CHAPITRE SIXIÈME
connaître quel était, au dix-septième siècle, l’esprit public à l'égard des Juifs d’Alsace »
Les graves magistrats de nos parlements sont des juges légers, iniques,vdes bourreaux, et les Juifs des innocents dévoués aux tortures! Première conclusion 'a tirer de ces paroles, que les Juifs répètent invariablement dans les mêmes circonstances, et qui portent avec elles leur morale. Mais ne nous arrêtons pas à cette minutie, et remontons k notre tour le cours des âges-, car une pièce trop importante, et sortie d’une plume trop sûre, vient heurter notre main pour que nous, qui nous sommes fait le soldat de la vérité, nous hésitions à la placer au grand jour. Elle nous rejette dans les profondeurs du lointain, mais que nous importe la distance? Car si, jusqu’aux jours actuels, le Juif fut immuable dans sa doctrine et dans ses mœurs, ainsi que nous l’affirment d'une même voix les ennemis et les patrons de la race judaïque, nulle dillérence sensible de croyances et d’actes ne peut exister d’une époque 'a l’autre chez les fils de Jacob. En un mot , lorsqu’il s’agit de ces hommes, le siècle le plus récent doit refléter avec une minutieuse exactitude la physionomie morale et religieuse du siècle le plus reculé.
On ne saurait attribuer k la comtesse de Champagne, Marie de France, femme du comte Henri II , nous dit en l’an 1865 le savant archiviste de l’Aube, « un fait qui eut lieu en 1192 dans les domaines d’un de ses vassaux. Les Juifs de Braisne ayant couronné dépines un chrétien, le pro~ menèrent dans les rues en le fustigeant, puis le crucifièrent; le tout avec la permission d’Agnès, dame de Braisne, comtesse de Dreux Agnès leur avait abandonné ce chré-
tien , sous prétexte qu’il était convaincu d’homicide et de vol. »
« L’indignation fut générale! Aussitôt Philippe Auguste, — frère consanguin de la comtesse de Champagne, Marie , — et noAvellement arrivé de Terre sainte, se rendit en
' Bédarride, il., p. 375.
personne h Braisne, et, à titre de représailles, y fit brider quatre-vingts Juifs »
Justice atroce, ou barbare vengeance, mais vengeance d’un crime qui révèle d’une manière authentique la foi, la conscience religieuse des coupables! Agnès se jiréfend innocente parce que celui qu’elle abandonne k ces fanatiques est un scélérat; et ces misérables se donnent la joie de céder publiquement au vœu de leur cnile en renouvelant les scènes de la Passion sur un chrétien, parce que sa mort, d’après leur calcul , ne doit attirer sur leur télé aucun châtiment, puisqu’il leur est légalement livré. Rien celle fois, pensent-ils, ne les oblige h se contraindre, et ils se laissent voir au naturel. Est-il, nous le demandons en toute simplicité, pièce historique plus précise et plus concluante?
Le roi Philippe Auguste éprouvait donc une grande aversion pour les Juifs et le témoignait, quoi qu’ils fussent puissants dans son royaume, et tout particulièrement à Paris. Car ce prince, sous le règne duquel eut lieu ce crime carac^ téristique, avait ouï dire aux seigneurs qui avaient été élevés avec lui , que tous les ans , le jeudi saint, ou quelque autre jour de la semaine sainte, les Juifs sacrifiaient un chrétien. Du temps du roi son père, ils avaient été souvent convaincus de cet acte religieux et l’avaient expié. Ce n’était ni sur des fables, ni sur de simples rumeurs populaires que les juges prononçaient leur sentence; et rien ne nous semble plus indigne de gens qui n’ont point perdu tout bon sens que d’accuser à tout propos de passions atroces et de préjugés imbéciles la magistrature entière des grandes nations, tandis <pie l’élude pacifique des faits obligerait les accusateurs de ces magistrats à confesser qu’eux seuls ont fléchi sous le poids de préjugés contraires, qu’eux seuls ont embrassé des erreurs à peine excusables chez des aveugles.
' Histoire des ducs et comtes de Champagne, t. IV, 1" partie, p. 72 ; Paris, 1865; par M. d’Arbois de Jubainrille, rddipée d’après les chartes, cl qui oblinl de l’Académie des inscriptions le prand prix Gobert. — Faits semblables, mais clandestins, dans Bohrbacluir, Histoire universelle de l'Eglise, l. XIX, p. 2i7, etc.; Paris, 1851.