‹ Le juifChapitre 109 sur 312 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

quences doivent naître et sortir de celles que nous avons apprises. Et, pour ne porter nos pas que sur un terrain où le mouvement ne puisse provoquer aucune chute, nous voulons nous borner tout ^ l'heure , après un coup d’œil de la durée de l’éclair jeté dans la profondeur des temps passés , à signaler une région où les documentt que nous eoumettom à la critique du lecteur nous certifient que la pratique de ce crime était hier encore ce que jadis on la voyait ailleurs '.

Le Juif n’ignore aucun de ces documents, mais il se garde bien, lorsqu'on les lui objecte, de s’en émouvoir, et devant chacun d’eux voici sa réponse ; La parole de l'Église et la parole de l’histoire ne sont , dans le cours entier des siècles, que calomnie, lorsqu’elles accusent le Juif de pratiquer l’usure-, eh bien, à plus forte raison ne sont-elles que calomnie lorsqu’elles l’accusent d'assassiner des chrétiens pour obéir au vœu de son culte.

Mais chutl chuti et cependant ne craignons point de prêter un instant l’oreille 'a l’histoire. Un Juif chevauche , et, sur sa route, il aperçoit un enfant de trois ans; nul ne l’observe, le coup se fait, il l’enlève; et survient le père éploré : — Vous cherchez votre lils? lui disent quelques témoins inaperçus du rapt; il vous sera facile de le trouver; suivez cette voie, tenez, nous l’avons vu, nous. Raphaël Lévi passait tout à l’heure à cheval et le tenait enfermé dans

son manteau Ces paroles mirent les chercheurs sur les

traces de l’enfant; mais, hélas! à quoi bon? car, lorsqu’on le découvrit, on ne ramassa plus qu’un cadavre gisant dans les bois de Glatigny; c’était non loin de l’endroit où l’avait enlevé Raphaël.

L’inspection du corps démontra que l’enfant n’avait été nullement déchiré par les bêtes, ainsi que les Juifs s’entêtaient ù le soutenir, mais que la main de l’homme avait

* Les Juifs français et anglais, soit dit à leur louange, travaillent de toutes leurs forces à déraciner en Orient ces atroces superstitions du Talmud.

exécuté le crime. El non-seulement les indices accusateurs les plus violents s’accumulaient contre Raphaël, mais plus tard un billet tombait aux mains du lieutenant de la ville, écrit par le meurtrier lui-même à la synagogue de Metz, et nous en soumettons le texte au lecteur ; « Je souffrirai la mort comme un enfant d’Israël, et je sanctifierai le nom de Dieu. Je me suis jeté dans le malheur où je suis pour rendre service b la communauté; le grand Dieu m’assistera ‘ »

Or, k propos de ce crime et de quelques accusations de même nature, M. l’avocat juif Bédarride remonte le cours des ans et nous tient ce langage : « Le malheur des temps obligeait le roi Jean à demander beaucoup à ses sujets, et, par conséquent, à beaucoup accorder aux Juifs. Le peuple devait donc voir avec un œil d’envie tant de faveurs! Aussi des plaintes s’élevaient-elles contre eux de toutes parts! On ne se bornait pas à leur reprocher leur usure, mais il n’était point de fables qu’on n’inventât pour les rendre odieux. Celles qui se reproduisaient le plus souvent, c’était de profaner les hosties, de tuer un enfant le vendredi saint, enfin d’empoisonner les fontaines. Ces contes ridicules , inventés par la méchanceté , répétés ensuite par l’ignorance, finissaient par être regardés comme des vérités; et telle était la foi qu’on y ajoutait , qu’il nest pas un seul historien de ces temps qui ne les ait reproduits en les présentant comme positifs * . a

Enfin « au dix-septième siècle, k une époque où, dans tous les États, on avait fait justice des accusations absurdes que la malveillance avait suscitées aux Juifs, il se trouva dans le parlement de Metz des magistrats disposés à y ajouter foi : Un grave arrêt de ce parlement condamna plusieurs Juifs k être brûlés pour avoir égorgé un enfant du village de Glatigny k l’occasion de la Pâque. Un arrêt aussi étrange pour l’époque dispense de toute réflexion; il fait assez

' D. Calmet, Histoire de Lorraine, t. III, p. 751.

^ Bëdarride, p. 245. Ib., id., 130-1. Ibid., Des yui/s,18C1.

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