CHAPITRE III
l'hkiutîkr.
Samuel vint ouvrir la porte à (iabriel et à Hodiii. Ce dernier dit au juif: << Vous êtes, monsieur, le ,']ardien de cette maison?
— Oui, monsieur, — répondit Samuel.
— Jlonsieur l'abbé Cabriel de Rennepont que voici, — dit Rodin en montrant son compagnon, — est l'un des descendants de la famille de Rennepont.
— Ah ! tant mieux, monsieur, » dit presque involontairement le juif, frappe de l'angélique physionomie de (iabriel, car la noblesse et la sérénité de l'àme du jeune prêtre se lisaient dans son regard d'archange et sur son front pur et blanc , déjà couronné de l'ouréolc du martyr.
Samuel regardait Cabriel avec une curiosité remplie de bienveillance et d'intérêt; mais, sentant bientôt que cette contemplation silencieuse devenait embarrassante pour Gabriel, il lui dit : « Le notaire, monsieur l'abbé, ne doit venir qu'à dix heures. »
(îabriel le regarda d'un air surpris et répondit : «Quel notaire,... monsieur?
— Le père d'Aigrigny vous expliquera ceci, — se bâta de dire Rodin; et s'adressant à Samuel, il ajouta : — .Vous sommes un peu en avance... \c
f)0 LE JLIF EKRAXT.
pourrioiis-jiuus pas atlejidi-c qiicl(|uc' part l'arrivée (lu notaire?
— Si vous voulez vous donner la peine de venir chez moi, — dit Samuel , — je vais vous conduire.
— Je vous remercie, monsieur, et j'accepte, — dit Rodin.
— Veuillez donc me suivre , messieurs, v dit le vieillard.
Quelques moments après, le jeune prêtre et le .socius, précédés de Samuel, entrèrent dans une des pièces que ce dernier occupait aussi au rez-de-chaussée du bâtiment de la rue et qui donnait sur la cour.
a M. l'abbé d'Aigrigny , qui a servi de tuteur à AI. Gabriel, doit bientôt venir nous demander, — ajouta Rodin, — aurez-vous la bonté, monsieur, de l'introduire ici?
— Je n'y manquerai pas, monsieur, -n dit Samuel en sortant.
Le sor'tus et Gabriel restèrent seuls.
A la mansuétude adorable qui donnait habituellement aux beaux traits du missionnaire un charme si touchant, succédait, en ce moment, une remarquable expression de tristesse , de résolution et de sévérité. Rodin, n'ayant pas vu Gabriel depuis quelques jours, était gravement préoccupé du changement qu'il remarquait en lui ; aussi l'avait-il observé silencieusement pendant le trajet de la rue des Postes à la rue Saint-François. Le jeune prêtre portait , comme d'habidide, une longue soutane noire qui faisait res- • sortir davantage encore la pâleur transparente de
LHKIUI'IEU. 61
son visage. Lorsque le juif lut sorli , il dit ù Ilodiu, d'une voix lerme : u M'apprendrez-vous enfin, monsieur, pourquoi, depuis plusieurs jours, il m'a c(c impossible de parler à Su Révérence le père d'Aigrigny ? pourquoi il a choisi cette maison pour m'accorder cet entretien?
— Il m'est impossible de répondre à ces questions, — reprit froidement Rodin. — Sa Révérence ne peut manquer d'arriver bientôt : elle vous entendra. — Tout ce que je puis vous dire, c'est que notre révérend père a, autant que vous, cette entrevue à cœur : s'il a choisi cette maison pour cet entretien, c'est que vous avez un intérêt à vous trouver ici... \ otis le savez bien... quoique vous ayez affecté quelque étonncment en entendant le gardien parler d'un notaire. i
Ce disant, Rodin attacha un regard scrutateur et inquiet sur Gabriel, dont la figure n'exprima rien autre chose que la surprise.
« Je ne vous comprends pas, — répondit-il à Rodin. — Quel intérêt puis-je avoir à me trouver ici, dans cette maison?
— Encore une fois, il est impossible que vous ne le sachiez pas, — reprit Rodin observant toujouriJ Gabriel avec attention.
— Je vous ai dit, monsieur, que je l'ignoi-ais , — répondit celui-ci, presque blessé de l'insistance du sor'nts.
— Et (ju'esl donc venue vous dii-c hier voire mère adoptivc? pourquoi vous ètcs-vous permis de la re-