‹ Le juif errant (volume 5)Chapitre 9 sur 31 · LE JLIK EKKAM · texte numérisé non relu

LE JLIK EKKAM

cevoir sans l'aulorisation du révérend père d'Aigrigny, ainsi que je l'ai appris ce matin? Xe vous a-telle pas entretenu de certains papiers de famille trouvés sur vous lorsqu'elle vous a recueilli?

— Xon, monsieur, — dit Gabriel. — A cette époque, ces papiers ont été remis au confesseur de ma mère adoptive ; et, plus tard, ils ont passé entre les mains du révérend père d'Aigrigny. Pour la première fois, depuis bien longtemps , j'entends parler de ces papiers.

— Ainsi... vous prétendez que ce n'est pas à ce sujet que Françoise Baudoin est venue vous entretenir hier? — reprit opiniâtrement Rodin en accentuant lentement ses paroles.

— Voilà, monsieur, la seconde fois que vous semblez douter de ce que j'affirme, — dit doucement le jeune prêtre réprimant un mouvement d'impatience. — Je vous assure que je dis la vérité.

— Il ne sait rien, — pensa Rodin, car il connaissait assez la sincérité de Gabriel pour conserver dès lors le moindre doute après une déclaration aussi positive. — Je vous crois , — reprit le socius. — Cette idée m'était venue en cherchant quelle raison assez grave avait pu vous faire transgresser les ordres du révérend père d'Aigrigny, au sujet de la retraite absolue qu'il vous avait ordonnée, retraite (Jui excluait toute communication avec le dehors... Bien plus , contre toutes les règles de notre maison vous vous êtes permis de fermer votre porte, qui doit toujours rester ouverte ou enh-'ouvcrte, afin ((uc

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la mutuelle suncillanco qui nous est ordonnée vntrp nous puisse s'exercei- plus facilement... Je ne m'élais expliqué vos fautes jTraves contre la discipline que par la nécessité d'une conversation très-importante avec votre mère adoptive.

— C'est à un prêtre et non à son fds adoptif que madame Baudoin a désiré parler, — répondit gravement Gabriel, — et j'ai cru pouvoir l'entendre ; si j'ai fermé ma porte, c'est qu'il s'agissait d'une confession.

— I']t qu'avait donc Françoise Baudoin de si pressant à vous confesser?

— C'est ce que vous saurez tout à l'heure , lorsque je le dirai à Sa Révérence, s'il lui plaît que vous m'entendiez, n reprit Gabriel.

Ces mots furent dits d'un ton si net par le missionnaire, qu'il s'ensuivit un assez long silence.

Rappelons au lecteur que Gabriel avait jusqu'alors été tenu par ses supérieurs dans la plus complète ignorance de la gravité des intérêts de famille qui réclamaient sa présence rue Saint-François. La veille, Françoise Baudoin , absorbée par sa douleur, n'avait pas songé à lui dire que les orplielines devaient aussi se trouver à ce même rendez-vous , et y eùt-ellc d'ailleurs songé , les recommandations expresses de Dagobert l'eussent empêchée de parler au jeune prêtre de cette circonstance. Gabriel ignorait donc absolument les liens de famille qui l'attachaient aux lilles du maréchal Simon, à mademoiselle de Cardoville , à M. Hardy , au prince et à Couche-toul-\u ; en ini mot, si on lui eut alors révélé qu'il él.iit l'Iié-

l'itior dp M. Marins do Ronnopont, il so serait cm lo

seul dcscendani de cette famille.

Pendant l'instant de silence qui succéda à son entretien avec Rodin , Gabriel examinait à travers les fenêtres du rez-de-chaussée les travaux des maçons occupés à dégager la porte des pierres qui la muraient. Cette première opération terminée, ils s'occupèrent alors de desceller les barres de fer qui maintenaient une plaque de ploiçb sur la partie extérieure de la porte.

A ce moment, le père d'Aigrigny, conduit par Samuel, entrait dans la chambre. Avant que Ga])riel se fût retourné, Rodin eut le temps de dire tout bas au révérend père : k II ne sait rien, et l'Indien n'est plus à craindre. «

Malgré son calme affecté, les traits du père d'i\igrigny étaient pâles et contractés, comme ceux d'un joueur qui est sur le point de voir se décider une partie d'une importance terrible. Tout jusqu'alors favorisait les desseins de sa compagnie ; mais il ne pensait pas sans effroi aux quatre heures qui restaient encore pour attendre le terme fatal.

Gabriel s'étant retourné, le père d'Aigrigny lui dit, d'un ton affectueux et cordial , en s' approchant de lui , le sourire aux lèvres et la^ main tendue : a Mon cher fds, il m'en a coûté beaucoup de vous avoir refusé jusqu'à ce moment l'entretien que vous désire/, depuis votre retour ; il m'a été non moins pénible de vous obliger à une retraite de quelques jours. Quoi- (|ue je n'aie aucune explication à vous donner au

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sujet (les clioscs que je vous ordonne , je veux bien vous dire que je n'ai agi ainsi que dans votre intérêt.

— Je dois croiie \'otre Révérence, -^ répondil (îabriel en s'inclinant.

Le jeune prêtre sentait maigre lui une vague émotion de crainte ; car, jusqu'à son départ pour sa mission en Amérique , le père d'Aigrigny , entre les mains duquel il avait prêté les vœux formidables qui le liaient irrévocablement à la société de Jésus , le père d'Aigrigny avait exercé sur lui une de ces influences effrayantes qui , ne procédant que par le despotisme, la compression et l'intimidation, brisent toutes les forces vives de l'àmc, et la laissent inerte, tremblante et terrifiée. Les impressions de la première jeunesse sont ineffaçables , et c'était la première fois , depuis son retour d'Amérique , que Gabriel se retrouvait avec le père d'Aigrigny ; aussi , (|uoiqu'il ne sentît pas faillir la résolution qu'il avait prise , Gabriel regrettait de n'avoir pu , ainsi qu'il l'avait espéré , prendre de nouvelles forces dans un franc entretien avec Agricol et Dagobert.

Le père d'Aigrigny connaissait ti'op les liommes pour n'avoir pas remarqué l'émotion du jeune prêtre et ne s'être pas rendu compte de ce qui la causait. Cette impression lui parut d'un favorable augure; il redoubla donc de séduction , de tendresse et d'aménité, se réservant, s'il le fallait, de prendre un autre masque. Il dit à Gabriel, en s'asseyant, pendant que celui-ci restait , ainsi (jue Hodin , i-espectuensement

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debout : a Vous désirez, mon cher fils, avoir un entretien Irès-important avec moi?

— Oui, mon père, — dit Gabriel en baissant malgré lui les yeux devant l'éclatante et large prunelle grise de son supérieur.

— J'ai aussi , moi , des choses d'un grand intérêt à vous apprendre; écoutez-moi donc d'abord... vous parlerez ensuite.

— Je vous écoute, mon père...

— Il y a environ douze ans, mon cher fils, — dit affectueusement le père d' Aigrigny , — que le confesseur de votre mère adoptive , s'adressant à moi par l'intermédiaire de M. Rodin , appela mon attention sur vous en me parlant des progrès étonnants <|ue vous faisiez à l'école des Frères ; j'appris en effet que votre excellente conduite, que votre caractère doux et modeste , votre intelligence précoce étaient dignes du plus tendre intérêt ; de ce moment, on eut les yeux ouverts sur vous : au bout de quelque temps , voyant que vous ne déméritiez pas , il me parut qu'il y avait autre chose en vous qu'un artisan ; on s'entendit avec votre mère adoptive, et par mes soins vous fûtes admis gratuitement dans l'une des écoles de notre compagnie : ainsi une charge de moins pesa sur l'excellente femme qui vous avait recueilli , et un enfant qui faisait déjà concevoir de hautes espérances reçut par nos soins paternels tous les bienfaits d'une éducation religieuse... (^.ela n'eslil pas vi"ai , mon cher fils?

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