A SOEIR DE LA REINE BACCHANAL
s'rtait prolojidénipnt aUéroo à la suite de tant de jnoi'tilitatiuiis ; pourlant, jjar un sentiment de délicatesse extrême , et bien qu'elle ignorât le léger sacrifiée fait pour elle par Agricol , la AIayeu\ prétendait gagner un peu plus qu'elle ne gagnait réellement afin de s'épargner des offres de service qui lui eussent été doublement pénibles , et parce qu'elle savait la position gênée de Françoise et de son fils , et parce qu'elle se fût sentie blessée dans sa susceptibilité naturelle, encore exaltée par des chagrins et des humiliations sans nombre.
^lais, chose rare, ce corps difforme renfermait une àme aimante et généreuse, un esprit cultivé... cultivé jusqu'à la poésie ; hâtons-nous d'ajouter que ce phénomène était dû à l'exemple d'Agricol Baudoin, avec qui la Mayeux avait été élevée , et chez lequel l'instinct poétique s'était naturellement révélé.
La pau\ re fille avait été la première confidente des essais littéraires du jeune forgeron ; et loisqu'il lui parla du charme, du délassement extrême qu'il trouvait, après une dure journée de travail, dans la rêverie poétique, l'ouxTière, douée d'un esprit naturel remarquable, sentit à son tour de quelle ressource pourrait lui être cette distraction, à elle toujours si solitaire, si dédaignée.
In jour, au grand étonnemeut d'Agricol , qui venait de lui lire une pièce de vers, la bonne Alayeux rougit, balbutia, sourit timidement, et enfin lui fit aus.si sa confidence poétique.
Les vers manquaient peut-être de rhythme, d'har-
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rnoiiip ; mais ils étaient simples, touchants comme iiiip plaiiifo sans amcrtunic confu-c au cœur d'un ami. . . Depuis ce jour, Ajjricol cl elle se ('(insultèrpiit, sVnconrac^èront niutuclU'inonf ; mais, sauf lui, personne au monde ne fut instruit des essais poétiques de la Mayeu.v, qui du reste, jjràce à sa timidité suuvajje, passait pour sotte.
II fallait que l'àmc de cette infortunée fût jjrande et belle, car jamais dans ses chants ijjuorés il n'y eut un seul mot de colère ou de haine contre le sort fatal dont elle était victime; c'était une plainte triste mais douce, désespérée mais résifjnée ; c'étaient surtout des accents d'une tendressse infinie, d'une sympathie douloureuse , d'une anf[élique charité pour tous les pauvres êtres voués comme elle au double fai-deau de la laideur et de la misère.
Pourtant elle exprimait souvent une admiration naïve et sincère pour la beauté, et cela toujours sans envie, sans amertume ; elle admirait la beauté comme elle admirait le soleil...
^lais, hélas !... il y eut bien des vers de la Mayeux ((u'A|]ricol ne connaissait pas et qu'il ne devait jamais connaître ; le jeune forgeron , sans être régulièrement beau , avait une figure mâle et loyale , autant de bonté que de courage, un cœur noble, ardent, généreux, un esprit peu commun, une gaieté douce el franche.
La jeune fille, élevée avec lui, l'aima comme peut aimer une créature infortunée, qui, dans la crainte d'un ridicule atroce, est obligée de cacher son amour
LA SOEIH I)t L.\ RKINE B.ACCH.ANAL. lia
au plus profond de son cœur... Ohliyéc à ccUc itsene, à cette dissimulation profonde , la Mayeuv ne chercha pas à luir cet amour. A quoi bon ? Qui le saurait jamais ? Sou affectiou frateruelle , bien connue pour Agi'icol, suffisait à expliquer l'intérêt qu'elle lui portait ; aussi n'était-on pas suipris des mortelles angoisses de la jeune ouvrière, lorsqu'en 1850, après avoir intrépidement combattu, Agricol avait été rapporté sanjjlant chez sa mère.
Enfin, trompé comme tous par l'apparence de ce sentiment , jamais le fds de Dagobcrt n'avait souj)çonnc et ne devait soupçonner l'amour de la AIayeu\. Telle était donc la jeune fille pauvrement vêtue qui entra dans la chambre où Françoise s'occupait des préparatifs du souper de son jils.
■. (/est toi, ma pauvi'e Alayeux, — lui dit-elle ; — je ne tai pas vue ce matin ; tu n'as pas été malade?... Viens donc m embrasser. -
Ija jeune fdle embrassa la mère d'A;]ricol . et repondit :
i J'avais un travail très-pressé , madame Françoise ; je n'ai pas voulu perdre un moment, je viens seulement de le terminer... .Je vais descendre pour chercher du charbon : n'avez-vous besoin de rien?
— Xou, mon enfant... merci... mais tu me voi>< bien inquiète... \ oilà huit heures et demie... Agricol n'est pas encore rentré... — Puis elle ajouta avec un soupir : — Il se tue de travail pour moi. Ah! je suis bien malheureuse, ma pauvre Maycux... mes yeux sont complètement perdus :... au bout d un quart
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d'heure jna vue se trouble... je n'y vois plus... plus (lu font... même à coudre ces sacs... Etre à la charjje de mon lils... ça me désole.
— Aliî madame P'rançoise, si Ajjricol vous enfendciitî...
— Je le sais bien , le cher enfant ne son^je (pi'à moi... c'est ce qui rend mon chagrin plus graud... Kt puis enfin, je songe toujours que, pour ne pas me quitter , il renonce à l'avantage que tous ses camarades trouvent chez AI. Hardy, son digne et excellent bourgeois... Au lieu d'habiter ici sa triste mansarde, où il fait à peine clair en plein midi, il aurait, comme les autres ouvriers de l'établissement , et à peu d«' frais , une bonne chambre bien claire , bien chauffer dans l'hiver, bien aérée dans l'été, avec une vue sur des jardins, lui qui aime tant les arbres ; sans compter qu'il y a si loin d'ici à son atelier , qui est situé hors Paris , que c'est pour lui une fatigue de venir
— Mais il oublie cette fatigue-là en vous embrassant , madame Baudoin ; et puis il sait combien vous tenez à cette maison où il est né... AI. Hardy vous avait offert de venir vous établir au Plessis , dans le bâtiment des ouvriers , avec Agricol.
— Oui, mou enfant ; mais il aurait fallu abandon- Jier ma paroisse. . . et je ne le pouvais pas.
— Mais, tenez, madame Françoise, rassurez-vous, le voici... je l'entends, ^ dit la Mayeux en rougissant.
. En effet , un chant plein, sonore et joyeux , retentit dans l'escalier.
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. Qu'il ne iiir \(»ic pas plcurci- au moins , — dit la bonne mère en essuyant ses yeux remplis de larmes, - — il n'a que cette heure de repos et de tranquillité après son tra\ail;... que je ne la lui rende pas d« moins pénible. -