‹ Le juifChapitre 25 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

quelques vieux céladons restèrent fidèles au malheur.

On peut se représenter combien la rencontre que faisait Segel était peude son goût. Pour Tun comme pour l'autre ce n était pas un plaisir.

Au moment où la baronne entrait dans la grotte, ses yeux rencontrèrent ceux de son ancien amoureux. Elle parut confuse malgré son aplomb. Plus maître de luimême, l'adorateur évincé la salua respectueusement et sourit avec amertume. Sourire assez pareil à une grimace.

En même temps arrivait un autre couple, modestement vêtu mais d'une distinction qui n'est pas Tapanage exclusif de la naissance, comme on se l'imagine.

C'étaient le comte et la comtesse de l'aubergiste : Jacob et Tilda. Ils se mirent à visiter la grotte, invisibles au reste de la compagnie. Le mari racontait sa première visite à ce féerique endroit. La femme répondait quelque chose en riant. Ce timbre de voix résonna aux oreilles de Segel. 11 crut d'abord à une hallucination. Il écouta attentivement. De nouvelles paroles ne lui permirent plus de douter de la réalité de sa première impression.

N'y avait-il pas une étrange fatalité dans cette rencontre simultanée de deux personnes dont l'une lui rappelait son repos perdu, l'autre ses espérances détruites, son orgueil cruellement froissé. Il ne voyait pas Tilda et les notes de cette voix bien connue semblaient descendre des nuages. Curieux de savoir d'où elle provenait, il alla jusqu'au fond de la grotte et de là, il put voir le coin isolé où Jacob dînait avec Tilda. Celle-ci était rajeunie et son visage rayonnait de bonheur. Son mari lui baisait les mains, ne se croyant pas observé.

Segel en éprouva comme de la colère, ses lèvres se crispèrent sous un rire sardonique :

— Toutes les deux heureuses ! pensa-t-il. Et moi

Avec de poignants retours sur lui-mêpae, il regagna sa place.

La voix argentine de M"° Jacob attira également l'attention de Muse et elle, aussi, partit à la découverte sous prétexte d'étudier la grotte. Elle jeta bientôt un cri de surprise. Le couple tourna la tête et reconnut la baronn?. qui aborda tendrement son ancienne amie, dont &. avait souhaité la mort :

— Ahlma chère Tilda, s'écria-t-elle, quelle renconts heureuse, inespérée

En effet, c'était une vraie rencontre de roman, comu' il s'en trouve rarement dans la vie réelle. Le basa*, pourtant nous joue des tours bien autrement impr- Vus.

La femme de Jacob ne partagea pas lajoieappareL' de Muse, pour laquelle elle n'avait pas une viveaffeeti . Mais leur connaissance remontait à l'époque où ton.' deux portaient des robes courtes et les souvenirs d • fance ont toujours une douce saveur.

Les convenances exigeaient un rapprochement. Ja^î fit transporter sa table dans la grande salle où dîna l la baronne et les autres voyageurs. Il ne s'attendait ^ tainement pas à y rencontrer Henri. Tilda l'aperçu' i première. Elle voulut reculer. Tout un passé de douléi se dressait devant elle... Son mari, quoique viveni contrarié, Tencouragea à se résigner à cet ennui.

Segel comprenait que sa présence était désagréali tous. Il se plaisait à l'imposer. 11 éprouvait une ani volupté k voir à son aspect les visages changer, pâlir, contracter. 11 affectait une gaieté cynique. Use versa grand .verre de vin, alluma un cigare, puis se tourna \ Jacob et Tilda.

Avec une indifférence bien simulée, la baronne s'occud de la fusion des deux tables. Le mari jouait au jea homme, se montrait alerte et empressé malgré ses jamltremblottantes. 11 était très poli à l'égard de Jacob don; ignorait encore le rôle révolutionnaire, ce qui n'au: p£is manqué de l'épouvanter et de le refroidir.

Von Krieg détestait Henri, mais il estimait qu'un ba^

Page 1