CHAPITRE II
LA TOILEÏTK d'a I) R lE X \ E.
Environ une heure s'était passée depuis que madame Grivois avait vu ou avait cru voir mademoiselle Adrienne de Cardoville rentrer le matin dans le pavillon de l'hôtel de Saint-Dizier.
Pour faire , non pas excuser, mais comprendre l'excentricité des tableaux suivants, il faut mettre en lumière quelques côtés saillants du caractère original de mademoiselle de Cardoville.
Cette originalité consistait en une excessive indépendance d'esprit jointe à une horreur naturelle de ce qui était laid et repoussant, et à un besoin insurmontable de s'entourer de tout ce qui était beau et attrayant. Le peintre le plus amoureux du coloris, le statuaire le plus épris de la forme, n'épi-ouvaient pas
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plus qu'Adrioniie le noble oiithoiisiasmfi quo la viio (lo la beauté parfaite inspire toujours aux natures d'élite. Et ce n'était pas seulement le plaisir des yeux que cette jeune fille aimait à satisfaire ; les modulations harmonieuses du chant, la mélodie des instruments, la cadence de la poésie, lui causaient des plaisirs infinis, tandis qu'une voix aigre, un bruit discordant, lui faisaient éprouver la même impression pénible, presque douloureuse, qu'elle ressentait involontairement à la vue d'un objet hideux. Aimant aussi passionnément les fleurs, les senteurs suaves, elle jouissait des parfums comme elle jouissait de la musique , comme elle jouissait de la beauté plasti([ue. .. Faut-il enfin avouer cette énormité ? Adrienne était friande et appréciait mieux que personne la pulpe fraîche d'un beau fruit, la saveur délicate d'un faisan doré cuit à point , ou le bouquet odorant d'un vin généreux.
^lais Adrienne jouissait de tout avec uue réserve exquise ; elle mettait sa religion à cultiver, à raffiner les sens que Dieu lui avait donnés : elle eût regardé comme une noire ingratitude d'émousser ces dons divins par des excès , ou de les avilir par des choix indignes dont elle se trouvait d'ailleurs préservée par l'excessive et impérieuse délicatesse de son goût.
Le BEAU et le laid remplaçaient pour elle le bifa' et le MAL.
Son culte pour la grâce , pour l'élégance, pour la beauté physique , l'avait conduite au culte de la beauté morale ; car, si l'expression d'une passion
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méchante et basse enlaidit les plus beaux visages, les plus laids sont ennoblis par l'expression des sentiments généreux.
En un mot, Adrienne était la personnification la plus complète, la plus idéale de lasEXSUALiiK... non de cette sensualité vulgaire, ignare, inintelligente, 7nal' apjyvise, toujours faussée, corrompue par l'habitude ou par la nécessité de jouissances grossières et sans recherche, mais de cette sensualité exquise qui est aux sens ce que l'atticisme est à l'esprit. L'indépendance du caractère de cette jeune fdie était extrême. Certaines sujétions humiliantes, imposées à la femme par sa position sociale , la révoltaient surtout ; elle avait hardiment résolu de s'y soustraire.
Du reste, il n'y avait rien de viril chez Adrienne ; e'(''tait la femme la ^\n?> fotwic qu'on puisse s'imaginer: femme par sa grâce, par ses caprices, par son charme, par son éblouissante et fcNnninc beauté; femme par sa timidité comme par son audace ; femme par sa haine du brutal despotisme de l'homme comme par le besoin de se dévouer follement, aveuglément , pour celui qui pouvait mériter ce dévouement ; femme aussi par son esprit piquant , un peu |)aradoxal ; femme supérieure enfin par son dédain juste et railleur pour certains hommes très-haut placés ou très-adulés qu'elle avait parfois rencontrés dans le salon de sa tante, la princesse de Saint-Dizier, lorsqu'elle habitait avec elle.
Ces indispensables explications données , nous fe-
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rons assister le lecteur au lever d'Adrienne de Cardoville, qui sortait du bain.
Il faudrait posséder le coloris éclatant de l'école vénitienne pour rendre cette scène charmante, qui semblait plutôt se passer au seizième siècle, dans quelque palais de Florence ou de Bologne, qu'à Palis , au fond du faubourg Saint-Germain , dans le mois de février 1852.
La chambre de toilette d'Adrienne était une sorte de petit temple qu'on aurait dit élevé au culte de la beauté. . . par reconnaissance envers Dieu , qui prodigue tant de charmes à la femme, non pour qu'elle les néglige, non pour qu'elle les couvre de cendre , non pour qu'elle les meurtrisse par le contact d'un sordide et rude cilice, mais pour que dans sa fei-vente gratitude elle les entoure de tout le prestige de la grâce, de toute la splendeur de la parure, afin de glorifier l'œuvre divine aux yeux de tous. Le jour arrivait dans cette pièce demi-circulaire par une de ces doubles fenêtres formant seri'e chaude , si heureusement importées d'Allemagne. Les murailles du pavillon, construites en pierres de taille fort épaisses, rendaient très-profonde la baie de la croisée , qui se fermait au dehors par un châssis fait d'une seule vitre, et au dedans par une grande glace dépolie ; dans l'intervalle de trois pieds environ laissé entre ces deux clôtures transparentes , on avait placé une caisse, remplie de terre de bruyère, où étaient plantées des lianes grimpantes qui, dirigées auluur de la glace dépolie, formaient une (>|)aisse guirlande de
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leuilles et de fleurs. Une tenture de damas grenat , nuancé d'arabesques d'un ton plus clair, couvrait les murs ; un épais tapis de pareille couleur s'étendait sur le plancher. Ce fond sombre, pour ainsi dii*e neutre, faisait merveilleusement valoir toutes les nuances des ajustements.
Au-dessous de la fenêtre, exposée au midi, se trouvait la toilette d'Adrienne , véritable chef-d'œuvre dorfévrerie. Sur une large tablette de lapis-lazuli on voyait épars des boîtes de vermeil au couvercle précieusement émaillé, des flacons de cristal de roche , et d'autres ustensiles de toilette, en nacre, en écaille et ivoire, incrustés d'ornements en or d'un goût merveilleux ; deux grandes figures d'argent modelées avec une pureté antique supportaient un miroir ovale à pivot , qui avait pour bordure , au lieu d'un cadre curieusement fouillé et ciselé, une fraîche guirlande de fleurs naturelles chaque jour renouvelées comme un bouquet de bal.
Deux énonnes vases du Japon , bleus, pourpre et or, de trois pieds de diamètre, placés sur le tapis de chaque côté de la toilette , et remplis de camélias, d'ibiscus et de gardénias en pleine floraison, formaient une sorte de buisson diapré des plus vives couleurs.
Au fond de la chambre , faisant face à la croisée , on voyait, entourée d'une autre masse de fleurs, une rc'duction en marbre blanc du groupe enchanteur de Daphnis et Chloé , le plus chaste idéal de la grâce pudique et de la beauté juvénile...
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Deux lampes d'or, à parfums, brûlaient sur le socle de malachite qui supportait ces deux charmantes figures.
Un grand coffre d'argent niellé, rehaussé de figurines de vermeil et de pierreries de couleur, supporté sur quatre pieds de bronze doré, servait de nécessaire de toilette ; deux glaces psyché , décorées de girandoles ; quelques excellentes copies de Raphaël et du Titien, peintes par Adriennc , et représentant des portraits d'hommes ou de femmes d'une beauté parfaite ; plusieui's consoles de jaspe oriental supportant des aiguières d'argent et de vermeil , couvertes d'ornements repoussés , et remplies d'eaux de senteur ; un moelleux divan, quelques sièges et une table de bois doré, complétaient l'ameublement de cc(te cbanibre imprégnée des parfums les plus suaves.
Adrienne, que l'on venait de retirer du bain, était assise devant sa toilette ; ses trois femmes l'entouraient.
Par un caprice , ou plutôt par une conséquence logique de son esprit amoureux de la beauté , de l'barmonie de toutes choses , Adrienne avait voulu que les jeunes filles qui la servaient fussent fort jolies, et habillées avec une coquetterie, avec une originalité charmante. On a déjà vu Georgette, blonde piquante , dans son costume agaçant de soubrette de l\Iarivaux ; ses deux compagnes ne lui cédaient eu rien pour la gentillesse et pour la grâce.
L'une, nommée Florine, grande et svelte fille, à la tournure de Diane chasseresse, était pâle et brune ;
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SCS épais cheveux noirs se tordaient en tresses derrière sa tcle et s'y attachaient par une longue épingle d'or. Elle avait , comme les autres jeunes filles , les hras nus pour la facihté de son service, et portait une robe de ce revt gai si familier aux peintres vénitiens ; sa jupe était très-ample , et son corsage étroit s'échancrait carrément sur les plis d'une gorgerctte de batiste blanche plissée à petits plis, et fermée par cinq boutons d'or.
lia troisième des femmes d'Adrienne avait une figure si fraîche, si ingénue, une taille si mignonne, si accomplie , que sa maîtresse la nommait Héh/'- ; sa robe, d'un rose pâle et faite à la grecque, découvrait son cou charmant et ses jolis bras jusqu'à l'épaule.
La physionomie de ces jeunes filles était riante, heureuse ; on ne lisait pas sur leurs traits cette expression d'aigreur sournoise, d'obéissance envieuse , de familiarité choquante, ou de basse déférence, résultats ordinaires de la servitude. Dans les soins empressés qu'elles donnaient à Adrienne , il semblait y avoir autant d'affection que de respect et d'attrait ; elles paraissaient prendre un plaisir extrême à rendre leur maîtresse charmante. On eût dit que l'embellir et la parer était pour elles une (purre d'art , remplie d'agrément, dont elles s'occupaient avec joie , amour et orgueil.
Le soleil éclairait vivement la toilette placée en face de la fenêtre ; Adrienne était assise sur un siég/' à dossier peu élevé ; elle portait une longue robe de
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chambre d'élofl'e de soie d'uu bleu pâle, brochée d'un feuillage de même couleur, serrée à sa taille, aussi fine que celle d'une enfant de douze ans, par une cordelière flottante ; son cou , élégant et s\ elte comme un col d'oiseau , était nu , ainsi que ses bras et ses épaules , d'une incomparable beauté ; malgré la vulgarité de cette comparaison , le plus pur ivoire donnerait seul l'idée de l'éblouissante blancheur de cette peau , satinée, polie, d'un tissu tellement frais cl ferme, que quelques gouttes d'eau, restées en suite du bain à la racine des cheveux d'Achùenne, roulèrent dans la ligne serpentine de ses épaules, comme des perles de cristal sur du marbre blanc. Ce (pii doublait encore chez elle l'éclat de cette carna- (ion merveilleuse, particulière aux rousses , c'était le pourpre foncé de ses lèvres humides, le rose transparent de sa petite oreille , de ses narines dilatées et de ses ongles luisants comme s'ils eussent été vernis ; partout enfin où son sang pur, vif et chaud , pouvait colorer l'épidcrmc , il annonçait la santé , la vie et la jeunesse. Les yeux d'Adrienne , très-grands et d'un noir velouté, tantôt pétillaient de malice et d'espril , (antôt s'ouvraient languissants et voilés, entre deux franges de longs cils frisés , d'un noir aussi foncé que celui de ses lins sourcils, très-nettement arqués... car, par un charmant caprice de la nature, elle avait des cils et des sourcils noirs avec des cheveux roux ; son front, petit comme celui des statues grecques, surjnonlail son \isage d'un ovale parfait; son nez, dune tourbe délicate, était légèrement aquilin; l'e-
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uiiiil (le SCS dents étincelait , et sa bouche vermeille, adorableniciit sensuelle, semblait appeler les doux baisers, les gais sourires et les délectations d'une friandise délicate. On ne pouvait enlin voir un port de tète plus libre, plus fier, plus élégant, grâce à la grande distance qui séparait le cou et l'oreille de l'attache de ses larges épaules à fossettes. \ous l'avons dit , Adricimc était rousse , mais rousse ainsi que le sont plusieurs des admirables portraits de l'emmes de Titien ou de Léonard de \'iiici... C'est dire que l'or fluide n'offre pas de rellets plus chatoyants, plus lumineux que sa masse de cheveux naturellement ondes, doux et fins comme de la soie, et si longs, si longs... qu'ils touchaient à terre lorsqu'elle était debout, et qu'elle pouvait s'en envelopper comme la V énus Aphrodite.
A ce moment surtout ils étaient ravissants à voir, (îeorgettc, les bras nus, debout derrière sa maîtresse, avait réuni à grand'peine, dans une de ses. petites mains blanches , cette splendide chevelure dont le soleil doublait encore l'ardent éclat... Lorsque la jolie camériste plongea le peigne d'ivoire au milieu des fiots ondoyants et dorés de cet énorme échcveau de soie , on eût dit que mille étincelles en jaillissaient ; la lumière et le soleil jetaient des reflets non moins vermeils sur les grappes de nondn-eux et légers tire-bouchons, qui, bien écartés du front, tond)aient le long des joues d'Adrienne, et dans leur souplesse élastique caressaient la naissance de son sein de neige , dont ils suivaient l'ondulation charmante. II. 16
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Taiulis que (jeorgcitp, debout, peignait les beaux cjieicux de sa maîtresse, Hébé , un genou en terre, et ayant sur l'autre le pied mignon de mademoiselle de Cardoville, s'occupait de la cbausser d'un tout petit soulier de satin noir, et croisait ses minces cothin'ncs sur un bas de soie à jour qui laissait deviner la blancbeur rosée de la peau et accusait la cbeville la plus fine, la plus délice qu'on put voir; Florine, nn peu plus en arrière, présentait à sa maîtresse, dans une boîte de vermeil, une pâte parfumée dont Ad ricnnc frotta légèrement ses éblouissantes mains aux doigts effilés , qui semblaient teints de carmin à leur extrémité...
Enfin n'oublions pas Lutine, qui, couchée sur les genoux de sa maîtresse, ouvrait ses grands yeux de toutes ses forces et semblait suivre les diverses phases de la toilette d'Adriennc avec une sérieuse attention.
In timbre argentin ayant ré.sonne au dehors , Florine, à un signe de sa maîtresse, sortit et revint bientôt, portant une lettre sui* un petit plateau de vermeil.
Adrienne , pendant que ses femmes finissaient de la chausser, de la coiffer et de l'habiller, prit cette lettre, que lui écrivait le régisseur de la terre de Cardoville, et qui était ainsi conçue :
a Mademoiselle,
V. Connaissant votre bon ccrur et lotrc générosité, 'î je me permets de m'adresscr ù vous en toute con-
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- iiancc. Pendant vinjjt ans, j'ai servi feu M. lecomtc-
- (lue (le Cardoville , votre père , avec zèle et pro- ■ l)itë ; je crois pouvoir le dire... Le château est T vendu, de sorte (juc moi et ma femme nous voici T. à la veille d'être renvoyés et de nous trouver sans r aucune ressource, e( , à notre àjifc , hélas! c'est •' hien dur, mademoiselle... "
^ Pau\res jrens... — dit Adrienne en s'inlerrompant de lire , — mou père , en effet , me vantait toujours leur dévouement et leur probité.^ Elle continua :
^ II nous resterait bien un moyen de conserver
- notre place;... mais il s'ajjirait pour nous de faire 7) une bassesse , et , (|uoi (ju'il puisse nous amver, t ni moi ni ma femme ne voulons d'un pain acheté à î) ce prix-là... -
u Bien, bien... toujours les mêmes... — dit Adiienne , — la dignité dans la pauvreté... c'est le parfum dans la fleur des prés. -^
a Pour vous expliquer, mademoiselle , la cho.«;c "" indigne que l'on exigerait de nous, je dois vous dire
- d'abord que , il y a deux jours , M. Rodin est venu 7) de Paris... t>
« Ah! M. Rodin, — dit mademoiselle de Cardoville en s'interrompant de nouveau , — le secrétaire de l'abbé d'Aigrigny ?... je ne m'étonne plus s'il s'agit d'une perfidie ou de quelque ténébreuse intrigue. \ oyons. -1
■- AI. Rodin est venu de Paris pour nous annoncer " que la terre était \endue, et qu'il était certain de • nous conserver notre place si nous l'aidions à don-
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fi ner poui' confesseur à la nouvelle propriétaire un n prêtre décrié, et, si pour mieux arriver à ce but, s nous consentions à calomnier un autre desservant , ■n excellent homme , très-rcspecté , Irès-aimé dans le •n pays : ce n'est pas tout , je devais secrètement écrire 1 à M. Rodin , deux fois par semaine , tout ce qui se ^ passerait dans le château. Je dois vous avouer, •n mademoiselle , que ces honteuses propositions ont y> été autant que possible déguisées , dissimulées sous T> des prétextes assez spécieux ; mais , malgré la i> forme plus ou moins adroite , le fond de la chose 5) est tel que j'ai eu l'honneur de vous le dire , ma- •n demoiselle... ■»
a Corruption... calomnie et délation! — se dit Adrienne avec dcgoùt , — je ne puis songer à ces gens-là sans qu'involontairement .s'éveillent en moi des idées de ténèbres, de venin et de vilains r(>plih's noii-s... ce qui est en vérité d'un très-hideux aspect. Aussi j'aime mieux songer aux calmes et douces ligures de ce pauvre Dupont et de sa femme. -^ Adrienne continua :
f \ ous pensez bien , mademoiselle , que nous n'a- » vous pas hésité; nous quitterons Cardoville, où T> nous sommes depuis vingt ans, mais nous le qiiit- 1 terons en hon?ièles gens... Alainlenant , madcnuii- T) selle, si parmi los brillantes connaissances vous " pouviez, vous (pii êtes si boime , Jious trouver une » place, en nous recommandant; peut-être, grâce à » vous, mademoiselle, sortirions-nous d'un bien cruel " embarras... »
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t. Ccrtainoniont ce ne sera pas en vain qu'ils se seront adressés à moi... Arracher de braves gens aux fijril'fes de il. Rodin , c'est un devoir et un plaisir; car c'est à la fois chose juste et dangereuse... et j'aime tant braver ce qui est puissant et qui opprime! » Adrienne repiit :
t> Après vous avoir parle de nous, mademoiselle, n permettez-nous d'implorer votre protection pour ■n d'autres , car il serait mal de ne songer qu'à soi : " deux bâtiments ont fait naufrage sur nos côtes il y « a trois jours ; quelques passagers ont seulement pu n être sauvés et conduits ici , où moi et ma femme » leur avons donné tous les soins nécessaires ; plu- ■n sieurs de ces passagers sont partis pour Paris , mais T il en est reste un. Jusqu'à pi-ésent ses blessures ■' l'ont empêché de quitter le château, et l'y retien- ' (Iront encore quelques jours... (i'est un jeune prince " indien de vingt ans environ, et qui paraît aussi " bon qu'il est beau , ce qui n'est pas peu dire, quoi- ■0 qu'il ait le teint cuivré comme les gens de son n pays , dit-on, »
u Ln prince indien! de vingt ans! jeune, bon et beau ! n s'écria gaiement Adrienne , — c'est charmant, et surtout très-peu vulgaire; ce prince Jiaufragé a déjà toute ma sympathie... mais que pin's-je pour cet Adonis des bords du Gange qui vient échouer sur les côtes de Picardie ? n
Les trois femmes d'AfU'ienne la regardèrent sans trop d'étonnement, habituées qu'elles étaient aux singularités de son caractère. Georgette et Hébé se
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prirent mt*mn à soiiriro discrètement ; Florine , la grande belle fdlc brune et paie , P'iorine sourit ainsi que SCS jolies compagnes , mais un peu plus tard et pour ainsi dire par réflexion , comme si elle eût été d'abord et surtout occupée d'écouter et de retenir les moindres paroles de sa maîtresse , qui , fort intéressée à l'endroit de l'Adonis des bords du Gange , comme elle le disait, continua la lecture de la leKre du régisseur .
tt Un des compatriotes du prince indien, qui a » voulu rester auprès de lui pour le soigner, m'a )) laissé entendre que le jeune prince avait perdu )) dans le naufrage tout ce qu'il possédait... et qu'il i> ne savait comment faire pour trouver le moyen » d'arriver à Paris, où sa prompte présence était in- 7) dispensablc pour de grands intérêts :... ce n'est n pas du prince que je tiens ces détails, il paraît » trop digne , trop fier pour se plaindre ; mais son » compatriote, plus communicatif, m'a fait ces con- » fidences , en ajoutant que son jeune compatriote T) avait éprouvé déjà de grands malheurs, et que son T père , roi d'un pays de l'Inde , avait été dernière- T> ment tué et dépossédé par les Anglais... ^
a C'est singulier, — dit Adrienne en réfléchissant, — ces circonstances me rappellent que souvent mon père me parlait d'une de nos parentes (jui avait épousé dans l'Inde un roi indien auprès duquel le général Simon, c[u'on vient de faire maréchal, avait pris du service... — Puis s'interrompant, elle ajouta en souriant : — Mon Dieu , que ce serait donc ])i-