‹ Le Juif errant d'aujourd'huiChapitre 73 sur 76 · C. — Les bourgades et les villes · texte numérisé non relu

C. — Les bourgades et les villes

Comme nous l'avons déjà fait observer, l'émigration de la population juive est plus forte dans les petites villes et dans les bourgs que dans les grandes villes et que dans les centres industriels. Il en résulte un autre déplacement du centre de gravité de la population israélite : de popiilntion composée, en (jvcDide tnajovilô, de gens habitant les bourgades et les petites villes, elle devient de pins en plus une population de grandes villes et de centres industriels. Les migrations intérieures qui, comme nous l'avons déjà indiqué (pp. 171-173, note), se font surtout des bourgs vers les grands centres, accentuent encore le caractère et la rapidité de ce phénomène.

En ce qui concerne la Pologne, nous possédons les données des Travaux du Comité d(; statistique de Varsovie, et ces données confirment notre déductit)n. .Nous les connaissons déjà en partie (section I, chap. I, note

LIEUX d'habitation DE LA P0PLLAT10> JLIVE 309

citée) ; voici encore quelques constatations complémentaires.

En 1909, le Royaume de Pologne comptait 18 villes de plus de 20.000 habitants. La population israélite de ces villes était, en 1893, de 326.233 individus ; en 1909, la population israélite de ces mêmes villes est de 598.293 habitants. Le total de la population israélite en Pologne était de 1.224.652 à celle première date et de 1.747.653 à la seconde. Ces 18 grandes villes comprenaient ainsi, en 1893, le 266 0/00 (plus d'un quart) de la population israélite de Pologne et, en 1909, elles en comprenaient 341 0/00 (soit plus d'un tiers). Mais c'est surtout dans les deux grandes villes de la Pologne, à Varsovie et à Lodz, que cette concentration a été la plus forte : Varsovie qui comprenait déjà en 1893 les 138 O/OO de la population israélite de Pologne (168.677 individus) en comptait 161 0/00 en 1909 (281.734 individus:) Lodz qui, en 1893, comptait 30 0/00 de la population israélite de Pologne, en comptait 30 0/00 an 1909 (88.201).

En Pologne pourtant, l'augmentation delà proportion de la population juive habitant les grandes villes (et la diminution correspondante de la proportion de cette populationqui habite les petites villesetlesbourgs)est due surtout aux migrations intérieures, ou plus spécialement à V immigration d'autres régions, qui se porte presqu'exclusivement vers les grandes villes. Il serait donc plus intéressant pour notre sujet proprement dit d'observer l'augmenlution de la proportion des habitants de grandes villes dans la région du Nord, qui est une région d'êmiy ration.

Malheureusement, nous ne possédons pas là-dessus de données statistiques assez générales. Néanmoins, pour quiconque a pu observer les grandes villes du Nord et

JIO EFFRTS DR l'kMIGRATION JUIVE

à\i Sud de la zone de résidence, il est hors de doute que ï'accroissement delà population israélite (ainsi que celui âe la population en ojénéral) y est considérable. D'autre part, et comme nous Tavons établi plus haut, 1« total des Juifs a subi dans certaines contrées, notamment en Lilhuanie et dans la Russie Blanche, une forte diminution absolue par suite de leur double émigration ; l'énorme diaiinution du nombre absolu de la population israélite a donc frappé presqu'evclusivement les petites localités. Du reste, de nombreuses correspondances dans les journaux, en particulier dans le Ydischer Emigrant, s'accordent à constater le dépeuplement des bourgs par suite de l'émigration. On peut même supposer que dans les régions où l'émigration est plus intense, la proporlion de la population qui reste dans les bourgades et dans les petites villes a diminué plus fortement encore qu'en Pologne et que le pourcentage de la population israélite desgrandes villes a, par suite, d'autant plus augmenté.

Le prochain recensement de la population de la Russie nous inontrera de combien la proportion des liabitants des grandes villes a augmenté dans la « zone » et de combien a diminué la proportion des habitants des petites localités. Mais l'augmentation de la proportion des habitants des grands centres et la diminution de celle des habitants des bourgs et des petites villes paraissent certaines.

Et si nous suivons les émigrants juifs dans les pays où ils vont s'établir, que constatons-nous? Us restent presque tous dans les très grandes villes; l'immense majorité d'entre eux se dirige vers Xew-York, les autres vont à Chicago, IMiiladelphie, Boston et dans quelques autres grandes villes de l'Union ; d'aucuns, sans traverser l'Océan, s'arrêtent dans certaines ca[)itales européennes et notamment à Londres (Paris en a aussi sa part) ;

LIEUX d'habitation DE LA POPULATION JUIVE 311

d'autres vont plus loin : à Buenos-A} res, à Johannesbourg, elc (1).

Envisagées à ce point de vue, toutes les migrations contemporaines des Israélites de l'Europe Orientale, les migrations « intérietires » « continentales » ou « Iransocéaniennes », paraissent être un grand mouvement qui va des bourgs vers les villes et des petites villes vers les grandes.

Ce caractère du mouvement migratoire des Juifs, joint à ses énormes dimensions, doit laisser des traces profondes sur toute la physionomie physique et morale du peuple juif; il doit provoquer toute une révolution dans la psychologie de la masse juive, dans ses conceptions éthiques et religieuses, dans sa vie privée et publique, dans le mode de son activité économique et dans le caractère de ses créations intellectuelles et morales. Mais l'analyse de ces eli'ets indirects du mouvement migratoire juif dépasserait le cadre de notre étude,

(1) D'après le guide statistique du Razsviet, cité plus haut, les Israélites ont élé, à New-Vork (1907), au nombre de 1.1G2.000; à Chicago (1905), au nombre de 80.000; à Philadelphie (1905), 75.000; à Boston, 45.000; à Saint-Louis (1905), 40.000; à Baltimore, (1905) 25.000; à Cleveland (1905), 25.000; et ainsi de suite (pp. 140-142).

Page 1