proclamer sa grandeur, de remplir ses commandements. Mais il n*est permis d'adresser un culte pareil à aucun être au-dessous de lui, anges, astres, planètes, éléments et leurs composés, tous ces corps ne faisant et ne pouvant faire autre chose qu'accomplir aveuglément la lâche inhérente à leur nature, et ne possédant ni jugement ni libre arbitre en dehors de Dieu. Il n*est pas plus loisible de les adorer comme intermédiaires entre nous et Dieu; non, c'est vers lui seul et directement que doivent tendre toutes nos pensées, en laissant de côlé tout ce qui n'est pas^lni. Tel est le cinquième dogme, ayant pour objet de nous interdire tonte adoration étrangère, si sévèrement et si fréquemment prohibée par la Loi de Moise. »
CONSIDÉUATIONS GÉNÉRALES.
I. Fiaxiiion du sens du cinquième dogme. Le cinquième dogme, tel que nous le voyons formulé par
Maïmonide, est celai qui a soulevé le plus d'objections de la part de nos théologiens. Déjà nous avons vu Albou (1) le. prendre vivement à partie et se refuser à reconnaître dans le principe de Tadoration de Dieu, exclusive de toute autre, une racine ou base fondamentale de la Loi. Dans la discussion à laquelle il soumet la dogmatique de Maïmonide, il dit : « Notre plus forte objection contre Tillustre maître , c'est « d'avoir rangé au nombre des dogmes la croyance qu'il faal a rendre un culte à Dieu, à Teiclusion de tout ce qui n'est pas a lui^ Ce n'est là qu'un simple commandement religieux, d'une « valeur égale à celle de tout autre commandement de la Loi, « formellement énoncé d'ailleurs dans le Dëcalogue; mais ce a n'est nullement un dogme dont paissent dépendre l'exis- « tence el le salut de la religion tout entière. En effet, l'homme a qui, plein de foi en Dieu et dans la véracité de sa loi, adtf mettrait un intermédiaire entre le créateur et les créatures, a contreviendrait au deuxième commandement du Décalogue, c mais il ne serait pas un renégaty un démolisseur de la « Loi (2). »
Plus loin, en résumant la discussion sur le nombre et le classement des dogmes, il insiste de nouveau sur ce point, répète que le culte exclusif à rendre à Dieu constitue un simple commandement religieux, et, pour ce motif, il ne saurait compter parmi les dogmes, tant principaux que secondaires (3).
D'un autre côté, Maïmonide a soin d'expliquer ailleurs pourquoi le culte exclusif à rendre à Dieu est à ses yeux non pas une prescription religieuse ordinaire, mais un point fondamental. C'est à propos de l'origine de l'idolâtrie et de la réaction opérée par Moïse contre ce culte abrutissant qu'il exprime sa pensée en ces termes : « Du langage tenu par la Thora à <c l'endroit de Tidolâtrie il semble résulter que le but essentiel a de la Loi, c'était l'extirpation de l'idol&trie, d'en effacer V jusqu'au souvenir. Plus d'une fois il est dit dans la Thora
(I) Préface; Ikarim, I'« ptrUe, chip. 3. (3) rkuim, chap. 96.
(t) Ikarin, (M.
« que le culte rendu aux idoles est ce qu'il y a de plus abomia nable aux yeux de Dieu (i)... Elle est donc immense» Futilité « de tout commandement ayant pour objet de détruire cette ft funeste erreur, de nous ramener à la foi véridique, de nous a restituer la croyance qu'il est un Dieu, créateur de tout ce tf que Ton penserait adorer, ayant seul droit à notre culte, à a notre amour, à notre vénération, à l'exclusion de toutes ces « prétendues divinités, et que ce vrai Dieu, dans son désir de « nous rapprocher de lui et de nous faire exécuter sa volonté, « ne nous impose aucune pénible épreuve ; il ne nous demande « que notre respect et notre amour, qui sont le mot suprême « de la religion (2). »
Il revient encore là-dessus à la fin du même chapitre, qu'il termine ainsi : « C'est la racine de la Loi, c'est l'axe de la relitf gion que l'anéantissement de ce culte honteux de la réalité a sensible, son extinction de la mémoire des hommes et sa a destruction jusqu'au dernier vestige. C'est ce qui nous ex- « plique pourquoi, en maint endroit, la Loi nous prescrit la a destruction matérielle des idoles et la suppression de leur « nom (3). Telle est donc la pensée dominante de la Tbçra; « telle est aussi la doctrine de la tradition qui dit : « Admettre « ridol&trie, c'est renier la loi de Dieu ; admettre la loi divine, « c'est renier lidol&trie (4). »
Plus loin, il dit encore ceci : « La destruction de l'idolâtrie, « l'anéantissement de son souvenir, le renversement de la a croyance à l'influence bienfaisante ou malfaisante des astres, a croyance qui aboutit fatalement à leur adoration, voilà le but « essentiel de la Loi, le pivot autour duquel elle gravite; « il fallait donc déployer la plus grande sévérité contre les « promoteurs de ce culte odieux (5). »
Ces explications répétées ont sans doute de quoi atténuer les objections d'Àlbou et combattre la fin de non-recevoir qu'il
(I) Deolér., Xll, 31. (4) Voir deailème dogme, pré«mbole.
(i) Guide j 1II« partie, chap. t9. (K) Guide, I1I« partie, chap. S9.
(3) Desiér., Xl[, 3.
oppose au cinquième dogme de Maïmonide. N*est-il pas jasle, n^est-il pas logique de s'abstenir de confondre dans la foule des commandements religieux c^lui qui les domine de si haut, qui à lui seul absorbe une notable portion des lois positives? Ne convient-il pas d'assigner une place à part à une loi qui, comnie le dit Maïmonide lui-même d'après la tradition, résume en elle toute la Loi ?
Mais il se présente encore une autre objection, moins facile à écarter. Même en reconnaissant la valeur dogmatique de l'adoration divine, mise en opposition avec Tidolitrie, on ne voit pas encore la nécessité d'en faire un dogme spécial. Elle rentrerait plus ou moins dans celui du monothéisme, diamétralement opposé à toutes les nuances comme à toutes les conséquences du polythéisme, tel que nous l'avons exposé in extenso (1).
Pour saisir la vraie pensée de Maïmonide, ou plutôt la signitication claire et précise que le cinquième dogme doit aToir pour nous, nous ferons connaître encore l'opinion d'Abravanel, qui s'exprime à ce sujet dans les termes suivants (2) : « Le i< cinquième dogme (comme tous les autres) contient deux (t principes ou croyances : l^^La croyance qu'il faut rendre un (( culte à Dieu, l'obligation de lui adresser nos hommages <( comme à celui qui possède la toute- puissance, qui procède « en agent libre et spontané. A ce titre, il a seul droit à notre « culte et à nos louanges, à l'exclusion des • planètes, .des a sphères célestes et des archanges ou esprits purs, dont la a puissance est finie, limitée, réglée, subordonnée. A quoi « bon adresser nos prières à des êtres qui sont impuissants à « opérer librement et spontanément le bien comme le mal? Car, if bien que les sages affirment que les esprits purs possèdent « la liberté et la volonté, et que les corps célestes eux-mêmes (c sont doués d'intelligence et de vie (3), il n'en est pas moins a certain que cette liberté, si toutefois ils la possèdent, est
(I) Voir deaiième dogme, chap. IV. (3) Guide, 1I« partie, chap. 5.
(i) Rosch Amana, chap. 8.
ce renfermée daas le cercle tracé à leur acUriié, cercle qa^elles
rf ne sauraient franchir. 2*" La croyance qu'il n*y a point d^in-
« termédiaire entre Dieu et nous, Dieu seul étant notre guide,
a .notre directeur immédiat (I); et c'est cette croyance restric-
« tive qui implique la proscription de toute idol&trie. »
Plus loin (2), Tauteur s'explique plus clairement encore sur le premier point : « Quant à Tobjection, dit-il, faite à Tillustre
«r maître au sujet du cinquième dogme, et à la prétention de
« le réduire aux proportions d'un simple commandement po-
« sitif de la Loi, nous estimons que Tauleur du livre Des
'( dogmes (Albou), qui a souleyé cette objection, ne s'est pas
« bien rendu compte de la pensée du maître. En formulant le
a cinquième dogme, Maîmonide rCeniendaii nullemmt poser le
« principe du culte pratique^ notamment de la prière; il savait
a parfaitement que ce genre de culte positif constitue un com-
« mandement spécial de la Loi, et rien n'était plus loin de son'
u intention que d'élever un simple commandement ou prescrip-
« tion à la hauteur d'un dogme. Ce que Maimonide voulait
(c dire, le voici : « En considérant dans Dieu la perfection ci
« la puissance infinies^ nous devons tout aussitôt reconnaître le
« devoir^ sentir le besoin intime de Vexalter et de le glorifier. »
tt II ne s'agit donc ici ni du culte pratique ni de la prière,
(( laquelle n'est pas autre chose que l'adoration divine en acte,
a mais simplement de la croyance que ce Dieu mérite nos
« hommages à l'exclusion de tout autre être ; et voilà commenl
(c la proscription de l'idolâtrie est la conséquence du dogme de
« Tadoration qui lui sert de base. Tel est le sens des derniers
« mots de la formule de Maimonide : « Ce dogme nous interdit
(( toute adoration étrangère. » Gela veut dire que l'interdic-
« tion de l'idolâtrie découle nécessairement de la croyance
a fondamentale que Dieu a droit à notre adoration, à notre
a culte et à tous nos hommages. Il s'ensuit, en définitive, que
« le cinquième dogme n exprime que le culte dû à Dieu d'une
(I) Dealer., XXXH, 9. (i) Roicb Aniana, chap. 19.
« manière générale; et c*est de ce culte général que dérive « ensuite le culte spécial, la prière. »
Nous admettons d'autant plus volontiers ces explications et la thèse d'Abravanel qu'elles sont également conformes aux premiers mots de la formule du maitre. Ne commence-t-il pas par dire : t II convient de servir, de glorifier et d'exalter Dieu, »' c'est-à-dire de lui vouer un culte général? Voilà le principe; tout ce qui suit n'en est que la déduction. Quoi qu'il en soit finalement de la pensée de Maïmonide et du sens qu'il importe d'attacher à sa formule, nous croyons qu'Abravanel a fixé la signification que le cinquième dogme doit avoir pour nous, lorsqu'il y voit le culte en général à rendre à Dieu. Compris de cette façon, le cinquième dogme se présente comme la conséquence logique des quatre premiers, et la filiation dogmatique subsiste dans son intégrité. Les quatre premiers dogmes forment les majestueuses colonnes de la théodicée, dont le cinquième est le couronnement. Quel en est l'objet? C'est de nous faire connaître Dieu autant que le comportent et notre nature bornée et la faiblesse de notre raison, de nous enseigner ses plus importantes attributions, sa toute-puissance créatrice, son unité réelle et absolue, son immatérialité et son éternité, embrassant la perfection spirituelle et temporelle, les confins du temps et de l'espace. Or la contemplation de ces splendeurs, l'étude de ces magnificences de la théodicée, ne peuvent pas ne pas aboutir au culte, à l'adoration du possesseur suprême de ces perfections.
II. De la nature du culte pris dans son acception la plus générale.
Nous définissons donc le cinquième dogme : « Le culte considéré comme conséquence et but de la théodicée. » Quelle est maintenant la nature de ce culte ? C'est le culte du beau, da juste et du vrai, réunis et confondus dans la personnalité divine ; c'est le culte qui s'impose à nous comme un besoin du
cœur et de r&me plos encore que comme un devoir de conscience, le besoin d'admirer et de glorifier la souveraine perfection. Tout le monde sait combien le spectacle du beau frappe notre imagination et nos sens : beau physique, beau plastique, beau moral, sous toutes les formes possibles le beau nous émeut, nous charme, nous arrache des cris d*étonnement et d'amour. Soit que nous tombions en extase à Taspect d'une œuvre d'un grand maître, on à la contemplation d'un site pittoresque, ou au spectacle d*une scène grandiose de la nature, tels que le fronton de l'Acropole, le dôme de Saint-Pierre, les vierges de Raphaël, une riche et belle campagne couverte d'une végétation luxuriante et se déroulant à perte de vue, le pic neigeux des Alpes semblant percer la nue, les vagues en fureur se brisant contre le roc immobile ; soit que notre cœur tressaille, remué jusque dans ses rendements, au récit d'un trait de charité, de courage ou de dévouement héroïque; soit enfin que notre intelligence,' jouissant de ses conquêtes, comprenant les miracles de la science, se rendant compte des progrès réalisés dans l'étude des facultés divines et humaines, y puise comme un avant-goût des félicités impérissables et spirituelles, un besoin irrésistible vient s'emparer de tout notre être, nous force à exprimer les sentiments qui nous débordent, à les traduire, selon le rang que l'on occupe dans la hiérarchie intellectuelle, en cris entrecoupés, en interjections, en exclamations, en paroles de gratitude, en chants, ou enBn en longues et profondes méditations. Il y a là tout un ordre de sentiments et de pensées, avec des racines si profondes dans notre être, que la poésie lyrique, qui en est le langage, offre les plus nombreux et les plus anciens chefs-d'œuvre dans toutes les langues et chez tous les peuples, par la raison bien simple que, partout et toujours, on a eu des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cœur pour sentir. Or ces spectacles, ces harmonies de la nature, ces actes d'héroïsme, ces chefs-d'œuvre de la science ou de la vertu, ne sont en somme qu'autant de côtés partiels du beau, fractions infinitésimales de la beauté et de la perfection idéales. Gomment donc serait-il possible qu'après
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avoir contemplé Dieu dans sa sagesse et sa puissance créatrices, dans rbarmonie des mondes, dans ce cachet de Tinfini mon- Irant la main et la pensée du maître au sein de Finfinie variété, dans ces myriades de globes suspendus dans le vide, dans te gouvernement des sociétés, dans ces générations qui se succèdent en se transmettant le mot d'ordre de Tbumanité, répondant les unes après les autres au souverain appel du créateur, dans cet bomme, type de la beauté plastique et du beau idéal, comment seraitril possible de ne rien ressentir pour le sublime ordonnateur de tant de merveilles? comment se défendre de louer, de glorifier et de bénir celui qui est tout à la fois le génie, la gloire et la bonté? Et voilà comment Tadoration divine est le résultat certain, la conséquence infaillible de la ihéodicée, de Tétude de la création matérielle et intellectuelle, de la contemplation de celui qui réside et au septième ciel, et à côté du plus infime ver de la terre.
Il est donc bien entendu qu'il ne s'agit ni d'un culte positif, local, national, déterminé, fixé dans ses détails, ni spécialement du culte tracé et réglé par Moïse. Il ne peut être question ici que de l'adoration offrant un caractère universel, de l'expression des hommages à rendre à Dieu par tous les hommes, voire même par la nature tout entière. Bénir et louer le créateur, non pas à titre de protecteur et de bienfaiteur particulier de tel peuple ou de tel individu, mais pour ses bontés infinies, embrassant toutes les existences disséminées dans le temps n dans l'espace, l'exaller et le glorifier parce qu'il est le beau, le vrai et le juste absolus, tel est l'objet de ce culte général, nous allions dire impersonnel, que chacun de nous doit rendre à Dieu, et qui peut se traduire en sentiments et en pensées aussi bien qu'en actes et en paroles. Nous ajouterons seulement que ce culte sera d'autant plus complet qu il réunira en lui ces diverses manifestations de l'activité humaine. Il sera démonlrr que la religion posilive n'est pas autre chose que la réglementation de celte religion naturelle qui a sa source dans la connaissance de Dieu, réglementation utile, nécessaire même, mais (|ui serait un non-sens si elle ne correspondait à ce colle
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inlime qui, nous lavous dil, semble un besoin plus encore qu'an devoir.
On objectera peut-être que si ce culte de ia créature envers le Créateur nous est inné, s'il est écrit partout, si nous pouvons le lire en toutes lettres à la voûte du ciel, sur la croûte de la terre comme au fond de notre conscience, à quoi bon en faire un dogme religieux, à quoi bon l'intervention de la théologie venant proclamer et enseigner ce que chacun de nous trouve en lui et tout autour de lui ? Objection puérile, qui ne soutient pas Texamen. Sans doute, l'adoration divine est un besoin, mais un de ces besoins auxquels on ne s'empresse guère de satisfaire, un de ces besoins élevés que nous sacrinons facilement à d'autres plus vulgaires, plus matériels et plus impérieux dans leurs exigences, un de ces besoins qui ne sollicitent que les natures d'élite, les cœurs purs, les esprits nobles. Eh bien, par ses eûseignements comme par ses exemples, la religion, s'appuyant sur la théodicée, se plait à en étendre l'application à tous, pour leur plus grand bonheur temporel et spirituel. Et puis, ce que la religion tient essentiellement à nous apprendre à cet égard, ce que l'homme n'aura jamais trouvé en lui-même, ce qu'il n'a pu apprendre et savoir que grâce à une révélation d'en haut, c'est que ce culte dont nous l'honorons ne lui est pas indifférent ; que c'est un culte agréable à Dieu, qu'il l'agrée, qu'il en jouit, qu'il s'en délecte toutes les fois qu'il est sincèrement et respectueusement offert. Or c'est justement celte complaisance que Dieu éprouve à recevoir les hommages de la faible créature, qui nous fait de ce culte un devoir, une sainte obligation, et le constitue en dogme.
Après avoir ainsi fixé le sens et déterminé le caractère du cinquième dogme, constaté qu'il vient poser le principe de l'adoration basée sur la connaissance de Dieu et de ses perfections indicibles, indiqué sa filiation avec les quatre premiers dogmes, reconnu dans le culte en général la conséquence et le but de la théodicée, nous allons, fidèle à notre méthode, l'étudier successivement dans l'Écriture, dans la tradition et dans l'rcole théologiquo.