LES JUIFS DÉLIBÈRENT
de l'Europe, par la bourse, et la presse allemande est h notre service, en majeure partie. La France n'échappe pas à notre influence. Varsovie est appelée à être notre capitale, une Jérusalem nouvelle.
— Mon cher monsieur, dit Jacob, votre prophétie n'est pas encore prête à se réaliser. Nous n'atteindrons pas notre but par l'égoïsme. Il vaut mieux sceller notre fraternité avec la Pologne, par un dévouement sincère, gagner son estime, prouver enfin que le peuple d'Israël est un noble peuple, qu'il ne s'est pas avili en se mettant du côté de la force, du côté des oppresseurs. Jamais le calcul de la fourberie ne sera préférable au calcul de l'honnêteté...
— Qu'est-ce que tu nous chantes là? interrompit Simon, le juif a toujours été fourbe et fera bien de rester tel.
— Non ! Non ! reprit Jacob avec feu. Si la servitude nous a enseigné la fourberie et le mensonge, est-ce une raison d'y persévérer maintenant que nos lourdes chaînes sont brisées, et que la route lious est ouverte. Marcherons-nous avec le Droit, notre apanage pendant des milliers d'années, ou avec la force qui a renversé nos temples, nous a imprimé le sceau de la malédiction, a fait couler notre sang. La gloire d'Israël m'est chère, mais je ne la fonde pas uniquement sur la raison, je la fonde surtout sur la loi de Dieu et sur la justice. Prouvons que nous sommes dignes d'être appelés le peuple élu. C'est là notre grandeur, nous n'avons pas besoin d'en chercher une autre,
— Belle déclamation ! dit Mann. Et pourquoi ne serions-nous pas joyeux de la défaite de nos ennemis? Ils nous ont assez longtemps tenus dans la boue aux partes de leurs palais pour que nous soyons contents de les voir, à leur tour, humiliés devant nous.
— Nous reprochons ^ux païens l'amour de là vengeance, et nous les imiterions ! On accusera notre foi de nous inculquer cet ignoble sentiment, tandis qu'au
Êontraire, elle nous prêche le pardon, la vertu I
— La vertu, dit Mann, est excellente dans la vie privée, mais lorsqu'il s'agit du salut d'une communauté, d'une nation, on ne saurait adhérer strictement à la vertu.
-« Vieux et pernicieux préjugé 1 Les magiciens recommandaient de boire la graisse des cadavres pour être heureux dans la vie, et les hommes politiques de l'ancienne école prêchaient la scélératesse, dans l'intérêt du salut public. Erreur I On ne sauve pas une nation par le mal.
-^ Vous parlez éloquemment, monsieur Jacob» mais vous généralisez trop. Vous oubliez que le droit de conservation prime tout. Je vous renvoie là-dessus au Talmud, si souvent cité par vous» qui me donne raison.
•^ L'heure de la Bourse approche, et nous n'avons pas encore pris de décision, s'écrièrent quelques assistants.
— C'est qu*il est difficile, dit Bartold, d'en adopter une d'après les données que nous avons. On ne peut pas prévoir comment se dessineront les événements... Il faut attendre... Je veux comme Jacob suivre la route droite, mais à condition qu'elle ne nous conduise pas dans un précipice. J'admets des sacrifices fructueux quand la nécessité le commande, mais je repousse les sacrifices inutiles.
*— Tout sacrifiée porte ses fruits tôt ou tard, reprit Jacob,
^*- Tu retombes dans le mysticisme qui nous mènerait à la cabale et là personne n'y verrait plus goutte. Notre débat est terminé.
— Résultat : Rien comme d'habitude, conclut Simon»
— Encore un mot, dit Mann, on a observé que nous ne pouvons préjuger quelle tournure prendront les événements. La faute en est à nous. Quelqu'un des nôtres doit s'introduire dans les conciliabules révolutionnaires, et observer ce qui se passe. Cela nous éclairera sur la situation. La prudence nous dicte cette sa^e précaution.