‹ Le juifChapitre 11 sur 312 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cette question, l’illustre hébraïsanl Buxlorf nous a tenu ce langage ' ; k Les Juifs ont puisé les fondements de leur croyance, et de toute leur religion, non pas dans les livres de Moïse, mais dans des traditions monstrueuses, fausses, frivoles, et dans des fables racontées par des séducteurs de la secte pharisaïque*. » Cependant une très-honorable exception à ce prodigieux écart du bon sens judaïque s’offre à nous dans la secte imperceptible des Caraïtes, dont l’existence est la confirmation vivante des paroles de Buxtorf. Mais le nom de ces fidèles sectateurs de Moïse nous est probablement inconnu; demandons-nous donc ce que sont ces Juifs dissidents, et quel est leur nombre?

« Une seule secte, celle des Caraïtes, ne reconnaît que la loi de Moïse , et rejette le Talmud; mais cette secte ne compte pas au delà de douze cents fidèles'. »

Les Caraïtes, en effet, rejettent tout le système traditionnel des Pharisiens; et c’est à ce système que fut et que reste étroitement attachée la presque totalité des membres judaïsants de la nation juive, dispersée sur la surface dq globe. Car M l’entêtement pour les prétendues traditions a passé des Pharisiens anciens aux modernes. » Ceux de nos jours soutiennent donc que le Juif « qui rejette la loi orale, — c’està-dire la loi traditionnelle ou pbarisaïque, — devient apostat, et qu’il mérite la mort sans aucune forme de procès. « Il

‘ Professeur à Bâle, né en 1854, mort en 1629.

^Synag. Jadaïc., cap. xxxvi.

* Douze cents sur quatre millions de Juifs! Hist. des affaires de Syrie, eic., par Ach Liurent, membre de la Société orientale, 2 vol. in-8®. Paris, 1846. Gaume, t. 11, p. 353, et autres auteurs... « Les Karaltes, dit le R. P. Bonaveniure du Maine, ont pour auteur un certain Anen, qui vivait à Babylone vers l’an 720 de notre ère. Le savant Israélite Samuel David Luzzato, de Trieste, professeur à Padoue, démontre avec sa lucidité ordinaire dans ses Prologemeni ad una grammatica ragionata délia lingua Hebra'ica, p. 15, que Triglandius s’est trompé en soutenant l'antiquité prétendue de cette secte... » Congrès de Malines, 2' session, 1864, M., t. I'*’, p. 412. — Les Karaltes, dit M. l’abbé Blanc, dans son excellent Cours d’histoire ecclésiastique, les Karaïles, dont l’origine n’est pas moins incertaine, paraissent toutefois lemonter à un siècle et demi avantl’ère chrétienne. T.I” p. 9. 1867.

est en outre de notoriété que leur haine ne connaît aucune borne « contre les Caraites, religieusement attachés au texte de Moïse et h la parole de Dieu »

Cependant, les changements les plus étranges, et de la plus singulière rapidité, s’opèrent depuis quelques années dans le sein de l'immuable Judaïsme, et nous lisons sans trop d’étonnement, dans la Revue libérale des Judalsantt français, cette nouvelle, k laquelle, il y a moins d’un siècle, tout Juif de bon sens eût refusé de croire : « La communauté juive des Karaïtes de la Turquie d’Europe forme un chiffre d’environ quatre-vingt-dix familles, et tous ses membres viennent de se joindre k l’Alliance Israélite universelle*. »

La Synagogue, avant l’époque de décadence actuelle, avait donc presque universellement osé mettre Moïse k l’index; elle avait fait des livres sacrés de la Bible l’escabeau de ses docteurs; et Pfefîercorn , Victor de Cobden, Jérôme de Sainte-Foi, devenus chrétiens après avoir doctement vécu dans les doctrines du Talmud, c’est-k-dire dans l'obéissance aveugle aux traditions rabbiniques, démontrèrent que les Juifs modernes ont » non-seulement abandonné la loi de Moïse » pour se livrer k des doctrines orales et k de capricieuses interprétations, mais qu’en outre « ils ont introduit au

' Histoire des Juifs, pour servir de supplément et de continuation o celle de Joseph, Paris, 4710, 1. 1, p. 359 : citée désormais. Histoire des Juifs, continuation. — Id. Des Juifs au dix-neuvième siècle, etc., par M. Bail, ancien inspecteur, etc., très-favorabte aux Juifs. 2° édit. Paris, 4816, in-8“, p. 59, etc.

^Archives israèlites, n» XVI , 45 août 1867, p. 766-7. Un autre chapitre nous apprendra ce qu’est celte alliance universelle. — Ixs mêmes Archives venaient de nous dire: « Toniefoi>les Karaïtes, secte Israélite très-orthodoxe, refusèrent de suivre le Talmud au delà du sens littéral de la Bible; ils traitèrent les autres Juifs d’héréiques, parce que, disaient-ils, ils avaient commis une infraction à la loi : Tu n’augmenteras pas sur lui , tu ne diminueras pas sur lui. Deule'ronume, XIII, l,et IV, 2, 76. ,4’'cfcioes, n” XIX, 4 “r octobre <866, p. 844-5.

Il faut que la doctrine du progrès , adoptée d’hier dans noire judaïsme, renile un judaïsant bien libéral p<iur lui faire qualiQer de l’adjectif orthodoxes les contempieufs des iraiiitioiis talmudiques, ceux qu’un si grand crime rendait naguère, et continue de rendre en tant de pays, dignes de mort sans forme de procès.

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