LE RÉVEILLE-MATIN
La reine Bacchanal, ayant en face d'elle Couche-tout-nu et Rose Pompon, Kini-Moulin ii sa droite, présidait au repas dit reveille-matin ^ généreusement offert par Jacques à ses compagnons de plaisir.
Ces jeunes gens et ces jeunes filles semblaient avoir oublié les fatigues d'un bal commencé à onze heures du soir et terminé à six heures du matin ; tous ces couples, aussi joyeux qu'amoureux et infatigables, riaient, mangeaient, buvaient, avec une ardeur juvénile et pantagruélique; aussi, pendant la première partie du repas, on causa peu, on n'entendit que le bruit du choc des verres et des assiettes.
La physionomie de la reine Bacchanal était moins joyeuse, mais beaucoup plus animée que de coutume ; ses joues colorées, ses yeux brillants annonçaient une surexcitation fébrile ; elle voulait s'étourdir à tout prix ; son entretien avec sa sœur lui revenait quelquefois à l'esprit, elle tâchait d'échapper à ces tristes souvenirs.
Jacques regardait Céphyse de temps à autre avec une adoration passionnée ; car, grâce à la singulière conformité de caractère, d'esprit, de goûts, qui existait entre lui et la reine Bacchanal, leur liaison avait des racines beaucoup plus profondes et plus solides que n'en ont d'ordinaire ces attachements éphémères basés sur le plaisir. Céphyse et Jacques ignoraient même toute la puissance d'un amour jusqu'alors environné de joies et de fêtes et que nul événement sinistre n'avait encore contrarié.
La petite Rose-Pompon, veuve depuis quelques jours d'un étudiant qui, afin de pouvoir terminer dignement son carnaval, était retourné dans sa province pour soutirer quelque argent à sa famille sous un de ces fabuleux prétextes dont la tradition se conserve et se cultive soigneusement dans les Écoles de droit et de médecine, Rose-Pompon, par un exemple de fidélité rare, et ne voulant pas se compromettre, avait choisi pour chaperon l'inoffensif Nini- Moulin.
Ce dernier, débarrassé de son casque, montrait une tête chauve entourée d'une bordure de cheveux noirs et crépus assez longs derrière la nuque. Par un phénomène bachique très remarquable, à mesure que l'ivresse le gagnait, une sorte de zone empourprée comme sa face épanouie gagnait peu à peu son front
LE JUIF i:nRA.\T
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Toast au choléra elgè.ne sue. — le juif errant. — j. rouff, édit.