‹ Le juifChapitre 24 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

ron Von Krieg avait rencontré la magicienne dans les Allées. Il connaissait la mère de vieille date mais il l'évitait parce que cette dame, dés qu'elle se liait avec quelqu'un de riche avait la mauvaise habitude d'emprunter de l'argent qu'elle oubliait de rendre... Le baron venait de perdre sa seconde femme et il s'était promis d'exiger dans la troisième surtout la santé. Il fut frappé de la plantureuse floraison de Muse et en devint amoureux au premier regard. Un coup de foudre au cœur. Dès le lendemain, il était allé lui rendre visite et la jeune fille avait immédiatement fait un parallèle entre Henri et le nouveau prétendant. Celui-ci était dix fois plus riche, baron, vieux par-dessus le marché et pourvu de brillantes relations dans la finance européenne et le beau monde cosmopolite... La balance pencha naturellement en faveur de Von Krieg.

Bien élevé, extérieur convenable, maison sur un grand pied, parti recherché : Muse fut éblouie et se surpassa dans ses séductions. Le baron fut bientôt à ses pieds. Le mariage avec Henri fut retardé sous prétexte que les dentelles n'étaient pas encore arrivées de Paris. En attendant, le baron mit la mère dans ses intérêts, et souscrivit les yeux fermés aux clauses avantageuses pour la fille imposées par M™° Wtorkowska. L'engagement s'accomplit en silence. Il ne s'agissait plus que de rompre avec le fiancé qui se croyait maître de la place et appelait les assiduités du baron de la moutarde après dîner.

Le génie fécond des deux dames n'eut pas de peine à trouver une cause plausible et décente de rupture.

Dans les interruptions de la vie conjugale, dans les entr'actes de sa passion violente pour Muse, Segel cultivait de galantes distractions théâtrales. Il s'était attaché aux jupes de gaze d'une sylphide, ou plus vulgairement d'une danseuse. Cette liaison durait.depuis deux ans scellée par la naissance d'un enfant. Tout en s'occupant beaucoup de Muse, Henri passait ses soirées chez la belle Fanny. Il ne s'en cachait pas et sa voiture

stationnait à la porte de la ballerine à des heures lre< avancées de la nuit. Ce fut là le prétexte que M™^ Wtorkowska, s'érigeant en gardienne de la pureté des mœur. fit valoir avec une majestueuse dignité. En vain Segti s'excusa, demanda pardon, s'emporta, rien n'y fit. F était irrémédiablement condamné et on lui renvoya la bague qu'il avait donnée à Muse commç gage de m amour. Cette bague des fiançailles avait été payée dii mille francs à Paris. C'était un magnifique solitaire ettouré de petits diamants d'un demi-carat chaque. Onii montra par hasard au baron. On lui lit sentir le sacrifice. Pris d'une noble émulation,Von Krieg remplaça le biji par un autre qui lui coûta trente mille francs.

Segel tempêtait. Mais lebaron conduisitsolennellemf: Muse à l'autel. Les nouveaux mariés allèrent faire voyage de lune de miel à travers l'Europe, s'arrêtère dans toutes les capitales, aux eaux et dans les statu à la mode.

La plus noire ingratitude attendait M"*** Wtorkowsk On la trouva compromettante au salon et dans la maisr Ses dettes furent payées, unechétive pension lui futa^ . gnée et on la congédia avec beaucoup de courtoisie, l'autorisant à n'avoir que de rares communications pi vées avec sa fille. La pauvre femme qui avait rêvé diriger le ménage, de voyager somptueusement, de ii penser sans compter, pria, supplia, menaça. Le bar fut inexorable et ne lui répondit que par le silence, l fille sacrifiait sa mère avec un stoïcisme romain en f<' çant le rôle d'épouse soumise et obéissante.

La Wtorkowska en fit une maladie ; puis, comni«^ fallait vivre, elle loua un appartement dans un faubou: et pour augmenter sesrevenusinstallachez elle un écart Pour distraire les visiteurs, elle prit soin d'attirer ch elle quelques jeunes dames ou demoiselles fraîchejolies, avenantes, complaisantes. La maison fut rapid ment bien achalandée quoique personne n'osât av'ou ouvertement y mettre le pied. Sofronof, Bavorof

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