‹ Le juif errant (volume 5)Chapitre 24 sur 31 · I.lNCOWl · texte numérisé non relu

I.lNCOWl

- Ce net pas pour vous qu. Jp parle, madomoiselle, mais pour votre amie Céphyse, que vous avez aussi amenée dans le logement de M. Philémon

— Et où sei-ait-elle allée sans moi, ma bonne nicre Arsène? Depuis que son amant a été arrêté elle n'a pas osé retourner chez elle, parce qu'ils y devaient toutes sortes de termes. Voyant sa peine je lui ai dit : Viens toujours loger chez Philémon' A son retour, nous verrons à te caser autrement .r";;.M^"''' '"^d«"^«'^^»e, si vous m'assurez que M. Plnlemon ne sera pas fâché... à la bonne heure.

— Pache, et de quoi? qu'on lui abîme son ménage? Il est si gentil, son ménage! Hier , j'ai cassé la dermère tasse... et voilà dans quelle drôle de chose je suis réduite à venir chercher du lait. »

Et Rose-Pompon , riant aux éclats, sortit son joli petit bras blanc de son manteau et fit voir à la mère Arsène un de ces verres à vin de Champagne de capacité colossale, qui tiennent une bouteille environ.

- Ah ! mon Dieu ! — dit la fruitière ébahie , — ou dirait une trompette de cristal.

— C'est le verre de grande tenue de Philémon , dont on l'a décoré quand il a été reçu ca?iofier-/hmihard, -~ dit gravement Kose-Pompon.

— Et dire qu'il va falloir vous mettre votre lait làdedan.s, ça me rend toute honteuse , ~ dit la mère Arsène.

— Et moi donc... si je rencontrais quelqu'un dans 1 escalier... en tenant ce verre à la main comme un cerge... Je rirais trop... je ca.sserais la dernière

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pièce du bazar à Philcmon et il me donnerai! sa

malédiction.

Il n'y a pas de danger que vous rencontriez

quelqu'un ; le premier est déjà sorti , et le second ne se lève que très-tard.

A propos de locataire, — dit Rose-Pompon, —

est-ce qu'il n'y a pas à louer une chambre au second, dans le fond de la cour? Je pense à ça pour Géphyse , une fois que Philémon sera de retour.

. Oui , il y a un mauvais petit cabinet sous le

toit... au-dessus des deux pièces du vieux bonhomme qui est si mystérieux , — dit la mère Arsène.

Ah! oui, le père Gharlemagne... vous n'en

savez pas davantage sur son compte ?

Mon Dieu non, mademoiselle, si ce n'est qu'il

est venu ce matin au point du jour ; il a cogné aux contrevents. — « Avez-vous reçu une lettre pour moi , ma chère dame? — m'a-t-il dit (il est toujours si poli, ce brave homme). —Non, monsieur,— que je lui ai répondu. — Bien ! bien ! alors ne vous dérangez pas , ma chère dame , je repasserai , » — et il est reparti.

Il ne couche donc jamais dans la maison ?

Jamais. Probablement qu'il loge autre part, car il ne vient passer ici que quelques heures dans la journée tous les quatre ou cinq jours.

— Et il y vient seul ?

— Toujours seul.

— Vous en êtes sûre ? Il iie ferait pas entrer par hasard de petite femme en minon-minetle? car alors

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Philcmon vous donnerait congé, — dit llosc-ronipon d'un air plaisamment pudibond.

— M. Charlcmagnc ! ! ! une femme, chez lui? Ah ! le pauvre cher homme! — dit la fruitière en levant les mains au ciel, — si vous le voyiez, avec son chapeau crasseux, sa vieille redingote , son parapluie rapiécé et son air bonasse ; il a plutôt l'air d'un saint que d'autre chose.

— Mais alors , mère Arsène , qu'est-ce qu'il peut venir faire ainsi tout seul pendant des heures dans ce taudis du fond de la cour, oii, on voit à peine clair en plein midi ?

— C'est ce que je vous demande , mademoiselle ; qu'est-ce qu'il y peut faire ? car pour venir s'amuser à être dans ses meubles , c'est pas possible : il y a en tout chez lui un lit de sangle, une table, un poêle , une chaise et une vieille malle,

— C'est dans les prix de l'établissement de Philcmon, — dit Rose-Pompon.

— Eh bien ! malgré ça , mademoiselle , il a autant de peur qu'on entre chez lui que si l'on était dos voleurs, et qu'il aurait des meubles en or massif ; il a fait mettre à ses frais une serrure de sûreté ; il ne me laisse jamais sa clef ; enfin il allume son feu lui-même dans son poêle, plutôt que de laisser entrer quelqu'un chez lui.

Kt vous dites qu'il est vieu

— Oui, mademoiselle.... dans les cinquante à soixante.

— Et laid ?

VM LE JllF EUllAXT.

— Figurez-vous comme deux petits yeux de vipère percés avec une vrille , dans une figure toute blême, comme celle d'un mort. .. si blême enfin que les lèvres sont blanches : voilà pour son visage. Quant à son caractère , le vieux brave homme est si poh , il vous ôte si souvent son chapeau en vous faisant un grand salut , que c'en est embarrassant.

— Mais j'en reviens toujours là , — reprit Rose- Pompon , — qu'est-ce qu'il peut faire tout seul dans ses deux chambres? Après ça... si Géphyse prend le cabinet au-dessus quand Philémon sera revenu, nous pourrons nous amuser à en savoir quelque chose... Et combien veut-on louer ce cabinet ?

— Dame... mademoiselle , il est en si mauvais état que le propriétaire le laisserait, je crois bien, pour cinquante à cinquante-cinq francs par an, car il n'y a guère moyen d'y mettre de poêle, et il est seulement éclairé par une petite lucarne en tabatière.

— Pauvre Géphyse ! — dit Rose-Pompon eu soupirant et en secouant tristement la tête ; — après s'être tant amusée, après avoir tant dépensé d'argent avec Jacques Rennepont, habiter là et se remettre à vivre de son travail!... Faut-il quelle ait du courage !...

— Le fait est qu'il y a loin de ce cabinet à la voiture à quatre chevaux où mademoiselle Géphyse est venue vous chercherl'autre jour, avec tous ces beaux masques, qui étaient si gais... surtout ce gros en casque de papier d'argent avec un plumeau et en bottes à rcicrs... Quel réjoui !

— Oui, \ini-Moulin , il n'y a pas son pareil pour danser le fruit défendu... II fallait le voir eu visà-vis avec Céphyse... la reine Bacchanal... Pauvre rieuse... pauvre tapageuse!... Si elle fait du bruit maintenant, c'est en pleurant...

— Ah!... les jeunesses... les jeunesses!... — dit la fruitière.

— Ecoutez donc , mère Arsène , vous avez été jeune aussi... vous...

— ]\Ia foi , c'est tout au plus ! et à vrai dire , je me suis toujours vue à peu près comme vous me voyez.

— Et les amoureux , mère Arsène ?

— Les amoureux, ah! bien oui! d'abord j'étais laide , et puis j'étais trop bien préservée,

— \'otre mère vous surveillait donc beaucoup ?

— Xon , mademoiselle... mais j'étais attelée...

— Comment , attelée ? — s'écria Rose-Pompon ébahie , en interrompant la fruitière.

— Oui , mademoiselle , attelée à un tonneau de porteur d'eau avec mon frère. Aussi , voyez-vous, quand nous avions tiré comme deux vrais chevaux pendant huit ou dix heures par jour, je n'avais guère le cœur de penser aux gaudrioles.

— Pauvre mère Arsène, quel rude métier! — dit Rose-Pompon avec intérêt.

— L'hiver surtout, dans les gelées... c'était le plus dur... moi et mon frère nous étions obligés de nous faire clouter à glace , à cause du verglas.

— Et une femme encore... faire ce métier-là!...

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ça fend le cœur... Et on défend d'atteler des chiens M — ajouta très-sensément Rose-Pompon.

— Dame ! c'est vrai , — reprit la mère Arsène, — les animaux sont quelquefois plus heureux que les personnes ; mais que voulez-vous? il faut vivre... Oîi la bète est attachée, faut qu'elle broute... mais c'était dur... J'ai gagné à cela une maladie de poumons , ce n'est pas ma faute ! Cette espèce de bricole dont j'étais attelée. . . en tirant , voyez-vous , ça me pressait tant et tant la poitrine que je ne pouvais pas respirer ;... aussi j'ai abandonné l'attelage et j'ai pris une boutique. C'est pour vous dire que si j'avais eu des occasions et de la gentillesse j'aurais peut-être été comme tant de jeunesses qui commencent par rire et qui finissent...

— Par tout le contraire, c'est vrai , mère Arsène ; mais aussi tout le monde n'aurait pas le courage de s'atteler pour rester sage... Alors on se fait une raison , on se dit qu'il faut s'amuser tant qu'on est jeune et gentille... et puis qu'on n'a pas dix-sept ans tous les jours... Eh bien! après... après... la fin du monde, ou bien on se marie...

— Dites donc , mademoiselle , il aurait peut-être mieux valu commencer par là.

— Oui , mais on est trop bète , on ne sait pas enjôler les hommes , ou leur faire peur ; on est simple , confiante , et ils se moquent de vous... Te-

' On sait (|u'il j a l'ii l'IlVl deux oidonnaïu'cs, ipiiiplips d'un loucli.int luléiùt poui la lace cuiiiut', qui intcidiscul l'allelayc des chiens.

L'IXCOWl.

nez , moi , mère Arsène , c'est ça qui serait un exemple à faire frémir la nature si je voulais ; mais c'est bien assez d'avoir eu des chagrins, sans s'amuser encore à s'en faire de la graine de souvenirs.

— Comment ça, mademoiselle?... vous si jeune, si gaie , vous avez eu des chagrins ?•

— Ah ! mère Arsène ! je crois bien , à quinze ans et demi j'ai commencé à fondre en larmes , et je n'ai tari qu'à seize ans... C'était assez gentil, j'espère ?

— On vous a trompée , mademoiselle ?

— On m'a iiiit pis... comme on a fait à tant d'autres pauvres fdics qui , pas plus que moi , n'avaient d'abord envie de mal faire... Mon histoire n'est pas longue... Mon père et ma mère sont des paysans du côté de Saint-Valery , mais si pauvres , si pauvres , que sur cinq enfants que nous étions ils ont été obligés de m'envoyer à huit ans chez ma tante, qui était femme de ménage ici , à Paris. La bonne femme m'a prise par charité ; et c'était bien à elle, car elle ne gagnait pas grand'chose. A onze ans, elle m'a envoyée travailler dans une des manufactures du f^mbourg Saint-Antoine. C'est paspourdiredu mal des maîtres des fabriques, mais ça leur est bien égal que les petites filles et les petits garçons soient pèlemèlc avec des jeunes filles et des jeunes gens de dix-huit à vingt ans... aussi pèle-mèle entre eux... Alors vous concevez. . . il y a là-dedans comme partout des mauvais sujets ; ils ne se gênent ni en pal'oles ni en actions, et je vous demande quel exemple

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pour (les enfants qui voient et qui entendent plus qu'ils n'en ont l'air! Alors, que voulez-vous !... on s'habitue en grandissant à entendre et à voir tous les jours des choses qui plus tard ne vous effarouchent plus.

— C'est vrai , au moins', ce que vous dites-là, mademoiselle Rose-Pompon ; pauvres enfants ! qui est-ce qui s'en occupe ? ni le père ni la mère ; ils sont à leur tache...

— Oui, oui, allez, mère Arsène, on a bien vite dit d'une jeune fille qui a mal tourné : C'est une ci, c'est une ça ; mais si on savait le pourquoi des choses, on la plaindrait plus qu'on ne la blâmerait... Enfin, pour en revenir à moi , à quinze ans j'étais très-gentille... Un jour, j'ai une réclamation à faire au premier commis de la fabrique. Je vais le trouver dans son cabinet ; il me dit qu'il me rendra justice , et que même il me protégera si je veux l'écouter, et il commence par vouloir m'embrasser. Je me débats... Alors il me dit : « Tu me refuses , tu n'auras plus D d'ouvrage ; je te renvoie de la fabrique, v

— Oh! le méchant homme! dit la mère Arsène.

— Je rentre chez nous tout en larmes, ma pauvre tante m'encourage à ne pas céder et à me placer ailleurs. . . Oui. . . mais impossible ; les fabriques étaient encombrées. Un malheur ne vient jamais seul : ma tante tombe malade , pas un sou à la maison : je prends mon grand courage ; je retourne à la fabrique suppUer le commis. Rien n'y fait. « Tant pis pour •n toi, me dit-il; tu refuses ton bonheur, car si tu 5) avais voulu être gentille , plus tard je l'aurais peut-

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r> èlre épousée... » Que voulez-vous que je vous dise , mère Arsène ? La misère était là ; je n'avais pas d'ouvrage ; ma taule était malade ; le commis disait qu'il m'épouserait... J'ai fait comme 'tant d'autres.

— Et quand , plus tard , vous lui avez demandé le mariage ?

— Il m'a ri au nez, bien entendu, et, au bout de six mois , il m'a plantée là... C'est alors que j'ai tant pleuré toutes les larmes de mon corps... qu'il ne m'en reste plus... J'en ai fait une maladie... et puis enfin, comme on se console de tout... je me suis consolée;... de ûl en aigudle, j'ai rencontré Pliilémon. Et c'est sur lui que je me revenge des autres... Je suis son tyran, — ajouta Rose-Pompon d'un air tragique , et l'on vit se dissiper le nuage de tristesse qui avait assombri son joli visage pendant son récit à la mère Arsène.

— C'est pourtant vrai, — dit la mère Arsène en rélléchissant. — On trompe une pauvre fille... qu'estce qui la protège , qu'est-ce qui la défend ? Ah ! oui , bien souvent le mal qu'on fait ne vient pas de vous... et...

— Tiens!... Xini-Moulin !... — s'écria Rose-Pompon en interrompant la fruitière et en regardant de l'autre côté de la rue, est-il matinal!... Qu'est-ce qu'il peut me vouloir ? n

Et Rose-Pompon s'enveloppa de plus en plus pudiquement dans son manteau.

Jacques Dumoulin s'avançait en effet le chapeau

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sur l'oreille, le nez rubicond et l'œil brillant; il était vêtu d'un paletot-sac qui dessinait la rotondité de son abdomen; ses deux mains, dont l'une tenait une grosse canne au port \d' arme , étaient plongées dans les vastes poches de ce vêtement.

Au moment où il s'avançait sur le seuil de la boutique , sans doute pour interroger la portière , il aperçut Rose-Pompon.

« Comment! ma pupille déjà levée!... case trouve bien!... moi qui venais pour la bénir au lever de l'aurore ! -d

Et Xini-Moulin avança, les bras ouverts , à rencontre de Rose-rPompon , qui recula d'un pas.

u Comment!... enfant ingrat,... reprit l'écrivain religieux, — vous refusez mon accolade matinale et paternelle ?

— Je n'accepte d'accolades paternelles que de Philémon... J'ai reçu hier une lettre de lui avec un petit baril de raisiné , deux oies, une cruche de ratafia de famille , et une anguille. Hein ! voilà un présent ridicule ! J'ai gardé le ratafia et j'ai troqué le reste pour deux amours de pigeons vivants que j'ai installés dans le cabinet de Philémon , ce qui me fait un petit colombier bien gentil. Du reste, 7non époux arrive avec sept cents francs qu'il a demandés à sa respectable famille sous le prétexte d'apprendre la basse, le cornet à pistons et le porte-voix , afin de séduire en société et de faire un mariage... chicandard... comme vous dites, bon sujet.

— Eh bien, ma pupille chérie! nous pourrons

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(Icgnstcr \c ratafia de famille et festoyer en attendant Philémon et ses sept cents francs. t>

Ce disant , IVini-Aïoulin frappa sur les poches de son gilet, qui rendirent un son métallique, et il ajouta : « Je venais vous proposer d'embellir ma vie aujourd'hui , et même demain , et même après-demain , si le cœur i^ous en dit...

— Si c'est des amusements décents et paternels, mon cœur ne dit pas non.

— Soye^ tranquille , je serai pour vous un aïeul, un bisaïeul, un portrait de famille... Voyons, promenade, dîner, spectacle, bal costume, et souper ensuite , ça vous va-t-il ?

— A condition que cette pauvre Géphyse en sera. Ça la distraira.

— Va pour Céphyse.

— M\ çà ! vous avez donc fait un héritage , gros apûtre?

— Mieux que cela , ô la plus rose de toutes les roses-pompons... Je suis rédacteur en chef d'un journal religieux... Et comme il faut de la tenue dans cette respectable boutique, je demande tous les mois un mois d'avance et trois jours de liberté ; à cette condition-là , je consens à faire le saint pendant vingt-sept jours sur trente , et à être grave et assommant comme le journal.

— Un journal, vous? En voilà uu qui sera drôle, et qui dansera tout seul, sur les tables des cafés, des ])as défendus.

— Oui, il sera drôle, mais pas pour (ouf le monde !

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Cp sont Ions sacristains cossus qui font les frais;... ils ne regarderont pas à l'argent, pourvu que le journal morde, déchire, brùlc, broie, extermine et assassine... Parole d'honneur! je n'aurai jamais été plus forcené, — ajouta Xini-Moulin en riant d'un gros rire ; — j'arroserai les blessures toutes vives avec mon venin premier cru ou avec mon fiel grrrrrand mousseux ! ! ! »

Et, pour péroraison, Xini-^Ioulin imita le bruit que fait en sautant le bouchon d'une bouteille de vin de Champagne, ce qui fit beaucoup rire Rose-Pompon.

n Et comment s'appellera-t-il , votre jouraal de sacristains ? — reprit-elle.

— Il s'appelle l'Amour du Prochain.

— A la bonne heure ! voilà un joli nom !

— Attendez donc , il en a un second.

— Voyons le second.

— L Amour du Procliain, ou l'Exterminateur des Incrédules, des Indijfèrents , des Tièdes et rt/A?/"^^; avec cette épigraphe du grand Bossuet : Ceux qui 7ic sont pas avec nous sont contre nous.

— C'est aussi ce que dit toujours Philémon dans ses batailles à la Chaumière en faisant le mouliiu^t.

— Ce qui prouve que le génie de l'aigle de Meaux est universel. Je nç lui reproche qu'une chose, c'est d'avoir été jaloux de Molière.

— Bah! jalousie d'acteur, — dit Rose-Pompon.

— Méchante!... — reprit Nini-Moulin en la menaçant du doigt.

— .•^h cà, vous allez donc exterminer madame

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de la Saintn-Coloml)o... car ollo osl nii ppn Iwâe, celle-là... et votre mariage?

— Mon journal le sert au contraire. Pensez donc ! rédacteur en chef... c'est une position superbe; les sacristains me prônent , me poussent , me soutiennent, me bénissent. J'empaume la Sainte-Colombe... et alors une vie... une vie à mort! v

A ce moment , un facteur entra dans la boutique et remit une lettre à la fruitière en lui disant : a Pour M. Cliarlemagnc... Affranchie... rien à payer.

— Tiens, — dit Rose-Pompon, — c'est pour le petit lieux si mystérieux, qui a des allures extraordinaires. Est-ce que cela vient de loin?..,

— Je crois bien, ça vient d'Italie, de Rome, — dit \ini-Moulin en regardant à son tour la lettre que la fruitière tenait à la main.

— Ah çà , — ajouta-t-il , — qu'est-ce donc que cet étonnant petit vieux dont vous parlez ?

— Figurez-vous , mon gros apôtre , — dit Rose- Pompon, un vieux bonhomme qui a deux chambres au fond de la cour ; il n'y couche jamais , et il vient s'y enfermer de temps en temps pendant des heures sans laisser monter personne chez lui... et sans qu'on sache ce qu'il y fait.

— C'est un conspirateur ou un faux-monnayeur,... — dit Xini-Moulin en riant.

— Pauvre cher homme ! — dit la mère Arsène, — où serait-elle donc, sa fausse monnaie? il me paye toujours en gros sous le morceau de pain et le radis

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noir que je lui fournis pour son déjeuner, quand il déjeune.

— Et comment s'appelle ce mystérieux caduc? — demanda Dumoulin.

— M. Gharlemagne, — dit la fruitière. — Mais, tenez... quand on parle du loup... on en voit la queue.

— Où est-elle donc, cette queue?

— Tenez... ce petit vieux, là bas... le long de la maison ; il marche le cou de travers avec son parapluie sous son bras.

— J\I. Rodin ! — s'écria Xini-Moulin ; et, se reculant brusquement, il descendit en hâte trois marches de l'escalier, afin de n'être pas vu. Puis il ajouta : — Et vous dites que ce monsieur s'appelle?

— M. Gharlemagne... Est-ce que vous le connaissez ? — demanda la fruitière.

— Que diable vient-il faire ici, sous un faux nom? — dit Jacques Dumoulin à voix basse en se parlant à lui-même.

— Mais vous le connaissez donc ? — reprit Rose-Pompon avec impatience. — Vous voilà tout interdit.

— Et ce monsieur a pour pied-à-terrc deux chambres dans cette maison ? et il y vient mystérieusement?— dit Jacques Dnmoulin de plus en plus surpris.

— Oui, — reprit Rose-Pompon, — on voit ses fenêlres du colombier de Philémon.

I,K UKDIIT. i(!>»

— Vite! vifp! passons par l'alliV; (jii'il iip me rencontre pas, ' dit Dumoulin.

Et , sans avoir été aperçu de Rodin , il passa de la boutique dans l'allée, et de l'allée monta l'escalier qui conduisait à l'appartement occupé par Rose- Pompon.

tt Bonjour, monsieur Charlemagnc, — dit la mère Arsène à Rodin , qui s'avançait alors sur le seuil de la porte , — vous venez deux fois en un jour ; à la bonne heure, car vous êtes joliment rare.

— Vous êtes trop honnête , ma chère dame , -n dit Rodin avec un salut fort courtois.

Et il entra dans la boutique de la fruitière.

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