FAUD... KT A MESURE QU'ELLES PASSERONT. . . MAUDIS LES VICTIMES
(Lamennais, Affaires de Rome. p. 110. Pagnerre, 1844.)
rXE VISITK IXATTEXmE. 523
» — Cola me va.
„ En rotour, la Russie (|arantlt à Rome , par
V l'Autriche , la compression sanglante des patriotes » de la Romagne.
y, — Cela me va toujours.
n Les bandes d'égorgeurs du bon cardinal Al-
T) bani ne suffisent plus au massacre des libéraux r impies ; elles sont lasses.
« — Cela ne me va plus. — Il faut qu'elles mary chent. T>
Au moment où Rodin venait (J' écrire ces derniers mots, son attention fut tout à coup distraite par la voix fraîche et sonore de Rose-Pompon, qui, sachant son Réranger par cœur, avait ouvert la fenêtre de Philémon, et, assise sur la barre d'appui, chantait avec beaucoup de charme et de gentillesse ce couplet de l'immortel chansonnier :
Mais, quelle erieur! nou, Dieu n'e«t pas colère. S'il créa tout... à tout il seit d'appui : Vins qu'il nous donne, amitié tutélaire, Kt vous, amours, qui créez après lui, Prêtez un charme à ma philosophie ; Pour dissiper des rêves aflligeauts.
Le verre en maiu, que chacun se confie .\u Dieu des bonnes ;;cns !
Ce chant, d'une mansuétude divine, contrastait si étrangement avec la froide cruauté des quelques lignes écrites par Rodin qu'il tressaillit et se mordit les lèvres de rage en reconnaissant ce refrain du poète véritablement chrétien, qui avait porté de si
2U \.V. JUIF EURAXT.
riulps coups il la mainaiso Kjifliso. Rodin attontlit ((uelques instants dans une impatience courroucée, croyant que la voix allait continuer; mais Rose-Pompon se tut, ou du moins ne fit plus que fredonner, et bientôt même passa à un autre air, celui du Bon l)ape, qu'elle vocalisa, mais sans paroles. Rodin, n'osant pas aller regarder par sa croisée quelle était cette importune chanteuse , haussa les épaules , reprit sa plume et continua.
tt Autre chose : — a II faudrait exaspérer les in- )) dépendants de tous les pays , — soulever la rage » 'plnlosopludlle de l'Europe , — faire écumer le » libéralisme, ameuter contre Rome tout ce qui vo- D cifère. — Pour cela, proclamer à la face du monde )) les trois propositions suivantes :
T) 1" // est abominable de soutenir que l'on jyeut 5) faire son salut dans quelque profession de foi que » ce soit, pourvu que les mœurs soient pitres ;
y 2" // est odieux et absurde d'accorder aux peu- •t> pies la liberté de conscience ;
•n 5° L'on ne saurait avoir trop d'horreur contre )' la liberté de la jyresse ^ .
' On lit les passages suivauts dans la Lettre encyclique adressée par le pape actuel à tous les évèques de France , en 1832 , afin qu'ils aient à se conformer, eux et leurs ouailles, à ces instructions, bien qu'elles soient en opposition directe avec les lois du pays et les droits des citoyens.
Kst-il besoin de dire que M. de Lamennais a protesté , de toute I,i puiesance de sou génie et de son grand cœur, contre d'aussi odieuses maximes, que voici dans toute leur candeur ultramontainc :
Nous airixons maintenant, — dit le sainl-pèie , — i nue aalr*
UNE VISITE IXATTEXDIE. Hô
(t II l'aiit amener l'Iiomine fdible à déclarer ces 1 propositions de tout point orthodoxes, — lui vanter H leur bon cflet sur les gouvernements despotiques, ï) — sur les vrais catholiques , sur les museleurs de I) populaire. — Il se prendra au picgc. — Les pro- » positions formulées, la tempête éclate. — Soulè- •n vemcnt général contre Home, — scission profonde,
cause dont nous gémissons de voir l'E'jlise affligée en ce moment : siivoir, à cet indijféreulisme ou cette 02>iiiion perverse qui s'est répandue de tous côtés par les artifices des méchants , et d'après laquelle on
l'OtnRAIT ACQUÉKÎK I,K .SAI.l'T ÉTKRXKL l'AR QUELQUE l'K0FESS10\ DE ll»l QI'K CK .SOIT, POURVU QlE LKS MOKIK.S .SOIENT DROITES KT HOXXÈTES... Il
ne vous sera pas difllcile , dans une matière si claire et si évidente , de repousser une erreur aussi fatale des peuples confiés à vos soins. »
(î'est assez clair. Avis à nous autres qui sommes confiés aux soins des pasteurs. Ce n'est pas tout. Voici qu'un moiue italien , chef uIIiminonfain de nos évêques, biJîe d'un trait de plume un de nos droits !('> plus sacrés , un droit qui a coûté au pays des torrents de sang répandu dans les guerres religieuses.
u De cette source infecte de rindifférentisnie , — poursuit le Siiinlpère , — découle celte maxime absurde et erronée , ou plutôt ce délire , (\n"il faut assurer et (jnranlir à qui que ce soit la i.iiskrtk de cox» .=r.iE\f.K... On prépare la voie à cette pernicieuse erreur pur la lihiTd' d'opinions pleine et sans bornes qui se répand au loin pour le in.illii'ur <lc la société religieuse et civile. "
Il est évident que le saint-père ordonne à nos évéqucs d'inspirer à leurs ouailles l'honcur d'une des lois fondamentales de noire sociélé. Terminons par une sortie dudit saint-père , non moins violente et non moins cuncluanle, contre le diagon de la presse:
« La se rapporte celle liberté funeste, cl dont on ne peut avoir assez d'horieor, i.A lirkrti'; dk mrkairie , pour i'Ubi.ier quelque écrit qik ce Soit , liberté que quelques-uns osenf solliciter cl étendre avec autant dé bruit que d'ardeur. .
(Lellre encyclique du P. (Iréijoire XVl (tUx Cliques de France.) V. 1,3
:i2(i LE JLIF EKRAM.
^ — le Sacré Collège se divise en trois partis. — L'un " approuve, — l'autre blâme, — l'autre tremble. — •> L' homme faible , encore plus épouvanté qu'il ne ') l'est aujourd'bui d'avoir laissé égorger la Pologne, ^ recule devant les clameurs, les reprocbes, les me- ^ naces, les ruptui-es violentes qu'il soulève.
•0 (]ela me va toujours, et beaucoup.
» Alors à notre bon père vénéré d'ébranler la '' conscience de l'homme faible , — d'inquiéter son 5) esprit, — d'effrayer son âme.
T) En résumé: — l'abreuver de dégoûts, — diviser r son conseil , — l'isoler, — l'effrayer, — redoubler ;) l'ardeur féroce du bon Albani , — réveiller l'appétit V des Saufédistes^^ — leur donner des libéraux à ') leur faim , — pillage, — viol , — massacre comme
' Le papp Giégoiie XVI venait ù peine de monter sur le trône ponlilical , quand il apprit la révolte de Hologne. Son premier mouvement fut (l'appeler les Autrichiens et d'exciter les Sanfédistes. — Le cardinal Albani battit les libéraux à Gésène , ses soldats pillèrent les églises, — sarragèrent la \ ille, — violèrent les femmes. — A Forli . les bandes commirent des assassinats de saug-froid. — Eu 1832 , les Sanfédistes se montrèrent au grand jour aiec des médailles à l'effigie du duc de Modène et du saint-père, des lettres patentes au nom de la congrégation apostolique , des privilèges et des indulgences. Les Sun/édisles prêtaient littéralement le serment suivant : — Je jure d'élever le trône ri l'autel sur les os des infâmes libéraux, et de les exterminer, sans pitié 2)0ur les cris des enfants et les larmes des vieillards et des femmes. — Les désordres commis par ces brigands passaient tontes les limites ; la cour de Rome régularisait l'anarchie , organisait le» Sanfédistes en corps de volontaires auxquels elle accordait de nouveaux privilèges.
(La llécolnfion ri les llvvolulionntHres en Italie. — Revue des deux Mondes, 15 novembre 1841. j
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1) à Ccsènc , — vraie marco nionkintc do sang car- » bonai-o, — l'/iomme faible en aura le déboire, — " tant de tueries en son nom ! ! ! — il reculera... il 7) reculera. . . — chacun de ses jours aura son remords, n — chaque nuit sa terreur, — chaque minute son ;) angoisse. — Et l'abdication dont il menace déjà n viendra enfin, — peut-être trop tôt. — C'est le seul a danger à présent ; — à vous d'y pourvoir.
^ En cas d'abdication.... le grand pénitencier 1) m'a compris. — Au lieu de confier à un général Il le commandement de notre ordre, la meilleure D milice du saint-siége, je la commande moi-même. D — Dès lors cette milice ne m'inquiète plus : — )) exemple. . . les janissaires et les gardes prétoriennes, » toujours funestes à fautorité ; — pourquoi ? — T) parce qu'ils ont pu s'organiser comme défenseurs 7) du pouvoir en dehors du pouvoir, — de là , leur )) puissance d'intimidation.
» Clément XIV ? un niais. — Flétrir , abolir 5! notre compagnie, faute absurde. — La défendre, 7) — l'innocenter, — s'en déclarer le général , — 7) voilà ce qu'il devait faire. La compagnie , alors à 7) sa merci, consentait à tout; — il nous absorbait, 7> nous inféodait au saint-siége , qui n'avait plus à 7) redouter... nos services! ! ! — Clément XIV est 7) mort de la colique. — A bon entendeur saUit. — 7» Le cas échéant, je ne mourrai pas de cette mort, d
La voix vibrante et perlée de Rose-Pompon retentit de nouveau.
Kodin lit un bond de colère sur sa chaise : mais
bientôt, et ù mesure qu'il entendit le couplet suivant, qu'il ne connaissait pas (il ne possédait pas son Bc- 7'anger comme la veuve de Philémon) , le jésuite , accessible à certaines idées bizarrement superstitieuses, resta interdit, presque effrayé de ce singulier rapprochement. (C'est le bo7i jyapc de Déranger qui parle : )
Que sont les rois ? do sots bclilrcs ! Ou des brigands qui, gros d'orgueil, Donnant leurs crimes pour des titres, Entre eux se poussent au cercueil.
A prix d'or je puis les al)soudie Ou changer leur sceptre en bourdon.
lia dondon.
Riez donc !
Sautez donc !
Regardez-moi lancer la foudre, Jupiu m'a fait son héritier, Je suis entier.
ilodin, à demi levé de sa chaise, le cou tendu, l'œil fixe, écoutait encore, que Rose-Pompon, voltigeant comme une abeille d'une fleur à l'autre de son répertoire , chantonnait déjà le ravissant refrain de Colibri. X'entendant plus rien , le jésuite se rassit avec une sorte de stupeur ; mais au bout de quelques minutes de réflexion , sa figure rayonna tout à coup : il voyait un heureux présage dans ce singulier incident. Il reprit sa plume, et ses premiers mots se ressentirent pour ainsi dire de cette étrange confiance dans la l'atalilé.
« Jamais je n'ai cru plus au bon succès qu'en
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T> ce moniont. Raison do plus pour no vicn uéf^ligor. 51 — Tout pressentiment commande un redoublement » de zèle. — Une nouvelle pensée m'est venue hier.
)) On agira ici de concert. — J'ai fondé un jour- » nal ultra-catholique : l'Amour du Prochain. — A » sa furie ultramontaine, — tyrannique, — liherti- D cide, — on le croira l'organe de Rome. — J'ac- » créditerai ces bruits. — Xouvelles furies.
5) Gela me va.
« Je vais soulever la question de liberté d'ensei- » gnement ; — les libéraux du cru nous appuieront. ■n — Xiais, ils nous admettent au droit commun, ■tt quand nos privilèges , nos immunités , notre in- 5) fluence de confessionnal, notre obédience à Rome, ■n nous mettent en dehors du droit commun même, » par les avantages dont nous jouissons. — Doubles « niais, ils nous croient désarmés parce qu'ils le sont î> eux-mêmes contre nous.
•n Question brûlante ; — clameurs irritantes ; — î' nouveaux dégoûts pour rhomnic faible. — Tout 71 ruisseau grossit le torrent.
î) ' Gela me va toujours.
D Pour résumer en deux mots : — la fui., c'est s l'abdication. — Le moyeu, harcellement, torture » incessante. — L'héritage Rennepont paye l'élection. î) Prix faits, — marchandise vendue. »
Rodin s'interrompit brusquement d'écrire, croyant avoir entendu quelque bruit à la porte de sa chambre, (jui ouvrait sur l'escalier; il prêta l'oreille, suspendit
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sa rpspiration; tout redevint silencieux. Il croyait
s'èlre ti-ompé, et reprit la plume.
1) Je me charge de l'affaire Rennepont , — uni- •n que pivot de nos combinaisons temjmreUes ; — il » faut la reprendre en sous-œuvre, — substituer le » jeu des intérêts , le ressort des passions , aux stu- » pides coups de massue du père d'Aigrigny; il a 1) failli tout compromettre ; — il a pourtant de très- » bonnes parties, — il a du monde, — de la séduct tion, — du coup d'oeil, — mais une seule gamme, » — et puis pas assez grand pour savoir se faire petit. y — Dans son vrai milieu , j'en tirerai parti , — les » morceaux en sont bons. — J'ai usé à temps du » franc pouvoir du révérend père général ; — j'ap- 1) prendrai, si besoin est, au père d'Aigrigny, les 5) engagements secrets pris envers moi par le géné- T) rai ; — jusqu'ici on lui a laissé forger pour cet hé- » ritage la destination que vous savez , — bonne 5) pensée, mais inopportune, — même but par autre •h voie.
n Les renseignements , faux. — Il y a plus de » deux cents millions ; X èi'entuaUtê échéant, le dou- » teux est certain, — reste une latitude immense. s — L'affaire Rennepont est à cette heure deux fois ï mienne; — avant trois mois ces deux cents millions )i seront à nous, — par la libre volonté des héritiers ; 5) — il le faut. — Car, ceci manquant , le parti feuf- 1) porel m'échappe , — mes chances diminuent de T moitié. — J'ai demandé pleins pouvoirs ; — le 'n temps presse , j'agis comme si je les avais. — l n
rxK visiTr. i\ATTF.\m K. :".i
« l'onsoiijnomont m'est iiidispj'iisablc pour inos pro- 11 joJs ; je l'atlciuls c!(î vous ; — il inc le faut., — vous « m'entende/? — la haute influence de votre fi-ère à j) la coui- de Vienne vous servira. — Je veux avoir » les détails les plus précis sur la position actuelle » du duc de Reichstadt, — le X'apoléon II des im- D pénalistes. — Peut-on, oui ou non, nouer, par ■n votre frère , une correspondance secrète avec le r prince à l'insu de son entourage ?
s Avisez proniptement , — ceci est urgent, — » cette note part aujourd'hui , — je la compléterai s demain... — Elle vous parviendra, comme tou- !' jours par le petit marchand, s
Au moment où Rodin venait de mettre et de cacheter cette lettre sous ure douhle enveloppe , il crut de nouveau entendre du bruit au dehors... Il écouta. . .
Au bout de quelques moments de silence, plusieurs coups frappés à sa porte retentirent dans la chand)re. Rodin tressaillit : pour la première fois l'on heurtait à sa porte depuis près d'une année qu'il venait dans ce logis.
Serrant précipitamment dans la poche de sa redingote la lettre qu'il venait d'écrire, le jésuite alla ouvrir la vieille malle caché'e sous le lit de sangle, y prit un paquet de papiers enveloppé d'un mouchoir à tahac en lambeaux , joignit à ce dossier les deux lettres chiffrées qu'il veiiail de recevoir, et cadenassa soigneusement la malle.
■2M I.r. JIIF F.Rr.AXT.
L'on continuait de frapprr au flchors nvpc nn ir- (lonblcment d'inipatience.
Rodin prit le panier de la fruitière à la main , son parapluie sous son bras, et , assez inquiet, alla voir quel était cet indiscret visiteur. Il ouvrit la porte, et se trouva en face de Rose-Pompon , la chanteuse importune , qui , faisant une accorte et gentille révérence, lui demanda d'un air parfaitement ingénu :
(c Monsieur Rodin , s'il vous plaît ? »