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La connaissance des êtres concrets contingents

Les premières analyses que nous avons faites (p. 109) ont abouti de suite à discerner une double connaissance : l’une, empirique, celle des objets extérieurs et des événements de notre âme ; l’autre, celle de l’être, que nous avons vu être celle du concret absolu, de Dieu. La première, bien entendu, doit être maintenue réelle : notre intelligence atteint dans les objets extérieurs ou en elle-même une réalité contingente qui n’est pas celle de Dieu. Il le faut bien, pour que nous ayons l’idée de contingence, c’est à dire « l’idée qui a pour objet une réalité qui peut être ou ne pas être». Nous dirons donc que nous percevons les créatures en elles-mêmes, et nous dirons aussi, puisque nous les connaissons en elles-mêmes, qu’elles possèdent une manière d’intelligibilité intrinsèque.

Mais cette intelligibilité est déficiente. Intelligibilité et être sont relatifs l’un à l’autre, les choses créées sont intelligible et être dans le même sens. Or elles n’ont pas l’être par soi, elles n’ont donc pas l’intelligibilité par soi. Leur vérité, non seulement est fragmentaire, mais est proprement incompréhensible si elle n’est pas fondée dans sa raison d’être, si elle n’est pas la vérité des arché-

(1) Ibid., p. 39.

types divins réalisés en elle. La psychologie de l'intelligence nous fait voir à l’œuvre ces éléments idéaux de la connaissance. Quand je perçois un objet singulier, un animal quelconque, un organe physiologique, je perçois du même coup l’universel et le spécifique : ce n’est pas seulement ce chat, c’est le chat ; ce n’est pas seulement ces yeux, mais l’œil. L’individu est l'espèce réalisée dans un objet déterminé et l’espèce est le modèle éternel, modèle éternel au regard de ma pensée discursive ; en réalité c’est la lumière éternelle et concrète de l’Être qui, pour s’appliquer aux objets créés, se disperse en un schématisme général et abstrait. Si le singulier empirique est, de quelque façon, intelligible, en soi, il ne l’est pas par soi : en analysant les éléments idéaux de l’essence du singulier ou les phases idéales de la connaissance du singulier, nous aurivons à l’Être absolu concret, dont l’idée est perception, et dont la perception opère toute autre connaissance.

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