I.K.MItlSCADK
hravc... uiiné do scï> sujets... ou l'appcUiil le Père (lu (jénéi'cux, et il était le bien nommé... Laisserastu sa mort sans vengeance ? la haine qui te ronge le cœur sera-t-elle stérile ?
— Mon père est mort les armes à la main... j'ai vengé sa mort sur les Anglais que j'ai tués à la guerre... Celui qui pour moi a remplace mon père... et a aussi combattu pour lui , m'a dit qu il serait jiiaintenaut insensé à moi de vouloir lutter contre les Anglais pour reconquérir mon territoire. Quand ils m ont mis en Liberté, j'ai juré de ne jamais remettre les pieds dans l'Inde... et je liens les serments que je fais..."
— <ïeu\ (jui l'ont dépouillé, ceux qui t ont fait caplil, ceux qui ont tué ton père... sont des hommes... Il est ailleurs des hommes sur qui tu peux te \enger. .. (pie ta haine retombe sur eux!
— Pour parler ainsi des hommes... n'es -tu donc pas un homme ?
— Aloi... et ceux qui me ressemblent, nous sommes plus que des hommes... .Vous sommes au reste de la race humaine ce que sont les hardis chasseurs aux bètes féroces qu'ils traquent dans les bois... \ eux-tu être comme nous... plus qu'un homme, \eux-tu assouvir sûrement, largement, inipunéraenl, l;i haine qui le dévore le c(eur. .. après le mal (jiic l'on l'a fait ?
— Tes paroles sont de plus en plus obscures... je n'ai pas de haine dans le cœur, dit Djalma. — Quand un ennemi est digne de moi... je le combats... quiuid
52 I.K Jlll' KKIt.AXi.
il LMi est iiulijjiic, je le méprise... Ainsi je ne liais !ii les l)ra\fes... ni les lâches.
— Trahison ! t» s'écria tout à coup le nè^qre en indiquant la "porte d'un geste rapide ; car Djalnia cl l'Indien s'en étaient peu à peu éloignés pendant leur entretien, et ils se trouvaient alors dans un des angles de la cahanc.
Au cri du nègre, Faringhea, que Djalina n'avait pas aperçu , écarta hrusquement la natte qui le cachait, tira son poignard, bondit comme un tigre, et lut d'wn saut hors de la cabane. Wiyaut alors un cordon de soldats s'avancer avec précaution , il' frappa l'un d'eux d un coup mortel, en renversa deux autres, et disparut au milieu des ruines.
(Icci s'était passé si précipitamment, (pi'au moment où Djalma se retourna pour savoir la cause du cri d'alai-me du nègre, Faringhea venait de disparaître. Djalina et les trois Ftrangleurs furent aussitôt couchés eu joue par plusieurs soldats rassemblés à la porte , pendant que d'autres s'élançaient à la poursuite (le Faringhea.
Le nègre, le Alalais et rindieii, voyant l'impossibihté de résister, échangèrent rapidement quehpics paroles , et tendirent la main aux cordes dont quelques soldats étaient munis.
Le capitaine hollandais qui conmiandait le détachement entra dans la cabane à ce moment.
■i Va celui-ci ? — dit-il en montrant Djalma aux soldais qui achevaient de garrotter les trois Phansegars.
L'EMBISCADK. 53
— Chacun son tour, mou oflicior, — dit un vioux sorjjent , — nous allons à lui. r
Djalnia restait pétrifié do surprise, no comprenant l'ion à ce qui se passait autour de lui; mais lorsqu'il vit le sergent et les deux soldats s'avancer avec des cordes pour le lier, il les repoussa avec une violente indignation et se pi'ccipita vers la porte où se tenait ronicier.
Les soldats , croyant que Djalma subirait son sort avec autant d'impassibilité que ses compagnons, ne s'attendaient pas à cette résistance ; ils reculèrent de (liielquespas, frappés malgré eux de l'air de noblesse et de dignité du fils de Kadja-Sing.
^ Pourquoi voulez-vous me lier... comme ces hommes ? — s'écria Djalma en s'adressant en indien à lolficicr, qui comprenait cette langue , servant depuis long-temps dans les colonies hollandaises.
— Pourquoi on veut te lier, misérable ! parce tpie tu fais partie de cette bande d'assassins. Et vous, — ajouta l'officier en s'adressant aux soldats en hollandais. — avez-vous peur de lui?... Serrez... serrez les lupuds autour de ses poignets, en attendant qu'on lui en seri'o un autre autour du cou !
— \ ous vous trompez, — dit Djalma a\ec une dignité calme et un sang -froid qui étonnèi-ent l'officier, — je suis ici depuis un quart d heure à peine... je ne connais pas ces personnes... je croyais trouver ici un Français...
— Tn n'es pas un Phansegar comme eux... et ù (|ui prélendtJ-ln faire croire ce îuonKOnge?...
— Eux î — s'écria Djalma avoc un mouvement et une expression d'horreur si naturelle , que d'un signe l'oiTicier arrêta les soldats, qui s'avauçaient de nouveau pour gaiTottcr le fils de Kadja-Sing, — ces hommes font partie de cette horrible baude de meurtriers'... et vous m'accusez d'être leur complice !... Alors je suis ti-anquille , monsieur, — dit le jeune homme en haussant les épaules avec un sourire de dédain.
— Il ne suffit pas de dire que vous êtes tranquille, — reprit l'officier ; — grâce aux révélations , on sait maintenant à quels signes mystérieux se reconnaissent les Phansegars.
— Je vous répète, monsieur, que j'ai l'horreur la plus grande pour ces meurtriers;... que j'étais venu ici pour... s
Le nègre, interrompant Djalma, dit à l'officier avec une joie farouche :
^ Tu l'as dit, les fils de la hoiine-wuvre se reconnaissent par des signes qu'ils portent tatoués sur la chair... Xoti*e heure est arrivée, nous donnerons notre cou à la corde... Assez souvent nous avons enroulé le lacet au cou de ceux qui ne servent pas la honne-œuvre... Regarde nos bras et regarde celui de ce jeune homme. -;
L'officier, interpi'étant mal les paroles du nègre , dit à Djalma :
». II est évident que si, comme dit ce nègre, vous ne portez pas au bras ce signe mystérieux... et nous allons nous en assurer; si vous expliquez d'une ma-
i/KMnrscAnr. ss
n'iove satisfaisante votre présence ici, dans deux heures vous pouvez être mis en liberté.
— Tu ne me eomprends pas , — dit le nègre à l'ofiicier, — le prince Djalma est des nôtres, car il porte sur 1(^ bras gauche le nom de Bolnvanie...
— Oui, il est comme nous fils de la hnune-œnrvc, — ajouta le Malais.
— Il est comme nous Phansegar, '^ dit l'Indien. Ces trois hommes, irrités de l'horreur que Djalma
avait manifestée en apprenant qu'ils étaient Phansegars, mettaient un farouche orgueil à faire croire que le fils de Kadja-Sing appartenait à leur horrible association.
û Qu'avez -vous à répondre ? t dit l'officier à Djalma.
(]elui-ci haussa les épaules avec une dédaigneuse pitié, releva de sa main droite sa longue et lai-ge manche gauche, et montra son bras nu.
u Quelle audace ! -^ s'écria l'officier.
En effet, un peu au-dessous de la saignée, sur la partie interne de l'avant-bras, on voyait écrit, d'un rouge [vif, le nom de Bolnvanie , en caractères indous.
L'officier courut au Malais, découvrit son ])ras ; il vit le nom, les mêmes signes : non content encore, il s'assura que le nègre et l'Indien les portaient aussi.
il Misérable s'écria-t-il en revenant furieux vers Djaltna, — tu ins|)ires plus d'horreur encore que les complices, (larrottez-le comme un lâche assassin, — dit-il au\ sold.ifs, — cnjnme un lâche assassin
56 l.F. JI IF FRRANT.
(|iii monl an l)or(l do lu fosse, car son snpplicr r\c se fera pas longtemps attendre. t>
Stupéfait, épouvanté, Djalma, depuis quelques moments les yeux fixés sur ce tatouajje funeste , ne pouvait prononcer une parole ni faire un mouvement ; sa pensée s'abimait devant ce fait incompréliensible.
u Oserais-tu nier ce signe? — lui dit l'officier avec indignation.
— Je ne puis nier... ce que je vois... ce qui est... — dit Djalma avec accablement.
— Il est beureux... que tu avoues enfin, miséiable, — reprit l'officier; — et vons, soldats... veillez sur lui... et sur ses complices... vous en répondez, s
Se croyant le jouet d'un songe étrange, Djalma ne fit aucune résistance, se laissa macbinalement garrotter cl cnimenei'. L'officier espérait, avec une partie de ses soldats, découvrir Faringbea dans les ruines, mais ses recbercbes fui-ent vaines; et au bout d'une bcnre il j)artit pour Batavia, où l'escorte des prisonniers l'avait devancé.
QueUpies lieures après ces événements, AI. Josué \'an Daél terminait ainsi le long mémoire adressé à M. Hodiu à Paris :
.... Les circonstances étaient telles que je ne pou- T vais agir autrement ; somme toute, c'est un pelil ? mal pour un grand bien.
■> Trois nuMU-tiiers sont litres à la justice , et l'ar- 9 rpstotion temporaire de Djalma ne «ervira (pi'à
LEMBISCADE. 57
? fairo briller son innocence d'un plus pur éclat. - Déjà ce matin je suis allé chez le gouvenieur r protester en faveur de notre jeune prince : — f Puisque c'est grâce à moi , — ai-je dit , — que ■) ces trois grands criminels sont tombés entre les r mains de lautorité , que l'on me prouve du moins » quelque gratitude en faisant tout au monde pour T» rendre plus évidente que le jour la non-culpabilité j du prince Djalma', déjà si intéressant par ses mal-
- heurs et par ses nobles qualités. Certes , — ai-je ï ajouté, — lorsque hier je me suis hâté de venir 5 apprendre au gouverneur que l'on trouverait « les Phansegars rassemblés dans les ruines de v Tchandi, j'étais loin de m'attcndre à ce qu'on con- T fondrait avec eux le fds adoptif du général Simon , 7 excellent homme , avec qui j ai eu depuis quelque » temps les plus honorables relations. Il faut donc r à tout prix découvrir le mystère inconcevable qui T a jeté Djalma dans cette dangereuse position, et T je suis, — ai-je encore dit, — tellement sûr qu il r n'est pas coupable, que dans son intérêt je ne de- T mande aucune grâce. Il aura assez de courage et T de dignité pour attendre patiemment en prison le ? jour de la justice.
T Or, dans tout ceci, vous le voyez, je disais vrai, ■" je n'avais pas à me reprocher le moindre men- :? songe, car personne au monde n'est plus convaincu ■^ que moi de l innocence de Djalma.
n Le gouverneur m'a répondu , comme je m'y at-
- lenHni.<;, (pie mornlenient il éfall aussi cerfain (\\\r
58 LK JIIF ERHAXT.
" moi (Ir l'iiuioconco du joiinp piincp, qu'il aurait
- pour lui les plus j^raiuls égards; mais qu'il fallait
- (juc la justice eût son cours, parce que c'était le •^ seul moyen de démontrer la fausseté de l'aceusaf tion et de découvrir par quelle incompréhensible 1) fatalité ce signe mystérieux se trouvait tatoué sur T le bras de Djalma...
« Alalial le contrebandier, qui seul pourrait édi- ■" fier la justice à ce sujet, aura dans une heure " quitté Batavia pour se rendre à bord du Ihij/ter, ^ qui le conduira en Egypte ; car il doit remettre au 1^ capitaine un mot de moi, qui certifie que Alahal " est bien la personne dont j'ai payé et arrêté le pasf sage. En même temps , il portera à bord ce long )> mémoire ; car le Ritijter doit partir dans une heure, T^ et la dernière levée des lettres pour l'Europe s'est " faite hier soir. Mais j'ai voulu voir ce matin le gouy verneur avant de fei'mer ces dépêches.
s \'oici donc le pi-ince Djalma retenu forcément 1» ici pendant un mois ; cette occasion du Bin/tcr perr due, il est matériellement impossible que le jeune T Indien soit en France avant le 13 février de l'an ' prochain.
I \ ous le voyez... vous avez ordonné, j'ai aveu- :" glément agi selon les moyens dont je pouvais disr poser, ne considérant que \a fin qui les justifiei-a, " car il s'agissait, m'avez-vous dit, d'un intéi'êt imr mense pour la Société.
» Entre vos mains j'ai été ce que nous devons êti-e ■^ entre les ukiIms de nos supérieurs... un instr-n-
LEMUISCADE. r.9
n ment... puisqu'ù la plus grando gloire do Dieu,
» nos supérieurs /b;/^ dr nous, quant à la volonté,
3 des cadavres '.
» Laissons donc nier notre accord et notre puis-
1» sancc : les temps nous semblent contraires , mais
« les événemeuts changent seuls ; nous , nous ne
- changeons pas.
^ Obéissance et courage , secret et patience , ruse
- et audace , union et dévouement entre nous, qui
- avons pour patrie le monde, pour famille nos frères, ' et pour reine Rome.
A dix heures du matin environ , Alahal le contrebandier partit, avec cette dépèche cachetée, pour se rendre à bord du Ru y ter.
l ne heure après , le corps de Mahal le contrebandier, étranglé à la mode des Phansegars , était caché dans des joncs sur le bord d'une grève déserte, où il était allé chercher sa barque pour rejoindre A- Riiyter.
Lorsque plus tard, après le départ de ce bâtiment, on retrouva le cadavre du contrebandier, W. Josuc fit en vain chercher sur lui la volumineuse dépèche dont il l'avait chargé.
On ne retrouva pas non plus la lettre que Mahal
^ On sail que la doctrine df l'obcissaiicp passive ol absolue , principal piiol de la .Société de Jésus, se résume par ces terribles mots ih' Loyola mourant : Tout membre df l'ordre sera , dans les muiiis (U> ses <ini>érieiir.t, rouuK r\ rituvr.K ^ i'KI'.inmk \r. cïmvkR'.
60 LE JUIF ERRAXT.
(levait rompttre au capitaino du Ruijtcr afin d'rtrp rocu coinine passager.
Enfin, les fouilles et les battues ordonnées et exécutées dans le pays pour y découvrir Faringhea furent toujours vaincs.
Jamais on ne revit à Java le dangereux chef des Ktrangleurs.
V\\ HE I,A TIIOFSIKME ÎMRTrK.