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CHAPITRE SIXIÈME

De tous côtés, en efl'et, si nous prêtons l’oreille a l’histoire, nous entendons retentir le même cri. L’abbé de Saint- Michel le pousse en l’année H71, et le comte Thibaut de Chartres le répète en livrant au bûcher plusieurs Juifs de Blois, reconnus coupables d’avoir choisi le temps pascal pour le crucifiement d’un enfant. Alors succombe à la porte de Paris, k Pontoise, une autre victime aussi célèbre que le jeune Guillaume d’Angleterre dans les fastes du martyrologe romain; car l’Angleterre, séparée de la France par la mer, lui renvoie l’écho de ses cris contre le Juif. Les mêmes crimes l’épouvantent et l’exaspèrent; ses annales semblent être une copie des nôtres, et l’Église, de son côté, confirme les faits dont ces deux pays hostiles nous transmettent le souvenir , en établissant que de nombreux et d’incontestables miracles se sont accomplis sur les tombes où reposèrent les reliques de ces victimes

Nulle autorité dans le monde savant n’égale, sur le terrain de l’histoire, l’autorité des Bollandistes; et ces puissants investigateurs conquirent , par le mérite de leur rigoureuse et inflexible critique, l’admiration des hommes sérieux qui militèrent dans les camps les plus opposés. C’est pourquoi la plupart des faits de cette nature que nous avons choisis ont pour base ce témoignage insigne, corroboré par celui de graves écrivains, et quelquefois même d’écrivains sceptiques.

A l’époque donc où rayonnait dans tout l’éclat de sa splendeur une pléiade des plus grands docteurs de l’Église, restés aujourd’hui même les princes de la philosophie chrétienne, au mois d’avril de rannée 1287, — nous disent les Bollandistes, — un jeune chrétien du diocèse de Trêves tombait à Wesel sous le couteau des Juifs. C’était un pauvre manouvrier de quatorze ans, du nom de Verner. Les fidèles

< Robert do Monte, an 1171 ; Jean Bronipton. Chron. Gervas., 1181 ; Pagi, ann. 1179, n“ 17, et ann. 1181 , n“ 16; BollandisUes . Acta SS., 27 mart. Rohrbacher, Histoire universelle de l'Eglise, t. XVI, p. 403-6 ; Paris, 1851 . Lire Baronius, Annales, t. XXIV, anno 1286 ; In Angliam Judœi, etc. Id., Enfant cloué au mur, et qui eut le côté percé d’une lance, à Saragosse, en 1260. Blanca, Comment, rer. Aray., in Jacob, I, ib., XVIII, p. 683, etc., etc.

du Talraud le prirent à la journée, et l’cnaployèrent k remuer la terre d’une cave-, son hôtesse, inquiète de le voir mis a cette tâche, lui dit : Garde-toi des Juifs, Verner, car voici le vendredi de la semaine sainte! — Bah! j’ai confiance en Dieu, répliqua le jeune homme; et, le jeudi saint, il reçut la communion pascale. — Les Juifs aussitôt de l’attirer dans la cave, et de le bâillonner pour étouffer scs cris; l’instant d’après, ils l’attachèrent la tête en bas 'a un poteau, dans l’espérance de lui faire rendre l’hostie et de s’en eiiiparer. Mais leurs essais furent infructueux. Ils commencèrent dès lors à déchirer à coups de fouet ce pauvre adorateur du Christ. Ils lui ouvrirent ensuite les veines avec un couteau; ils les pressèrent, afin d'en extraire tout le sang; et, pendant trois jours entiers, ils laissèrent ce corps suspendu tantôt par la tête, et tantôt par les pieds, jusqu’à ce qu’il eût cessé de rendre son sang

Un peu moins de deux siècles plus tard , les Bollandistes nous offrent le récit du martyre d’André le Tyrolien, mis à mort dans les environs de Bolsano. Les Juifs, frappés de la beauté de cet enfant, l’avaient enlevé, circoncis, couvert de blessures, puis avaient extrait tout le sang de son corps, et l’avaient attaché en croix à un arbre en blasphémant le nom de Jésus...

Le contemporain de Voltaire, l’une des plus grandes illustrations scientifiques de son siècle, Benoît XIV, après avoir rapporté ce fait, suivi d’un autre semblable, dans sa bulle lieatus Anécas^ mentionne le martyre de saint Laurentin {Lorenzino) mis à mort par les Juifs dans le pays de Vicence, et l’accompagne de celui de sainte Ursule, jeune fille également victime des barbares de la Synagogue.

Peu de crimes, cependant, étonnaient moins le peuple que ces fréquentes énormités, par la raison que la connaissance du Talmud était alors chez les chrétiens chose vulgaire, et que nulle race ne restait plus immuable dans ses

' Bollandistes, Acta SS., 19 avril. — Godescard, ib., 18. — Nous sommes loin de rapporter tous les faits semblables !

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