LE MODE DE PROTECTION ET LÉMIGRATION
russe, pourrait, il est vrai, modifier radicalement la situation critique dans laquelle se trouve actuellement la population juive de la zone de résidence, mais n'oublions pas qu'une telle concentration de la production ne peut, non plus, s'effectuer du jour au lendemain. La concentration de la production, comme tous les grands processus économiques et sociaux, demande, pour s'accomplir, un grand nombre d'années.
Que devenir en attendant ? Vers quelle porte de sortie faut-il que se dirigent les centaines de mille de travailleurs qui étouffent dans les conditions actuelles et qui ne peuvent attendre plus longtemps ?
De plus, toutes les industries ne se prèttnt pas également à la production pour le grand marché anonyme.
quoi on ne peut non plus y constater aujourd'hui un « encombrement » de producteurs, comme on le constate dans les principales autres professions des Israélites. D'après le recensement, dans la principale branche de cette industrie f« industrie des produits nutritifs animaux et végétaux )>, qui comprend la boucherie, la charcuterie, la boulangerie, la meunerie, etc., soit 44.797 Juifs actifs», les Juifs ne formaient dans la « zone » que 35 0/0 de tous les actifs de cette branche, ce qui n'est pas un chiffre disproportionné, car cette industrie fuit face, non seulement chez les Juifs, mais d'une façon générale, presqu'exclusivement aux besoins de la population urbaine. D'après le recensement, les Juifs actifs dans les différentes branches alimentaires étaient au nombre de 58.371 (comparer avec le chiffre de notre tableau fourni par VEnqwHe ICA], soit M 0 0 de tous les Juifs actifs dans l'industrie, proportion qui n'est pas de beaucoup supérieure à celle observée dans l'ensemble de la population industrielle de la « zone » (10 0/0) et qui est sensiblement égale à ce qu'on voit dans divers autres pays européens. Dans une seule branche de ce groupe de professions, le nombre des Juifs est démesurément grand ; c'est la production d'articles de tabac ; les Juifs forment, d'après le recensement, 73,5 0/0 de tous les producteurs de ces articles d-ms la << zone »,et97 0/0(!) dans la région du Nord ; or, les articles de tabac sont fabriqués précisément pour le grand marché et circulent dans tout l'empire et même à l'étranger.
2iG LES CAUSES DE L EMIC. RATION .ITIVE
On peut, par exemple, produire les articles de chaussuie sans connaître le consommateur à qui ils sont destinés ; mais cela est beaucoup plus difficile lorsqu'il s'agit de la confection d'habits ou de robes ; la diversité djs formes et des qualités qu'admet la chaussure étant relativement très restreinte, on arrive aisément, en produisant un certain nombre de modèles différents, à pouvoir faliri(iuer en jzros, tandis que, dans l'habillement, les formes, les qualités et les combinaisons présentent en somme presq l'autant de diversités qu'il y a de consommiteurs et l'impossibilité tie les prévoir toutes rend très m ilai-ée la production pour le marché lointain et inconnu. Nous savons, en effet, que les consommateurs sont afsez disposés à aclieter de la chaussure de confection, tandis que, pour l'habillement, ils préfèrent généralement avoir recours au travail sur mesure, c'està-dire sur commande personnelle. Or, c'est précisément dans V industrie de ihahillement que l'encombrement est le plus fort pour les Juifs. Le passage au système de la gran<!e industrie est donc particulièrement diflicile pour eux.
Quant au petit commerçant de détail, il lui est absolument impossible, parla nature, même de son négoce, de se rendre indépendant de la clientèle locale et de se liier ainsi de la situation insupportable où l'ont plongé les conditions décrites dans les chapitres précédents.
Il est vrai que, pour les marchandises, une zone de résidence légale n'existe pas, mais, pourcertaines d'entre elles il existe, en quelque sorte, une zone de résidence tialiirelle qui les attache à l'indroit qu'habile leur produ leur (ou le marchand qui les vend). Plus le mode de production pratiqué par les Jui/s eux-mêmes est arriéré, plus il revêt le caractère de la petite industrie travaillant d'après les commandes du consommateur local,
LE MODE DE PROTECTION ET l'ÉMIGUATION iM
el plus aussi les produits de cette industrie, el non pas seulement les producteurs sont enfermés dans la « zone de résidence ».
jMais si le produit ne peut pas circuler sans son producteur, il ne reste plus au producteur juif, avec les conditions qui lui sontfaites actuellement dans la «zone », qu'à se mettre lui-même en marche et àémigrer du pays habité depuis des siècles, pour chercher ailleurs un terrain d'activité et de vie.