‹ Le juif errant (volume 4)Chapitre 3 sur 37 · LE CONTREBANDIER · texte numérisé non relu

LE CONTREBANDIER

lin parjure, do les payer de sa vie. C'était, en un mol, l'homme des sentiments entiers, absolus. Et un tel homme aux prises avec les tempéraments, les calculs, les faussetés, les déceptions, les ruses, les restrictions, les faux semblants d'une société très-raffînée , celle de Paris, par exemple, serait sans doute un trèscurieux sujet d'étude.

\ous soulevons cette hypothèse, parce que, depuis (jiie son voyage de France était résolu, Djalma n'avait (ju'une pensée fixe, ardente... Et/e à Paris.

A Paris... cette ville féerique dont, en Asie même, ce pays féerique, on faisait tant de merveilleuv i'{''cits.

Ce qui surtout enflammait l'imagination vierge et brûlante du jeune Indien , c'étaient les femmes françaises... ces Parisiennes si belles, si séduisantes, ces merveilles d'élégance, de grâce et de charmes, qui ('•clipsaient, disait-on, les magnificences de la capilale du monde civilisé.

A ce moment même , par cette soirée splendTde cl chaude, entouré de fleurs et de parfums eni\ran(s (|iii accéléraient encore les battements de ce cœur ardent et jeune, Djalma songeait à ces créatures enchanteresses qu'il se plaisait à revêtir des formes les plus idéales. Il lui semblait voir à l'extrémité de l'allée, au milieu de la nappe de lumière dorée que les arbres entouraient de leur plein cintre de verdure , il lui semblait voir passer et repasser, blancs et sveltes sur ce fond vermeil , d'adorables et volupliiciix fantômes qui, souriant, lui jetaient des baisers

I', LK JIIF F.RRAXT.

(lu houf de leurs (loi{{ls roses. Alors uc pouvant plus contenir les brûlantes émotions qui l'aj^itaient depuis (piel(|ues minutes, empoi'tc par une exaltation c'ti'an{{e, Djalma, poussant tout à coup quelques cris de joie mâle, profonde, d'une sonorité sauvage, fit en même tcnips ])ondir sous lui sa vigoureuse jument, avec une fo!le ivresse...

Un vif rayon de soleil, perçant la sombre voûte de l'allée, l'éclairait alors tout entier.

Depuis quelques instants , un bomme s'avançait rapidement dans un sentier qui, à son extrémité, coupait diagonalement l'avenue où se trouvait Djalma.

Cet bomme s'ai'rèta un moment dans l'ombre, contemplant Djalma avec étonnement.

C'était en effet quelque cbose de cbarmant à voir au milieu d'une éblouissante auréole de lumière que ce jeune bomme, si beau, si enivré, si ardent... aux vêtements blancs et flottants , si allègrement canq)é sur sa fîère cavale noire qui couvrait d'écume sa bride rouge et dont la longue queue et la crinière épaisse ondoyaient au vent du soir.

Mais , par un contraste qui succède à tous les désirs bumains, Djalma se sentit bientôt atteint d'un ressentiment de mélancolie indéfinissable et douce ; il porta la main à ses yeux humides et voilés, laissant tomber ses rênes sur le cou de sa docile monture.

Aussitôt celle-ci s'arrêta, allongea son encolure de cygne, et tourna la tête à demi vers le personnage qu'elle apercevait à travers le taillis.

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