‹ Le juifChapitre 14 sur 27 · LA PATRIE LE VEUT · texte numérisé non relu

LA PATRIE LE VEUT

m>w Et c'est pour Tachât des armes ?

— Oui, ma conscience ne me permet pas de mentir. •«• Et la mienne m'ordonne de ne rien donner.

. -^ Tu ea le premier qui me refuse d'une manière aussi péremptoire. Ta conduite est d'un .mauvais ei^emple. Une condamnation rigoureuse t*attendr Je la voterai, la douleur dans l'Ame. Jacob, tu mourras !

, «- Je puis mourir d*un instant h l'autre. Et votre me^ nâce ne me fera pas reculer d'une semelle.

— Je t'en supplie mon ami.,»

— Ne me supplie pas, c'est en vain. Dites^-moi que .vous réclamer de l'argent pour sauver des gens poursuivis par le gouvernement russe, leur feciliter la fuite, et pourvoir à leur existence, je suis prêt h me réduire à la mendicité pour cela... mais pour votre révolution insensée, pas un liard

— Je n'insiste plus, mais

— C'est bien ! as-tu vu Gromof ?

— Une vingtaine de fois.

. >— Qu'ave?;rrVQus à répondre à son argument?

— Qu'il est un Russe, par oonséquent ardent en parodies, timide en actionst . . Pour les Russes, jamais Ip moment

n'est opportun. Leurs conspirations se dénouent par le

mot de Nicolas, calmant une émeute populaire i « A genoux, misérables I » Ils pataugeront encore cinq siècles ; et de plus, je crois Gromof un agent de la poUoe, Individu fort suspect!,.,

— Ce qu'il dit s'accorde très bien avec la sltuatÎQn réelle des choses.

— Je suis de ceux qui repoussent tous les raisonnements en se bouchant les oreilles, he bon sens, la circonspection sont des mots vides pour nous. Vive la sainte exaltation I Vive l'ardeur poussée jusqu'à la folie I Nous marcherons contre les troupes avec nos bfttons, convaincus de remporter la victoire.

— Vous êtes des héros et Je vous admire? Mais compte? vous bien ; combien sont les exaltés de cette trempe ?

— Une dizaine ou un million... qu'importe; les masses nous suivront.

— Ces masses se réduisent à une poignée d'hommes la plupart coureurs d'aventures, qui seront plus embarrassants qu'utiles.

— A la lin, tu me fâches. Adieu, égoïste, poltron... je me lave les mains sur ce qui t'adviendra.

— Mais avant de nous quitter d'une façon hostile, donne-moi une bonne poignée de main comme autrefois, Ivas, et que la volonté de Dieu s'accomplisse I

Ivas hésita.

— Non, s'écria-t-il, j'ai cessé d'être ton ami et dorénavant je serai ton ennemi;..

— Tu perds la tête, Ivas !

— Tout entier j'appartiens k la cause de la révolution, plus d'amitié. Bonsoir I

— Attends encore...

— Nous donnes-tu de l'argent ?

— Impossible.

— Tu persistes à ne pas sacrifier ton opinion personnelle aux intérêts de la patrie ?

— Agir contre mes principes, mes convictions, jamais I

Ivas était égaré par son enthousiasme, mais par nature honnête, aimant ; au seuil de la porte, une vive émotion s'empara de son cœur, il revint sur ses pas.

— Après tout, dit-il, la larme à l'œil, je t'estime. Embrassons-nous.

Ils se jetèrent dans lés bras Fun de l'autre. Ivas dit ensuite à Jacob d'une voix sourde :

— Et pourtant si demain je reçois l'ordre de te tuer pour ta désobéissance au comité révolutionnaire, je viendrai de sang-froid te poignarder. La patrie avant tout !

— Héroïsme aveugle que je respecte sans le partager! Temps affreux que celui où nous vivons. Combien horrible est le régime qui provoque la haine, familiarise les âmes probes avec le crime, et transforme en assassin

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